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 Du rêve à quelle réalité ? | Eärel

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MessageSujet: Du rêve à quelle réalité ? | Eärel   Lun 9 Juil - 11:19

Spoiler:
 


Le gamin dort...

Ce n'est pas encore le cauchemar, mais la période de rêve enchantée, libre. Par exemple voler comme un oiseau et se poser sur une colonne de pierre du Grand Canyon, tout en haut. Le vent et le soleil et l'horizon immense qui recouvrent tout.

Un paysage vaste de pierres rougies dans un ciel bleu miroitant la lumière. Un paysage immense, paisible, rassurant et magnifique
, qui semble un écho à la vie d'avant, quand lui, sa mère et sa grande-sœur vivaient dans un campement hippie itinérant dans le désert, les gens un peu farfelus avec leurs conceptions d'amérindiens un peu, parlaient de la nature. Il y a même dans ce rêve une nichée d'aiglons sur lesquels veiller, ainsi qu'un arbre qui offre son ombre bienveillante.

Tyrone ignore alors qui il est et où il se trouve. Le temps est suspendu. Il pourrait dormir dans la rue sur un carton, se blottir sur une plage de Chicago, être hébergé dans une tente, s'être laissé aller hélas dans la bibliothèque, gésir sur un quelconque paillasson, ou se retrouver soudain dans une maison chez un particulier ou dans un véhicule. Ou bien il se serait évanoui. Il aurait ou non avec lui son vieux sac de sport avec ses affaires miteuses mais généralement propres.

Il est dans la félicité, il nage en somme dans un bonheur primitif et enchanteur. Mais un changement de bruit ou d'atmosphère ou encore de couleur ou de tonalité semble vouloir lui dire de se réveiller. Il ressent cette modification comme celle du rêve pour le moment : le bruit que font le vent ou l'horizon, un autre aigle ou les feuilles de l'arbre, ou encore le paysage qui penche, ou bien des herbes ou des nuages qui tirent les cheveux.

Mais toujours cet enchantement de lumière en lui et autour de lui, qu'il ne veut pas quitter.


Tyrone ne sait pas si son sommeil est naturel ou non, ni même qu'il est en train de s'éveiller et encore moins pourquoi.

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Dernière édition par Tyrone Quimzee le Sam 14 Juil - 7:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Du rêve à quelle réalité ? | Eärel   Jeu 12 Juil - 21:31



Du rêve à quelle réalité ?



C'est difficile, il me l'avait l'autre jour à la Maureen's Tavern, ce lieu où il ne venait jamais mais où pourtant je l'avais croisé. Les études en médecine ce n'est pas simple du tout, je l'ai appris à mes dépens, et pour le moment, je n'arrive pas à m'arrêter d'en prendre, même si j'ai réduis les doses. Bon d'accord, c'est infime mais je suis sur la voie de la rédemption. Bon d'accord, j'essaye de me dire que je vais vers le bon, mais je me leurre, je ne l'accepte pas vraiment. Qu'est ce que je dois faire ? Est ce qu'un jour cela va me tuer ? Je n'en sais rien, mais ce soir, ça n'allait pas, alors j'ai fumé, j'ai pris une pilule de DUST, et je suis partie de me promener dans les rues de la ville pour m'aérer l'esprit, à moitié défoncée. Je ne sais même pas si j'arriverais à reconnaître quelqu'un si jamais je croisais des têtes connues, c'est ça qui est le plus fou, le plus dingue même. En vérité, je suis là physiquement, je vogue dans la ville, j'ère comme une âme en peine qui ne sait pas où elle va. Je me dis qu'il y a pire que moi dans cette ville, je me dis que ma situation pourrait être pire, mais je me voile tellement la face, et je n'en ai même pas véritablement conscience, car je continue à me faire du mal, toujours, trop. Je ne sais pas où je vais mais le mur se rapproche de moi chaque jour un peu plus. J'essaye, mais je n'y arrive, c'est un échec total, il m'en faut toujours plus, toujours trop, parce que normalement, je m'étais jurée de tout arrêter. Mais je peux pas, ma volonté est devenue trop faible par rapport à mes envies, mes besoins que je me suis créés. Alors, je marche, comme si marcher dans cette ville polluée allait réussir à m'aérer l'esprit suffisamment pour que je retrouve la raison et que j'arrête de fumer de l'herbe et que je ne prenne plus de la DUST. Mais c'est comme ça, je suis partie, je ne sais pas depuis combien de temps, je ne sais même pas où je suis en ville lorsque soudain, je trébuche au sol, sur quelques choses. Mais en vérité, je suis encore tellement défoncée que ce n'est pas sur quelques choses que j'ai trébuchée, mais sur quelqu'un. Un corps, qui est là, sur mon chemin, voilà sur quoi j'ai trébuché. Je suis partie en début de soirée, et à présent nous sommes en pleine nuit, mais avec les lumières artificielles, je m'en rends pas compte. J'ai trébuché et j'arrive plus à me relever, je sais pas quoi faire, j'ai l'impression d'être prise dans une prison de verre, quelques choses dans ce genre là. Surtout qu'en trébuchant sur la personne, j'ai dû la réveiller, mais je saurais même pas quoi dire. Il ne reste plus qu'à espérer qu'il ne me fasse pas de mal, car sinon, je risque gros.


