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 the one minute | cameron

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Eamonn O'More



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MessageSujet: the one minute | cameron   Dim 16 Sep - 16:18



The one minute. One minute of
everything at once. And anything before is
nothing. Everything after, nothing. Nothing in
comparison to one minute.
EXORDIUM.

« Rentrez chez vous. » Ça fait des heures qu'ils sont à deux dans la salle, lorgnant sur quelques dossiers, sur quelques cadavres fraîchement arrivés. Des heures qu'aucun mot n'a été échangé. Il a refusé le moindre bruit, le moindre son dans l'enceinte de cette pièce. Le besoin de réfléchir, de comprendre, de tout ressentir ; pour finalement tout perdre lorsqu'elle s'est mise à bailler, le plus silencieusement du monde, certes, mais pas assez. Il a le cœur qui s'emballe, la pression artérielle qui menace encore d'augmenter, l'agacement au fond de ses prunelles qui se trahie dans qu'il n'en vienne à s'en cacher. Car ses grands yeux ronds et bleus se sont posés sur Taylor à ses côtés, soutenant son regard tout juste accroché. « Rentrez. Demain, même heure. Assurez-vous même d'être là en avance, je veux mes rapports sur toutes ces conneries. » Et il s'anime, la laisse respirer, se défaire de sa présence parfois imposée. Celle qui déstabilise parce qu'elle peine à cesser. Ce sont ses habitudes qui ne disparaissent pas, ces habitudes tenaces qui font qu'on préfère l'éviter quand on en possède le choix. Et avant que la porte ne claque, il soutenait toute la pression qui continue de pomper et son sang, et son énergie. Puis, plus rien. Plus rien si ce n'est ce silence des plus intenses, ce silence prenant et envoûtant, salvateur pour l'âme qui reste en cet instant. L'azur qui se voile de ses paupières, un souffle long vient braver le calme de la morgue tandis qu'il se laisse glisser le long du mur, rapidement au sol. Rituel, habitude, peu importe. Il s'offre quelques secondes, rien que quelques secondes pour pouvoir s'éteindre, perdre ses traits fins entre ses mains. Et la voix de Euros semble résonner, se perdre dans les couloirs invisibles de son esprit pour se faire entendre ; ses mises en garde, ses pensées, toutes ses choses qu'ils continuent de souhaiter, puis le sujet de cette enfant sur lequel ils ne s'entendront jamais. Cette enfant qu'ils ne côtoieront jamais. Ils ne seront pas cette famille imaginée, ils ne seront pas cette idée qu'il s'est surprit parfois à espérer. Ils ne le peuvent pas, condamnés à s'aimer dans l'ombre d'une convention sociale des plus ridicules et arriérées, cachés à l'abri des regards indiscrets. Pas de vie heureuse, de portraits accrochés. Pas de soirées heureuses pour se faire envier, pas de démonstrations quant à cet amour parfait. Il a le cœur qui se serre, les souvenirs qui remontent. Encore et encore. Ils ne sont que secrets. Que secrets et mensonges. Rien que cela dans les ténèbres d'un monde qui ne comprendrait pas. « Putain de merde... » Ce n'est qu'un murmure tandis qu'il s'en relève, délaissant le sol qu'il n'a que trop connu durant toute sa vie pour se redresser à hauteur de ses volontés, de ses envies. Un énième soupire avant qu'il ne récupère son manteau, ses dossiers, tout ce qu'il doit encore éclaircir pour ceux qui viendront les récupérer. Un coup d’œil sur sa montre, une simple indication qui viendrait établir un bilan simple et direct de cette journée : ça fait douze heures. « Douze putain d'heures, encore. Putain. » Putain.

Les pas qui résonnent dans l'escalier menant au parking. Il a l'esprit ailleurs, loin, trop loin pour pleinement penser, faire attention, s'attarder sur les regards qui le guettent, le toisent ; sur ces brefs mots qu'il croit percevoir, à moins que ce ne soit son esprit qui ne joue encore. Encore, encore et encore. Comme trop souvent, trop souvent quand le sommeil commence à manquer, quand les paquets de cigarettes ne se font plus suffisants. Et à s'y attarder, Dieu qu'il pourrait s'en fumer un en entier. C'est la dernière réflexion simple qui viendra courir dans les sentiers froids de son âme, la dernière qui s'imposera à sa conscience avant que l'azur clair et glacial de ses prunelles ne vienne se perdre sur la silhouette qui patiente, là, de dos, à côté de sa voiture. Il ose s'arrêter, prendre quelques secondes pour secouer la tête, essayer de se raisonner. Mais elle demeure, claire, nette, précise sous son regard qui tient, levé sur tout ce qu'il vient imaginer. Il l'a souvent vu, l'a assez retenu. Il se souvient de cette prestance, de cette tenue ; aussi fière et droite que sa mère, aussi impassible et immobile que son père : ils ne pourraient la renier. Brona. Et pourtant, jusqu'alors, jamais il n'est allé se présenter ; plus depuis bien des années. Il avait tiré un trait sur cette idée, s'était conforté dans une seule et même idée, la même que Euros s'évertuait à lui ancrer : il n'existe rien qui puisse convenir pour cette gamine à leurs côtés. C'est la raison pour laquelle il croit percevoir les battements de son propre cœur sous sa peau, frappant à s'en faire mal contre la cage thoracique déjà trop sollicitée par la cigarette et la manière dont il peut parfois en tousser. Ce qui commence à manquer, ce qui commence grandement à être silencieusement réclamé. « Et puis merde. » Alors il s'y résout, Eamonn. Il ose, franchissant les derniers mètres qui le coupent de son véhicule, réajustant son masque terne et froid, celui qui éloigne plus qu'il n'attire. Ils n'ont jamais été aussi près, jamais.      

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Cameron Whalley



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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Mer 19 Sep - 21:55

The One Minute
EXORDIUM.
C’est ce que l’on appelle le destin. Un cadeau du ciel. A mesure que ses doigts parcourent habilement le clavier de son téléphone, la jeune femme a le sourire qui ne se décroche pas, qui refuse de fuir face à ce cadeau du ciel que de pouvoir retrouver celle qui a fait chavirer son cœur pour de bon. Qui lui a ouvert les portes des plaisirs insoupçonnés, qu’elle pensait inexistants.
Sadie. Cette petite merveille. Cette incroyable opportunité. Cette putain qui finira par tapiner sous un pont pour quelques grammes de coke, comme sa mère. De ça, elle s’en fait la promesse. Mais pour le moment, elle prend plaisir à retrouver son sujet d’expérience, à lui faire savoir que le destin les a réunis de nouveau malgré quelques mois de séparation.

Et ce destin porte un nom. Il en porte même deux. Cameron elle-même en est l’enfant et c’est certainement ce qui fait d’elle l’être incroyable qu’elle est aujourd’hui.
Habile, rapide, elle recompte minutieusement et soigneusement les billets verts qu’elle glisse dans une enveloppe aux recoins parfaits. Rien n’est abîmé, rien ne l’est jamais. Sauf lorsqu’elle le décide. Un coup de langue humide et elle scelle le loyer qu’elle doit à ce jeune fonctionnaire qui ne s’en sort pas, qui se retrouve obligé de sous-louer son appartement pendant qu’il crèche chez ses parents, croulant sous les dettes d’elle ne sait quoi. Ça ne la regarde pas, elle s’en fout, tant qu’elle peut se louer ce petit studio jusqu’à ce qu’elle puisse avoir son propre chez elle. Ce cocon de tranquillité et aseptisé.

