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 Paint it black - Joan

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MessageSujet: Paint it black - Joan Mer 2 Mai - 1:01



Paint it black
Joan ξ Charlie

12 mars 2018.

Incliné lentement vers l'arrière, son visage accueille avec délectation l'eau chaude qui s'écoule du pommeau de douche, effaçant les larmes séchées de ses joues et la fatigue cumulée ces derniers jours. Combien exactement, Charlie ne saurait le dire. Toute notion du temps a été effacée depuis....trop longtemps sans doute. Les heures se sont muées en jour, les jours en...semaines ? Possible. Coupée plus ou moins volontairement du monde extérieur et du semblant de normalité auquel elle a passé sa vie à se raccrocher. À cette ritualisation extrême du quotidien anéantie aussi facilement qu'une bourrasque sur un château de cartes. Là où d'habitude ses souvenirs s'étiolent, fuient, disparaissent en des volutes disparates et lui échappent toujours un peu plus. Enfermée dans son château à elle, entre ces quelques murs. Prison rassurante. Son foyer. Celui où il n'y a qu'elle. Reflet douloureux et inconscient de celui qu'on lui a volé. De celui qu'elle n'aura jamais. L'eau efface la crasse de plusieurs jours de léthargie profonde. L'eau n'efface que cela. La puanteur s'écoule dans les canalisations, la souillure profonde et nécrosée de sévices encore oubliés reste. Comme une brûlure au fer rouge.
Combien de temps reste-t-elle ainsi sous le jet d'eau brûlante ? Assez pour rougir sa peau blanchâtre. Enroulée dans une serviette, la paume de sa main rencontre la surface froide et lisse du miroir de la salle de bains, effaçant d'un geste lent la buée ainsi formée. Ses yeux glacés rencontrent les prunelles tout aussi froides de son reflet, bloquant sur cette vision de sa propre personne. Image fausse d'elle-même, déformée. Cette fille n'est pas celle qu'elle aurait dû être. Cette froideur dans le regard, ce vide, ce néant total. Cette non expression permanente comme les poupées de porcelaine. Ça n'est pas elle. Ça ne devrait pas être elle.
Dans un geste fluide elle défait le nœud en coton qui retient la serviette, qui chute à ses pieds, la laissant dans sa plus complète nudité. Ses doigts courent le long de son aine, sur la cicatrice propre et fine qui s'y trouve. Sur le scorpion tatoué à l'encre blanche et presque invisible à cette distance et dans cet éclairage, qui emprisonne de ses pinces la marque aussi ancienne que sa démence. Mais ça ne suffit pas. Ou trop peu. Pas assez pour mettre un visage sur son bourreau, pas assez pour rendre justice à un père qui n'est plus aujourd'hui qu'un fantôme dans son esprit. Son corps pivote, et son dos fait face au miroir, louchant sur le reflet du cygne noir qui vit de manière intemporelle sur son épaule. « Swanson » …. Le fils du cygne. Tout aussi noir que la nuit qui lui a volé son père, que le cœur des hommes qui bientôt cessera de battre si sa soif de vengeance se trouve étanchée. Elle détourne le regard, quittant finalement la pièce pour sa chambre où elle se contente d'enfiler un caleçon pour homme et un débardeur, avant de revenir au salon, son trône depuis presque dix jours maintenant, sans qu'elle n'en ai réellement conscience.