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MessageSujet: Re: Du rêve à quelle réalité ? | Eärel   Sam 14 Juil - 1:02

LA PETITE RUELLE AUX CHATS ET AUX SOURIS

Flash back. Faute de connaître la ville, l'adolescent avait atterri n'importe où dans West Side. Mais vraiment n'importe où, je vous le promets. Et plus précisément dans le quartier de Wicker Park qui, selon Wikipedia, appartient encore à ce secteur ouest. Cette ruelle ténébreuse n'était certes pas l'endroit le plus sûr ni le plus accueillant. En plus, le petit lampadaire du coin était défectueux…

La nuit, dans ces ténèbres mal percées par quelques lointains et faibles éclairages, on dirait vraiment une ruelle assassine. (Le jour évidemment, c'est un peu moins angoissant, quoique déjà retiré : )

(l'endroit où est venu dormir Tyrone)

Il n'y avait même pas le silence : à quelques maisons de là, des gens fêtaient un anniversaire ou quelque chose comme ça, avec de la musique et des conversations joyeuses devant durer des heures. Pas génial pour dormir ainsi quand on se sent aussi perdu. Mais Tyrone en avait plein les pattes et il avait bien trop sommeil pour avoir quelque envie d'aller plus loin.

Les souris gambadaient, le long des murs et des buissons, à la recherche de poubelles trop pleines. Des chats pourtant tentaient de les attraper. (Ouf ce n'étaient ni des rats, ni des coyotes, ni des ratons-laveurs, au moins, qui hantaient ces parages.) On entendait d'ailleurs les deux matous du coin s'insulter en se crachant dessus, se contentant de rares esbroufes mutuelles mais assez bouffonnes, un peu comme des voisins fâchés ridiculement pittoresques.

Mais bon, le petit gars, lui, sur l'herbe rase mais sèche, où, pour autant qu'il y vît, il n'y avait pas trop de saleté, il avait disposé son vieux sac de sport et un carré de tissus pour se coucher sur celui-ci en chien de fusil. Un autre carré de tissus tout noir pour se couvrir lui-même entièrement, pour pas qu'on voie qu'il était aussi jeune à dormir là comme ça…

Par chance, il ne plut pas cette nuit. Mais la fête traîna en longueur, de même que tout le long dialogue des chats crachants l'un à l'adresse de l'autre d'une manière toujours aussi bouffonne… Mais Tyrone s'était enfin endormi avec le plus fort en gueule des deux matous lové dans son giron. L'adolescent dormit alors bien plus profondément que la précédente nuit sous un pont du chemin de fer (sur les cartons avec une douzaine d'autres jeunes dévorés comme lui par des nuées de moustiques).