Cameron jette un œil sur sa montre dont la vitre relui sans rayures et se décolle de sa chaise pour revêtir sa nudité blafarde d’un jean et d’un chemisier blanc sans l’ombre d’un pli, qu’elle agrémente d’une veste légère. Vans aux pieds, la jeune femme sort de son non-appartement, dépose l’enveloppe dans sa propre boîte aux lettres dont le propriétaire viendra dépouiller de son contenu à 22h pile. Une vieille habite, a-t-il dit, il aime lorsque tout est chronométré et à l’heure. Comme le loyer. Audace incompréhensible de lui faire sous-entendre cela lorsque ce type trempe dans l’illégalité même en lui sous-louant son appartement. Peu lui importe, elle a bien autre chose à foutre que de se soucier de l’inutilité qu’il représente. Ce soir, son esprit est focalisé sur un tout autre but, bien plus intéressant et excitant.
C’est ce qui règne dans ses veines : l’excitation. Peut-être une part d’appréhension aussi. Et c’est loin d’être la peur de la première rencontre qui l’habite mais celle de la déception. Eamonn O’More. Même nom de famille que sa chère et tendre mère qu’elle n’a pas encore eu l’occasion de rencontrer en face à face mais qu’elle a eu tout le plaisir de contempler de loin. Même visage, même regard, elle s’est reconnue avec quelques décennies de plus, à peine. Une merveille, une beauté taillée dans le marbre éternel. La froideur de ses traits, l’assurance dans ses pas, si elle n’était pas sa génitrice, elle brûlerait d’envie de la faire chuter de sa tour d’ivoire en brisant la confiance qu’elle porte si fièrement sur ses épaules de flic.
Mais comme elle l’a souvent entendu dire : On a dit pas les mamans.

Cameron réajuste son sac à main sur l’épaule lorsqu’elle arrive sur le parking du l’institut médico-légale. Elle n’a aucune idée du temps qu’il lui reste à tuer mais elle a bien à faire en regardant sous toutes les coutures la bagnole de celui qu’elle présume être son oncle. En tout cas, un membre de la famille suffisamment proche pour venir braver les limites de l’interdit dressés par l’adoption. Et cette gueule si atypique, elle ne l’oubliera jamais. Cameron n’oublie jamais rien.
Elle se plante là, près de la carrosserie et le temps défile, flirtant sans abus avec sa patience de fer tandis qu’elle s’imagine avec une sincère curiosité tout ce qu’il peut se passer derrière ses murs si sinistres. Les corps découpés, les organes retirés, pesés. Les cerveaux disséqués. Son attention est capturé par le corps frêle et plus minuscule qu’elle qui trace sa route, tête entre ses épaules, fuyant l’endroit d’un pas rapide mais fatigué. Cameron l’ignore et tourne le dos, jetant son dévolu cette fois sur le décor derrière elle. Elle le scrute, en imprime les moindres détails, comme lorsqu’elle attendait dans le bureau de la directrice après convocation, dans la salle d’attente du médecin pour une banale angine. Elle se perd dans cette contemplation jusqu’à ce qu’un bruit de pas lourd et vif ne la tire de ses pensées.
Son cœur palpite lorsqu’il entre dans son champ de vision, lorsque son visage entre dans le rayon lumineux du lampadaire. Elle doit l’admettre, il est encore plus beau qu’il y a quelques années. Un visage que le temps a marqué de ses épreuves, par l’âge également mais à peine. Mâchoire carrée, regard aussi clair que le sien, presque glacial.
Osseux.
C’est le mot qui lui sert de description pour cet homme qui partage son sang et qui saura certainement lui donner les informations qu’elle souhaite avoir. S’il s’est tant acharné à vouloir la voir et à lui verser tout cet argent durant toutes ces années, ça n’est certainement pas par acquis de conscience, si ?

- Eamonn O’More ?

Bien évidemment que c’est lui mais elle joue les politesses, avec ce parfait masque d’innocence et de candeur. Presque intimidée.

- Désolée de venir vous importunité sur votre lieu de travail et de ne pas vous avoir prévenu de ma venue. Pause. Je sais que vous êtes celui qui est venue durant toutes ces années.

Elle tâte le terrain, palpe les contours pour savoir jusqu’où elle peut s’aventurer. Et pas à un seul moment elle ne détache son regard de lui, ses pupilles résolument ancrées dans les siennes. Une manie qui met mal à l’aise tellement de gens, qui ne savent plus où regarder lorsque cette femme braque ses deux billes claires dans les votre, sans en décrocher.
Cameron se demande s’il s’y attendait qu’un jour elle débarque pour demander des comptes, qu’on l’éclaire sur qui elle est, d’où elle vient. L’impassibilité de l’homme est surprenante ?

- Oncle ? Elle capte l’étincelle dans son regard, c’est ce qu’elle cherche à faire lorsqu’elle se montre si abrupte. C’est ce que j’en ai déduit vu vos noms de famille similaire.

Et avec ça, un sourire. Si tendre.

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Sam 22 Sep - 15:38



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EXORDIUM.

Le regard qui pèse le long de ses épaules, qui guette chacun de ses gestes, de ses pas. Le regard qui pèse sur sa conscience, ce petit bout d'Elle, de Lui, de ce qu'ils avaient été fut un temps, avant que le monde et les âges ne les séparent durant dix ans. Il a le palpitant qui s'anime, qui s'enflamme, il a tous ces souvenirs qui remontent, qui s'embrasent. Et l'azur de ses prunelles qui guette à son tour, qui accroche ce même regard que celui qui perçoit, le matin, dans le miroir. Longues ont été les années avant que sa présence ne vienne jusqu'à lui se risquer ; longues ont été les années avant que ce secret ne vienne le rattraper. « Eamonn O’More ? » Tant pis pour la cigarette, pour ses plans routiniers. Tant pis pour le repos qu'il attendait, ces heures de sommeil bien méritées. Tant pis. Il s'arrête, vient soupeser son âme de l'éclat clair de ses prunelles. Il guette, essaie de deviner. Il guette et veut comprendre ce qui peut bien l'amener. Il n'est rien qui puisse lui être bénéfique dans la vie qu'ils se sont construit, celle qu'ils ont finalement terni par souci de gloire, de grandeur, d'un trop plein d'envies. Il n'y a rien pour elle ici. « Désolée de venir vous importuner sur votre lieu de travail et de ne pas vous avoir prévenu de ma venue. Je sais que vous êtes celui qui est venu durant toutes ces années. » Un flash, une image. Le souvenir de beaux yeux bleus curieux, captant son attention de derrière l'une des seules fenêtres à portée de vue. Il se souvient l'avoir vu, ce jour-là, guettant sa venue et l'habitude de ses pas. Il se souvient qu'elle lui avait souri, qu'elle n'avait pas arrêté. Il se souvient avoir cessé de s'y rendre au risque de céder. Puis, finalement, il attend silencieux, se souvient s'être fait la promesse de ne pas intervenir ; jamais. Et Dieu sait que ça commence à lui peser, lui qui sent toutes ses émotions s'entrechoquer. Raison pour laquelle il garde son regard dans le sien, sale manie que de toiser les gens pour s'assurer de leur attention ; quand bien même, ici, il est celui qui demeure silencieux. « Oncle ? » Il tique, sent les nerfs de son front, de ses tempes s'animer. C'est plus fort que lui, si elle savait. « C’est ce que j’en ai déduit vu vos noms de famille similaire. » Ce qu'elle en déduit, ou ce qu'on est venu lui dire lorsqu'il s'y rendait à l'orée de quelques nuits. Il a son sang qui commence à brûler, cette volonté de répondre qui vient se perdre sur tout le long de sa trachée mais rien. Rien encore ne vient franchir la barrière de ses lèvres. Il n'a pas la moindre idée de ce qu'il doit énoncer, pas la moindre idée de la manière dont cet instant devrait se passer. C'est hors du temps, hors de ses pensées, hors de toutes ces images qu'il s'était imaginé. Eamonn est bouffé par l'effet de surprise qu'il n'arrive pourtant pas à trahir le long de ses traits. Impassible, immuable, vide.