Un salon bien différent maintenant. Le décor autrefois si minimaliste et impeccablement rangé, sans doute trop, a laissé place à des dizaines de cartons laissés ça et là et encore tout enrubannés d'un scotch brin et épais. Charlie ne sait pas ce qu'ils contiennent et ne se sent pas prête à affronter ce qui pourrait s'y trouver. Pas comme ça. Pas toute seule. Pas alors qu'elle se sent comme une étrangère dans son propre corps. Quelques pas, c'est ce que la jeune femme s'autorise, laissant son regard aller de toile en toile. Une quinzaine au total, de différentes taille, sur différents sujets. Mais dans une atmosphère commune. Toutes dans des couleurs sombres. Du noir, du gris, transcendés par le blanc immaculé de la toile qui agit comme des puits de lumière dans toute cette masse harmonieuse. Ici les corps ne sont pas décharnés, les courbes parfaites. L'exact opposé de sa propre vision des gens et du monde. Des peintures sombres mais dont la beauté est presque innocente. Aucune couleur vive, et pourtant aucune tristesse ou mélancolie n'en ressort. Toute sauf une. Celle posée contre le meuble où résidait une télévision quelques semaines plus tôt. Celle qui trône face au canapé et fixe Charlie qui a reprit place sur un coussin à même le sol, sa jambe blessée mais presque guérie à présent étendue devant elle. La cicatrice sur le bas de sa cuisse est encore rose et boursouflée mais elle s'atténue. Un jour elle deviendra aussi nette et fine que celle qui lui strie l'aine. Un jour elle aura presque disparue. Comme le souvenir de celle qui lui fait face depuis douze jours maintenant. Douze jours, douze heures, douze ans....quelle importance. La jeune femme n'a pas conscience du temps passé à contempler ce portrait de petite fille. Ses yeux foncés et rieurs, innocents et espiègles. Ses longs cheveux blonds cendrés dont les ondulations cascadent sur de frêles épaules encore inconscients du poids du monde. Ce visage encore poupon et angélique. Cette bouche souriante et sincère. Ce tout. Ce bonheur non feint. Cette capacité à être heureuse. Cette vision si réaliste d'elle-même. Réaliste et pourtant si lointaine. Elle reconnaît ses traits, qui n'ont pas tant changé que ça au fil des ans. Mais ce portrait d'elle à sept ans reste celui d'une étrangère. De cette Autre dont elle ne se souvient plus. De cette Autre qui est morte il y a seize ans et a laissé place à cette vision grotesque et cette coquille vide qu'elle est présentement. De cette autre qui lui renvoie douloureusement ce qu'elle aurait pu être. Ce qu'elle aurait dû être.
Et la vision est encore plus douloureuse puisque l'artiste n'est autre que son père. Son regard se porte de longues secondes sur les deux lettres en bas à droite « D.S. » avant de remonter sur le visage peint. La seule toile en couleur. Lumineuse. Elle ressemble presque à un ange comme ça. Peut-être l'était-elle vraiment. Comment le savoir ? Mais qui de mieux placé pour la représenter que son seul parent ? Qui aurait pu mieux la connaître à cette époque ? Et pourquoi ne lui a-t-on jamais rien dit ? Sur ces tableaux, sur ces cartons emplis de souvenirs. De ses souvenirs. Ceux oubliés.

Tous rangés dans un vulgaire garde meuble au nom de son père et payé pour un bail de cinq ans par Morgan, le meilleur ami de son géniteur et accessoirement tuteur. Pourquoi lui avoir caché tout ça quand c'est lui qui lui a offert ses premiers carnets de croquis ? Pourquoi lui cacher que ce don qu'elle possède est un héritage charnel ? Et quelque part elle lui en veut. De ce mensonge. S'il n'était pas en prison, si elle ne s'occupait pas de ses papiers et de sa maison, si elle n'était pas tombé sur ce courrier d'avertissement d'expiration du bail, lui aurait-il avoué un jour ? Ou tout ça aurait-il finit à l'abandon, vendu aux enchères au premier acquéreur aux doigts crochus ?
Mais si elle en veut à Morgan, Charlie s'en veut surtout à elle. Pour avoir oublié une chose si importante. Un lien si unique. Un talent partagé. Si différent et pourtant....
Et surtout pour l'avoir oublié Lui à ce point. Son visage, ne serait-ce que son regard. Son sourire. Sa voix. Son odeur. Sa façon d'être avec elle. Tout ce qu'ils ont un jour partagé. Il n'en reste rien. Absolument rien. Sauf dans ces cartons. Mais mérite-t-elle vraiment d'en découvrir les secrets alors qu'elle l'a si lâchement abandonné.

Elle ferme les yeux de lassitude, et enfermée dans un silence assommant depuis douze jours, sursaute violemment quand son compagnon à quatre pattes se met à grogner et glisse jusqu'à la porte d'entrée. Tournant le visage dans sa direction, elle le voit renifler par le léger interstice par lequel glisse le courrier, et ses grognements laissent à nouveau place au silence alors que sa queue commence à s'agiter de droite à gauche, signe que la personne derrière la porte n'est pas un étranger et qu'il l'apprécie. Mais elle n'est pas en état de recevoir quelqu'un. Pas comme ça. Attrapant son téléphone pour vérifier l'heure et la date pendant que la sonnette retentit, elle se souvient qu'il s'est coupé et qu'elle n'a pas pris la peine de le recharger. Son chien aboie plusieurs fois et fait quelques pas vers elle avant de revenir vers la porte. Message subtil....
La jeune femme finit par se lever, les cheveux encore humides, sans penser à sa tenue minimaliste. Elle ne sait même pas quelle heure ni quel jour il est. On repassera pour le reste. Obligée de préserver sa jambe qui a encore du mal à se déplier à cent pour cent, elle met un certain temps pour se redresser et arriver jusqu'à la porte, ce qui lui vaut un second coup de sonnette. « J'arrive ! » Sa voix est éraillée de par l'absence totale de sollicitation ces dix derniers jours et claquant des doigts pour que son pitbull s'assoit sans bouger, elle ouvre la porte, tombant sur une grande blonde familière qui la perd un peu plus.  « Docteur Lockhart ? » Elle se racle la gorge pour tenter de recouvrer plus rapidement sa voix, ne se rendant pas compte de sa régression concernant le « docteur » et non « Joan », prénom employé depuis plusieurs mois maintenant, synonyme d'un rapprochement qu'elle a pourtant mis si longtemps à obtenir. « Qu'est-ce que vous faîtes ici ? » Surprise de la voir débarquer à l'improviste chez elle. Ou alors ? Est ce qu'elles avaient prévu de se voir ? Est-ce que ça aussi, elle aurait pu l'oublier?

