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 The world can be a nasty place [Lloyd]

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MessageSujet: The world can be a nasty place [Lloyd]   Dim 11 Juin - 17:16

The world can be a nasty place.


Je souris. Voir Vito et Saul jouer ensemble comme ça me fait sourire. Ils sont de plus en plus proches et j'aime les voir ainsi. Cette partie de basket dans le petit jardin devant la maison n'a rien d'une compétition, c'est juste un moment agréable entre mes deux garçons. Pourtant, Vito a treize ans maintenant, et il pourrait s'éloigner de Saul qui n'en a que neuf (bientôt dix comme il aime me le faire remarquer) mais non, il reste proche, il continue à s'occuper de lui. Il est d'ailleurs possible qu'il fasse autant d'efforts pour éviter que je ne reprenne une baby-sitter. Depuis Rebecca, je n'ai pas osé reprendre qui que ce soit et de toutes les façons, ils ne veulent pas. Vito me dit que je peux lui faire confiance et sincèrement, depuis qu'il s'occupe de son frère, je n'ai rien eu à redire. Cela m'ennuie parfois, quand je fais les nuits, de les laisser... Je préviens le voisin et Vito a son téléphone (c'est le meilleur arrangement que j'ai trouvé, le plus fiable) mais ça reste difficile pour moi. Je ne me vois cependant pas reprendre quelqu'un d'autre. Ce qu'il s'est passé avec Rebecca a trop touché les enfants et la prochaine fois que quelqu'un entrera dans leur vie, ce sera je l'espère pour de bon alors non, plus de baby-sitter. Saul m'interpelle pour me demander de bien le regarder faire et je m'applique à l'observer, à le féliciter quand il parvient à feinter son grand-frère. Saul a demandé à être inscrit à l'équipe de basket-ball de l'école à la rentrée prochaine et quand je le vois comme ça, j'ai vraiment envie d'accéder à sa demande. Je ne sais pas trop comment je vais pouvoir me débrouiller au niveau organisation mais j'y arriverai : je suis sûr que j'y arriverai même si je ne sais pas encore comment. Vito, lui, ne me pose pas ce problème : il écrit. Ce gosse adore écrire alors, même s'il joue comme ça avec son frère, il n'a pas envie de s'inscrire au moindre sport en dehors de l'école. Et je ne vais pas le forcer. Il fait un peu de sport à l'école, s'il aime l'écriture, si ça lui plaît vraiment, qu'il fasse ça. Peut-être que j'essaierai de lui trouver un club qui fait ce genre de choses, on verra. C'est s'il veut. C'est toujours s'ils veulent : je ne les ai jamais forcés à avoir une activité et je ne les forcerai jamais.

« Oui c'est bien ! » j'assure en applaudissant alors que Saul vient de mettre un panier.

Il est doué, c'est chouette. C'est la silhouette d'une voiture plus loin dans notre rue plutôt calme qui détourne mon attention de mes garçons. Une voiture qui me fait froncer les sourcils et perdre mon sourire : je connais ça. Ce genre de voiture... Je connais. Militaire. Elle avance doucement et aussitôt, mes entrailles se tordent. Non. Du calme. Emilio n'est certainement pas le seul militaire de la rue, n'est-ce pas ? Ils vont poursuivre leur route. La voiture ne va pas s'arrêter devant la maison. Pas devant ma maison. Pas chez moi. Pas pour lui. Mais elle s'arrête juste devant le portail et je me redresse aussitôt, les enfants eux s'arrêtent de jouer.

« C'est qui papa ? » me demande Vito en s'approchant de moi.

Et moi... Mon regard est figé sur la voiture dont les occupants ne sortent pas pour le moment : ils ont la délicatesse d'attendre, c'est ça ? C'est ça.

« Les garçons, allez jouer à l'intérieur.
- Mais papa c'est qui ?
- AHORA ! »

Je hausse le ton subitement en lançant un regard qui en dit long aux garçons : ils doivent obéir, sans discussion.

« Viens Saul. »

Vito prend son frère par l'épaule et l'entraîne à l'intérieur de la maison.

« Dans vos chambres. » j'ajoute avant que Vito ne referme la porte.

Quand c'est fait, je reste un instant sans bouger, les larmes me montant aux yeux. Je souffle longuement avant de me retourner, le cœur serré, les mains soudain excessivement moites. Un premier homme sort de la voiture et à la seconde où je vois son air grave je comprends et je baisse le visage. Je ferme les yeux, sens mon corps se mettre à trembler et prends une profonde inspiration par le nez pour réussir à faire entrer de l'oxygène à l'intérieur de mon système avant de relever mon visage vers les deux hommes qui viennent de passer le petit portail. Lorsqu'ils s'arrêtent à ma hauteur, je lève ma main à mon front pour les gratifier d'un salut militaire, comme je le dois. Eux font de même. Je plante mon regard dans l'homme le plus proche de moi et à l'instant où sa bouche s'ouvre, c'est mon monde entier qui s'écroule. Je vois ses lèvres bouger mais finalement, je l'entends sans vraiment l'entendre. Les mots, finalement, quels qu'ils soient, n'ont pas vraiment d'importance. C'est le message qu'ils transmettent qui est important. Quelques minutes plus tard, je me retrouve seul dans le jardin. Je recule, me laisse tomber sur les marches devant la porte de la maison et, d'un geste quasi machinal, récupère mon téléphone dans la poche de mon pantalon pour envoyer un message à Lloyd. C'est bref. Je suis incapable d'écrire plus, mes doigts tremblent trop pour ça. Sans parler des larmes qui me brouillent la vue. Je range le téléphone dans ma poche et je reste là, sans bouger, sans parler. Je ne suis capable de faire que deux choses : pleurer, et respirer. Je ne sais pas combien de temps je reste assis. Je ne sais pas combien de voisins passent dans la rue et me voient là, les bras ballants. Je ne sais pas combien de temps Lloyd met à venir, je sais juste qu'au bout d'un moment, je vois sa silhouette passer le portail à toute vitesse. Je ne parviens même pas à être soulagé. Pas sur le moment. Sa présence m'est essentielle car je ne sais absolument pas comment gérer ce qui est en train d'arriver, je ne sais pas comment faire, j'ai besoin de lui mais là... Il est là et moi je suis... Face à lui, assis, incapable de bouger, incapable de prononcer le moindre mot alors qu'il me demande inquiet ce qu'il se passe. Ma bouche s'ouvre, se referme. Silence. Douleur monstrueuse qui me rend muet pendant de longues secondes. Je regarde mon ami à travers mes larmes. Et puis...

« Je peux pas... Je peux pas le dire... » je dis finalement d'une voix tremblante qui ne me ressemble pas mais qui doit ressembler à la voix de tout père qui vient de perdre son enfant. « Parce qu'au moment... Au m-moment où je vais le dire... » Je secoue la tête. « Il sera vraiment parti et je veux pas... Je... Je veux... » Ma main s'accroche à son poignet, je m'approche de lui. « Quiero a mi hijo, Bro... Quiero a mi hijo... » je répète en m'accrochant avec force à lui.

Je plaque mon autre main contre ma bouche parce que si je ne le fais pas, je vais me mettre à hurler et si je me mets à hurler les garçons vont...
Les garçons...
Mes garçons...



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Mar 20 Juin - 14:02

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Lloyd a l'impression de revivre. Apres avoir passé des semaines à l'hôpital puis enfermé chez lui, en convalescence, il peut à nouveau reprendre une activité. Évidemment, il a encore quelques semaines à tenir avant d'être jugé apte à enfiler son uniforme de combattant du feu, mais son médecin est confiant. Il a retrouvé toute la mobilité de sa main et ça tient du prodige. Il gardera des cicatrices, pas très belles, mais c'est le cadet de ses soucis. Et puis ces marques indélébiles lui permettront de ne plus jamais au grand JAMAIS refaire la même erreur. Il ne fumera même plus un petit joint et a déjà considérablement réduit sa consommation d'alcool. Pourtant, après sa rupture avec Felicity, la tentation de noyer son chagrin dans l'alcool a été grande... Il aurait également pu s'habituer à avaler des pilules antidouleur et devenir accro à ces petites pilules miracles. Mais ce n'est pas arrivé. Il a préféré se mettre au sport, travailler son endurance et se droguer de l'amour inconditionnel de sa fille. Sa capricieuse de fille, il faut l'admettre.
Maureen, sa mère, n'a de cesse de lui répéter qu'il est trop coulant avec elle et qu'elle va lui en faire voir de toutes les couleurs s'il ne reprend pas les commandes, mais Lloyd n'arrive pas à faire ce qu'il faut pour. Il faut dire que sa fille a été aussi affectée que lui de la disparition soudaine de la journaliste de leurs vies. Elle s'était habituée à sa présence, ses bras et l'avait même appelé maman le soir où la situation avait pris un tournant inattendu. Si la période a été difficile pour lui, elle n'a pas été plus simple pour Merrin. D'autant qu'il n'a pas été à 100% présent pour elle à cause de son chagrin et il sait que la petite en a souffert. Lloyd a conscience que tout lui céder pour qu'elle ne doute pas de son amour n'est pas la solution mais il est incapable de résister à ses larmes.
Dans un premier temps d'ailleurs, se rendre sur son lieu de travail après être resté des mois à l'appartement avec elle n'a pas été simple. Il a faillit renoncer en voyant sa fille hurler et se cramponner à lui pour qu'il ne la laisse pas. Mais à présent, tous deux ont commencé à prendre leurs marques et à se faire à ce nouveau rythme. Les séparations sont moins difficiles et Merrin ne le boude plus beaucoup quand il revient enfin.
Inutile de préciser que fréquenter ses anciens collègues et avoir des interlocuteurs différents de sa mère souffrant d'agoraphobie et de sa fille de 15 mois est très agréable... Bref : Lloyd revit.

