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 the one minute | cameron

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MessageSujet: the one minute | cameron   Dim 16 Sep - 16:18



The one minute. One minute of
everything at once. And anything before is
nothing. Everything after, nothing. Nothing in
comparison to one minute.
EXORDIUM.

« Rentrez chez vous. » Ça fait des heures qu'ils sont à deux dans la salle, lorgnant sur quelques dossiers, sur quelques cadavres fraîchement arrivés. Des heures qu'aucun mot n'a été échangé. Il a refusé le moindre bruit, le moindre son dans l'enceinte de cette pièce. Le besoin de réfléchir, de comprendre, de tout ressentir ; pour finalement tout perdre lorsqu'elle s'est mise à bailler, le plus silencieusement du monde, certes, mais pas assez. Il a le cœur qui s'emballe, la pression artérielle qui menace encore d'augmenter, l'agacement au fond de ses prunelles qui se trahie dans qu'il n'en vienne à s'en cacher. Car ses grands yeux ronds et bleus se sont posés sur Taylor à ses côtés, soutenant son regard tout juste accroché. « Rentrez. Demain, même heure. Assurez-vous même d'être là en avance, je veux mes rapports sur toutes ces conneries. » Et il s'anime, la laisse respirer, se défaire de sa présence parfois imposée. Celle qui déstabilise parce qu'elle peine à cesser. Ce sont ses habitudes qui ne disparaissent pas, ces habitudes tenaces qui font qu'on préfère l'éviter quand on en possède le choix. Et avant que la porte ne claque, il soutenait toute la pression qui continue de pomper et son sang, et son énergie. Puis, plus rien. Plus rien si ce n'est ce silence des plus intenses, ce silence prenant et envoûtant, salvateur pour l'âme qui reste en cet instant. L'azur qui se voile de ses paupières, un souffle long vient braver le calme de la morgue tandis qu'il se laisse glisser le long du mur, rapidement au sol. Rituel, habitude, peu importe. Il s'offre quelques secondes, rien que quelques secondes pour pouvoir s'éteindre, perdre ses traits fins entre ses mains. Et la voix de Euros semble résonner, se perdre dans les couloirs invisibles de son esprit pour se faire entendre ; ses mises en garde, ses pensées, toutes ses choses qu'ils continuent de souhaiter, puis le sujet de cette enfant sur lequel ils ne s'entendront jamais. Cette enfant qu'ils ne côtoieront jamais. Ils ne seront pas cette famille imaginée, ils ne seront pas cette idée qu'il s'est surprit parfois à espérer. Ils ne le peuvent pas, condamnés à s'aimer dans l'ombre d'une convention sociale des plus ridicules et arriérées, cachés à l'abri des regards indiscrets. Pas de vie heureuse, de portraits accrochés. Pas de soirées heureuses pour se faire envier, pas de démonstrations quant à cet amour parfait. Il a le cœur qui se serre, les souvenirs qui remontent. Encore et encore. Ils ne sont que secrets. Que secrets et mensonges. Rien que cela dans les ténèbres d'un monde qui ne comprendrait pas. « Putain de merde... » Ce n'est qu'un murmure tandis qu'il s'en relève, délaissant le sol qu'il n'a que trop connu durant toute sa vie pour se redresser à hauteur de ses volontés, de ses envies. Un énième soupire avant qu'il ne récupère son manteau, ses dossiers, tout ce qu'il doit encore éclaircir pour ceux qui viendront les récupérer. Un coup d’œil sur sa montre, une simple indication qui viendrait établir un bilan simple et direct de cette journée : ça fait douze heures. « Douze putain d'heures, encore. Putain. » Putain.