ÉVEIL PROGRESSIVEMENT BRUTAL

Et Tyrone a d'abord songé, dans son sommeil, sans réfléchir : *Encore la teuf et cet anniv' ou j'sais pas quoi, d'où sans doute un fêtard qui se perdait par ici…

Il a aussi songé… : *Encore des souris ou des chats, c'est ça, les animaux n'arrêtent pas de trotter ou de bondir ou de détaler comme des fous. Un vrai cartoon toute la sainte nuit. Les bestioles peuvent parfois ressembler à des pas, ou même à une chaussure. Eh oh les Garfield & Squeak / Snowbell & Stuart / Tom & Jerry / Titi & Gros Minet, là, oh, vous êtes gentils…

Il a songé aussi : *Mais si vous n'êtes pas les bestioles des cartoons, hein, il faudra bien que je me réveille, pourtant, pas vrai ?…

Il a soudain ressenti violemment : *Hein quoi ? Hein ? On me tombe dessus ? ALEEERTE !!!

Oui c'était un humain, quelqu'un qui lui tombait quasiment dessus, *un agresseur, c'était certain ! Décharge d'adrénaline (en écho au passé). Une bouffée de terreur qui envahit. Le gamin se débat et bondit soudain dans un cri. Le cœur bat la chamade. *Sont-ce des codétenus ? Des sectateurs ? L'oncle bourré ? Est-ce la visite d'un de ces sans-abris déments ou bien voleurs ? Les « robocops » ? Combien sont-ils ? Armés ? Est-ce qu'on veut me chouraver mon sac ? Vais-je pouvoir hurler au secours ? Vont-ils tirer ?? ?????? Or n'a-t-il pas lui-même éventuellement effrayé aussi cette personne en sursautant comme un dingue ?

En un instant, le gamin tout tremblant s'est mis debout, dans l'angle de la palissade et du buisson. Tellement il tremble d'effroi, il fait vibrer aussi la haie. Une vague de sueur inonde Tyrone. Il est exagérément épouvanté, mais il ne faut tout de même pas se laisser aller, hein, il ne faut pas se laisser aller, mais maîtriser ses réactions physiologiques, si vous voyez ce que je veux dire. Et malgré cette peur irrationnelle, il sent ses propres yeux glacés des cernes noirs de toutes ces nuits de sommeil perturbés ou impossible. L'épuisement a déclenché une vraie panique.

On est toujours dans cette fichue petite ruelle du quartier de Wicker Park, la ruelle où la musique de tout à l'heure a bien diminué mais se poursuit. Mais dans cette pénombre très obscure, on ne distingue que de sombres silhouettes pleines de mystère.

Il est debout sur l'herbe, juste à côté de la personne qui l'a donc réveillé. Elle semble (?), quant à elle, par terre, à essayer (?) de fouiller quelque chose. Ou peut-être de se relever (?). On la dirait (?) à quatre pattes sur le sac de Tyrone.


UN RÉSIDENT TENTE D'OBSERVER LA SCÈNE

Un petit propriétaire des alentours se contente d'observer discrètement de derrière ses rideau l'origine du cri d'effroi de Tyrone. Ce résident caresse son arme. Il pense :

**Mmm. Encore des sans-abris drogués, non ? Dommage que le lampadaire soit grillé on n'y voit rien ! Mais que l'un d'eux essaie de franchir seulement la palissade, on sera alors en légitime défense !


PASSER L'EFFROI, COMPRENDRE

L'adolescent regarde donc cette ombre importune qui, manifestement, a du mal à de remettre debout. À contre-jour des éclairages, il n'entrevoit vraiment qu'une silhouette fine et féminine, de longs cheveux propres (?) agités par l'effort que fait cette personne à de dépêtrer (?) du sac de sport. Ce serait une nuit d'été d'ailleurs très agréable, si la scène n'avait rien d'étrange ni de sinistre.