Pour l'heure cependant, il ne travaille pas et profite justement d'un jour de congé. Merrin est en train de jouer à quelques mètres de lui et, assis sur son sofa, il l'observe, attendri. Elle vient de terminer de donner à manger à sa poupée et fait à présent mine de coiffer ses cheveux emmêlés. Il fait dire que "Nana" comme la surnomme Merrin, a subi pas mal de shampoing à la purée/compote/lait...
Lloyd détourne un instant son regard de la scène, le temps de sortir son téléphone de sa poche pur filmer la scène en espérant que la petite ne le voit pas faire. Sitôt qu'elle voit l'appareil, elle vient poser devant et cesse toute activité avant de réclamer qu'il lui confie son gadget. Gadget qu'il a parfois l'impression qu'elle maîtrise bien mieux que lui !
Il est en train de la filmer en train de gronder sa poupée, souriant avec amusement, lorsqu'il voit apparaître un message sur l'écran. Lloyd tique alors que la sonnerie se déclenche et interrompt le jeu de Merrin qui se tourne vers lui.
Un peu contrarié, il interrompt la vidéo pour lire le message de son meilleur ami, alors que sa fille se rapproche en lui parlant dans son langage incompréhensible et sur un ton interrogateur.
« C'est tonton qui parle à papa » lui explique-t-il succinctement alors qu'elle vient d'accrocher à ses genoux pour le constater elle même, appelant Tito par son surnom. Les sourcils froncés, Lloyd essaie d'interpréter ce message, sentant une petite inquiétude naître au creux de son estomac. Le ton du message ne lui plait pas tellement...
Alors après quelques secondes de réflexions et avoir demandé à Merrin de patienter, il appelle son ami pour savoir ce qui se passe. Mais Tito ne répond pas. Et Merrin commence à chouiner pour obtenir son portable.
« Bro ? Je viens d'avoir ton message. Qu'est-ce qui se passe ? T'es à la maison ? » l'interroge-t-il par répondeur interposé. « Rappelle-moi. »
Il raccroche et puis prend Merrin sur ses genoux en lui confiant l'appareil en espérant qu'elle accepte de le lui rendre quand Tito le joindra.

Sauf que le secouriste n'en fait rien. Les minutes passent et toujours rien. Sitôt que Merrin lui rend le mobile pour retourner à ses jeux il s'éloigne vers la cuisine pour le rappeler, tombant de nouveau sur sa messagerie. Jurant entre ses dents, il s'appuie au comptoir, fouillant sa mémoire pour essayer de se rappeler si Tito avait quelque chose de spécial prévu ces jours-ci. Mais rien ne lui vient et son inquiétude croit encore un peu... Tellement que, vingt minutes après avoir reçu le message, il décide de le rejoindre en confiant Merrin à sa mère. Celle-ci essaie de le rassurer et propose à Merrin d'aller manger un cookie pour lui faire passer l'envie de faire une comédie de tous les diables à son père.
Lloyd quitte l'appartement au pas de course et rappelle Tito pour lui annoncer qu'il est en route pour chez lui. Il se glisser derrière son volant et se met en route, de plus en plus anxieux. C'est d'ailleurs en trottinant qu'il s'approche finalement de la maison que son meilleur ami partage avec deux de ses enfants. Et lorsqu'il aperçoit son ami, assis sur les marches de son porche, les épaules voûtées comme s'il portait tout le malheur du monde sur ses épaules, son cœur s'accélère subitement. Lloyd a envie de faire demi tour et de prendre ses jambes à son cou. Il a compris au regard de son ami, à sa posture, que quelque chose ne va vraiment pas. Il ignore encore ce qui s'est passé mais c'est grave. Il a l'expérience nécessaire pour le savoir. Une expérience pas uniquement professionnelle.
Mais bien sûr, le grand blond ne rebrousse pas chemin. Parce qu'il s'agit de son meilleur ami. Il sait que sa bulle de bonheur va imploser dans une seconde et il aurait aimé se sentir vivant encore un petit peu...juste un petit peu. Sauf que ça ne lui sera pas permis.
Alors au lieu de fuir égoïstement, Lloyd se rapproche et vient demander à son ami ce qui se passe.

La vérité, c'est que Lloyd sait déjà ce qui se passe. Parce qu'il a déjà vu cette expression de détresse, presque animale se dessiner sur bien des visages. Cette expression, c'est celle qu'arborent mes personnes viennent de perdre un être cher, qui ne comprennent pas encore tout à fait ce qui vient de leur tomber sur la tête mais savent que la sentence est irrévocable et qu'une partie d'eux vient de leur être arrachée.
Tito a vue cette expression sur le visage de nombreux survivants. Sur celui de sa mère et de son père. Il l'a déjà vue sur celui de Tito, quand Donna est morte. Et maintenant ça recommence. Et Lloyd trouve ça absolument injuste... Ça le plonge dans un état de colère et d'impuissance rare. Il ne peut pas prendre ça avec détachement comme il le ferait avec une victime d'accident qui vient de perdre un proche ou quelque chose comme ça. Non. Là ça le concerne. Ça m'atteint de plein fouet.
Si bien que lorsque Tito ouvre la bouche sans trouver quoi dire, les yeux embués de larmes, Lloyd sent les siennes monter aussi. Il sait déjà ce que Tito va lui dire. Il sait qui est mort. Parce que Saul et Vito les regardent par l'une des fenêtres. Celle du salon, à moitié cachés derrière le rideau. Ils essaient d'être discrets, ils n'osent pas intervenir. Lloyd lève une main dans leur direction pour leur indiquer de rester où ils sont et il croit lire du soulagement dans le regard de l'aîné des deux garçons.
Mais le père de Merrin n'a pas le temps de leur accorder davantage d'attention car Tito vient de retrouver sa capacité à s'exprimer. Sa voix lui brise le cœur et Lloyd doit prendre sur lui pour ne pas éclater en sanglots à son tour. Il a compris de toute manière.

Le pompier se laisse tomber devant son ami qui attrape alors son poignet et se cramponne douloureusement à lui.
« Je sais » articule difficilement le grand blond, qui voudrait pouvoir décharger Tito d'une partie de sa peine. Ne serait-ce qu'une infime partie, pitié... Mais il ne peut pas. Une part de lui ne veut même pas imaginer ce que perdre Merrin pourrait lui faire.
Tito réclame son fils dans sa langue natale et plaque une main devant sa bouche, comme pour retenir un hurlement, se crispant encore un peu plus alors que Lloyd le prend dans ses bras.
« Je sais Bro. »
Et cette fois il ne se contient plus et se met à pleurer à son tour, serrant son ami avec force, comme s'il craignait qu'il disparaisse à son tour, se volatilise sous ses yeux. Il sait qu'une partie de Tito va malgré tout lui être arrachée ce soir, qu'il ne sera plus le même à présent. N'empêche il la tient. Il me retient ici, avec lui.
« Je suis tellement désolé Tito. Tellement, tellement désolé » sanglote Lloyd, son poing refermé avec force sur le tissu du teeshirt de son meilleur ami.
Il sait qu'il va devoir être fort pour lui, qu'il va devoir le soutenir, mais il s'accorde ces quelques instants de désespoir. Parce qu'il a vu Emilio grandir. Il était présent à sa remise de diplôme, a eu de longs échanges avec lui quand sa mère les a quitté et l'a encouragé dans son projet de rejoindre l'armée... Il l'aimait. Pas tout à fait comme un père, mais pas loin. Et cette perte lui fait un mal de chien à lui aussi. Il savait parfaitement que c'était une possibilité mais il n'était pas prêt à y faire face. Personne ne peut l'être.

Il maintient Tito contre lui encore un moment, et puis son regard dévie à nouveau vers la fenêtre. Vers Saul et Vito qui se doutent peut-être déjà de ce qui se passe, qui savent peut-être déjà qu'ils ont perdu leur frère... Et qui ont besoin de leur père.  


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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Mer 21 Juin - 18:31

The world can be a nasty place.


J’ai perdu ma femme alors, la douleur d’avoir perdu un être cher je connais. Je ne connais que trop bien mais j’ai fait mon deuil, j’ai appris à vivre avec la douleur, j’ai avancé, Donna a pris une place différente dans mon cœur. Le temps a fait son œuvre et je me suis aperçu que je suis capable d’envisager de m’attacher à une autre femme. Je me suis aperçu que même si je ne suis pas totalement prêt, je suis sur le bon chemin pour rouvrir mon cœur et pourquoi pas faire de la place à une autre femme dans ma vie et celle de mes garçons. Mes garçons... Mon garçon… Emilio. Si je peux envisager d’ouvrir mon cœur à une autre femme, de refaire ma vie, perdre un enfant… Mon enfant… Rien n’est plus terrible que ça. A présent que je suis face à cette perte, que je me la prends en plein visage avec une violence inouïe, je le sais : rien n’est plus terrible que de perdre un enfant. Rien. Mon sang, ma chair… Arraché à mon cœur et à mon âme. C’est un trou béant qui vient de se former en moi, un trou que rien jamais ne pourra combler, pas même l’amour que j’éprouve pour mes deux autres garçons qui eux sont toujours en vie. Ce trou immense il m’empêche presque de respirer. J’ai du mal à récupérer assez d’oxygène pour faire fonctionner mon corps et mon esprit et c’est parce que j’ai autant de mal à le faire que je m’accroche à Lloyd, avec encore plus de force, quand il termine par me prendre dans ses bras. Les doigts de ma main droite s’aggrippent à lui au point de me faire mal à mes phalanges et ma main gauche, je la plaque contre mon visage pour l’y cacher, pour y pleurer, pour y étouffer mes sanglots que je dois garder silencieux pour ne pas faire peur aux garçons qui sont à l’intérieur. Parce que, malgré cette douleur, malgré ce trou béant en moi, j’ai bien conscience qu’ils sont là, dans la maison. J’en ai conscience oui et si je me dois de ne pas leur faire peur en hurlant, penser à eux ne fait qu’aggraver mes sanglots. Parce qu’ils ont perdu leur grand-frère. Parce que je vais être l’oiseau de mauvaise augure qui va leur apporter cette nouvelle qui va les plonger encore une fois dans la douleur et qui les changera à jamais, comme la mort de leur mère les a changés à jamais. Nous allons tous être changés à jamais, même Lloyd que j’entends sangloter à travers les mots qu’il m’adresse alors qu’il s’accroche lui aussi à moi.