Les pas qui résonnent dans l'escalier menant au parking. Il a l'esprit ailleurs, loin, trop loin pour pleinement penser, faire attention, s'attarder sur les regards qui le guettent, le toisent ; sur ces brefs mots qu'il croit percevoir, à moins que ce ne soit son esprit qui ne joue encore. Encore, encore et encore. Comme trop souvent, trop souvent quand le sommeil commence à manquer, quand les paquets de cigarettes ne se font plus suffisants. Et à s'y attarder, Dieu qu'il pourrait s'en fumer un en entier. C'est la dernière réflexion simple qui viendra courir dans les sentiers froids de son âme, la dernière qui s'imposera à sa conscience avant que l'azur clair et glacial de ses prunelles ne vienne se perdre sur la silhouette qui patiente, là, de dos, à côté de sa voiture. Il ose s'arrêter, prendre quelques secondes pour secouer la tête, essayer de se raisonner. Mais elle demeure, claire, nette, précise sous son regard qui tient, levé sur tout ce qu'il vient imaginer. Il l'a souvent vu, l'a assez retenu. Il se souvient de cette prestance, de cette tenue ; aussi fière et droite que sa mère, aussi impassible et immobile que son père : ils ne pourraient la renier. Brona. Et pourtant, jusqu'alors, jamais il n'est allé se présenter ; plus depuis bien des années. Il avait tiré un trait sur cette idée, s'était conforté dans une seule et même idée, la même que Euros s'évertuait à lui ancrer : il n'existe rien qui puisse convenir pour cette gamine à leurs côtés. C'est la raison pour laquelle il croit percevoir les battements de son propre cœur sous sa peau, frappant à s'en faire mal contre la cage thoracique déjà trop sollicitée par la cigarette et la manière dont il peut parfois en tousser. Ce qui commence à manquer, ce qui commence grandement à être silencieusement réclamé. « Et puis merde. » Alors il s'y résout, Eamonn. Il ose, franchissant les derniers mètres qui le coupent de son véhicule, réajustant son masque terne et froid, celui qui éloigne plus qu'il n'attire. Ils n'ont jamais été aussi près, jamais.      

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Mer 19 Sep - 21:55

The One Minute
EXORDIUM.
C’est ce que l’on appelle le destin. Un cadeau du ciel. A mesure que ses doigts parcourent habilement le clavier de son téléphone, la jeune femme a le sourire qui ne se décroche pas, qui refuse de fuir face à ce cadeau du ciel que de pouvoir retrouver celle qui a fait chavirer son cœur pour de bon. Qui lui a ouvert les portes des plaisirs insoupçonnés, qu’elle pensait inexistants.
Sadie. Cette petite merveille. Cette incroyable opportunité. Cette putain qui finira par tapiner sous un pont pour quelques grammes de coke, comme sa mère. De ça, elle s’en fait la promesse. Mais pour le moment, elle prend plaisir à retrouver son sujet d’expérience, à lui faire savoir que le destin les a réunis de nouveau malgré quelques mois de séparation.

Et ce destin porte un nom. Il en porte même deux. Cameron elle-même en est l’enfant et c’est certainement ce qui fait d’elle l’être incroyable qu’elle est aujourd’hui.
Habile, rapide, elle recompte minutieusement et soigneusement les billets verts qu’elle glisse dans une enveloppe aux recoins parfaits. Rien n’est abîmé, rien ne l’est jamais. Sauf lorsqu’elle le décide. Un coup de langue humide et elle scelle le loyer qu’elle doit à ce jeune fonctionnaire qui ne s’en sort pas, qui se retrouve obligé de sous-louer son appartement pendant qu’il crèche chez ses parents, croulant sous les dettes d’elle ne sait quoi. Ça ne la regarde pas, elle s’en fout, tant qu’elle peut se louer ce petit studio jusqu’à ce qu’elle puisse avoir son propre chez elle. Ce cocon de tranquillité et aseptisé.