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MessageSujet: Re: Paint it black - Joan Lun 14 Mai - 17:36


Paint it black
12 Mars 2018.

Assise à son bureau, Joan lis une dernière fois le compte rendu de son divorce signé par les deux parties. On ne lui avait pas menti concernant les talents de son avocate, maitre Lennox avec qui elle s’entendait d’ailleurs plutôt bien.
Même très bien.
Elle n’était pas obligée de lui rendre service à ce point, de répondre à toutes ses exigences que lui a transmise Joan… Et pourtant, elle a fait en sorte que chacune d’elles soient exaucés, l’adultère penchant considérablement en leur faveur. Et pour tous ces services rendus, quand bien même la psychiatre l’a considérablement bien payé pour ça, elle ne compte pas la laisser sans « vrai » remerciement.

La demande de l’avocate est quelque peu inhabituelle, peu conventionnel. Mais Joan est une femme de parole, droite et qui tient toutes promesses énoncées. Ou tout du moins, s’évertue à le faire.
Ses longs doigts aux ongles parfaitement manucurer jouent sur le clavier de son Macbook, rédigeant un mail à l’adresse d’une connaissance pour prendre des nouvelles mais surtout organiser un rendez-vous. Joan sait que ça ne sera pas si évident de négocier avec ce type mais il lui est redevable… La psychiatre n’est pas prête d’oublier à quel point elle lui a éviter tout un scandale concernant son fils dont il souhaitait une prise en charge on ne peut plus discrète. Et aujourd’hui, il était temps de lui rendre à son tour un service notable qui, en plus de ça, permettra de sauver une vie.

La blonde termine la rédaction de son mail, l’envoie et check l’horaire sur sa montre Calvin Klein qu’elle s’est elle-même offerte. Pas par caprice mais par besoin de se faire plaisir après tant d’année à être minimaliste.
L’heure tourne et la psychiatre n’a toujours aucune nouvelle de Charlie.
Les semaines, les mois, ont rapprochés les deux femmes, leur offrant des moments étranges et complices que la psychiatre apprécie de plus en plus à partager… jusqu’à ce que son ex-patiente ne donne plus aucun signe de vie. Aucune réponse à ses appels, à ses textos et Joan a longtemps hésité à venir frapper à la porte de la jeune femme pour s’assurer que tout allait bien. Elle pouvait ajouter à ça, son absence à sa séance de kiné qu’elle a vu annulé une première fois.
Joan hésite, pèse le pour et le contre. Elle n’a eu aucune nouvelle pour la séance de cette après-midi ou plutôt aucun texto habituel lui confirmant une deuxième fois qu’il faudrait venir la chercher à 14 heures 30 précise pour ensuite se rendre sur le lieu de rendez-vous où Joan en profiterait pour faire un petit tour auprès de ses collègues et quelques patients.
La psychiatre se lève, prend son long manteau gris et les clés de sa bagnole. Elle tente malgré tout un énième appel… messagerie. Elle tique légèrement, essaie de ne pas s’inquiéter outre mesure en se disant qu’au pire des cas, elle ferait un petit détour pour rien.
Installée derrière le volant de sa voiture, profite d’une petite minute pour envoyer un sms à Saddie pour prendre des nouvelles de son envol, de son émancipation à Chicago et démarre enfin le moteur sous la une musique balancé par la radio et qu’elle reconnait être Lady Gaga.