On dirait… oui, une femme correctement vêtue, dans les usages ordinaires d'une nuit d'été. Plutôt une jeune ou bien éventuellement une vieille. Elle ne serait pas des fois pétée ? On ne peut pas en jurer, tant qu'elle n'est pas debout, mais elle pourrait avoir peut-être (?) des gestes trop relâchés, trop imprécis, comme si le corps lui divaguait peu ou prou (?). Tentait-elle de voler Tyrone ? Il essaie de se rassurer, et il ressent la contrariété de s'être éveillé dans un sursaut de peur. D'être épuisé. Et d'avoir cette personne peut-être à « gérer » à présent et dont les intentions peuvent prêter à la confusion.

Il pense : *Non la bouffonne ! Elle s'rait pas pétée par hasard ? Elle m'a fait peur !!! Pas moyen de dormir jamais ? Et m… ! J'suis trop nerveux ! Faut que j'me calme !

*Et si jamais c'est une droguée, elle ne va pas des fois essayer de gerber ou bien de pisser sur mes affaires ? Ou carrément se vautrer sur mon sac pour dormir dessus ?

Il a la dalle aussi. *Elle aurait pas un truc à manger ou bien sac à main ou bien un portefeuille ?

Il reprend ses esprits.

*Cette jeune femme est du quartier ? Sinon ça voudrait dire qu'elle erre éventuellement. Elle pourrait alors s'attirer des ennuis ou des présences menaçantes, comme le gamin les craints aussi pour lui-même. Dans le doute, il regarde bien d'un côté et de l'autre de la ruelle pour être certain qu'il n'y a pas des tiers dont la présence les menacerait… On n'y voit pas grand-chose, mais, à première vue, il n'y a personne d'autre. On n'entend rien d'autre non plus. Donc les petites rues désertes, a priori, n'ont pas remarqué cette jeune femme venir apparemment seule jusqu'ici.

*Bon, la bouffonne, elle fout quoi sur mon sac ?


(Bruits de bouteille en plastique écrasées.)


ÉBAUCHER UN DIALOGUE

Encore un peu tremblant, il dit, d'une voix juvénile, à cette jeune femme :

- Eh là, qu'est-ce qu' y a ? qu'est-c' qu' vous cherchez ?

Avec cette intonation qui dit la surprise, l'inquiétude, la fatigue, sans agressivité, d'un simple gamin sans-abris qui doit se frotter les yeux, renoncer à toute sa frayeur. Oui, il commence enfin à passer un peu le premier moment de contrariété et de paranoïa, alors il se demande à qui il a affaire comme ça. Si cette femme ne sent pas l'alcool, alors elle a peut-être pu prendre de la drogue ou bien avoir été frappée. Tyrone n'aime pas trop les cinglés ni les voleurs ni les histoires, mais bon, et si jamais elle lui rappelait sa mère ou sa grande sœur ? Ou si jamais il avait de l'humanité ? Dans la honte qu'il a de lui-même, le gamin se juge inférieur y compris aux fous et aux drogués, mais il sait bien que leur présence peut devenir un poids. Pourtant, il n'a aucune raison d'être agressif, et puis il se sent toujours aussi seul, car rien ne semble jamais pouvoir combler ce vide absolu qui l'étreint.

Comme Tyrone avait crié d'être soudain réveillé, il craint qu'on le chasse bientôt de la ruelle. Les sans-abris, par leur simple présence déjà, dérangent les gens. Aussi il s'exprime à voix basse :

Tyrone (chuchotant et tendant sa main à l'adresse de la jeune femme) : - Eh, ça va M'dame ? J'peux vous être utile ? Vous aider à vous r'lever ? Ou p't êt' à vous asseoir à not' « bar » un instant ?

Et puis il pense :

*Allons bon, est-ce qu'il va falloir entendre des mots décousus, la faire asseoir sur le carré de tissus, ou encore la raccompagner ? J'vais p't êt' pas dormir de sitôt ! Pourtant, misère des misères, qui serais-je pour lui en vouloir ?