Cameron jette un œil sur sa montre dont la vitre relui sans rayures et se décolle de sa chaise pour revêtir sa nudité blafarde d’un jean et d’un chemisier blanc sans l’ombre d’un pli, qu’elle agrémente d’une veste légère. Vans aux pieds, la jeune femme sort de son non-appartement, dépose l’enveloppe dans sa propre boîte aux lettres dont le propriétaire viendra dépouiller de son contenu à 22h pile. Une vieille habite, a-t-il dit, il aime lorsque tout est chronométré et à l’heure. Comme le loyer. Audace incompréhensible de lui faire sous-entendre cela lorsque ce type trempe dans l’illégalité même en lui sous-louant son appartement. Peu lui importe, elle a bien autre chose à foutre que de se soucier de l’inutilité qu’il représente. Ce soir, son esprit est focalisé sur un tout autre but, bien plus intéressant et excitant.
C’est ce qui règne dans ses veines : l’excitation. Peut-être une part d’appréhension aussi. Et c’est loin d’être la peur de la première rencontre qui l’habite mais celle de la déception. Eamonn O’More. Même nom de famille que sa chère et tendre mère qu’elle n’a pas encore eu l’occasion de rencontrer en face à face mais qu’elle a eu tout le plaisir de contempler de loin. Même visage, même regard, elle s’est reconnue avec quelques décennies de plus, à peine. Une merveille, une beauté taillée dans le marbre éternel. La froideur de ses traits, l’assurance dans ses pas, si elle n’était pas sa génitrice, elle brûlerait d’envie de la faire chuter de sa tour d’ivoire en brisant la confiance qu’elle porte si fièrement sur ses épaules de flic.
Mais comme elle l’a souvent entendu dire : On a dit pas les mamans.

Cameron réajuste son sac à main sur l’épaule lorsqu’elle arrive sur le parking du l’institut médico-légale. Elle n’a aucune idée du temps qu’il lui reste à tuer mais elle a bien à faire en regardant sous toutes les coutures la bagnole de celui qu’elle présume être son oncle. En tout cas, un membre de la famille suffisamment proche pour venir braver les limites de l’interdit dressés par l’adoption. Et cette gueule si atypique, elle ne l’oubliera jamais. Cameron n’oublie jamais rien.
Elle se plante là, près de la carrosserie et le temps défile, flirtant sans abus avec sa patience de fer tandis qu’elle s’imagine avec une sincère curiosité tout ce qu’il peut se passer derrière ses murs si sinistres. Les corps découpés, les organes retirés, pesés. Les cerveaux disséqués. Son attention est capturé par le corps frêle et plus minuscule qu’elle qui trace sa route, tête entre ses épaules, fuyant l’endroit d’un pas rapide mais fatigué. Cameron l’ignore et tourne le dos, jetant son dévolu cette fois sur le décor derrière elle. Elle le scrute, en imprime les moindres détails, comme lorsqu’elle attendait dans le bureau de la directrice après convocation, dans la salle d’attente du médecin pour une banale angine. Elle se perd dans cette contemplation jusqu’à ce qu’un bruit de pas lourd et vif ne la tire de ses pensées.
Son cœur palpite lorsqu’il entre dans son champ de vision, lorsque son visage entre dans le rayon lumineux du lampadaire. Elle doit l’admettre, il est encore plus beau qu’il y a quelques années. Un visage que le temps a marqué de ses épreuves, par l’âge également mais à peine. Mâchoire carrée, regard aussi clair que le sien, presque glacial.
Osseux.
C’est le mot qui lui sert de description pour cet homme qui partage son sang et qui saura certainement lui donner les informations qu’elle souhaite avoir. S’il s’est tant acharné à vouloir la voir et à lui verser tout cet argent durant toutes ces années, ça n’est certainement pas par acquis de conscience, si ?

- Eamonn O’More ?

Bien évidemment que c’est lui mais elle joue les politesses, avec ce parfait masque d’innocence et de candeur. Presque intimidée.

- Désolée de venir vous importunité sur votre lieu de travail et de ne pas vous avoir prévenu de ma venue. Pause. Je sais que vous êtes celui qui est venue durant toutes ces années.

Elle tâte le terrain, palpe les contours pour savoir jusqu’où elle peut s’aventurer. Et pas à un seul moment elle ne détache son regard de lui, ses pupilles résolument ancrées dans les siennes. Une manie qui met mal à l’aise tellement de gens, qui ne savent plus où regarder lorsque cette femme braque ses deux billes claires dans les votre, sans en décrocher.
Cameron se demande s’il s’y attendait qu’un jour elle débarque pour demander des comptes, qu’on l’éclaire sur qui elle est, d’où elle vient. L’impassibilité de l’homme est surprenante ?

- Oncle ? Elle capte l’étincelle dans son regard, c’est ce qu’elle cherche à faire lorsqu’elle se montre si abrupte. C’est ce que j’en ai déduit vu vos noms de famille similaire.

Et avec ça, un sourire. Si tendre.

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Sam 22 Sep - 15:38



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EXORDIUM.