« C'est ce qu'ils t'ont dit ? » La question résonne dans le parking, la voix abîmée par le temps, la cigarette, l'âge qui s'étend. Il ne cherche pas vraiment à l'en faire douter, il veut savoir, seulement. Savoir ô combien ils sont parvenus à l'évincer, lui et ce titre qui devrait lui revenir. Parce qu'elle est leur, à eux plus qu'à ces deux-là. Mais ils se ravivent, comme à chaque fois que l'une d'Elles hante son esprit et ses parois, ses sentiments. Ils gagnent du terrain, viennent se frayer un nouveau chemin. Il sent leur poison se risquer jusqu'en son cœur, rappelant à son âme silencieuse tous les souhaits qu'il s'était risqué à faire. Et le regard qui ne s'en défait pas, qui patiente silencieusement, qui attend. Oui, il attend de pouvoir les haïr réellement, de pouvoir justifier toutes ces menaces faites lorsqu'il n'était qu'un adolescent. Dieu qu'il pourrait aller les tuer, ceux-là, juste pour avoir touché à son enfant. A leur enfant. « Quelles histoires ils t'ont conté pour que tu trouves le courage de venir jusque-là, Brona ? » C'est instinctif plus que réfléchi, il le sait pourtant ce prénom que sa famille actuelle a tenu à lui donner plutôt que celui qu'ils avaient supposé, Euros et lui, fruit de leur amour caché. Elle n'est pas sa fille, sur les papiers. Elle ne le sera jamais, quand bien même il l'avait par le passé tant souhaité. Ça commence à le ronger, à le perdre que de l'avoir aussi proche et à la fois aussi loin. Des inconnus, c'est ce qu'ils sont devenus, ces deux êtres qui malgré eux l'avaient perdu. Et pourtant, la voilà, plus forte lui semble-t-il que jamais. « Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Il t'envoie pour voir si j'honore les conditions qui avaient été données ? » Les enculés.

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Jeu 4 Oct - 12:41

The One Minute
EXORDIUM.
Eamonn est un mur qui se craquèle, laisse entrevoir les prémices d’une destruction imminente. C’est ce que son visage lui exprime. Il se crispe, serre cette mâchoire qui se contracte, les nerfs de son front s’expriment, Cameron peut en voir les muscles et les veines se gonfler légèrement sous l’emprise. Elle use de mots qui lui font mal ou qui l’agacent. Peut-être les deux ?
Elle a devant elle une partie de son sang, elle n’en connait pas encore le degré mais c’est suffisant pour le moment pour instaurer une sorte de respect, d’avoir l’envie sincère et franche de le connaitre, le découvrir, puisque même si ce dernier n’est « qu’un oncle », une attraction étrange la pousse à vouloir l’étudier sous toutes ces coutures. Elle lutte pour ne pas lui tourner autour. Pas comme un prédateur mais comme une curiosité, un besoin irrépressible de sentir la peau de son cou, de l’effleurer du bout des doigts pour sentir les veines si énervées palpiter. Mais le plus intriguant reste son silence de glace, ses yeux iceberg plantés dans les siens. La jeune femme prend alors conscience que lui non plus ne cille pas, lui non plus ne se dérobe pas de son regard. Ils se fixent, s’accrochent. Et c’est une étrange alchimie qui s’opère, innommable, de quoi lui donner un frisson agréable sur la nuque.

- C'est ce qu'ils t'ont dit ?

Sa voix la transperce. Rocailleuse, certainement abîmée par la clope, la nicotine qui empoisonne cette gorge massive. C’est la première fois qu’il parle et elle trouve ce timbre joli, beau. Pur dans son inégalité, dans l’usure du temps. Une mélodie qui lui évoque une multitude de sensation, d’émotion, elle qui est souvent si vide.
Mais au-delà de tout ça, la véhémence qu’elle sent dans cette question l’interpelle. « C’est ce qu’ils t’ont dit ». Prononcer comme un mensonge.

- Quelles histoires ils t'ont conté pour que tu trouves le courage de venir jusque-là, Brona

Brona ? La familiarité la frappe et la surprise se marque, volontairement ou non. Elle perçoit la colère, le mépris aussi. Voir, le dégoût. Pour qui, pour elle ? Non. Jamais il n’aurait usé de ce qui semble être son véritable prénom si c’était le cas. Envers ses parents adoptifs ? Plus plausible, surtout en vue de souvenirs qu’elle conserve des visites d’Eamonn, où ce dernier s’est fait renvoyer chier plus d’une fois. Comme un vieux clébard qui n’a rien à foutre là.
Cameron réfléchit, vive, futée. Elle a l’impression que les pièces du puzzle se rassemble enfin pour laisser entrevoir une partie du tableau qui est bien plus tordu qu’elle ne l’avait imaginée.

- Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Il t'envoie pour voir si j'honore les conditions qui avaient été données ?

La jeune femme sera toujours agréablement surprise de voir toutes les informations qu’il est possible de glaner lorsque vous débarquer comme un cheveu sur la soupe, après avoir balancer quelques mots bien choisit. En moins de deux minutes elle en a plus appris qu’en plusieurs mois d’études et d’interrogatoire auprès de ses parents adoptifs.
Brona. Conditions. Mensonge.
Une question la taraude depuis le moment où elle a compris, où elle a su. Pourquoi un oncle se débattrait plus que sa propre mère ? A moins que cette dernière ne l’a volontairement oubliée ? Méprisée ?

La vérité semble se tisser en arrière-plan, sans qu’elle ne veuille véritablement le croire. Cameron ne se précipite pas, préfère rassembler les éléments uns à uns plutôt que de se fourvoyer. La patience est son atout et personne ici ne pourrait imaginer à quel point elle peut l’être, envers et contre tout.

- Voilà donc mon véritable prénom. Brona.

Un sourire attendrit, touché et touchant.

- J’aime beaucoup.

Et là encore, elle ne ment pas.
Brona résonne là aussi comme une douce mélodie. La promesse d’une personne qu’elle aurait pu être aux côtés de sa véritable famille. Aurait-elle été différente si elle avait été élevée par ses géniteurs ? Non. Elle le sait, ce qu’elle a en elle est gravé dans ses veines, dans ses gènes. C’est exactement ce qu’elle est, ce qu’elle aurait dû être quoi qu’il arrive.

- Si vous voulez tout savoir, ils ne m’ont rien dit et c’est pour ça que je suis ici. Pour comprendre et apprendre.

Comprendre pourquoi l’avoir abandonné, apprendre qui est sa mère. Son père. Et cet oncle qui n’est pas oncle. Elle le sent dans ses façons de réagir un peu trop brusques, presque agacé de se voir affublé de la mauvaise dénomination.
Doit-elle l’appeler « père » ? L’idée lui parait à la fois évidente et complètement irrationnel. Alors, encore une fois, Cameron tait ses idées qui fusent et fleurissent comme ces fleurs au printemps, saison préférée avec l’automne.