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MessageSujet: Re: Du rêve à quelle réalité ? | Eärel   Lun 16 Juil - 21:32



Du rêve à quelle réalité ?



J'ai trébuché sur ce jeune garçon, j'ai pu l'entendre à son cri de douleur, de terreur peut être, je ne saurais dire, mais c'était un cri d'adolescent, d'une personne comme ou quelques choses dans ce goût là. Je ne sais pas ce qu'il fait là, je ne sais pas ce que je fais là, car je suis à moitié stone, je ne sais pas ce que je fais, pas précisément, et cet obstacle m'a enfermé dans une illusion, celle où je suis prise dans un cube de verre, et d'où je ne peux plus sortir, plus vraiment car ce verre me compresse, je n'arrive pas à me relever, je n'ai même pas réaliser que dans ma vulgaire chute, j'ai embarqué son sac de sport, son seul véritable bien en dehors de ces vêtements. Mais ce n'est pas la première fois que je suis prise dans une prison de verre, et la dernière fois, j'ai pu en sortir, il faut simplement que je m'en souvienne, que je réalise que finalement, je suis tout à fait libre de mes mouvements, que je peux me relever sans l'aide de quiconque, qu'il faut que mon esprit lutte contre ce qui le pollue, ce qui l'embrume de façon total et absolu. Mais je n'y arrive pas, je suis prise comme dans un labyrinthe, alors que pourtant, je sais que ce n'est pas le cas, or je n'arrive pas à lutter de façon efficace, cela ne m'est pas possible car la DUST associée à la marijuana embrume complètement mon esprit, ma raison, mon jugement. Pourtant, j'ai pris cela voilà maintenant des heures, parce que j'ai marché loin de chez moi, et peut être que je serais encore en train de marcher si jamais je n'avais pas buttée contre cet obstacle qui n'est autre qu'un jeune homme peut être tout aussi perdu que moi si ce n'est moins d'ailleurs. C'est un tel paradoxe, mais finalement, je réussis à ouvrir les yeux alors que je l'entends me parler sans distinguer ces premières paroles. Est ce qu'il me parle ? Est ce qu'il me menace. Alors, ouvrant les yeux, je secoue la tête comme pour me dégager de cette prison de verre. Et à défaut de disparaître, elle s'agrandit un peu, nous englobant tous les deux. Il me parle à nouveau, et je réussis à distinguer ce qu'il me demande. Je me rends compte que ce sac se trouve sous mon corps frêle, et qu'il ne m'appartient pas. Et c'est finalement sa dernière phrase, sa dernière demande, sa dernière question qui me fait sortir de ma léthargie. Comme si le mot "bar" avait été un mot magique, faisant sortir mon esprit de sa torpeur, pour revenir à une certaine réalité. Je me frotte les yeux et je me mets en position assise, tendant machinalement le sac à son propriétaire comme si cela allait changer quelques choses à notre situation.

" Excuse moi, je ne voulais pas te réveiller. "

Je devrais lui en dire plus, lui expliquer la situation, le pourquoi du comment j'en suis arrivée ici, mais mon cerveau refuse d'en dire plus alors que je suis assise en mode peace and love, comme la camée que je suis devenue voilà maintenant trop longtemps. Mais il faut que je le réalise, que je le comprenne, que je cours des risques insensés. Qui sait ce qui pourrait m'arriver la prochaine fois ? Mes pas m'ont menés loin de chez moi, sans que je ne m'en rende compte. Et si j'avais traversée une grande artère alors que la circulation était trop dense ? Peut être que je me serais fait renversée, peut être que c'est comme ça que je mérite de finir après tout. Peut être qu'il avait raison, peut être que je ne réussirais jamais à devenir chirurgien, peut être que je suis pas fait pour ça. Si je pouvais me voir dans un miroir, je ne me verrais même pas, je ne pourrais voir que l'épave que je suis devenue, une belle jeune femme qui devient laide, qui devient un grand n'importe quoi, qui va finir par mourir d'une overdose, qui va mourir dans l'indifférence la plus générale, une camée de plus, après tout, qu'est ce qui se souviendra de moi ? Je serais en page 32 du Chicago Times, dans la rubrique nécrologique, à côté des chats et des chiens des plus riches propriétaires. Triste fin. Celle qui t'attends ma chère Eärel, celle que sans doute je mérite finalement. Alors je finis par sortir de ma léthargie et je le regarde, sans un mot, parce que je suis complètement perdue, que je le suis de plus en plus souvent, et qu'un jour, cela finira par me perdre.