Le regard qui pèse le long de ses épaules, qui guette chacun de ses gestes, de ses pas. Le regard qui pèse sur sa conscience, ce petit bout d'Elle, de Lui, de ce qu'ils avaient été fut un temps, avant que le monde et les âges ne les séparent durant dix ans. Il a le palpitant qui s'anime, qui s'enflamme, il a tous ces souvenirs qui remontent, qui s'embrasent. Et l'azur de ses prunelles qui guette à son tour, qui accroche ce même regard que celui qui perçoit, le matin, dans le miroir. Longues ont été les années avant que sa présence ne vienne jusqu'à lui se risquer ; longues ont été les années avant que ce secret ne vienne le rattraper. « Eamonn O’More ? » Tant pis pour la cigarette, pour ses plans routiniers. Tant pis pour le repos qu'il attendait, ces heures de sommeil bien méritées. Tant pis. Il s'arrête, vient soupeser son âme de l'éclat clair de ses prunelles. Il guette, essaie de deviner. Il guette et veut comprendre ce qui peut bien l'amener. Il n'est rien qui puisse lui être bénéfique dans la vie qu'ils se sont construit, celle qu'ils ont finalement terni par souci de gloire, de grandeur, d'un trop plein d'envies. Il n'y a rien pour elle ici. « Désolée de venir vous importuner sur votre lieu de travail et de ne pas vous avoir prévenu de ma venue. Je sais que vous êtes celui qui est venu durant toutes ces années. » Un flash, une image. Le souvenir de beaux yeux bleus curieux, captant son attention de derrière l'une des seules fenêtres à portée de vue. Il se souvient l'avoir vu, ce jour-là, guettant sa venue et l'habitude de ses pas. Il se souvient qu'elle lui avait souri, qu'elle n'avait pas arrêté. Il se souvient avoir cessé de s'y rendre au risque de céder. Puis, finalement, il attend silencieux, se souvient s'être fait la promesse de ne pas intervenir ; jamais. Et Dieu sait que ça commence à lui peser, lui qui sent toutes ses émotions s'entrechoquer. Raison pour laquelle il garde son regard dans le sien, sale manie que de toiser les gens pour s'assurer de leur attention ; quand bien même, ici, il est celui qui demeure silencieux. « Oncle ? » Il tique, sent les nerfs de son front, de ses tempes s'animer. C'est plus fort que lui, si elle savait. « C’est ce que j’en ai déduit vu vos noms de famille similaire. » Ce qu'elle en déduit, ou ce qu'on est venu lui dire lorsqu'il s'y rendait à l'orée de quelques nuits. Il a son sang qui commence à brûler, cette volonté de répondre qui vient se perdre sur tout le long de sa trachée mais rien. Rien encore ne vient franchir la barrière de ses lèvres. Il n'a pas la moindre idée de ce qu'il doit énoncer, pas la moindre idée de la manière dont cet instant devrait se passer. C'est hors du temps, hors de ses pensées, hors de toutes ces images qu'il s'était imaginé. Eamonn est bouffé par l'effet de surprise qu'il n'arrive pourtant pas à trahir le long de ses traits. Impassible, immuable, vide.

« C'est ce qu'ils t'ont dit ? » La question résonne dans le parking, la voix abîmée par le temps, la cigarette, l'âge qui s'étend. Il ne cherche pas vraiment à l'en faire douter, il veut savoir, seulement. Savoir ô combien ils sont parvenus à l'évincer, lui et ce titre qui devrait lui revenir. Parce qu'elle est leur, à eux plus qu'à ces deux-là. Mais ils se ravivent, comme à chaque fois que l'une d'Elles hante son esprit et ses parois, ses sentiments. Ils gagnent du terrain, viennent se frayer un nouveau chemin. Il sent leur poison se risquer jusqu'en son cœur, rappelant à son âme silencieuse tous les souhaits qu'il s'était risqué à faire. Et le regard qui ne s'en défait pas, qui patiente silencieusement, qui attend. Oui, il attend de pouvoir les haïr réellement, de pouvoir justifier toutes ces menaces faites lorsqu'il n'était qu'un adolescent. Dieu qu'il pourrait aller les tuer, ceux-là, juste pour avoir touché à son enfant. A leur enfant. « Quelles histoires ils t'ont conté pour que tu trouves le courage de venir jusque-là, Brona ? » C'est instinctif plus que réfléchi, il le sait pourtant ce prénom que sa famille actuelle a tenu à lui donner plutôt que celui qu'ils avaient supposé, Euros et lui, fruit de leur amour caché. Elle n'est pas sa fille, sur les papiers. Elle ne le sera jamais, quand bien même il l'avait par le passé tant souhaité. Ça commence à le ronger, à le perdre que de l'avoir aussi proche et à la fois aussi loin. Des inconnus, c'est ce qu'ils sont devenus, ces deux êtres qui malgré eux l'avaient perdu. Et pourtant, la voilà, plus forte lui semble-t-il que jamais. « Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Il t'envoie pour voir si j'honore les conditions qui avaient été données ? » Les enculés.