Tous.

Dans les bras de mon ami, de mon frère, je pleure encore, et encore, et encore. Je revois Emilio, petit, plus grand, adolescent, jeune adulte. Je le revois son sac sur le dos me dire au revoir avant de partir là-bas. C’est… La dernière fois que je l’ai serré dans mes bras. Pas la dernière image puisque nous nous sommes parlés après ça par téléphone et par facetime mais lui, son corps contre le mien, ses mains accrochées à moi, sa voix à mon  oreille, son regard planté dans le mien… C’est ce jour-là qui sera le dernier où j’ai pu le toucher. Le dernier. Je ravale avec difficulté un hoquet d’horreur en le réalisant. En réalisant que plus jamais je ne le reverrai, que plus jamais je ne lui parlerai, que plus jamais je ne le toucherai. Plus jamais… Je sens Lloyd se mouvoir un peu  et je fais de même, me reculant un peu et c’est en me reculant et en le regardant que je réalise que son regard à lui est porté ailleurs que sur moi. Et je comprends : les garçons doivent être là. A la fenêtre, cachés derrière le rideau sans doute, à nous observer. Et moi de fixer Lloyd, tout bonnement incapable d’accorder le moindre regard à mes garçons derrière cette fenêtre. Ma main se raccroche à l’épaule de Lloyd, mes doigts s’y pressent avec force alors qu’à la douleur et à l’horreur s’associe une réelle perdition teintée de panique.

« Je ne… Je n-… » La voix tremblante encore et toujours. Les soubresauts dont mon corps est secoué de par les sanglots ne m’aident pas à aligner les mots correctement. « Comment ?... » Je secoue la tête de droite à gauche, presque à bout de souffle. A bout tout court en fait. « Comment je… Leur dis ?... »

Je leur ai par le passé annoncé la mort de leur mère et c’était déjà une épreuve terrible et là… Là… J’observe Lloyd à travers mes larmes.

« Comment je leur dis ?... Qu’il est… »

Je me mords la lèvre, incapable encore une fois de prononcer ce mot. Non, ce mot, je ne parviens pas à l’associer à mon fils. Non.

« Comment ?... » Je plaque ma main libre contre mon visage que j’abaisse et c’est les lèvres enfouies dans la paume de ma main que je poursuis. « Comment je leur explique… Que je leur ai enlevé leur grand-frère ? » Mes mains, mes bras, mes jambes, mon corps entier se remet à trembler et quand je retire ma main, je relève un regard horrifié dans celui de Lloyd. « Il a voulu faire comme moi… Il a voulu… Me rendre fier… C’est à cause de moi qu’il s’est eng-engagé… » je bégaye à présent à travers mes sanglots . « Co-comment je leur dis ç-ça Lloyd ? Comment ils p-peuvent vivre avec ça ? Comment je peux v-vivre avec ça hein ? Comment ?! »

La deuxième main se pose sur l’autre épaule de Lloyd.

« Aide-moi… » je souffle dans une supplique plaintive.

Parce que je n’ai que lui. Parce qu’il est comme mon frère. Parce que j’ai besoin de lui plus que jamais en cet instant. Parce que sans lui, je suis incapable de faire face et d’être là pour mes garçons.

Incapable.



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Ven 23 Juin - 16:04

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Lloyd serre les dents, encaissant difficilement les sanglots de son meilleur ami qui s’effondre dans ses bras. Il a tout de suite compris ce qui était en train de se passer et pourtant, il n’arrive pas encore tout à fait à appréhender ce qui se passe. Parce que c’est trop injuste. On nous répète sans cesse que la foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit et pourtant, Tito vient à nouveau d’être heurté de plein fouet par une force destructrice et impitoyable. D’abord Donna et maintenant Emilio. C’est trop injuste. C’est trop tout court !
Lloyd aimerait avoir plus de détail, savoir comment une chose pareille a pu arriver, dans quelles circonstances Emilio leur a été arraché mais il ne pose aucune question. D’abord parce qu’il ne pense pas que Tito soit capable de le lui expliquer. Mais sait-il seulement ce qui s’est passé ? A-t-il été atteint par une balle ? Sauté sur une putain de mine ? Que lui est-il arrivé ? A-t-il souffert ? Est-il mort sur le coup ? A-t-il appelé son père à l’aide, était-il entouré d’amis au moment où c’est arrivé ? Etait-il seul ?
Le pompier prend une longue inspiration et essaie de se reprendre, de chasser toutes ces pensées parasites de son esprit. Le temps des questions viendra. Mais ce n’est pas à Tito qu’il les posera. Il les posera aux grandes pompes du Gouvernement pour savoir comment ils ont pu laisser ça arriver encore une fois.
Mais à présent, c’est le temps des larmes.

Tito l’arrache à ses pensées alors qu’il tente de reprendre la parole, lui demandant avec beaucoup de difficultés de quelle manière il est censé le dire. Lloyd n’a pas à se creuser longtemps la tête pour savoir qu’il fait référence à Saul et Vito qui patientent toujours.
Lloyd s’écarte un peu, restant accroupi devant le secouriste, sa main encore posée sur son épaule, son regard doux l’enveloppant alors qu’il tente de le soutenir psychiquement.
« Je vais t’aider » lui souffle-t-il, sa voix encore étouffée par les sanglots qu’il ravale.
Il se racle la gorge pour pouvoir s’exprimer plus intelligiblement, mais Tito reprend la parole et lui tient des propos perturbants.
Leur enlever leur frère ? Comment ça ?
Et puis la lumière se fait dans l’esprit du grand blond qui secoue immédiatement la tête à la négative, pour réfuter les propos de son meilleur ami. Il est hors de question qu’il le laisse penser une seule seconde que tout ça est de sa faute. C’est complètement faux.
« Tito, non » commence à lui lancer Lloyd d’un ton ferme et assuré, alors que Tito se cramponne à lui et réclame son aide.

« Ecoute-moi bien Tito » enchaine-t-il en attrapant ses bras, braquant son regard encore rougis mais déterminé dans le sien. « Rien de ce qui est arrivé n’est de ta faute. Tu entends ? Non. La ferme » le coupe-t-il alors que son meilleur ami ouvre la bouche pour protester et s’accuser encore du pire. Il attrape son visage larmoyant entre ses mains pour que son message soit convenablement entendu et s’assurer de l’attention de son interlocuteur. « Emilio connaissait les risques et il ne s’est pas engagé pour te rendre fier. Emilio est… Il croyait en ce qu’il faisait. Il défendait des valeurs. Celles que tu lui as inculquées, oui, mais pas que ! Vous vous disputiez souvent à cause de vos idées politiques et il était bien plus tranché que toi sur bien des thématiques. Il défendait son pays avec fierté et même s’il appréciait ton soutien et ton approbation, il ne les recherchait pas. Si tu penses ça, alors tu insultes sa mémoire. Et il n’aurait certainement pas voulu que tu le réduises à ça Tito. Ce n’est pas ta faute. »
Et là-dessus, parce qu’il se sent un peu coupable de la dureté de son ton, il se rapproche de son ami pour l’étreindre avec force et dépose son front contre le sien, fermant les paupières avec forces pour chasser les dernières larmes qui viennent brouiller sa vue.
« Je suis désolé Tito. »
Il prend une nouvelle longue inspiration et dépose un baiser sur le front de Tito avant de se redresser, rassemblant ses forces.
L’espace d’une seconde, il craint que ses jambes ne le supportent pas, mais elles tiennent le coup.

« Je vais aller leur parler… »
Il laisse quelques secondes à son ami pour lui laisser l’opportunité de le retenir ou l’encourager au contraire à prendre cette initiative. Une part de lui trouve préférable que Tito annonce lui-même à ses garçons ce qui vient de se passer. C’est de leur père qu’ils vont avoir besoin, pas de lui, même s’ils l’adorent et que la réciproque est vraie. Mais Lloyd voit bien dans quel état se trouve le secouriste et il n’y arrivera sans doute pas… Et les garçons ont suffisamment attendu.
Puisque son ami ne le retient pas et ne fait pas mine de se lever à son tour pour le suivre pour l’instant, le grand blond se résigne à aller annoncer lui-même la terrible nouvelles à Vito et son frère. Le cœur lourd, prenant quelques longues inspirations et essuyant ses larmes une fois qu’il est à l’abri de leurs regards, il se prépare à franchir le seuil de la porte.
Lorsqu’il se sent aussi prêt que possible, il se lance et fait pivoter la poignée pour entrer dans le foyer. Un foyer brisé. Une ruine… Il va briser le cœur des garçons. Ces garçons qu’il adore, qu’il considère comme sa famille. Seigneur, donne-moi la force… prie-t-il silencieusement, lui qui pourtant n’a jamais été un homme très religieux.
Le seuil franchi, il dirige ses pas lourd vers le salon où se trouvent les garçons. Ils se sont éloignés de la fenêtre et se trouvent maintenant au beau milieu de la pièce.
Mon Dieu, ils sont minuscules ! réalise Lloyd avec horreur, pris de la soudaine envie de fuir le plus loin possible, de prendre ses jambes à son cou et fuir ses responsabilités. Mais il tient bon. Il le faut, pour eux et pour Tito à qui il a promis son soutien indéfectible de manière implicite.