Ses doigts tapotent le volant au rythme d’un « Perfect Illusion », chantonnant sans forcément de retenue dans l’habitacle de sa bagnole, de bonne humeur. Rien à voir avec ce qu’elle était il y a de ça un mois, à broyer du noir sur ce putain de divorce mais surtout sur sa condition en tant que femme. Les mots de son ex-mari lui reviennent en pleine gueule parfois et les « n’est plus baisable » et « que les méfaits du temps commencent à peser sur ses épaules » ne passent pas. Ne se digèrent pas vraiment non plus.
Elle reconnait non sans mal l’allée de la petite maison de Charlie et se gare sur le côté, descend et ferme la voiture pour s’engager vers le perron. Joan entend Shadow grogner puis renifler sous la porte, imaginant sa grosse truffe chercher qui est le visiteur de la journée … La psychiatre frappe quelques coups une première fois. Puis une deuxième.

- J’arrive !

Elle patiente, entend Shadow aboyé derrière la porte qui s’ouvre enfin sur une Charlie visiblement loin d’être prête pour un rendez-vous chez le kiné, les yeux petits, le teint blafard. La fatigue creuse ses traits, à moins que ça ne soit autre chose.

- Docteur Lockhart ?
- Bonjour Charlie.

Joan est surprise par le « Dr Lockhart » dont elle n’avait plus vraiment l’habitude venant de la jeune femme qui l’appelait désormais par son prénom.

- Qu'est-ce que vous faîtes ici ?

La concernée fronce les sourcils. D’un coup d’œil furtif, bref, elle regarde par-dessus l’épaule de la jeune femme qui est simplement vêtu d’un débardeur et d’un caleçon pour homme et y voit quelques morceaux de cartons sans vraiment distinguer plus que ça.

- Je devais t’amener à ta séance de kiné aujourd’hui. Tu as rendez-vous à 15h. Elle laisse glisser un regard sur sa tenue. Mais tu as visiblement oublié.

L’oublie de ce rendez-vous couplé au comportement quelque absent, voir étrange de Charlie ne manque pas de mettre la puce à l’oreille de Joan. Elle la connait depuis son plus jeune âge, connait les mécanismes de son esprit – ce qu’elle croit -, les ombres de ses dépressions.

- Est-ce que tout va bien ? Elle croise le regard de la jeune femme qu’elle ne quitte plus désormais.  Je t’ai laissé plusieurs messages, appeler plusieurs fois mais je tombe sur ta messagerie.

Charlie n’est pas une habituée des conversations téléphoniques, Joan l’a rapidement constater sans grande surprise mais généralement elle recevait toujours une réponse à un message envoyé.

- Je commençais sérieusement à m’inquiéter.

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MessageSujet: Re: Paint it black - Joan Mar 15 Mai - 22:23



Paint it black
Joan ξ Charlie

« Je devais t’amener à ta séance de kiné aujourd’hui. Tu as rendez-vous à 15h. »
Froncement de sourcils. Pensées qui se perdent. Dans sa prison de coton le temps a arrêté sa course folle pour la plonger dans une faille sans début ni fin. Mais le reste du monde, lui, a continué de tourner. Sans elle. Le fourmillement humain n'a pas cessé de ramper dans l'acier de la ville juste parce qu'elle a décidé, un beau matin, de se couper de lui. « Mais tu as visiblement oublié. » Jusqu'à quel point ? S'est elle oubliée ? Elle essaie de faire le calcul dans sa tête mais les pensées s'entrechoquent sans parvenir à se joindre les unes aux autres. Clignant des yeux, elle finit par redresser son visage sur celui de la psychiatre, encore un peu perdue et dans son monde. « On est déjà lundi ? » Réponse qui la perd un peu plus, elle s'en rend compte maintenant que les mots ont passé la barrière de ses lèvres. Et tentant de reprendre pieds dans la réalité d'un monde mis de côté depuis presque deux semaines, elle commence à analyser la situation dans laquelle elle est présentement. Du regard interrogateur de la jolie blonde sur sa tenue, qui, maintenant qu'elle baisse ses yeux sur son propre corps, apparaît comme inappropriée. Ce n'est pas tant ça qui la dérange à dire vrai. Un corps est un corps, et Charlie se moque du côté minimaliste de la chose. Ce qui la dérange c'est le regard de la jeune femme planté sur elle alors qu'elle s'assure que tout va bien. Un regard qu'elle connaît un peu trop bien pour l'avoir affronté à de multiples reprises au cours de la dernière décennie. Un regard qui à la fois la conforte dans son idée que la quarantenaire tient à elle et qu'elles ont, depuis quelques temps, dépassé le simple stade imposé par de trop nombreuses barrières morales et éthiques, et un regard qui la met mal à l'aise parce qu'il met à jour les étrangetés qui l'habitent. Par réflexe elle détourne les yeux en direction de son téléphone qui trône quelque part dans son salon et qui n'est qu'un « black mirror » inutile depuis une dizaine de jours. « Je l'ai pas rechargé. » Un aveu qu'elle émet les yeux baissés, un brin honteuse à présent que la jeune femme se soit déplacée pour rien et surtout...  « Je commençais sérieusement à m’inquiéter. » Ses yeux percutent à nouveau les siens et elle s'y accroche de longues secondes. « Désolée Docteur.....Joan » Elle se reprend, expirant bruyamment en se passant une main sur le front. Difficile de tenir une conversation et de faire dans la social après tout ce temps en pleine solitude. « Je...j'ai été très occupée et j'ai un peu perdu la notion du temps. Je voulais pas vous inquiéter. Ni vous faire venir pour rien. J'suis pas en état d'aller à ma séance aujourd'hui. J'appellerai pour annuler et je me débrouillerai pour y aller par mes propres moyens la semaine prochaine histoire de pas vous embêter. Vraiment désolée»