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MessageSujet: Re: Du rêve à quelle réalité ? | Eärel   Mer 18 Juil - 11:57

QUÊQU' CHOSE DE LOUCHE

L'adolescent incrédule regarde la jeune femme secouer la tête puis se frotter les yeux et ensuite s'asseoir directement sur la pièce de tissus sur laquelle il était couché auparavant. (Dans le sursaut d'effroi qu'il a eu, l'autre étoffe avait disparu quelque part dans l'obscurité.) La dame en question soulève et tend à Tyrone le sac de celui-ci, et le petit gars, outre la frayeur causée par le comportement de l'inconnue, sent aussitôt que son bagage est à présent mouillé : au moins une des deux bouteilles en plastique qu'il contient est à présent crevée, et l'eau s'écoule dans le sac sur les vêtements et les imprègne, elle coule aussi du sac en fin filets audibles. Mais le gamin n'en dit pas moins tout stupidement :

Tyrone : - Merci.

Il pense : *Tyrone y a une espèce de somnambule à moitié cinglée qui tombe sur toi en pleine nuit, puis qui fait exploser la bouteille d'eau dans ton sac, ensuite sans aucune raison elle te passe ton propre sac, et toi tu la remercie ? Tu serais pas un anormal complet ??

*J'ai sûrement à juger personne, j'ai une vie de m… et des problèmes incoercibles, j'suis qu'une pauv' larve et un p... de vaurien. Mais elle, elle en a un sacré, aussi, problème. J' sais pas vraiment, mais… elle a un truc qui cloche.

*Vu que c'est pas très normal de se balader en pleine nuit pour une femme avec tous ces gangs. Quand même elle doit être plutôt du coin, genre de la fête qui vient de se terminer pas loin… à moins qu'elle ait pris de la drogue ou bien qu'elle soit carrément folle.



PREMIÈRES PAROLES

Eärel : - Excuse moi, je ne voulais pas te réveiller.

Tyrone : - C'est rien c'pas grave…

*Au moins, ça me rassure bien qu'elle sache parler ! Elle peut-être une voix un peu absente, ou qui trahit un genre de démission dans le malheur, ce qui confirmerait tout de même mon impression qu'elle fait peut-être partie comme moi du "mauvais côté" de l'Amérique. Mais, à ce qui me semble, elle a rien d'agressif du tout. Alors qu'est-ce qui lui arrive ? Qu'est-ce qu'elle fiche en pleine nuit à me tomber dessus dans cette ruelle déserte ? P... j'ai trop sommeil et j'ai trop faim !...

*Tyrone, pense pas toujours qu'à toi, imagine si des hommes lui tombent dessus en pleine nuit. Non non faut pas imaginer. OK, Tyrone, tu veux pas te souvenir de tes mois de taule non plus, mais sois un peu un dur quand il le faut, essaie de réfléchir un peu et de te conduire intelligemment, même si t'es décidément qu'un abruti de fatigue comme de naissance...

*Il faudrait au moins que je sache à quoi elle ressemble un peu, cette dame, pour commencer. Si des fois c'est une piquée ou une chtarbée, le genre qui fait bien peur, tu vois. Toute cette obscurité me rassure pas du tout. Et en plus, cette dame est là en train de me regarder sans plus rien ajouter, c'est pas franchement bizarre quand même ? C'est sûrement une paumée !


Tyrone après avoir hésité : - Dis euh… t'es SÛRE qu'ça va ?