Après avoir marqué un léger temps d’arrêt, il s’avance pour les rejoindre. Les garçons ne le quittent pas des yeux. Des yeux déjà mouillés dans le cas de Vito, qui sait certainement déjà ce que j’ai à lui dire et se prépare à l’entendre. Ses poings sont serrés. Saul, lui, a l’air terrifié, tout simplement. Il a vu son père pleurer et il ne sait pas à quoi s’attendre. Ou peut-être que si, le pompier n’en sait rien.
Lui qui est capable de braver les flammes, de se jeter tête baisser dans la fournaise, sent son courage l’abandonner face à ces deux garçons, plantés les bras ballants au milieu d’une pièce qui semble trop grande, trop froide…
Il ouvre la bouche, mais Vito le coupe d’un ton sec.
« C’est Emilio hein, pas vrai ? »
Le couperet tombe.
« Oui » lui répond-t-il d’une voix curieusement tranquille.
« Qu’est-ce qu’il a Emilio ? Pourquoi papa pleure ? » demande Saul qui, à présent Lloyd en a la certitude, soupçonne ce qui se passe mais attend confirmation d’un adulte.
« Votre papa vient d’apprendre qu’Emilio est mort. »
Il aurait pu utiliser une image, leur dire que leur frère est parti vers un monde meilleur ou autre chose de ce genre là, mais il sait d’expérience que ce n’est pas la chose à faire. Les enfants ont besoin de concret. Ils en ont besoin pour faire leur deuil. Enrober la vérité ne leur facilitera pas la tâche et pourrait laisser place à des interrogations, des doutes terribles.
« Je suis désolé les garçons… »
Il s’avance pour venir les prendre dans ses bras et leur offrir un peu de réconfort, mais alors qu’il approche, Vito se dérobe et s’éloigne en courant vers l’extérieur. Lloyd aimerait le rattraper mais Saul vient de se cramponner à sa taille pour pleurer.
Peut-être a-t-il besoin des bras de son père plutôt que des siens, ce serait logique… Mais peut-être que ce n’est pas ça. Peut-être qu’il fuit la nouvelle qu’il vient de recevoir. A moins qu’il soit sorti confronté son père.
Lloyd aimerait le rejoindre mais il est à présent pieds et poings liés à cause de Saul qui sanglote bruyamment et mouille déjà son teeshirt de ses larmes. Lloyd le prend alors dans ses bras, le soulevant sans peine du sol alors que le gamin de neuf ans passe ses bras autour de son cou pour le serrer un peu plus fort et pleurer tout son soule.  
Le fils de son meilleur ami dans les bras, sa mobilité plus ou moins retrouvé, il revient sur ses pas pour surveiller ce qui se passe dehors, espérant que Tito et Vito soient ensemble.    
 


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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Ven 23 Juin - 18:58

The world can be a nasty place.


Je ne sais pas comment faire. Je ne saurais même pas par où commencer ni les mots à employer. Enfin si, au fond, je sais les mots qu'il faudrait que j'emploie mais il m'est impossible de les prononcer. Je ne peux même pas m'imaginer les prononcer, c'est tout bonnement impossible. J'ai trop mal pour ça, tellement mal... Comment leur expliquer qu'il est mort ? Qu'il ne reviendra jamais ? Que je l'ai envoyé à sa mort ? Je ne peux pas. Je suis trop lâche pour ça, je n'ai pas cette force. Pas alors que je suis responsable de sa disparition et que je l'aurais pu empêcher ça si j'avais réussi à le convaincre de ne pas s'engager dans l'armée, de ne pas suivre mes traces, à aucun prétexte. Mais j'ai échoué dans mon rôle de père, de protecteur. J'ai lamentablement échoué. Je ne peux donc que m'accrocher à Lloyd, le supplier de m'aider parce que qu'est-ce que je peux bien faire en étant conscient de tout ça, hein ?... Lloyd attrape mes bras, plante son regard dans le mien et il m'affirme en me regardant droit dans les yeux que ce qui est arrivé n'est pas ma faute. Mensonge éhonté. J'ouvre la bouche, prêt à répliquer que si, si bien sûr que c'est ma faute. Il ne m'en laisse cependant pas le temps et attrape finalement mon visage de ses mains pour forcer à bien le regarder en face, ce que je fais à travers mes larmes. Ses mots je les entends, je les comprends, mais ils ont du mal à prendre tout leur sens et à sonner comme la vérité à mes oreilles. Je ne veux nullement salir la mémoire de mon fils, c'est bien la dernière chose que je souhaite, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que si j'avais moi, fait un autre métier, il serait encore en vie aujourd'hui. Peut-être se serait-il engagé dans l'armée malgré tout, peut-être, nous ne le saurons jamais. En attendant, ce que je sais, c'est que j'ai été militaire et qu'il a suivi la même voie que moi. Lloyd a beau m'affirmer qu'Emilio a fait ses choix parce qu'il le voulait et non parce qu'il attendait quelque chose de ma part en retour, rien ne pourra me retirer cette idée de la tête, rien. Je me contente donc de garder les lèvres pincées, la bouche fermée, pleurant en silence à présent. Sur quoi, Lloyd vient m'enlacer à nouveau en posant son front contre le mien. Je ferme les yeux, me laisse aller à cette étreinte dont j'ai terriblement besoin, continue de m'accrocher à lui avec force.

« Je suis désolé Tito. »

Et mes épaules sont secouées de nouveaux soubresauts quand il vient embrasser mon front, ma bouche s'ouvrant pour laisser échapper un sanglot. Je rouvre les yeux quand il se détache de moi et l'observe alors qu'il se redresse. Il m'apparaît soudainement bien grand.

« Je vais aller leur parler... »

Ma bouche s'entrouvre et mes yeux s'écarquillent. Lui ? Parler aux garçons ? Est-ce cela que je veux ? Est-ce de cela dont je parlais quand je lui demandais son aide ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. C'est à moi de leur annoncer. C'est à moi de les regarder dans les yeux et de leur dire. C'est à moi et pourtant... Pourtant, je ne dis rien. Alors que Lloyd m'observe en silence, je ne dis rien. Et quand il se détourne finalement de moi pour pénétrer à l'intérieur de la maison, je ne bouge pas plus que je parle. Je voudrais me lever, je voudrais l'accompagner, je voudrais aller parler à mes garçons mais mes jambes sont tellement lourdes que je suis incapable de me lever. Alors, plutôt que de me lever, je plaque mes mains sur ma nuque, crispe mes doigts sur ma peau à presque m'en arracher des morceaux de peau avec mes ongles alors que je fixe le vide devant moi à travers mes larmes silencieuses. Mes larmes redoublent d'intensité quand je songe à ce qu'il se passe à l'intérieur à cet instant précis, quand j'imagine la réaction de mes deux garçons... Ma respiration s'accélère, mon cœur aussi et quand la porte s'ouvre soudain à la volée, je sursaute avant de tourner mon visage en direction de la porte : Vito se tient là, le visage fermé, les poings serrés. Il me toise de toute sa hauteur, moi j'ouvre la bouche sans pour autant être capable de prononcer le moindre mot. Il ferme la porte et détourne le regard pour s'avancer vers moi. Non, en fait il me dépasse et descend les marches, semblant décidé à aller je ne sais où.

Non.

« Vito... » je souffle tout bas.

Il continue de s'avancer vers le portail.
Non.

« Vito ! » je dis plus fort avant de me lever.

Je ne sais pas d'où me vient cette soudaine capacité à me redresser mais elle me vient. Je suis mon fils.

« Reviens !
- Fous-moi la paix ! »

Première fois qu'il m'adresse de pareils mots. J'oublie trop souvent qu'il a treize ans, qu'il est un jeune adolescent et plus un enfant.

« Non ! Vito ! »

Je parviens à attraper son bras et à le faire s'arrêter. Il se retourne mais se dégage de mon emprise avec violence avant d'user de ses deux mains pour me pousser en arrière. Si j'ai plus de force que lui, si je suis plus grand (bien qu'il soit très grand pour son âge), je recule malgré tout parce que mes jambes ne sont pas si fortes que ça là tout de suite.

« Me touche pas ! » il me dit en me pointant du doigt. « Pourquoi t'es pas venu nous parler, hein ? Pourquoi ?! »

Mon cœur se serre, les larmes continuent de couler, et je secoue la tête, complètement paumé.

« Parce que je ne peux pas...
- Va falloir ! »

Il me coupe la parole et je me fige. Des larmes apparaissent dans ses yeux.

« Tu comprends pas papa ? Tu comprends pas que si tu le rends pas réel ça peut pas l'être pour moi ? Tu comprends pas ? Que si toi tu m'le dis pas, ça peut pas être vrai ? »

Je ferme la bouche, déglutis, réprime une soudaine nausée.

« Faut que tu me le dises.
- Vito...
- Regarde-moi dans les yeux et dis-le moi ! »

Il s'approche de moi. Je ne bouge pas, figé dans ma douleur et dans l'horreur.

« Dis-le moi papa ! »

Et il commence à cogner sur mon torse avec ses poings jusqu'à me faire reculer. Et il répète encore et encore qu'il faut que je lui dise. Je ne sais pas combien de fois il frappe, combien de fois il le répète, combien de pas je fais en arrière mais ses mots finissent par éveiller quelque chose en moi, quelque chose qui me pousse à attraper ses poignets pour le faire s'arrêter.

Et de hurler.

« EMILIO ESTA MUERTO ! »

Parce qu'à chaque fois que je hurle, je hurle dans cette langue.

Vito écarquille les yeux, me fixe un instant et quand je vois son visage se tordre de douleur, je meurs. A l'intérieur, je meurs encore. Un bout de moi est mort quand on m'a dit pour Emilio et un autre bout de moi vient de mourir en voyant Vito réagir. Vito qui relâche ses muscles, qui se laisse tomber en avant pour poser sa tête contre mon torse et moi de lâcher ses poignets pour finalement l'entourer de mes bras et le serrer fort contre moi. Et le cri... Ce cri que j'ai réussi à retenir jusque là, il sort enfin. Il n'est pas seul. Celui de Vito m'accompagne.