L'artiste tente d'abréger l'échange, pour la première fois de sa vie avec son ancienne psy. Non pas que le besoin d'elle s'en soit allé, bien au contraire. Non pas que l'envie se soit tarie. Il ne fait que s'accroître depuis quelques temps. Mais elle déteste l'idée que Joan la voit ainsi, si fragile, si diminuée, vulnérable. Elle ne veut pas que la grande blonde voit à nouveau en elle cette petite fille apeurée et complètement perdue. Pas plus que cette adolescente étrange et discrète. Elle veut que cette dernière continue de la voir en adulte, que le rapprochement opéré perdure sans faire trois pas en arrière. Et si elle ne met pas fin à cet échange c'est exactement ce qui va se passer. Elle le sent. Et ce n'est pas ce qu'elle veut.
Mais le docteur Lockhart n'est pas du genre à abandonner la partie si facilement et quand elle demande à entrer, Charlie se retrouve bloquer entre sa volonté de ne pas lui imposer le spectacle larmoyant de ses dernières découvertes et l'impossibilité de lui dire non. Il lui faut pourtant de longues secondes où son cerveau réinvente la bataille du pour et du contre, avant de céder aux volontés de la blonde et de s'écarter de l'embrasure de la porte pour la laisser entrer dans le capharnaüm de son salon.

Shadow trouve immédiatement son bonheur après avoir patiemment attendu derrière sa maîtresse en venant réclamer son dû de caresses, suivant les pas de la jolie blonde qui s'avance prudemment entre les cartons éparpillés au sol jusqu'aux toiles disposés le long des murs à même le sol. La table basse poussée dans un coin, ne reste que le canapé, la télé ayant disparu derrière le portrait d'elle enfant. Elle suit chaque mouvement de son invité, jusqu'au moment fatidique où celle-ci repose ses yeux sur elle dans un regard interrogateur. Un silence, puis la serveuse fait quelques pas pour attraper une lettre légèrement froissée posée sur le sommet d'un carton. Elle la tend à Joan, sans vouloir faire de secrets. « J'ai trouvé ça chez Morgan y'a quinze jours. C'est moi qui m'occupe de ce genre de choses depuis qu'il est en prison » La psychiatre connaît le nom de son tuteur puisque c'est ce dernier qui l'amenait la voir auparavant. Et elle sait déjà qu'il est à l'ombre pour quelques années puisque l'information a été lâchée dans une conversation il y a peu. Ce n'est pas le genre de choses dont Charlie a honte. Elle la laisse prendre connaissance du courrier, celui dans lequel il est écrit que le bail du box numéro 32421 au nom de David Swanson arrive à expiration et que sans renouvellement ou paiement dans un délai de trois mois son contenu sera la propriété de la compagnie qui gère les lieux. Son regard se perd à nouveau sur les toiles, sur son héritage qui a failli partir en fumée. « Il m'a rien dit. Pourquoi il m'a rien dit ? » Elle parle de son tuteur, qui savait que les souvenirs oubliés étaient en grande partie soigneusement gardés dans un espace clos auquel elle aurait pu avoir accès bien plus tôt.

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MessageSujet: Re: Paint it black - Joan Jeu 7 Juin - 0:38


Paint it black
- Désolée Docteur.....Joan

Ca fait bien longtemps qu’elle lui a dit de ne plus l’appeler « Docteur » parce que ce n’est plus ce qu’elle est aux yeux de la jeune femme, plus aujourd’hui. Mais Charlie s’est visiblement perdu dans une bulle, un cocon étrange la poussant à une déconnexion de ses habitudes, une perte de repère peut-être, pour le moment elle ne saurait trop s’avancer sur le sujet.