- La seule chose que j’ai pu obtenir d’eux a été ce morceau de papier. La jeune femme ouvre son sac et déplie soigneusement la feuille intacte mais légèrement jaunit par le temps. Euros O’More. C’est tout ce que j’ai. J’ai dû faire quelques recherches pour parvenir jusqu’à vous.

Et ça n’a pas été si compliqué que ça. Si le nom de famille aurait pu paraitre « commun » - bien qu’il ne l’est pas tant que ça -, le prénom de sa génitrice, lui, est peu ordinaire. Et c’est ce qui rend l’existence de cette femme plus glorieuse encore.

- Pourquoi vous êtes vous acharné à sa place ?

La question est claire et posée sans détour, encore une fois sans détacher son regard du sien.



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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Dim 7 Oct - 22:20



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Il a cet éclat bleuté qui semble vouloir briller, là, derrière l'obscurité du parking dans lequel ils se tiennent, immobiles. Statues de marbre qui se contemplent, qui s'essaient à apprendre tout l'un de l'autre par le silence. Elle a cette même manie, cette habitude tenace qui le tient depuis des années, son regard sur lui appuyé qui peine à dévier. Ce même regard qu'il pensait ne jamais croiser si ce n'est par erreur, certains soirs, quand l'envie de se rassurer quant à sa situation le prenait ; l'élan paternel qu'ils disaient. Le palpitant qui continue de frapper, de s'alarmer quant à cette proximité tant rêvé. Il l'avait imaginé, cet instant, durant bien trop longtemps. Il s'était imaginé les mots, les réactions, tout ce qui pourrait rendre ce moment un peu plus beau. Et pourtant, pourtant tout se défait au fur et à mesure qu'il comprend ; elle leur est si semblable que rien ne sera jamais si simple et aisé, aussi empli de cette normalité bizarrement imaginée. Alors la réponse à sa question, il l'attend de pied ferme, pensant déjà au stade de médiocrité auquel pourrait alors parvenir cette soirée. Et s'ils s'affairaient à le piéger, si tout cet instant n'était qu'un cirque de plus pour pouvoir le coincer ? L'espace d'une seconde, il hésite à se perdre sur cette possibilité. Les mains qui ne tremblent paradoxalement pas, il se contente seulement de tendre l'oreille quand la voix de la jeune femme lui revient ; assurée, semblable à celle de Euros quand ils n'étaient que des gamins un peu paumés. « Voilà donc mon véritable prénom. Brona. » Une tendre surprise qui se trahie en un sourire le long de ses lèvres et ce toisement qui n'en finit pas, lui n'en dévie toujours pas. Héritage conservé, la preuve même que le titre évoqué ne lui convient pas tellement en vérité. « J’aime beaucoup. » Et eux l'avaient aimé tout autant, avant qu'on ne vienne leur enlever cet enfant. « Si vous voulez tout savoir, ils ne m’ont rien dit et c’est pour ça que je suis ici. Pour comprendre et apprendre. » Enfin, l'idée d'une embuscade s'écarte à moitié, il laisse un léger soupçon de surprise se perdre le long de ses traits. Et la lueur de curiosité qu'il percevait le long des siens ne fait presque que s'intensifier. « La seule chose que j’ai pu obtenir d’eux a été ce morceau de papier. Un geste lent de la main et, de son sac, machinalement, elle vient en sortir ce qu'elle vient d'évoquer, laissant le loisir à Eamonn de tout imaginer. Tout. Parce qu'il ne se souvient que trop peu de cet instant, le temps ayant abîmé ses souvenirs, la douleur et ses sbires. Euros O’More. C’est tout ce que j’ai. J’ai dû faire quelques recherches pour parvenir jusqu’à vous. » Un long frisson vient parcourir son dos quand elle énonce le nom de sa sœur, de cette amante qu'il s'est risqué à aimer plus que de raison. « Pourquoi vous êtes vous acharné à sa place ? »

C'est cette question qui vient résonner autour d'eux, perdue dans l'espace-temps qui s'écoule désormais – lui semble-t-il – bien plus lentement. Ses poumons commencent à manquer d'air et, paradoxalement, à manquer de cette fumée d'ordinaire trop inhalée. Là, il se contente de la guetter, un bref soupire venant braver ses lèvres, la forme parfaite de ces dernières qui se brise en une légère grimace. Il hésite à parler, à continuer. Il hésite à donner suite à cette conversation qu'il avait, pourtant, si longtemps espéré. La voilà, la seule continuité à sa chair désirée, la seule qu'il n'ait pas été en mesure d'éduquer, de voir grandir. La seule qu'on lui ait refusé d'élever puisque fruit du pire. Et malgré ça, il avait mit du cœur à ce qu'elle ne manque de rien. Il avait mit du cœur à s'assurer que rien ne pourrait lui arriver. Il avait fait la promesse de les protéger, ce soir-là, quand on venait les séparer malgré les cris, les haussements de voix. Il a ces images qui lui reviennent parfois, ce soir encore en y songeant maintenant qu'elle est là. Là, devant lui, souhait de beaucoup de nuits. Et, finalement, le murmure imparfait de sa voix réinstaure ses droits, venant briser le silence installé de quelques syllabes mal réfléchis, Eamonn loin d'y avoir pleinement pensé. « Pourquoi, à ton avis ? » Et si derrière eux le monde continue de s'animer, les choses de se passer ; son univers à lui semble s'être arrêté. Tout lui semble si long, si lointain. Tout lui semble si abstrait maintenant qu'ils sont si près. C'est comme si tout n'était qu'un rêve, un temps hors du temps. Paradoxe ambiant. Il croit tout ressentir comme il croit rien n'y parvenir, le vide considérable qui viendrait étrangement se remplir. L'esprit d'ordinaire défait de toute émotion qui s'en enivre aussi certainement que lorsque Euros se tient à ses côtés, rappelant au rat irlandais qu'il n'a jamais été question d'abandonner ; que tout lui était dû, quoi qui puisse arriver. Elles sont siennes, l'ont toujours été. « Pourquoi ils n'iraient rien te dire ? Pourquoi je m'acharnerai malgré ça ? Tu m'as l'air d'une fille intelligente, j'ose l'espérer. » Tant pis pour les promesses qu'il avait pu faire, tant pis pour cette parole faite que de se taire. Il a le cœur qui réclame une certaine justice quant à tout ce qu'il a enduré, et l'avoir ici ce soir résulte du préjudice qu'on se doit de lui réparer. Brona mérite de savoir qu'en une autre vie, ils auraient pu être là, Euros et lui. Ses parents, bien que rien ne lui ait été dit.

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Sam 10 Nov - 22:59


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EXORDIUM.
Elle veut l’entendre dire. C’est la seule raison pour laquelle elle tait cette appellation. Cameron veut voir ses lèvres minces articuler le mot « père » même si l’idée lui parait tout d’abord improbable.
Jusqu’à ce qu’elle se mue en évidence. Mais comment pourrait-elle être si certaine lorsqu’elle n’a devant elle qu’un amas de zone d’ombre. L’adulte a cette putain de manie à jouer aux devinettes, comme si les plus jeunes étaient des êtres bien trop stupides pour comprendre ce qu’ils pourraient entendre. Comme si ELLE était bien trop stupide.
Cameron s’est souvent dit que si cet homme lui a laissé cet argent, c’est en partie pour qu’un jour, elle les retrouve. Et c’est exactement ce qu’elle a fait. A mettre de côté chaque centime, chaque dollar, pour un jour se démerder seule, venir ici et entamer ses propres recherches. S’éloigner de cette médiocrité, elle qui vaut bien mieux que ça.