Emilio est mort.
Et rien ni personne ne le fera revenir.


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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Mer 28 Juin - 10:19

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Il laisse son soulagement s’exprimer au travers d’un discret soupir. Le plus jeune des fils de son ami est toujours cramponné à lui et pleure dans le creux de son cou alors qu’il le berce par habitude, comme il le fait avec sa propre fille lorsqu’elle a un chagrin quelconque. A la différence que le chagrin de Saul n’a absolument rien de quelconque. Son frère vient de mourir, quelques années après sa mère.
Lloyd observe son meilleur ami lutter avec Vito qui, comme il le pressentait, a tenté de s’enfuir. A-t-il réellement besoin de solitude ou essaie-t-il simplement de faire réagir son père, d’être certain qu’il le rattrapera ? Peut-être un peu des deux après tout. Le cœur du pompier se serre alors qu’il entend le gamin de treize ans reprocher à son père de ne pas être venu lui-même leur parler… La culpabilité le gagne. Peut-être aurait-il dû insister un peu plus, forcer Tito à se lever et à aller affronter ses deux garçons pour les réconforter et assumer son rôle. Mais il a voulu le décharger de ce poids, il pouvait faire quelque chose pour lui et il a sauté sur l’occasion… Sans doute un peu trop rapidement. Et maintenant, Vito s’en prend à lui, sous le coup de la colère et du chagrin qui doivent le ronger de l’intérieur.
Essuyant un peu ses larmes, Saul se redresse dans les bras de Lloyd, interpeller à son tour par l’échange de mots qui a lieu dans le jardin. Échange de mots qui se transforme en un échange de coups. Mais cette fois, prenant sur lui, Lloyd décide de ne pas intervenir et de ne pas voler au secours de Tito. Parce que Vito a besoin de lui… Ils ont besoin l’un de l’autre et il est important qu’ils en passent par là. Donc il se contente d’attendre, laissant redescendre Saul qui lui fait comprendre que c’est ce qu’il veut. Le gamin reste malgré tout à ses côtés, son bras passé autour de sa hanche alors que Lloyd caresse distraitement son dos pour le rassurer.
Et quand le hurlement sauvage de Tito s’élève, annonçant enfin la terrible nouvelle à son fils, son cadet a un sursaut. Lloyd referme sa main avec un peu plus de fermeté sur son épaule, alors que les larmes le gagne à son tour de nouveau.

Saul est le seul à ne plus pleurer. Ses yeux sont encore rougis mais sec. D’un pas malhabile, il s’éloigne de Lloyd qui le laisse faire et le regarde descendre les marches du perron pour rejoindre Vito et son père. Le voyant approcher, Tito tourne son visage larmoyant vers lui et ouvre un de ses bras pour lui permettre de les rejoindre. Eclatant de nouveaux en sanglots, Saul accélère son allure sur les derniers pas qui le séparent encore de Vito et son père et se jette dans ses bras pour pleurer avec eux.
Lloyd se laisse tomber sur les marches, les jambes sciées par le poids qui s’abat tout à coup sur lui, alors qu’il réalise enfin véritablement à quoi cette famille qu’il aime si profondément va devoir faire face. Il se rattrape de justesse à la rambarde de l’escalier pour amortir sa chute et reste prostré un moment, perdant toute notion du temps.
C’est la sonnerie de son portable qui finit par le tirer de sa torpeur, alors que Tito murmure des paroles réconfortantes à ses garçons qui hochent la tête de temps en temps et boivent ses propos. Lloyd se redresse, avec l’impression que ses jambes pèsent deux tonnes chacune, et il se réfugie à l’intérieur de l’habitation pour répondre à Maureen qui s’inquiète elle aussi. Le pompier ne cherche pas à la préserver. Il lui annonce de but en blanc ce qui se passe ici, laissant échapper quelques larmes. Sa mère aussi, qui connaît bien les garçons et Emilio plus que les deux autres finalement, se met à pleurer à l’autre bout du fil.
« Je vais préparer quelque chose à manger. Des muffins. Les enfants aiment les muffins. Je vais vous les apporter avec Merrin et… »
« Maman… »
« …et s’il le faut je m’installerai un peu chez lui. Il n’aura pas la tête à cuisiner avec tout ça. »
« Maman » insiste Lloyd, alors que sa mère semble ne plus l’entendre et déblatère à propos de plat mexicain qu’elle a récemment appris à préparer. Si bien que Lloyd est forcé d’hausser le ton. « Maman, STOP ! On sait tous les deux que tu ne vas jamais venir ici. Tu n’arrives pas à aller chercher ton putain de courrier alors arrête ! J’ai pas la tête à faire semblant aujourd’hui, OK ? »
« Mais…mais je veux juste aider. »
« Je sais. Alors cuisine quelque chose si tu veux et je lui apporterai. Mais ne nous fait pas croire que tu vas venir jusqu’ici les lui porter. S’il te plait, j’ai pas la patience là… »
« Je suis désolée » commence-t-elle à sangloter.
Lloyd soupir, partagé de nouveau entre lassitude et culpabilité. Il sait que le comportement de sa mère a été déclenché par la mort de son frère, de laquelle il est responsable. C’est de sa faute si elle est incapable de quitter son foyer et d’affronter le monde extérieur, d’affronter l’horreur qu’a été de perdre son fils préféré. Il ne devrait pas le lui reprocher… N’empêche qu’il est encore là lui, et que chaque fois qu’il a eu besoin d’elle, elle n’a pas répondu présente.
« Je raccroche maman. Ils reviennent » soupire-t-il en ravalant ses excuses, mettant sa parole à exécution au moment où Tito et ses deux fils rentrent chez eux, refermant la porte sur leur passage.

Lloyd se relève, anxieux, sans trop savoir comment réagir. Alors il se sert de la conversation qu’il vient d’avoir avec sa mère pour s’inspirer.
« Vous voulez manger quelque chose ? Boire ? Je peux vous préparer des sandwichs. Ou des pâtes. Ou c’que vous voulez. Vous avez faim ? »
Saul est le seul à réagir un peu, mais il se retient visiblement d’ouvrir la bouche et tourne la tête vers son père, comme pour obtenir sa bénédiction. Il doit se demander s’il a droit de manger quelque chose alors que son frère est mort… Pauvre gosse…   
 


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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Mer 28 Juin - 20:58

The world can be a nasty place.


Les cris faiblissent et ne subsistent que nos sanglots, à Vito et moi. La douleur est si forte qu’en cet instant, j’ai l’horrible sensation qu’elle ne diminuera jamais, que contrairement à la perte de Donna avec laquelle j’ai appris à vivre, je ne pourrai jamais apprendre à vivre sans mon fils comme mes deux garçons encore en vie ne pourront pas apprendre à vivre sans leur grand-frère ? Comment on peut y parvenir ? Cela me paraît tout bonnement impossible. Peut-être que ça ne l’est pas, impossible, peut-être, mais dans mon cœur brisé, pour le moment, c’est comme ça. C’est monstrueux. Injuste et monstrueux. Tout en continuant à serrer Vito contre moi, je me recule pour le regarder, glissant finalement ma main sur sa joue alors qu’il relève son regard noyé de larmes vers moi. Puis, du mouvement sur ma gauche et je tourne le visage pour voir Saul qui s’approche de nous, Lloyd se trouvant un peu plus loin en haut des marches. En voyant Saul, mes larmes redoublent encore une fois mais j’ouvre mon bras pour que Saul puisse venir se blottir contre moi tout comme Vito est blotti contre moi. A peine entoure-t-il ses petits bras autour de ma taille que je le serre contre moi, rapprochant de nouveau Vito contre moi, mon dos courbé pour garder mes garçons au plus près de moi. Leurs sanglots s’associent aux miens mais, à travers mes larmes, à travers l’affreuse douleur qui me brûle le cœur, je parviens à calmer les miens de sanglots et finalement, je me détache un peu des garçons pour me mettre à genoux face à eux, leurs mains accrochées à mes épaules, ma main droite sur la joue de Vito, ma main gauche sur la joue de Saul. Je les regarde tour à tour. Je pleure mais je parviens à esquisser un sourire. Je trouve la force de le faire parce qu’ils en ont besoin et qu’il faut que je me montre fort. C’est le moment d’être leur père, d’être un bon père.

« On va s’en sortir les garçons. Je vous le promets… » je dis la voix toujours tremblante mais au moins je ne bégaye plus. C’est Vito qui, à travers ses propres sanglots me demande comment on va faire. Je reste un instant silencieux, ouvre la bouche, puis la referme et après une brève hésitation, je décide d’être honnête, de ne pas mentir, de ne pas prétendre pouvoir faire des choses que je risque de ne pas pouvoir faire. « Je n’en ai pas la moindre idée mon grand… » je lui avoue en haussant les épaules. « Je ne sais pas comment on va faire sans lui… » ma voix déraille sur les derniers mots mais je tiens bon. « Je ne sais pas mais on trouvera… Ensemble, on trouvera… On n’est pas seuls. Il y a Lloyd avec nous… Pas vrai ? » Ils hochent la tête. « Alors… On va y arriver. Ce sera difficile… Mais on va y arriver. Nous ne sommes pas seuls. » C’est important que je le répète parce qu’alors que je ne sais toujours pas comment je vais pouvoir vivre sans mon fils, il est essentiel que les garçons puissent se raccrocher à l’idée qu’il soit possible d’y arriver. Juste à l’idée pour le moment et Lloyd… Il est essentiel. Pour eux. Pour nous. Il est mon frère, leur tonton… On ne partage pas de liens du sang mais on n’en a pas besoin : c’est tellement fort qu’on n’en a pas besoin. « Je vous aime. » je leur dis finalement alors qu’ils se glissent de nouveau tout contre moi. « Je vous aime tellement… »

Sur quoi ma voix se meurt car je suis de nouveau pris d’une crise de larmes. Eux aussi. Puis je me calme, ils se calment.