- Ce n’est rien, le principal étant que tu ailles bien.

Au moins physiquement. Moralement, elle n’en est moins certaine mais encore une fois, elle n’en tire aucune conclusion hâtive.

- Je...j'ai été très occupée et j'ai un peu perdu la notion du temps. Je voulais pas vous inquiéter. Ni vous faire venir pour rien. J'suis pas en état d'aller à ma séance aujourd'hui. J'appellerai pour annuler et je me débrouillerai pour y aller par mes propres moyens la semaine prochaine histoire de pas vous embêter. Vraiment désolée

Joan se dit qu’avec les années d’expérience qu’elle cumule au compteur aujourd’hui, une sorte de sens s’est développé, ou plutôt, un instinct. Tout dans le comportement de Charlie lui parait étrange, inhabituelle. Elle qui s’est toujours montré accueillante, avenante envers Joan, se trouve aujourd’hui sincèrement désolée mais un poil… pressée, presque fermée. Elle ne sait pas ce qu’il s’est passé depuis tout ce temps où elles ne se sont pas vu, quelle a été l’occupation de la jeune femme au point de lui faire perdre contact avec la réalité mais la toubib est loin d’être celle qui se contente d’une simple explication comme celle que Charlie lui sert.

- Ne t’excuse pas, je t’ai déjà dit qu’il n’y avait aucun problème à t’amener là-bas. Au contraire, ça me fait plaisir. Je veux juste m’assurer que tout va bien. Elle marque une pause, la sonde. Elle la connait pour ainsi dire par cœur pour avoir passer des années à la voir régulièrement dans son bureau et elle admet qu’en cet instant, les vieux réflexes d’analyses ressortent. Je peux entrer ?

Les secondes s’écoulent, lentement, sans aucune réaction de la jeune femme. Joan s’apprête à répéter sa question, à l’interpeler par son prénom mais Charlie décide finalement de faire un pas de côté afin de la laisser entrer dans cet appartement qu’elle commence à connaitre. Joan ne manque pas d’affubler Shadow de caresse chaleureuse, heureuse de revoir cette bouille d’amour qu’elle affectionne particulièrement avant de poursuivre son chemin jusqu’au salon… qui ne ressemble plus tellement à un salon. A moins que ce dernier ne soit en plein aménagement.
Le sol est jonché de cartons, des toiles sont posées contre les murs, une sorte d’exposition sans en être une. Le regard de Joan est attiré par une toile un peu plus grande, cachant toute la télé de sa propriétaire et elle reconnait sans aucun mal les traits de Charlie enfant. Sa curiosité est piquée au vif, des questions fusent à la seconde. Elle doute un instant sur l’origine de cette toile, trouverait étonnant que Charlie en soit l’auteur pour une raison principale : le style est bien trop différent des dessins de la jeune femme.

Joan capte le regard de Charlie, qui, malgré son silence, pose clairement la question : D’où vient tous ces cartons, ce foutoir qui regorge de trésors ?
La jeun femme lui tend une lettre froissée dont elle se saisit, encore une fois curieuse.

- J'ai trouvé ça chez Morgan y'a quinze jours. C'est moi qui m'occupe de ce genre de choses depuis qu'il est en prison

Ce nom ne lui est pas inconnu, loin de là, pour avoir vu l’homme en question plusieurs fois. Joan sait qu’il est en prison pour un petit moment et jamais Charlie ne s’en est caché. Et pour le moment, ça n’est pas ce qui intéresse la psychiatre, elle doit bien l’admettre, son regard déjà rivé sur le courrier.
L’annonce que le bail pour le boxe 32421 arrive à expiration et que si ce dernier n’est pas renouvelé, tout son contenu ira au propriétaire de la compagnie en question. Joan fronce les sourcils relie lorsqu’elle lit le nom du père de Charlie : David Swanson. Et enfin, elle comprend. Tous ces cartons, tableaux et autres choses qu’elle ne peut deviner cacher dans ses boites, appartenait à feu son père. Elle comprend mieux ce tableau de Charlie lorsqu’elle était gamine, comprend mieux l’état de la jeune femme qui parait entre deux eaux. Celle qui n’a pas eu le temps de connaitre son père comme tout enfant se retrouve confronter à un amas de présents, de souvenirs. Presque une façon brutale de renouer avec un passé qui lui échappe.