- Pourquoi, à ton avis ?

Elle reste silencieuse. Elle approche du dénouement, c’est une évidence. Ce « pourquoi » est si acide que la vérité ne peut pas être autrement.
Et quelque part, ça lui porte un coup au cœur que de se savoir née d’une relation tant méprisée, anomalie de la nature ne donnant naissance qu’à des tares. Est-ce la raison pour laquelle ils l’ont abandonné ? Laissé crever dans auprès de cette famille banale à mourir ?

Cameron sent l’amertume gagner le fond de son palais mais là encore, elle ne bronche pas. Elle laisse Eamonn dans son jus, cette colère froide brillant au fond de ses prunelles si claires.

- Pourquoi ils n'iraient rien te dire ? Pourquoi je m'acharnerai malgré ça ? Tu m'as l'air d'une fille intelligente, j'ose l'espérer.

Un ricanement lui échappe des lèvres. S’il savait.
Son intelligence est innée et Cameron s’est chargée de l’aiguisé, d’en faire une arme aussi violente et sanglante que pourrait l’être une lame de couteau. Elle est cette araignée qui tisse sa toile en silence, en secret, jusqu’à piéger sa proie tant convoitée. Elle aime prendre le temps pour faire les choses bien et cette rencontre est une énième preuve de sa patience.
Des années qu’elle attend le bon moment, d’avoir assez d’économie pour se permettre un petit bout de vie ici.

- Si je ne l’étais pas, je ne serais pas ici, vous vous en douterez.

Son sourire est franc, sincère. La jeune femme se demande si ses fameux parents sont à son image. De ce qu’elle constate, elle a obtenu cette mimique de celui qui s’avère être son père. Ce même bleu froid, cette même insistance dans le regard. Elle est la naissance d’un amour incestueux mais pourtant si pure. Elle le sent, le sait. La communion des mêmes gênes ont fait d’elle une personnalité à part entière. Quelqu’un d’exceptionnelle. Eammon et Euros ne s’imaginent certainement pas l’ampleur de cette perfection qu’ils ont créés de par leur amour interdit et controversé.

- J’ai eu leur version, je veux la vôtre. Sa voix raisonne toujours comme une caresse, une douceur voluptueuse qui vous entoure. J’estime avoir le droit d’obtenir mes propres réponses. C’est pour ça que je suis là. J’ai cumulé chaque centime, chaque dollar que vous avez donné pour pouvoir me présenter un jour et retrouver mes vrais parents.

Elle lui dévoile sa patience et surtout, sa détermination à un jour les retrouver tous les deux. Cameron aime à tâter le terrain, à observer chacune des réactions de cet homme qu’elle apprend en silence.

- Et pour être tout à fait honnête, je me fous bien de ce que pense mes parents adoptifs ou qui que ce soit d’autre. Ce qui m’intéresse c’est vous. Vous et ma mère biologique, Euros.

Et si elle devait être une pièce rapportée et éjectée sans même une explication, alors elle n’en resterait pas là. Mieux, elle prendrait le temps de leur montrer la merveille qu’ils ont engendré et qu’ils auront stupidement rejetée.



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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Dim 25 Nov - 21:19



The one minute. One minute of
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nothing. Everything after, nothing. Nothing in
comparison to one minute.
EXORDIUM.

Elle a les traits qui se font et se défont, cette manière de rire des choses absurdes ; tout comme Euros. Il croit la voir, là, quelque-part dans le reflet qu'elle lui impose. C'était il y a des années, quand l'imprudence des choses ne pouvait pas encore les séparer. S'ils avaient su ; eh bien, ils n'auraient rien fait. Les choses se seraient déroulées quand même et Brona se serait à nouveau présenter. Eamonn, à bien y réfléchir, ne reviendrait sur ces faits pour rien au monde. Jamais. Pas maintenant qu'il perçoit, d'un peu plus près, cette perle précieuse qu'on lui a arraché, qu'on lui a interdit d'approcher. Démon des heures perdues qu'on a laissé s'estomper. « Si je ne l’étais pas, je ne serais pas ici, vous vous en doutez. » Évidemment. Et si lui ne tique pas, la situation bien trop surprenante pour que les choses ne puissent s'installer, elle – en revanche – en affiche un large sourire. Elle a cette assurance qu'il se connaît, celle qu'il a vu s'installer en Euros durant ces dernières années. Ni elle, ni lui ne pourrait la renier. Il le voit, le perçoit plus clairement encore que lorsqu'il se risquait jusqu'à quelques mètres de sa présence, dans l'ombre d'un immeuble, dans l'angle d'une voiture garée, à l'abri d'une foule n'en pouvait plus de se densifier. « J’ai eu leur version, je veux la vôtre. J’estime avoir le droit d’obtenir mes propres réponses. C’est pour ça que je suis là. J’ai cumulé chaque centime, chaque dollar que vous avez donné pour pouvoir me présenter un jour et retrouver mes vrais parents. » Elle insiste sur les derniers mots, lui semble-t-il. C'est rappeler à sa mémoire la raison de sa venue, de son apparition entre ces murs-là et pleinement à sa vue. Elle est là pour Euros, elle est là pour lui. C'est différent de ce qu'il avait imaginé mais ils y sont enfin, malgré les mises en garde de sa propre sœur, du dernier ami qui semble lui rester. Ils y sont enfin, oui, à ces retrouvailles qu'il s'était mit à espérer en secret. Une requête qu'ils partageaient certainement, à en juger la patience qu'elle vient de lui décrire. « Et pour être tout à fait honnête, je me fous bien de ce que pense mes parents adoptifs ou qui que ce soit d’autre. Ce qui m’intéresse c’est vous. Vous et ma mère biologique, Euros. » Le coup est direct et sa respiration déjà hasardeuse à cause des cigarettes qu'il ne cesse de fumer vient à s’accélérer, à se faire un peu plus irrégulière qu'elle ne l'avait déjà été. C'est instinctif, tous ses sens commencent à s'éveiller. Dieu qu'il aimerait davantage s'avancer, se perdre jusqu'à elle pour tout apprendre de ce qu'il a loupé ; elle est le fruit même de tout l'amour qu'il avait pu porter. Tout ce qu'on lui avait interdit, tout ce qu'on était parvenu à lui refuser. La vue même de ce qu'il avait engendré, ce semblant de perfection qu'il croit pouvoir affirmer.