« On va rentrer maintenant, d’accord ? »

Ils hochent la tête et je me redresse, mes mains posées sur les épaules de mes garçons dont les bras sont toujours accrochés à ma taille alors que nous nous avançons vers l’entrée. Le cœur lourd, le pas tout aussi lourd mais on s’avance. Puis on entre. Je lâche les garçons juste le temps de refermer la porte puis nous nous approchons en silence de Lloyd. Je plante mon regard dans le sien et quand je le croise, je suis sur le point de m’effondrer de nouveau et il me faut prendre de profondes inspirations pour réussir à me calmer.

« On va aller se nettoyer le visage. » je dis aux garçons mais aussi à Lloyd qui hoche la tête. Quelques instants plus tard, nous voilà dans la cuisine à nous passer de l’eau sur le visage. Je le fais pour moi, Vito se débrouiller seul et je le fais ensuite à Saul. Puis, quand ce dernier a le visage sec, il retourne auprès de Lloyd et je réprime une nouvelle fois de nouvelles larmes. De mes lèvres, je mime un « merci » silencieux à Lloyd.

« Qu’est-ce qui va se passer maintenant papa ? »

Pendant un instant, je suis plongé quelques années en arrière, quand Emilio a lui-même posé cette question après la mort de leur mère. Et je réalise… Je réalise que c’est Vito l’aîné maintenant. Cette réalisation est si violente que ma main vient se poser sur le plan de travail derrière moi : seule façon pour moi ne pas m’écrouler.

« Comment ça ?
- Pour Emilio ? »

D’accord. Je vois où il veut en venir. Je jette un bref regard à Lloyd, je cherche la force dont j’ai besoin dans son propre regard en fait, avant de reporter toute mon attention sur Vito qui vient de s’asseoir sur une chaise autour de la table de la cuisine. Je déglutis.

« Eh bien hum… » Je me racle la gorge, expire profondément. « Ils vont hum… Le ramener à la maison.
- Ici ?
- Non… Je veux dire à Chicago. Et… »

Je me tais parce que je la vois déjà la scène. Je me vois déjà sur le tarmac, je vois le cercueil sortir de l’avion. Je vois…

« Papa ? »

Je ferme les yeux.

« Il faudra que j’aille le chercher… » j’ajoute la voix un peu plus tremblante.

Je parviens à rouvrir les yeux pour observer Vito qui me fixe avec intensité.

« Je pourrai venir ?
- Moi aussi ? » renchérit Saul.

Ma bouche s’ouvre et je ne dis rien. Je détourne mon regard de Vito pour le reposer sur Lloyd, cherchant une réponse. Est-ce que je devrais les laisser venir s’ils le désirent ? Est-ce que… Est-ce que Saul n’est pas trop petit ? Même pour les funérailles. Lloyd m’encourage d’un signe de tête et je je hoche la tête.

« Oui. Si vous voulez, oui.
- On pourra le voir ?
- Quoi ? »

Je regarde Vito, qui, malgré ses larmes, affiche un air décidé. Il vient vraiment de me demander ça ? J’ouvre la bouche mais ne dis rien. A la place, je plaque soudain ma main contre ma bouche et détourne mon regard de mes fils et de Lloyd pour m’en retourner vers la fenêtre tout en m’accrochant avec ma main libre au plan de travail. C’est trop. Trop d’un coup. Trop pour une toute vie en fait.
Est-ce qu’ils pourront voir le corps de leur frère ? Non. Ils ne pourront pas mais je ne peux pas leur dire parce que rentrer dans les détails… Avec eux ? Leur raconter ça ?

C’est au-dessus de mes forces.


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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Lun 3 Juil - 12:19

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Tito hoche faiblement la tête pour signifier à son plus jeune fils qui a le droit d’avoir faim et Saul réclame donc son sandwich préféré à Lloyd qui acquiesce et lui adresse un sourire encourageant. Pendant que la petite famille se rafraichit un peu, le pompier s’affaire donc pour préparer son plat au petit garçon et décide de se lancer dans une préparation pour le restant d’entre eux. Il n’a peut-être pas le talent culinaire de sa mère qui occupe la plupart de ses journées solitaires en s’entrainant et en testant de nouvelles recettes, mais il se débrouille. Il ignore si son ami et Vito auront vraiment de l’appétit (Dieu sait que lui-même n’en a pas pour l’instant) mais il sait qu’il va bien falloir qu’ils se remplissent l’estomac a un moment donné. Tito va avoir besoin de force pour soutenir ses garçons et affronter tout ce qu’il va devoir affronter.
Et en parlant de cela, Vito questionne tout à coup son père sur ce qu’il va se passer à présent. Lloyd déglutit péniblement et cherche à croire le regard de son meilleur ami, pour s’assurer qu’il se sent capable de gérer ce genre de questions. S’il le sent faiblir, il interviendra mais pas avant. Il a bien entendu les réprimandes du garçon de treize ans tout à l’heure et sait maintenant qu’il a réellement besoin de sentir que son père ne va pas flancher et les abandonner. Il a besoin de lui comme un noyé a besoin d’une bouée… Ils vont dériver un moment, sans aucun doute et Tito va devoir tenir bon. Lloyd sera là pour lui servir de filet de sécurité mais il ne pourra pas tout faire à sa place.
Le pompier l’encourage donc silencieusement et se remet à sa préparation pendant que Tito prend la parole pour essayer de répondre au mieux aux interrogations légitime du frère d’Emilio. Sa gorge est nouée, son estomac en vrac. Il ignore encore ce qui est précisément arriver à Emilio. Dans quel état se trouve-t-il ? S’il a sauté sur une mine, dans quel état va-t-il être rapatrié et rendu aux siens ? Et bien sûr, il pense à Kevin. Kevin qui n’a pas pu être présenté à ses proches et dont le cercueil est resté fermé.
Kevin qui n’avait plus de visage quand le camion en a eu terminé avec lui. Kevin dont le bras s’était pratiquement arraché du tronc et n’était plus retenu que par quelques tendons quand il l’avait enfin découvert. Kevin qui… Mais non, ce n’est pas le moment de penser à ça.
Le pompier chasse donc ses souvenirs et se tient prêt à épauler son ami, faisant aller et venir son couteau rond sur le pain. Il se tient prêt à apposer sa main sur l’épaule de son ami pour l’apaiser, l’encourager. Mais jusque là, il n’en a pas besoin…  

Enfin jusqu’au moment où les garçons lui demandent s’ils pourront aller avec lui récupérer le corps de leur frère. Lloyd relève la tête et croise le regard interrogateur du secouriste. Doit-il laisser ses fils l’accompagner ? Il n’en sait rien. Une part de lui a envie de les protéger, de les enfermer quelque part et d’endormir leurs sens et leurs émotions jusqu’à ce que toute cette horreur soit loin derrière eux. Mais il sait bien que ce n’est pas possible. Ils vont devoir affronter la réalité terrible qu’est devenue la leur et le plus tôt sera le mieux. Parce que plus tôt ils y seront confrontés, plus tôt ils pourront faire leur deuil. Et c’est primordial.
Alors espérant avoir pris la bonne décision, conscient que son ami n’est pas capable de la prendre seule, il hoche la tête. Il espère qu’il n’aura pas à s’en mordre les doigts, que Tito n’aura pas à le lui reprocher par la suite. Mais il pense avoir pris la bonne décision. Ils ont le droit d’accueillir leur frère eux aussi. Même si les circonstances de ces retrouvailles seront pénibles, sont inhumaine…ils ont le droit d’être là.
« On pourra le voir ? » demande encore Vito, pendant que Lloyd vient de terminer le sandwich de son cadet et le dispose dans une assiette qu’il vient d’aller chercher dans le placard.
« Quoi ? »    
Une fois de plus, le regard des deux adultes se croisent et Lloyd comprend que ses craintes étaient fondés. Il comprend qu’Emilio est mort dans des circonstances terribles et que lui aussi, comme son petit frère à l’époque, aura droit à un cercueil fermé. Il serre les dents pour ne pas laisser éclater son chagrin. Cette pensée le révulse. Emilio… Putain Emilio… Un si beau garçon. Si gentil, avenant, avec un brillant avenir devant lui. Ca le tue. C’est un nouveau coup de poignard.
Comprenant que Tito ne pourra pas s’exprimer sur le sujet, Lloyd prend le relai.
« Tiens mon grand » lance-t-il dans un raclement de gorge, tendant son assiette à Saul qui s’est installé sur la table pour le manger. « Ce ne sera peut-être pas possible V-Boy » reprend-t-il en se tournant cette fois vers l’autre fils du secouriste, qui continue durant quelques secondes de fixer son père. « Je ne sais pas exactement ce qui est arrivé à Emilio mais parfois il  veut mieux garder en souvenir l’image qu’on avait de la personne lorsqu’elle était encore…parmi nous. »
« Comme l’image de la webcam ? »
« Oui, exactement. Quand il riait avec vous sur l’ordinateur par exemple » sourit Lloyd à Saul qui mord une fois de plus dans son sandwich.  
Vito, lui, ne dit rien. Il fixe son cadet un moment puis détourne le regard et arborer une expression plus pensive. A-t-il compris où il voulait en venir ? A-t-il compris que son frère ne serait peut-être pas beau à voir et que le voir dans l’état où il se trouve pourrait le traumatiser toute sa vie durant ? Se tait-il parce qu’il réfléchi à la question ou parce qu’il ne veut pas faire peur à son petit frère et endosse déjà son rôle d’ainé, à présent qu’Emilio a disparu ?  