- Il m'a rien dit. Pourquoi il m'a rien dit ?


C’est là toute la question, dont la réponse échappe clairement à la psychiatre. Elle n’a jamais vu son tuteur comme quelqu’un de foncièrement mauvais pour Charlie malgré un équilibre de vie un peu fragile. Mais pourquoi lui caché toutes ces pièces, ces merveilles qui auraient clairement pu adoucir le passé de la jeune femme ?
Joan dépose le courrier sur la table basse ainsi que son sac à main.

- Certainement pour te préserver, te protéger.

De qui, de quoi, elle n’en sait rien. Comme si ce dernier voulait conserver tout cela en attendant que Charlie soit réellement prête à encaisser le coup. Elle a pu constater sur plusieurs jeunes patients à quel point un souvenir matériel pouvait raviver des choses douloureuses que nous ne sommes parfois pas prêt à gérer. Joan ne sait pas si c’est ce que Morgan cherchait à éviter mais tout ce mystère l’intrigue.

- Il attendait peut-être le bon moment, où tu serais prête à renouer avec tes souvenirs et à faire face à tout ça. Il faudrait le lui demander directement… Joan fait quelques pas vers la peinture de cette petite fille qu’elle connait par cœur. Chaque trait, chaque expression. Ce tableau est magnifique.

Elle en contemple les traits, la texture et constate que David était aussi bourré de talent que sa fille aujourd’hui. Le style est loin d’être le même, même chose dans la manière d’exécuter les traits, mais il est clair que l’homme n’est pas parti sans laisser un petit quelque chose à Charlie.

- Une chose est certaine, c’est que l’on sait d’où tu as hérité de tout ce talent artistique.


La psychiatre se détourne de l’œuvre pour se confronter au réel, au visage d’une Charlie désormais adulte et peut-être un peu paumé de passer d’un rien à un trop, d’un vide paternel à tout ces objets qui pourraient, peut-être, comblé ce manque de lui.

- Depuis combien de temps es-tu enfermé ici avec tous ces cartons et souvenirs ?
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MessageSujet: Re: Paint it black - Joan Hier à 22:36



Paint it black
Joan ξ Charlie

La préserver. La protéger. Les mots se répètent dans son esprit sans trouver de réel sens. C’est ce qu’elle a pensé au début, après avoir ramené tous les cartons avec l’aide de Thomas, après lui avoir assuré que tout allait bien et que ce dernier la laisse avec ses souvenirs. Sa première pensée avait été de dédouaner Morgan de toute méchanceté vers sa personne. Que, dans sa logique personnelle, lui cacher des éléments aussi cruciaux sur son père n’avait pour but que la protéger d’un passé douloureux et brutal depuis longtemps oublié. C’était la promesse qu’il avait faîte à son meilleur ami avant même qu’il ne soit assassiné. Prendre soin d’elle si malheur il devait arriver. Le malheur était arrivé, et il avait tenu parole. Il l’avait nourrie, habillée, conduite à ses séances de psy et fait son maximum pour lui offrir un semblant d’équilibre. Même avec les années, malgré le fossé qui s’était creusé entre eux avec le temps, il n’avait jamais failli à sa parole. C’est pourquoi, même s’ils ressemblaient aujourd’hui à deux étrangers au passé affectif certain, Charlie continuait d’aller lui rendre visite une fois par mois à la prison dans laquelle il était enfermé. Elle lui devait bien ça.
Oui, c’est ce que la jeune femme avait pensé en premier lieu, par respect pour ne pas entacher ses intentions. Sauf que ça ne collait pas. Pour une raison simple. Et les mots de Joan ne changeaient rien à ses pensées. Le bon moment ? Qu’elle soit prête à renouer avec ses souvenirs ? Les mêmes qui lui ont manqué toute sa vie ?