« J'avais choisi de m'en foutre aussi avant qu'ils viennent t'chercher. » Un détail de plus, le passé qui surgie dans ses songes abîmés. Il a, en mémoire, les hurlements de Euros quand on venait les séparer, l'emmener loin de cette protection qu'ils s'étaient créés. Les veines qui s'en gonflent, le palpitant qui s'emballe et le regard qui peine à flancher, qui ne le pourrait pas même si son attitude aurait été toute autre. Il a ce besoin de réaliser, maintenant qu'il se souvient, que cet instant est bien réel et à portée. « Et j'avais choisi de m'en foutre aussi quand les bâtards chez qui tu étais m'ont interdit de m'approcher au risque de foutre en l'air tout ce que j'essayais d'avoir. » Sur ces mots-là, il ose quelques pas, s'offrant à la maigre lumière du parking dans lequel ils se tiennent tels deux rivaux alors qu'ils sont l'opposé même de ce terme. « S'en foutre c'est donner l'occasion aux autres de te baiser. » Les mots résonnent, se perdent entre eux deux tandis qu'il s'est davantage approché, détaillant ses traits, tout ce qu'il peut appeler des similarités. Il essaie de tenir, de tout contenir. Il essaie de perdre cette émotivité qui s'immisce en lui dès que les choses viennent les concerner. Les concerner, elle, Euros, tout ce qu'elles seront pour lui et à jamais, l'unique force qu'il puisse à jamais – oui – puiser. « Et j'ai failli me faire baiser en essayant de te récupérer. » L'annonce est faite, encore implicite mais bien présente. Elle est là, dictée dans des mots qui masquent la vérité dont elle se doute désormais bien assez. Eamonn aurait dû se taire mais n'en possède pas la force nécessaire pour s'y atteler. « J'aimerai pouvoir te dire que venir était une bonne idée, Brona, mais ce serait mentir selon la société. Alors tires-toi et évites toi des problèmes avec ces vérités. » Il tique en énonçant ces mots, bordel qu'il aurait pu tout faire pour s'épargner ce discours. Mais il est nécessaire, pour lui, pour Euros qui tient à faire taire toutes les réalités qui concernent celle qu'il contemple encore sans flancher. Il sait qu'elle ne cédera pas, la jeune femme, il le devine à la manière dont elle manque cruellement de réactions instantanées ; si elle a hérité de certaines choses de sa part, elle tient davantage de Euros et de cette froideur qu'elle abrite. « Ni Euros, ni moi ne sommes digne d’intérêts. »

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Ven 7 Déc - 19:07

The One Minute
EXORDIUM.
- J'avais choisi de m'en foutre aussi avant qu'ils viennent t'chercher.

Un détail supplémentaire vient se loger dans une boite de son esprit, celle qu’elle destine à ses origines et ses parents biologiques. « Ils ». Ceux qui ont visiblement prit la décision sans consentement de l’arracher à ce couple si atypique aux yeux d’une société entière.
« Ils ». Ceux qu’elle tient pour responsable désormais de cette vie si banale qui lui a été offerte. Si peu spéciale. Responsable de l’avoir reléguer à ce couple chiant comme la mort, à la considérer comme une ineptie sociétale et familiale alors qu’elle est née unique et parfaite. Surdouée et débrouillarde. Ils l’ont réduit en un déchet qu’elle n’est pas. Elle devrait les crever, tous autant qu’ils sont. Foutre leur nez dans leur pauvre merde pathétique qu’est leur vie sans saveur, rangé dans leurs foutues cases jusqu’à les pousser au suicide de se rendre compte à quel point ils ne sont rien.

- Et j'avais choisi de m'en foutre aussi quand les bâtards chez qui tu étais m'ont interdit de m'approcher au risque de foutre en l'air tout ce que j'essayais d'avoir.

Eux aussi, mériteraient la mort. Qui étaient-ils pour prendre cette décision à sa place à elle ? De juger s’il était bon pour Cameron qu’elle ne connaisse pas son véritable père ? C’est une manie qu’ils ont tous, à vouloir faire des choix pour les autres, leurs gosses, leurs potes, leur famille, s’estimant plus légitime que le ou la concerner. Elle ne peut que ravaler cette acidité qui grimpe, qui caractérise cette colère froide mais meurtrière. Elle savait ses parents adoptifs quelque peu stupides et elle remercie sa propre intelligence pour avoir su ne pas suivre le mouvement comme un vulgaire mouton. Auquel cas, elle serait devenue une jeune femme sans saveur et intérêt. Bonne pour le fossé des moins que rien.
Elle leur en veut, profondément. Bien qu’elle ne soit pas plus étonnée que ça mais de l’entendre dire de sa bouche à lui apporte étrangement un autre poids à tout ça.

- S'en foutre c'est donner l'occasion aux autres de te baiser.


Elle a envie de rire, de lui dire de ne surtout pas s’inquiéter parce que s’il y a une personne qui doit en baiser une autre ici, c’est elle. Et elle le fera bien avant qu’ils ne cherchent à détourner son attention de son objectif. Mais Cameron reste muette, écoute presque religieusement ce père qui crache haine et mépris, à deux doigts de se libérer d’un fardeau qui l’a longtemps hanté. C’est ça, qu’elle voit dans son regard bleu, les fantômes d’un passé que l’on lui a arraché.

- Et j'ai failli me faire baiser en essayant de te récupérer.

Voilà la première pierre à l’édifice majestueuse qu’elle imagine de cette nouvelle famille à reconstruire. Eamonn la voulait et la veut encore, l’étincelle dans son regard ne trompe pas. Son propre père n’a jamais voulu se séparer d’elle parce qu’il la considérait comme une erreur de la nature. Non. On lui a forcé la main, on la mit à genoux, certainement humilié. Ce sont des choses qu’elle ne pardonne pas facilement, Cameron. Qu’elle ne pardonne pas tout court.
Et durant tout ce discours, elle ne réagit pas, se contente d’observer. D’engranger tout ce que cet homme a à lui donner comme élément. La jeune femme se demande s’il a conscience qu’il a fait bien plus en cinq minutes que ses propres parents adoptifs en 21 ans d’existence.

- J'aimerai pouvoir te dire que venir était une bonne idée, Brona, mais ce serait mentir selon la société. Alors tires-toi et évites toi des problèmes avec ces vérités. Ni Euros, ni moi ne sommes digne d’intérêts.
- Et j’en suis la seule ici à avoir le droit d’en juger.

La réponse fuse aussitôt, d’un calme tranquille, d’une voix douce et posée. Cameron ne s’emballe pas, ne s’énerve pas, elle est bien au-dessus de tout ça. Elle souhaite simplement lui faire comprendre que si une personne ici doit juger si Eamonn et Euros sont dignes d’intérêts, c’est elle.
Cependant, elle prend note que l’homme face à elle, ne semble pas estimer sa personne à un très haut niveau. Une erreur, selon elle.

- Toute votre vie, vous l’avez passée à devoir faire selon le choix des autres. Est-ce qu’à un seul moment quelqu’un vous à demander ce que vous vouliez ? Qu’elles étaient vos envies ? C’est à peine si elle laisse planer un silence, tout juste le temps pour qu’Eamonn puisse saisir là l’occasion de se demander ce que LUI voudrait en cet instant. D’agir par sa propre volonté et non celle qu’on lui a imposé durant toutes ces années. Je doute que vous souhaitiez reproduire ce même chemin avec moi. Mieux, j’en suis certaine.

Voudrait-il réellement lui couper l’opportunité de prendre ses propres décisions quant à sa famille lorsque lui n’a pas eu l’ombre d’un choix ?

- On ne m’a pas non plus demandé mon avis quant à savoir votre existence, à savoir si je souhaitais au moins vous voir, vous connaitre ne serait-ce qu’un peu. On ne m’en a clairement pas donné le droit et pourtant ce sont MES origines. MON sang. Pas le leur.

Cameron appuie sur ce lien qui les unit tous les deux. Le sang. L’ADN. Génétique. La chair. Une parfaite symbiose que peut avoir un enfant avec son parent. Quelque chose, une intuition ou une certitude, lui souffle qu’Eamonn se meurtrirait que de refuser l’occasion de renouer avec celle qu’il aurait pu sincèrement aimer comme sa fille. Elle a déjà entendu ces dictons du genre « on ne choisit pas sa famille ». Et pourtant, Cameron est en passe de s’en donner les pouvoirs.

- Je suis majeur, je sais prendre mes propres décisions. Si conséquences il doit y avoir, alors je les assumerais mais ça, c’est mon problème désormais. Donc maintenant, ce droit, je le prends. Alors oui, je choisis de m’en foutre et ils peuvent bien essayer de me baiser s’ils le veulent mais que la société le veuille ou non, ils n’ont plus aucun droit sur moi.