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Jeu 4 Oct - 12:41

The One Minute
EXORDIUM.
Eamonn est un mur qui se craquèle, laisse entrevoir les prémices d’une destruction imminente. C’est ce que son visage lui exprime. Il se crispe, serre cette mâchoire qui se contracte, les nerfs de son front s’expriment, Cameron peut en voir les muscles et les veines se gonfler légèrement sous l’emprise. Elle use de mots qui lui font mal ou qui l’agacent. Peut-être les deux ?
Elle a devant elle une partie de son sang, elle n’en connait pas encore le degré mais c’est suffisant pour le moment pour instaurer une sorte de respect, d’avoir l’envie sincère et franche de le connaitre, le découvrir, puisque même si ce dernier n’est « qu’un oncle », une attraction étrange la pousse à vouloir l’étudier sous toutes ces coutures. Elle lutte pour ne pas lui tourner autour. Pas comme un prédateur mais comme une curiosité, un besoin irrépressible de sentir la peau de son cou, de l’effleurer du bout des doigts pour sentir les veines si énervées palpiter. Mais le plus intriguant reste son silence de glace, ses yeux iceberg plantés dans les siens. La jeune femme prend alors conscience que lui non plus ne cille pas, lui non plus ne se dérobe pas de son regard. Ils se fixent, s’accrochent. Et c’est une étrange alchimie qui s’opère, innommable, de quoi lui donner un frisson agréable sur la nuque.

- C'est ce qu'ils t'ont dit ?

Sa voix la transperce. Rocailleuse, certainement abîmée par la clope, la nicotine qui empoisonne cette gorge massive. C’est la première fois qu’il parle et elle trouve ce timbre joli, beau. Pur dans son inégalité, dans l’usure du temps. Une mélodie qui lui évoque une multitude de sensation, d’émotion, elle qui est souvent si vide.
Mais au-delà de tout ça, la véhémence qu’elle sent dans cette question l’interpelle. « C’est ce qu’ils t’ont dit ». Prononcer comme un mensonge.

- Quelles histoires ils t'ont conté pour que tu trouves le courage de venir jusque-là, Brona

Brona ? La familiarité la frappe et la surprise se marque, volontairement ou non. Elle perçoit la colère, le mépris aussi. Voir, le dégoût. Pour qui, pour elle ? Non. Jamais il n’aurait usé de ce qui semble être son véritable prénom si c’était le cas. Envers ses parents adoptifs ? Plus plausible, surtout en vue de souvenirs qu’elle conserve des visites d’Eamonn, où ce dernier s’est fait renvoyer chier plus d’une fois. Comme un vieux clébard qui n’a rien à foutre là.
Cameron réfléchit, vive, futée. Elle a l’impression que les pièces du puzzle se rassemble enfin pour laisser entrevoir une partie du tableau qui est bien plus tordu qu’elle ne l’avait imaginée.

- Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Il t'envoie pour voir si j'honore les conditions qui avaient été données ?

La jeune femme sera toujours agréablement surprise de voir toutes les informations qu’il est possible de glaner lorsque vous débarquer comme un cheveu sur la soupe, après avoir balancer quelques mots bien choisit. En moins de deux minutes elle en a plus appris qu’en plusieurs mois d’études et d’interrogatoire auprès de ses parents adoptifs.
Brona. Conditions. Mensonge.
Une question la taraude depuis le moment où elle a compris, où elle a su. Pourquoi un oncle se débattrait plus que sa propre mère ? A moins que cette dernière ne l’a volontairement oubliée ? Méprisée ?