« Et c’est quand le bon moment ? » L’interrogation est lancée de façon purement rhétorique et sur un ton plus bourru qu’elle ne l’aurait souhaité mais elle ne s’en excuse pas. « Je ne suis plus cette gamine apeurée par une simple voix masculine. Je ne suis plus cette gamine muette ou cette ado complexée. Je sais que ça arrange tout le monde de le penser, de me voir encore comme ça, comme une petite chose fragile qu’on veut protéger. Que c’est plus simple pour eux que d’affronter l’adulte que je suis devenue. Mais c’est ce que je suis. Une adulte. Une femme. J’ai vingt-quatre ans. Si le bon moment n’est pas maintenant alors quand ? » Elle s’emporte quelque peu, agacée qu’il lui ait caché tout ça. Ses souvenirs. Sa vie. « Il n’avait pas le droit. C’est ma vie. Tout ça ! C’est ma vie et elle ne lui appartient pas. La décision de me la cacher encore moins ! » Ses nerfs lâchent, la jeune femme le sent. Trop de fatigue, pas assez de nourriture dans l’estomac. Trop de temps passé à contempler ces tableaux sans contact avec le monde extérieur. Elle qui se contrôle si bien à chaque seconde de sa vie sent que le masque derrière lequel elle se cache constamment craquelle sous le poids des émotions. Et puis « Ce tableau est magnifique. » Quatre petits mots lâchés et elle sent sa colère diminuer, son regard allant de la toile la représentant enfant à la psychiatre qui la contemple indirectement par ce portrait figé. Et quelque part, une légère tristesse. Un sentiment naissant à l’idée que Joan, elle aussi, la voit encore comme cette petite fille. Pas comme celle peinte devant elles, que la professionnelle n’a jamais connue. Mais cette petite fille à la voix inexistante qui a débarqué un jour dans son bureau. Ou cette adolescente incertaine aux trop nombreuses questions. Sur les relations humaines, sur les garçons, sur le sexe. Peut-être qu’elle aussi, comme les autres, trouve plus facile de la voir comme une petite chose fragile à protéger. Que c’est plus facile que composer avec cette version actuelle, défaillante et trop complexe pour la plupart des gens. Et ce n’est pas ce que Charlie veut. Ce n’est pas ce dont elle a besoin. Elle veut qu’on la voie comme une adulte, prête à assumer ce qu’elle découvrira sur son passé. Qu’on arrête de lui mettre des bâtons dans les roues. «  Une chose est certaine, c’est que l’on sait d’où tu as hérité de tout ce talent artistique.  » Ses yeux dans les siens alors que Charlie retient les larmes qui menacent de poindre à l’entente de cette phrase et tout ce qu’elle remue. La jeune femme sait que l’intention n’est pas de blesser, seulement de pointer cette passion commune, ce talent gravé dans les gênes. Mais c’est ce que ça fait. Ça la blesse. Durement. Profondément. Alors quand Joan la questionne sur le ‘depuis quand’ elle est ici, elle la balaie poliment. « De votre point de vue, probablement trop longtemps. Du mien, je ne sais pas… »

Charlie finit par se laisser tomber sur le bord du canapé, laissant une grimace déformer ses traits à cause de sa cicatrice qui la tire un instant sur le bas de sa cuisse. Ses yeux sont revenus sur son portrait, celui que la psychiatre vient de quitter des yeux. Elle sent son regard appuyé sur sa personne mais elle n’ose pas affronter l’azur de ses prunelles pour le moment. Elle sent l’inquiétude aussi, mais n’a pas la force de la rassurer. « C’est la première chose à laquelle j’ai pensé quand j’ai vu les toiles. Et pendant quelques secondes j’ai été incroyablement heureuse. Jusqu’à ce que je réalise que je ne me souvenais pas. Que je partageais tout ça avec lui. Ce talent, cette passion et…rien. Je ne partage rien parce que je ne me souviens de rien. Il y avait quelque chose de spécial entre nous, je le sais, quelque part dans ma tête, je le sais. Mais ce n’est qu’un trou noir. Une vague sensation lointaine. Et ce n’est pas seulement la peinture. C’est tout le reste. » Son regard dévie sur les cartons, sans savoir ce qu’ils contiennent. « Je n’ai pas seulement oublié la nuit où il s’est fait tuer. Je l’ai oublié lui. Son visage, son sourire, sa voix, son rire, son odeur. Tout. J’ai tout oublié. Je suis la pire fille qu’il aurait pu avoir ! » Une larme finit par rouler sur sa joue, contraste absolu avec la petite fille face à elle, sourire aux lèvres. « Je ne suis pas elle » Charlie pointe du doigt le tableau, ravalant les autres larmes qui menacent de suivre la première. « J’aurais pu l’être, dans d’autres circonstances. Mais ce n’est pas moi. » Elle relève ses yeux sur la jolie blonde qui lui fait face, comme pour accentuer ses propos, comme pour lui dire que ce qu’elle trouve magnifique n’est qu’un souvenir lointain qui n’existe plus. « Ce n’est pas moi. »

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    I once was a child with innocent eyes/ And as I grew up I could never be free 'cause the shackles I wore can't be touched nor be seen/ My heart never loved and my soul couldn't laugh/ And when I grew old I was riddled with sin, locked my soul in the dark, never let the light in....  ⠇
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Paint it black - Joan

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