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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Ven 21 Déc - 23:04



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La résonance de sa voix s'estompe à peine que celle de la jeune femme prend le relais. Les mots sont sûrs, durs. Ils viennent affirmer cette volonté qu'il perçoit comme bien ancré le long de ses traits. Évidemment, les chiens ne font pas des chats parait-il. C'est, en soit, ce qui l'effraie. Combien de temps s'écoulera avant que les ennuis ne leur reviennent ? Avant que les choses ne se compliquent à nouveau et que cette infime partie de cette vie arrachée ne lui soit une fois encore retirée. Il ne mérite aucun bonheur, aucun répit. Pas même l'ombre d'un repos qui lui serait bénéfique. Eamonn n'est condamné qu'à vivre avec ses regrets. Et comme si elle pouvait lire dans ses pensées, ses prochaines paroles rebondissent sur cette pensée. Il a l'azur braqué sur elle, qui détaille, qui imprime, qui étudie chaque lueur d'émotion qui viendrait se trahir. « Toute votre vie, vous l’avez passée à devoir faire selon le choix des autres. Est-ce qu’à un seul moment quelqu’un vous a demandé ce que vous vouliez ? Qu’elles étaient vos envies ? » Et contre toute attente, l'homme qui pensait s'être élevé au-dessus de tout et de tout le monde prend conscience que chaque pas d'entrepris n'a été fait qu'en fonction de ce qu'on aurait pu attendre de son avancée. Il a le cœur qui s'en emballe, l'impression qu'une partie de sa vie vient de pourrir sous les paroles de Brona. S'il avait eu le choix... s'il l'avait eu. « Je doute que vous souhaitiez reproduire ce même chemin avec moi. Mieux, j’en suis certaine. » Il tique sur l'instant, s'imagine un court instant répondre positivement à cette supposition mais ses sens l'en empêchent, même malgré l'amour qu'il lui porte derrière l'ignorance totale de celle qu'elle peut être, il se souvient la douleur qui s'était installée en lui quand d'autres prenaient les décisions qui le concernait. Non, il n'est rien pour choisir la voie qui lui irait d'emprunter ; et même les liens du sang n'y feront rien. D'autant que, si ses propres songes ne parviennent pas à trouver une totale légitimité à ses yeux, les mots qu'elle prononce terminent par la lui faire acquérir. « On ne m’a pas non plus demandé mon avis quant à savoir votre existence, à savoir si je souhaitais au moins vous voir, vous connaître ne serait-ce qu’un peu. On ne m’en a clairement pas donné le droit et pourtant ce sont MES origines. MON sang. Pas le leur. Je suis majeur, je sais prendre mes propres décisions. Si conséquences il doit y avoir, alors je les assumerais mais ça, c’est mon problème désormais. Donc maintenant, ce droit, je le prends. Alors oui, je choisis de m’en foutre et ils peuvent bien essayer de me baiser s’ils le veulent mais que la société le veuille ou non, ils n’ont plus aucun droit sur moi. » Elle va droit au but, ne mâche aucun mot. Elle a cette similarité avec son franc parler, cette même habitude qui pourrit ses traits d'une trop grosse neutralité, d'une lassitude bien installée, éternelle sur son propre corps abîmé par l'usure qu'a laissé son passé.

Eamonn y réfléchit alors, un instant. Rien qu'un court instant pour essayer de tout envisager, songer à tout ce qui aurait pu se passer si les choses avaient été toute autre, si finalement ses envies avaient primé sur ce qu'il devait montrer. Et s'il n'avait suivi que ses propres volontés, s'il n'avait suivi que ce chemin qu'ils avaient commencé lorsque Brona est née ? Lorsque rien encore ne se tenait entre ce qu'il aurait voulu et ce qu'on lui a imposé. Il a le regard qui n'en dévie toujours pas, Eamonn ne parvient pas à s'y résoudre. Une petite voix, au fond de lui, continue de lui hurler que la plus simple des décisions qu'il pourrait désormais prendre serait celle qui découlerait de son égoïsme. Il n'a qu'à suivre ce qu'il souhaite maintenant qu'il sait ce qu'elle désire de son côté, assurée comme il avait pu l'être par le passé, comme il prétend à l'être en essayant de briller en société. Paradoxe monumental.  Un énième soupire et, finalement, la douleur qu'émane de son palpitant vient avoir raison de lui. Les centimètres se brisent et l'un de ses bras vient enserrer les épaules de la petite brune pour l'amener contre lui, au plus près de son être déchiré la ramener, panser le trou béant qui – en sa poitrine – s'est installé. Elle est là, revenue, décidée. Elle est là, comme il l'avait tant imaginé. « Je n'te ferai pas ça. » Les membres qui commencent à trembler, l'impression que tout son monde est en train de basculer, que les choses deviennent de plus en plus risquer. Et si on avait entendu, si on savait ? Qu'importe, l'étreinte s'éternise quelques secondes de plus avant qu'il ne parvienne à l'écourter, déposant simplement et délicatement l'une de ses mains contre sa joue pour pleinement la contempler, tout apprendre de ce qu'il lui a légué.

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Dim 30 Déc - 18:17

The One Minute
EXORDIUM.
Cameron le scrute sans rien ajouté. A son humble avis, elle a déjà bien trop parlé. Plus que de coutume mais la situation l’exige, histoire de bien faire entrer dans la caboche de son père biologique qu’elle ne compte pas décamper alors qu’elle vient d’arriver. Tout lui reste à faire, à construire et en priorité, la relation que cette société étriquée le lui a volé.
Comment pourrait-elle jugé une relation non conventionnelle alors qu’elle n’entre pas elle-même dans le moule ? Elle déteste la normalité, la banalité. Cameron sait qu’elle n’entre pas dans ces critères et c’est bien ce qui fait d’elle un être à part, exceptionnelle. Plus intelligente, à la hauteur de ce qu’on construit ses parents de leur amour véritable.
C’est ce qui fait d’Eamonn un père idéal. Un père éprit de sa propre sœur qu’il n’a pas hésiter à sauter par amour. La voilà, la vraie raison de son arrivée ici. L’exceptionnelle de cette relation, de cette famille que Cameron veut désormais reconstruire. Avant de venir le prendre au dépourvue, la jeune femme savait que tout se jouerait lors de cette entrevue. Que ses propres choix et décisions se dessinerait au rythme de cet échange particulier et unique.

Maintenant que les choses sont dites et faites, il ne lui reste plus qu’à contempler les effets de cette graine qu’elle a planter dans l’esprit de cet homme charismatique et imposant. Elle aime ce regard froid, tranchant mais elle aime encore plus le caractère de sa mâchoire, cette façon qu’il de la crispé lorsque son cerveau se voit torpiller de milles et unes indécisions.
Le silence plane toujours, Cameron observe sans ciller le regard bleu de son père. Elle voit la fissure au fond de ses prunelles et retient de justesse un sourire lorsqu’il s’approche d’elle pour franchir les derniers centimètres qui les séparent.
La muraille s’est écroulé à force de mots et Cameron accueille entre ses bras le père qu’elle n’a jamais eu. Non, Desmond n’est rien à côté de celui qu’elle tient dans ses bras. Il n’a pas sa superbe, n’a pas sa prestance. Il n’est rien d’autre qu’un pion qui lui a permit de s’élever de part son pathétisme paternel. Pour sûr qu’il la couverte d’amour mais elle n’en veut pas, n’en a jamais voulu. Elle n’en a surtout pas besoin.
Mais celui d’Eamonn… c’est tout autre chose. Une nouveauté, une parcelle de merveilleux qu’elle se découvre dans ce monde grisâtre qu’elle rêve de peindre du liquide vermillon de ceux qu’elle cible.