La vérité semble se tisser en arrière-plan, sans qu’elle ne veuille véritablement le croire. Cameron ne se précipite pas, préfère rassembler les éléments uns à uns plutôt que de se fourvoyer. La patience est son atout et personne ici ne pourrait imaginer à quel point elle peut l’être, envers et contre tout.

- Voilà donc mon véritable prénom. Brona.

Un sourire attendrit, touché et touchant.

- J’aime beaucoup.

Et là encore, elle ne ment pas.
Brona résonne là aussi comme une douce mélodie. La promesse d’une personne qu’elle aurait pu être aux côtés de sa véritable famille. Aurait-elle été différente si elle avait été élevée par ses géniteurs ? Non. Elle le sait, ce qu’elle a en elle est gravé dans ses veines, dans ses gènes. C’est exactement ce qu’elle est, ce qu’elle aurait dû être quoi qu’il arrive.

- Si vous voulez tout savoir, ils ne m’ont rien dit et c’est pour ça que je suis ici. Pour comprendre et apprendre.

Comprendre pourquoi l’avoir abandonné, apprendre qui est sa mère. Son père. Et cet oncle qui n’est pas oncle. Elle le sent dans ses façons de réagir un peu trop brusques, presque agacé de se voir affublé de la mauvaise dénomination.
Doit-elle l’appeler « père » ? L’idée lui parait à la fois évidente et complètement irrationnel. Alors, encore une fois, Cameron tait ses idées qui fusent et fleurissent comme ces fleurs au printemps, saison préférée avec l’automne.

- La seule chose que j’ai pu obtenir d’eux a été ce morceau de papier. La jeune femme ouvre son sac et déplie soigneusement la feuille intacte mais légèrement jaunit par le temps. Euros O’More. C’est tout ce que j’ai. J’ai dû faire quelques recherches pour parvenir jusqu’à vous.

Et ça n’a pas été si compliqué que ça. Si le nom de famille aurait pu paraitre « commun » - bien qu’il ne l’est pas tant que ça -, le prénom de sa génitrice, lui, est peu ordinaire. Et c’est ce qui rend l’existence de cette femme plus glorieuse encore.

- Pourquoi vous êtes vous acharné à sa place ?

La question est claire et posée sans détour, encore une fois sans détacher son regard du sien.



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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Dim 7 Oct - 22:20



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Il a cet éclat bleuté qui semble vouloir briller, là, derrière l'obscurité du parking dans lequel ils se tiennent, immobiles. Statues de marbre qui se contemplent, qui s'essaient à apprendre tout l'un de l'autre par le silence. Elle a cette même manie, cette habitude tenace qui le tient depuis des années, son regard sur lui appuyé qui peine à dévier. Ce même regard qu'il pensait ne jamais croiser si ce n'est par erreur, certains soirs, quand l'envie de se rassurer quant à sa situation le prenait ; l'élan paternel qu'ils disaient. Le palpitant qui continue de frapper, de s'alarmer quant à cette proximité tant rêvé. Il l'avait imaginé, cet instant, durant bien trop longtemps. Il s'était imaginé les mots, les réactions, tout ce qui pourrait rendre ce moment un peu plus beau. Et pourtant, pourtant tout se défait au fur et à mesure qu'il comprend ; elle leur est si semblable que rien ne sera jamais si simple et aisé, aussi empli de cette normalité bizarrement imaginée. Alors la réponse à sa question, il l'attend de pied ferme, pensant déjà au stade de médiocrité auquel pourrait alors parvenir cette soirée. Et s'ils s'affairaient à le piéger, si tout cet instant n'était qu'un cirque de plus pour pouvoir le coincer ? L'espace d'une seconde, il hésite à se perdre sur cette possibilité. Les mains qui ne tremblent paradoxalement pas, il se contente seulement de tendre l'oreille quand la voix de la jeune femme lui revient ; assurée, semblable à celle de Euros quand ils n'étaient que des gamins un peu paumés. « Voilà donc mon véritable prénom. Brona. » Une tendre surprise qui se trahie en un sourire le long de ses lèvres et ce toisement qui n'en finit pas, lui n'en dévie toujours pas. Héritage conservé, la preuve même que le titre évoqué ne lui convient pas tellement en vérité. « J’aime beaucoup. » Et eux l'avaient aimé tout autant, avant qu'on ne vienne leur enlever cet enfant. « Si vous voulez tout savoir, ils ne m’ont rien dit et c’est pour ça que je suis ici. Pour comprendre et apprendre. » Enfin, l'idée d'une embuscade s'écarte à moitié, il laisse un léger soupçon de surprise se perdre le long de ses traits. Et la lueur de curiosité qu'il percevait le long des siens ne fait presque que s'intensifier. « La seule chose que j’ai pu obtenir d’eux a été ce morceau de papier. Un geste lent de la main et, de son sac, machinalement, elle vient en sortir ce qu'elle vient d'évoquer, laissant le loisir à Eamonn de tout imaginer. Tout. Parce qu'il ne se souvient que trop peu de cet instant, le temps ayant abîmé ses souvenirs, la douleur et ses sbires. Euros O’More. C’est tout ce que j’ai. J’ai dû faire quelques recherches pour parvenir jusqu’à vous. » Un long frisson vient parcourir son dos quand elle énonce le nom de sa sœur, de cette amante qu'il s'est risqué à aimer plus que de raison. « Pourquoi vous êtes vous acharné à sa place ? »