*J'ai bien une lampe, des allumettes et un briquet quelque part dans mon sac. Bon voyons au passage les dégâts, tout en gardant un œil rivé sur elle (on sait jamais, que je sois prêt à m'écarter si jamais elle se met à s'agiter soudain de manière incohérente).


INVENTAIRE ET NOUVELLE QUESTION

Il se met un pas encore à l'écart, pose son sac de sport au sol, et s'accroupit auprès pour l'ouvrir et en examiner à tâtons le contenu à la recherche d'un moyen d'éclairage. Pendant ce temps, son attention est maintenue sur la jeune femme à proximité et au comportement un peu bizarre. Il trouve et sort du vieux sac de sport la bouteille qui fuit et la pose de côté, puis en goûte l'eau qui a coulé sur ses mains.

*De l'eau pure apparemment, ce serait donc la bouteille d'eau pure qui est crevée. (Je m'en sers pour faire ma toilette le matin.) L'autre bouteille, c'est pour boire : elle contient de l'eau avec des bonbons acidulés dilués dedans pour donner du bon goût. Et où est-ce qu'elle est barrée cette bouteille parfumée de bonbons ?

- Aaaille !!!, *MEERDE !, le c… p… de s…ie, j' me pique sous l'ongle avec mon couteau mmmff !!!… …

*Passons sur la douleur… Et puis au fait, Tyrone, t'es vraiment con ou quoi ?, tu devrais toujours porter ce couteau dans ta chaussette ! OK j'l'y place tout de suite contre ma cheville, on sait jamais…

*Bon, reprenons, la bouteille d'eau sucrée elle est par là, je l'ai, bon elle fuit pas. Encore heureux, y aurait eu de l'eau sucrée sur mes affaires. Je la sors du sac quand même. Hum c'est ce que je pensais, la moitié de mes vêtements est déjà mouillée, et si je les sors pas, ils vont bientôt sentir le moisi, mais je verrai ça ensuite…

*Bon bon, cette dame, ce serait bien qu'on puisse parler un peu ensemble, histoire de voir ce qui lui arrive et ce qui se passe exactement. Je ne suis pas trop rassuré sur sa situation. Elle a pu se disputer avec son « petit ami » (pour ne pas dire son mac) par exemple.


Tyrone, embarrassé, dubitatif, intimidé et un rien maniéré, demande à la jeune femme : - J'veux dire, tu s'rais pas… un peu… comment dire… euh… bizarre, des fois, à te promener toute seule la nuit et à tomber d'un coup, comme ça ? T'aurait pas des fois euh… un p'tit problème ?

Il continue pendant ce temps de fouiller son sac de l'autre main.

*Pfff ! Les allu et la lampe aussi sont toutes trempées. Vite je sors les piles de l'appareil pour les mettre par terre ! Les mouchoirs en papier, mouillés aussi. Le PQ, tout poisseux de flotte, irrécupérable. Les brochures de l'association : des buvards imbibés, OK j'men fous t'façon d' leur prévention. (Hépatite A, maladies en tout genre et j'en passe.) J'vis dans la rue, le reste qu'est-ce j'en ai à f... Et il est où ce p… de briquet ? Je voudrais bien voir si possible à qui j'ai affaire là, juste à côté de moi, et je peux même pas ! Ah zut !…


UNE COLLATION ?

*Bon ben tant pis, en attendant, on va p't être se se désaltérer ?

Tyrone, de manière enjouée et sans agressivité, propose à la jeune femme : - Bon… (soupir) J'te sers euh… du jelli-belli soda ? De la root beer ? Ou mieux ! « le-cock-tail-du-chef » !!?

Il se rapproche de la dame de façon à lui tendre, civilement débouchonnée, la bouteille en plastique contenant de l'eau parfumée aux bonbons acidulés dilués. Il pense :

*Ça pourrait être intéressant d'en savoir un peu plus sur elle, si elle a un chez elle éventuellement, comme ça je pourrais peut-être venir m'y reposer un de ces quatre ?

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