Les secondes s’écoulent, pesantes. Horriblement pesantes. Seuls les bruits de mastication de Saul viennent briser le silence qui règne dans la cuisine, jusqu’à ce que Lloyd se remette en mouvement pour préparer autre chose à manger pour le reste de la famille. Ce ne sera pas perdu dans tous les cas.
« Je voudrai le voir quand même » lance tout à coup Vito, après avoir visiblement médité sur la question. « Je suis grand maintenant. Ca me fait pas peur » ajoute-t-il avec l’aplomb qu’on parfois les jeunes lorsqu’ils ne savent pas de quoi ils parlent mais veulent défier l’Autorité.
« Ce n’est pas une question d’être grand ou non, d'être brave et sans peur ou pas. »
« C’est une question de quoi alors ? » s’agace le garçon avec impatience.
Lloyd prend une longue inspiration et se rapproche du fils de son ami.
« Tu sais que j’avais un frère, Vito ? » lui demande-t-il, avant que le gamin n’acquiesce, l’air nettement moins sûr de lui. « Il s’appelait Kevin et il était plus jeune que moi. Beaucoup plus jeune. »
« Je savais pas moi » s’étonne Saul, la bouche pleine. Lloyd lui adresse un rapide regard, puis consulte Tito du regard pour s’assurer qu’il a droit d’évoquer cette histoire devant les garçons. Quand il obtient son feu vert, il poursuit.
« Il est arrivé quelque chose d’affreux à mon frère aussi quand j’étais jeune. Il est mort en traversant la rue trop vite. Il n’a pas vu qu’un camion arrivait. »
Inutile d’entrer dans les détails et d’évoquer sa part de responsabilité dans tout cela. Inutile de leur préciser que si Kevin s’est empressé de traverser la rue, c’était pour le rattraper et se faire pardonner. S’il y avait bien une chose que Kevin ne supportait pas, c’était d’avoir l’impression d’avoir fait de la peine ou fâcher son grand frère adoré… Son amour pour lui lui a été fatal et à présent, Lloyd doit vivre avec cette idée.
« Ça a été très dur. J’étais là quand ça s’est produit et j’aurai préféré ne pas le voir. J’aurai préféré garder un autre souvenir de mon frère parce que…parce que ce camion lui a fait très mal. Et quelqu’un a fait très mal à Emilio et il ne sera pas comme vous vous en souvenez et comme vous devriez vous en souvenir » souffle Lloyd en essayant de maitriser l’émotion dans sa voix lorsqu’il pense à Kevin et Emilio, emportés si tôt. « Ce n’est pas une question d’être grand Vito. J’étais plus vieux que toi quand c’est arrivé. Et je me souviens que j’étais terrifié. Et c’est normal de l’être parce que la mort fait peur. Tu as le droit d’avoir peur. Emilio ne t’en voudra pas. »
« Moi j’ai peur » intervint Saul en se remettant à pleurer devant le restant de son sandwich auquel il ne touchera plus.
Lloyd se tourne vers lui, ne sachant plus trop comment se tirer de ce mauvais pas. Il ne sait pas si évoquer sa propre expérience était une bonne ou une mauvaise idée, s’il a convenablement choisi ses mots. Il est largué, complètement dépassé par toute cette détestable situation.
Il essuie les quelques larmes qui veulent rouler sur ses joues et renifle discrètement, pendant que Vito fait le tour de la table pour venir enlacer son petit frère qui fond en larmes dans ses bras.

  
 


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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Sam 8 Juil - 22:43

The world can be a nasty place.


Je me sens soudain épuisé. Totalement épuisé. Alors que je me tiens là, ma main plaquée contre ma bouche, refoulant tant bien que mal mes larmes, repassant en boucle dans ma tête des images de la mort d'Emilio que mon esprit fabrique de toutes pièces avec les informations données par le Colonel Stevenson, j'ai l'impression que mon corps tout entier est en train de me lâcher. J'ai l'impression que je vais tomber, m'écrouler, m'endormir et m'éteindre. Comme si... Comme si mon corps allait bientôt faire écho à cet intérieur qui a été brisé en apprenant la nouvelle. Les mots du Colonel me reviennent avec plus de clarté à présent et j'imagine le pire. Je l'imagine parce que j'ai vu le pire quand j'étais moi-même soldat. J'en ai vu des soldats sauter sur des mines, se faire tuer dans une explosion trop rapprochée de missile, être abattu par des armes lourdes malgré leurs protections. J'en ai trop vus pour être capable d'ignorer, pour ne pas y penser, pour ne pas visualiser la mort d'Emilio dans toute son horreur. Et c'est parce que je visualise que je ne peux pas parler, que je ne peux plus parler. Lloyd revient alors à mon secours et je ferme les yeux quand j'entends sa voix s'élever. Je réprimé un nouveau sanglot quand je l'entends dire que ce ne sera « peut-être pas possible ». Je sais qu'il a compris. Je sais qu'il a saisi. Je n'ai pas eu le temps (ni le courage, c'est un fait), de rentrer dans les détails et de lui expliquer ce qui est arrivé à Emilio mais je n'ai pas besoin de le faire : il a compris tout seul que non, on ne pourra pas voir Emilio, que son cercueil sera fermé, que c'est terminé. Terminé. Je parviens à prendre assez sur moi pour rouvrir les yeux et me retourner pour observer Lloyd et les garçons, me mordant la lèvre inférieure pour essayer de contrôler des sanglots qui ne demandent qu'à sortir, tout comme les larmes ne demandent qu'à couler. Des larmes que je parviens à retenir. Elles sont là, elles me voilent le regard mais je le contiens. J'y parviens. Pour le moment en tout cas. Et c'est bien difficile, ça l'est encore plus quand Saul parle de la webcam. Je détourne le regard, contenant à présent non pas un sanglot mais un hurlement qui ne demande qu'à sortir. Je crispe la mâchoire, serre les poings.

Je suis si en colère...

Et je rumine. Alors qu'un silence s'installe, je rumine. Je rumine de l'avoir laissé s'engager. Je rumine de ne pas avoir été à ses côtés. Je rumine qu'il ait été tué si jeune. Je rumine, encore et encore. Je cesse cependant de ruminer quand Vito annonce qu'il voudra quand même voir Emilio. Je tourne brusquement mon regard vers lui quand il ajoute qu'il est assez grand et qu'il n'a pas peur. Du haut de ses treize ans, il affirme qu'il est prêt mais s'il l'affirme, c'est parce qu'il ne le sait pas. Et il ne le sait pas parce que je n'ai pas pu leur expliquer mais comment le faire ? Comment puis-je leur dire ? Les minutes ont beau passer, je ne sais pas comment je vais pouvoir leur expliquer « ça ». Je cherche silencieusement les mots, j'essaye de trouver quelle serait la meilleure façon de leur expliquer sans pour autant entrer dans des détails que je ne veux pas dire et qu'ils n'ont certainement pas besoin d'entendre. C'est là encore Lloyd qui vient à mon aide et mon cœur brisé se serre soudain avec davantage de douleur quand Lloyd mentionne son frère. J'ouvre la bouche, avec l'envie de lui dire qu'il n'a pas à faire ça, qu'il n'a pas à revenir sur cet épisode si monstrueusement douloureux de sa vie pour expliquer la situation aux garçons, mais je ne parviens à faire naître aucun son pour la bonne et simple raison et que dans le fond, je sais qu'il est le mieux placé pour leur expliquer. Donna a succombé à des blessures internes et nous avons pu lui dire au revoir. La situation avec Emilio est différent mais Lloyd, lui, il sait. Il sait mieux que personne. Alors je le laisse faire, essuyant d'un geste rapide des larmes qui, traîtresses, ont décidé de n'en faire qu'à leur tête. Je croise alors le regard de Lloyd qui, je le sais, me demande silencieusement s'il peut poursuivre. Un bref hochement de tête de ma part pour l'inciter à continuer : il va trouver les mots, je le sais. Je déglutis avec difficultés, soudain pris d'une nouvelle nausée quand Lloyd entre un peu plus dans les détails sur ce qui est arrivé à Kevin et c'est pire encore quand il fait le parallèle avec Emilio. « Et quelqu'un a fait très mal à Emilio et il ne sera pas comme vous vous en souvenez. ». Sanglot étouffé, je baisse le visage pour cacher mes larmes que je suis incapable de retenir à présent. Je parviens à rester silencieux, mais c'est tout. Mes mains sont toujours accrochées au plan de travail et je tremble. Je tremble de tout mon corps. Oui, quelqu'un lui a fait très mal... Je ne relève mon visage que quand j'entends Saul affirmer qu'il a peur avant de se remettre à pleurer. J'observe en silence Vito venir enlacer son frère et renifle avant d'attraper un morceau d'essuie-tout pour m'éponger le visage. Je prends ensuite une profonde inspiration et je m'aperçois que ma respiration est tout aussi tremblante que l'est mon corps, que va l'être sans doute ma voix quand elle va s'élever mais il faut bien que je leur parle. Il le faut bien. Lloyd a apporté des explications mais elles ne sont pas suffisantes.

« Moi aussi j'ai peur. » je termine par dire, la voix aussi tremblante que je le craignais.

Je supporte mal d'être tout à coup le centre d'attention de mes garçons et de Lloyd mais je prends sur moi. Là encore, je n'ai pas le choix.