Maintenant qu’il la serre dans ses bras, Cameron glisse timidement son nez dans les vêtements d’Eamonn qui porte encore l’odeur froide d’un casier, de la morgue. Mais réside aussi un effluve de parfum qu’elle inspire en silence, en fermant les yeux. Un parfum qu’elle n’oubliera pas, qu’elle notera dans un coin de sa tête. Elle entoure la carrure de l’homme de ses bras frêle et le serre contre elle, lui rendant ainsi l’étreinte qu’il lui offre.
A cet instant, Cameron a la sensation d’atteindre quelques sommets, une excitation qui se faisait alors rare, crépite dans son ventre.
La satisfaction.

- Je n’te ferai pas ça.

Il tremble entre ses bras, si fragile créature paumée dans ses paumes. Cameron resserre son étreinte plus fort, comme pour le protéger de tout ce qui a pu les séparer.
Eamonn est sien. Eamonn est son père, à elle. Et jamais elle ne permettra qui que ce soit lui prendre cette place qui lui revient. Et elle reste encore quelques secondes ici, ayant l’apparence d’une petite fille paumée dans les bras de son père alors que derrière ses prunelles se jouent un véritable feu d’artifice.
Il lui faut plusieurs secondes avant de s’extirper de l’étreinte d’Eamonn sans se détacher réellement, juste de quoi retrouver le bleu de ses yeux.

- Merci.

De ne pas l’avoir rejeté. De ne pas l’avoir envoyé se faire foutre. Elle passe une main délicate sur sa joue légèrement piquante par une barbe rasée de près, certes, mais qui commence doucement à repousser en fin de journée. Elle effleure cette peau froide, le découvre avant de retirer sa main, tout aussi doucement.
Elle sait qu’elle le manipule lui aussi mais de différentes façons, pour de différentes raisons. Elle veut simplement retrouver ce qu’on lui a si injustement arraché.

- Est-ce que je peux donc espérer vous revoir pour discuter ?

Elle sait que la réponse est oui et cette fois, elle ne retient pas un sourire doucereux, presque tendre.

- Je suis consciente qu’il est certainement trop tôt pour vous demander ça mais j’aimerais vraiment vous connaitre. Vous et Euros. Peu importe le temps que cela prendra.

La patience est sa meilleure amie, Eamonn s’en rendra compte par lui-même.



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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Jeu 10 Jan - 22:08



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EXORDIUM.

Les sens s'éveillent et la crainte s'estompe. Le tout s'estompe aussi certainement qu'il se l'approprie. Des années ont passé depuis qu'il a cessé d'imaginer cet instant, des jours et des nuits en pagaille avant qu'il ne se résigne à ne plus l'espérer quand, maintenant, il ne parvient plus à s'en séparer. Vingt-et-un ans d'instants volés, arrachés aux bras d'un père qu'on aurait – de toute évidence – plus que blâmé. Eamonn s'imprègne de cette présence retrouvée, de cette silhouette quelques fois guettée. L'obscurité de son monde semble en partie se dissiper. Enfouissant légèrement ses traits dans l'étreinte de la jeune femme, il s'essaie à réfléchir, à se contenir. Il s'essaie à garder sa part de grandeur quand, enfin, ses défenses s'abaissent légèrement. Il lui faut même bien des secondes pour réussir à s'en séparer, libérant avec peine le corps de la petite brune qu'est venue le trouver. Ou peut-être est-ce elle qui prenne la décision de briser ces embrassades ; de moitié, en tout cas. Parce qu'elle demeure à la place où elle s'est retrouvée, guettant son regard tout comme le sien ne la lâche pas en retour. « Merci. » Il acquiesce simplement. Pas de mot, pas de sourire, seulement ce bref geste de la tête qui, derrière son assurance plus ou moins gardée, trahi tout de même tout ce qui s'est éveillé. Et s'il pensait pouvoir complètement tenir, c'était sans compter la petite main féminine qui s'appose contre sa joue, qui permet à ses paupières de se clore pour la première fois depuis longtemps face à une âme encore pleinement vivante autre que Euros. Eamonn laisse ce toucher s'imprimer, s'ancrer dans sa tête comme pour ne jamais l'oublier au cas où toute cette rencontre n'ait été orchestré. « Est-ce que je peux donc espérer vous revoir pour discuter ? » Son regard lui revient enfin, rappeler par sa voix, sa présence, lui garantissant le simple fait qu'il ne soit pas à rêver comme un dément. « Je suis consciente qu’il est certainement trop tôt pour vous demander ça mais j’aimerais vraiment vous connaître. Vous et Euros. Peu importe le temps que cela prendra. » Elle se lance, se perd sur ce même chemin qu'il commence à arpenter. Il lui semblerait que sa patience ait fini par payer. Tout est à retrouver, tout est à recommencer ; que Euros le veuille ou non, ils ont bien trop à faire entendre, une histoire à réciter. Il doit lui dire que son abandon n'a jamais été ce qu'ils ont souhaité, que s'ils avaient pu... s'ils avaient pu, ils seraient restés. Ils l'auraient élevé, aimé du mieux qu'ils l'auraient pu, bien mieux qu'ils ne l'ont fait. Bien mieux, en vérité, qu'il ne l'a fait.

Sa main s'empare enfin de la sienne avant que les liens ne se brisent totalement, avant qu'elle ne lui échappe une fois encore. Eamonn fait perdurer cet instant, essayant de l'inscrire avec volonté dans sa mémoire, effrayé de potentiellement tout oublier. Et si ce fameux jour ne venait pas ? Si leur chemin venait à se séparer encore malgré ces retrouvailles salvatrices et improvisées ? Et si le monde, une fois encore, venait à décider malgré leur propre volonté ? Tant de doutes s'offrent à sa conscience, tant de questions qu'il n'a jamais eu à se poser. Le retour de Brona vient complètement le frapper. « Je n'en attends pas moins que cela. » Sa voix n'est presque plus qu'un murmure, sa neutralité envolée. L'azur prenant de ses prunelles qui n'en peut plus de la contempler, percevant les traits de sa propre sœur dans ceux de cette fille qu'ils n'ont pas pu garder. Maintenant qu'il l’aperçoit de près, comment pourraient-ils la renier ? Ça parvient à fendre ses lèvres en un sourire, en un rictus qui diffère de d'ordinaire ; sincère, bien moins mauvais. Il n'est rappelé qu'à l'instant présent lorsque sa montre se met à sonner, chantant l'heure d'ors et déjà bien avancée. A lui de s'animer, de briser le contact dans son entièreté avant que sa main ne vienne fouiller sa poche jusqu'à complètement s'y enfoncer. De cette dernière en ressort une carte de visite et un stylo, minuscule bout de carton tâché d'un peu d'encre, d'un peu de sang sur lequel il se met à gribouiller ; les aléas du métier. « Je ne peux pas rester mais... Mon numéro. Un coup d’œil et ce dernier tendu dans sa direction. Mon téléphone est éteint mais, j'imagine qu'en rentrant je saurais y lire le tien. » Et avant qu'il n'ose quelques pas vers sa voiture, c'est vers elle qu'il revient, déposant un baiser contre son front. « Merci à toi, d'être revenue. » Ces paroles sont chuchotées avant qu'il ne s'en sépare, avant qu'il ne rejoigne son auto et ne démarre.  

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