C'est cette question qui vient résonner autour d'eux, perdue dans l'espace-temps qui s'écoule désormais – lui semble-t-il – bien plus lentement. Ses poumons commencent à manquer d'air et, paradoxalement, à manquer de cette fumée d'ordinaire trop inhalée. Là, il se contente de la guetter, un bref soupire venant braver ses lèvres, la forme parfaite de ces dernières qui se brise en une légère grimace. Il hésite à parler, à continuer. Il hésite à donner suite à cette conversation qu'il avait, pourtant, si longtemps espéré. La voilà, la seule continuité à sa chair désirée, la seule qu'il n'ait pas été en mesure d'éduquer, de voir grandir. La seule qu'on lui ait refusé d'élever puisque fruit du pire. Et malgré ça, il avait mit du cœur à ce qu'elle ne manque de rien. Il avait mit du cœur à s'assurer que rien ne pourrait lui arriver. Il avait fait la promesse de les protéger, ce soir-là, quand on venait les séparer malgré les cris, les haussements de voix. Il a ces images qui lui reviennent parfois, ce soir encore en y songeant maintenant qu'elle est là. Là, devant lui, souhait de beaucoup de nuits. Et, finalement, le murmure imparfait de sa voix réinstaure ses droits, venant briser le silence installé de quelques syllabes mal réfléchis, Eamonn loin d'y avoir pleinement pensé. « Pourquoi, à ton avis ? » Et si derrière eux le monde continue de s'animer, les choses de se passer ; son univers à lui semble s'être arrêté. Tout lui semble si long, si lointain. Tout lui semble si abstrait maintenant qu'ils sont si près. C'est comme si tout n'était qu'un rêve, un temps hors du temps. Paradoxe ambiant. Il croit tout ressentir comme il croit rien n'y parvenir, le vide considérable qui viendrait étrangement se remplir. L'esprit d'ordinaire défait de toute émotion qui s'en enivre aussi certainement que lorsque Euros se tient à ses côtés, rappelant au rat irlandais qu'il n'a jamais été question d'abandonner ; que tout lui était dû, quoi qui puisse arriver. Elles sont siennes, l'ont toujours été. « Pourquoi ils n'iraient rien te dire ? Pourquoi je m'acharnerai malgré ça ? Tu m'as l'air d'une fille intelligente, j'ose l'espérer. » Tant pis pour les promesses qu'il avait pu faire, tant pis pour cette parole faite que de se taire. Il a le cœur qui réclame une certaine justice quant à tout ce qu'il a enduré, et l'avoir ici ce soir résulte du préjudice qu'on se doit de lui réparer. Brona mérite de savoir qu'en une autre vie, ils auraient pu être là, Euros et lui. Ses parents, bien que rien ne lui ait été dit.

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MessageSujet: Re: the one minute | cameron   Sam 10 Nov - 22:59


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EXORDIUM.
Elle veut l’entendre dire. C’est la seule raison pour laquelle elle tait cette appellation. Cameron veut voir ses lèvres minces articuler le mot « père » même si l’idée lui parait tout d’abord improbable.
Jusqu’à ce qu’elle se mue en évidence. Mais comment pourrait-elle être si certaine lorsqu’elle n’a devant elle qu’un amas de zone d’ombre. L’adulte a cette putain de manie à jouer aux devinettes, comme si les plus jeunes étaient des êtres bien trop stupides pour comprendre ce qu’ils pourraient entendre. Comme si ELLE était bien trop stupide.
Cameron s’est souvent dit que si cet homme lui a laissé cet argent, c’est en partie pour qu’un jour, elle les retrouve. Et c’est exactement ce qu’elle a fait. A mettre de côté chaque centime, chaque dollar, pour un jour se démerder seule, venir ici et entamer ses propres recherches. S’éloigner de cette médiocrité, elle qui vaut bien mieux que ça.

- Pourquoi, à ton avis ?

Elle reste silencieuse. Elle approche du dénouement, c’est une évidence. Ce « pourquoi » est si acide que la vérité ne peut pas être autrement.
Et quelque part, ça lui porte un coup au cœur que de se savoir née d’une relation tant méprisée, anomalie de la nature ne donnant naissance qu’à des tares. Est-ce la raison pour laquelle ils l’ont abandonné ? Laissé crever dans auprès de cette famille banale à mourir ?

Cameron sent l’amertume gagner le fond de son palais mais là encore, elle ne bronche pas. Elle laisse Eamonn dans son jus, cette colère froide brillant au fond de ses prunelles si claires.

- Pourquoi ils n'iraient rien te dire ? Pourquoi je m'acharnerai malgré ça ? Tu m'as l'air d'une fille intelligente, j'ose l'espérer.

Un ricanement lui échappe des lèvres. S’il savait.
Son intelligence est innée et Cameron s’est chargée de l’aiguisé, d’en faire une arme aussi violente et sanglante que pourrait l’être une lame de couteau. Elle est cette araignée qui tisse sa toile en silence, en secret, jusqu’à piéger sa proie tant convoitée. Elle aime prendre le temps pour faire les choses bien et cette rencontre est une énième preuve de sa patience.
Des années qu’elle attend le bon moment, d’avoir assez d’économie pour se permettre un petit bout de vie ici.

- Si je ne l’étais pas, je ne serais pas ici, vous vous en douterez.

Son sourire est franc, sincère. La jeune femme se demande si ses fameux parents sont à son image. De ce qu’elle constate, elle a obtenu cette mimique de celui qui s’avère être son père. Ce même bleu froid, cette même insistance dans le regard. Elle est la naissance d’un amour incestueux mais pourtant si pure. Elle le sent, le sait. La communion des mêmes gênes ont fait d’elle une personnalité à part entière. Quelqu’un d’exceptionnelle. Eammon et Euros ne s’imaginent certainement pas l’ampleur de cette perfection qu’ils ont créés de par leur amour interdit et controversé.

- J’ai eu leur version, je veux la vôtre. Sa voix raisonne toujours comme une caresse, une douceur voluptueuse qui vous entoure. J’estime avoir le droit d’obtenir mes propres réponses. C’est pour ça que je suis là. J’ai cumulé chaque centime, chaque dollar que vous avez donné pour pouvoir me présenter un jour et retrouver mes vrais parents.

Elle lui dévoile sa patience et surtout, sa détermination à un jour les retrouver tous les deux. Cameron aime à tâter le terrain, à observer chacune des réactions de cet homme qu’elle apprend en silence.

- Et pour être tout à fait honnête, je me fous bien de ce que pense mes parents adoptifs ou qui que ce soit d’autre. Ce qui m’intéresse c’est vous. Vous et ma mère biologique, Euros.

Et si elle devait être une pièce rapportée et éjectée sans même une explication, alors elle n’en resterait pas là. Mieux, elle prendrait le temps de leur montrer la merveille qu’ils ont engendré et qu’ils auront stupidement rejetée.



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