« J'ai peur parce que je ne veux pas... » Un silence, je repense à ces images que mon esprit ne cesse d'inventer depuis que je sais. Je ne veux pas que ces images deviennent la réalité. « Je ne veux pas le voir comme ça. » Et avant que Vito ne pose la question fatidique je poursuis, me montrant aussi honnête que possible avec eux. « Nous ne le verrons pas parce qu'il a été trop blessé pour ça. » je parviens à articuler la voix tremblante. Et puis, une fois encore, ma bouche s'ouvre, puis se ferme. Je ne parviens pas à prononcer les mots. Pas ces mots-là. Je dois en trouver d'autres. Je me racle la gorge, m'approche des garçons non sans jeter un regard à Lloyd pour puiser chez mon ami le courage qui me fait défaut. « Il y a eu une grosse explosion. » Je me mords la lèvre, marque pour la énième fois un silence et reprends. « Et Emilio était très près. C'est pour ça qu'on ne pourra pas le voir. » je leur avoue finalement, à mi-voix. « Même si tu veux le voir... » je dis plus particulièrement à Vito en le regardant et en secouant doucement la tête de droite à gauche. « On ne pourra pas. » Je sens mes épaules s'affaisser sous le poids de ce que je suis en train de leur dire et je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir accablé par ce poids. « Je suis désolé les garçons. »

Sur quoi je les enlace tous les deux. Je garde cependant mon bras gauche libre, cherche Lloyd du regard et tends ma main vers lui, cherchant son contact. Mon regard est planté dans celui de mon ami, de mon frère, et cet échange silencieux entre nous dure jusqu'à ce que Vito ne vienne briser le silence.

« Il va revenir quand ? »

Je lâche Lloyd et les garçons et me recule un peu pour les regarder, j'essuie pour la énième fois des larmes.

« Je ne sais pas vraiment. Pas tout de suite. Quelques jours... Peut-être une semaine ou deux. Ces choses-là peuvent prendre du temps.
- Il va aller avec maman ? »

La question de Saul me désarçonne tellement que j'écarquille les yeux et tourne mon visage vers lui.

« Quoi ?
- Emilio... Il va aller avec maman au cimetière ? »

C'est là que ça me frappe : le vide.

« Oui... » je réponds d'une voix éteinte, détachée. « Oui. » je répète en détournant le regard, presque hagard.

Le poids a disparu. La douleur est toujours là mais elle est sourde. C'est ce vide qui est violent, qui me fige sur place, le vide laissé par Emilio et par Donna bien avant lui. Le vide qu'ils vont tous les deux laisser dans nos vies.

« Je vais devoir tout préparer... » j'ajoute dans un souffle.

Puis plus rien. Mon regard se pose sur un point fixe sur le mur et je ne dis plus un mot, je ne bouge plus.

Je m'éteins.



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Sam 22 Juil - 12:01

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Evoquer Kevin n'est jamais une partie de plaisir pour le pompier. C'est douloureux, ça ravive les pires souvenirs de son existence et ça le confronte chaque fois à sa culpabilité, de laquelle il ne parviendra sans doute jamais à se défaire. Il prie pour que Tito n'éprouve pas ce genre de sentiment, pour qu'il ne souffre pas de la mort brutale de son fils comme lui souffre de celle de Kevin. Cette culpabilité là fait des dégâts… Trop de dégâts. Il espère que son meilleur ami ne se torture pas à ce point parce qu'il n'a pas de raisons de le faire. Il n'a pas envoyé Emilio se battre et il aurait été bien incapable de le retenir s'il l'avait voulu. Il n'est pas responsable de ce qui est arrivé. Enterrer son enfant n'est pas dans l'ordre des choses et il va forcément souffrir de lui avoir survécut…mais Lloyd espère qu'il n'en souffrira pas autant que lui a souffert d'avoir survécut à son cadet. Il ne souhaite ce fardeau là à personne, et encore moins à une personne qu'il aime autant qu'il peut aimer le secouriste.
Sa gorge est nouée à présent et il prend sur lui pour rester maitre de ses émotions et ne pas faillir face aux deux garçons et à son ami qui vont tous les trois avoir besoin d'aide. Lloyd sent son cœur se pincer douloureusement lorsque la voix fluette de Saul s'élève pour lui signifier qu'il a peur, juste avant qu'il n'éclate de nouveau en sanglots. A-t-il été trop loin dans ses propos ? C'est tout à fait possible… Toute cette situation le bouleverse mais il est adulte, lui. Il n'ose pas imaginé ce qui est en train de se passer dans l'esprit du gamin qui lui fait face et qui vient de lui avouer être tout aussi démuni que lui. Les adultes sont censés être des rocs et s'ils s'effondrent à leur tour…
Lloyd ne sait plus vraiment comment agir. Il pensait bien faire en évoquant sa propre perte et son expérience, mais visiblement, il s'y est mal pris. Ou peut-être que non, peut-être que Vito et son frère avaient besoin d'entendre quelque chose de ce genre et que ça a fait du bien au gamin d'apprendre que ses sentiments étaient reconnus et acceptables ; n'empêche qu'à présent, le père de Merrin ne sait plus de quelle manière enchainer. C'est finalement Vito qui les coiffe, lui et Tito au poteau, en se rapprochant de son cadet pour l'enlacer et le réconforter physiquement, tout bêtement. Lloyd déglutit puis s'accorde de laisser échapper un lourd soupir, frottant ses yeux humides et essayant de retrouver son sang froid pendant le laps de temps où les regards des gosses ne sont plus braqués sur lui. Il se concentre sur sa respiration, sur les battements réguliers de son cœur en miettes, alors que sa main libre s'est fermée en un poing rageur. Il aimerait cogner dans quelque chose, dans quelqu'un, se soulager un peu de cette manière, mais il sait bien que ce n'est pas possible. Il faut qu'il prenne sur lui, qu'il garde la tête froide et les épaules solides pour la famille de son meilleur ami. Ils vont avoir besoin de soutien et il ne pourra pas se permettre de flancher entre ces murs…
 
La voix de Tito finit par s'élever, le contraignant à rouvrir les yeux pour les poser sur la silhouette du secouriste. Il est frappé par l'expression de son visage, sa posture. Tito vient de prendre une énorme claque et la douleur de la disparition d'Emilio marque déjà ses traits. Il semble plus vieux, plus vulnérable, presque plus petit. Comme si le poids de sa douleur l'avait un peu tassé… Son visage est d'une pâleur inquiétante et ses yeux, bouffis par les larmes semblent plus enfoncés dans ses orbites. Cette vision brise encore un peu plus le cœur de Lloyd qui se fait la promesse de tout faire pour redonner à son plus vieil ami le goût de vivre, pour le réparer…
Il l'écoute compléter son discours précédent et leur expliquer, avec ses mots à lui, pourquoi ils ne pourront plus revoir Emilio ; leur expliquer ce qui s'est passé à l'autre bout du monde. Les soupçons du pompier sont ainsi confirmés, malheureusement. Emiliio doit être dans un triste état… Lui qui était si beau, si parfait, si plein de vie… Lui qui paraissait indestructible et avait toujours un mot gentil, une attention pour ses frères, qui avait soutenu son père à la mère de Donna bien plus que l'inverse n'avait été vrai certainement…
Lloyd s'arrache à ses souvenirs lorsqu'il voit le bras de son ami se tendre vers lui, comme un noyé tendrait le bras pour se raccrocher à une bouée ou un rocher. Le pompier se rapproche donc pour venir soutenir son ami autant physiquement que psychologiquement et pour partager ce moment avec lui et ses deux fils.

D'autres questions finissent par s'enchainer. Les petits ont besoin de réponses, ont besoin de comprendre ce qui va à présent se passer et de se tourner vers un avenir bien trop flou à leur goût. Ils ont besoin d'entendre que leur père maitrise la situation. Comme n'importe quel enfant confronté à n'importe quel obstacle d'ailleurs. Ils ont besoin d'être assurés que les adultes vont savoir quoi faire et être en mesure de les protéger, puisque tel est leur rôle. Mais le pompier réalise très vite que Tito ne va pas être en mesure de gérer ça. Il le sent s'éloigner, fuir. Alors il prend une inspiration et se tient prêt à jouer les filets de sauvetage, comme il se l'ait promis.
Il réclame donc l'aide des enfants pour remettre un peu d'ordre dans la cuisine et propose discrètement à son meilleur ami d'aller s'allonger un peu pendant qu'il prend le relai et va s'occuper des garçons. Sonné, abruti de fatigue, Tito s'éloigne d'une démarche mécanique et Lloyd se charge donc d'occuper l'esprit de Vito et Saul durant le reste de la journée. Il profite d'un moment de répit pour prévenir sa mère qu'il ne rentrera pas chez lui ce soir et lui demande de garder Merrin. Pourtant l'envie de la retrouver, de la serrer dans ses bras et de remercier le ciel de ne pas la lui avoir arrachée comme Emilio a été arraché à sa famille le démange furieusement… Mais il résiste. A la place donc, il emmène les garçons faire quelques courses et, ensemble, ils se lancent dans la préparation d'un repas plus que copieux pour le diner.
Lloyd ne va réveiller Tito qu'au moment où le tout mijote encore et qu'il estime lui avoir laissé suffisamment de temps.

Le trentenaire pénètre dans la chambre de son meilleur ami sans prendre la peine de frapper. Comme il s'y attendait, il le découvre étendu sur son lit, par-dessus les draps qu'il n'a pas pris la peine d'ouvrir. Il a du simplement se laisser tomber là et ne plus bouger de l'après-midi. A-t-il vraiment dormi ou s'est-il contenté de ressasser tout ce temps là ?
« Tito ? » l'appelle-t-il en refermant la porte derrière lui pour s'accorder un peu d'intimité. « Tito, il va falloir que tu te lèves. Les garçons t'ont préparé à manger et il faut que tu reprennes des forces. Tu vas en avoir besoin. »    
Là-dessus, il vient s'asseoir au bord du lit, dans le dos du secouriste. Se fiant à sa respiration, il en déduit qu'il ne dort pas.
« Je sais que c'est sûrement la dernière chose que t'as envie de faire, mais tu vas quand même te lever et venir à table. Tu sais qu'ils en ont besoin. »
Son ton est un rien plus ferme cette fois. Lloyd ne cèdera pas et il faut que son ami le comprenne.  
 



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Mar 25 Juil - 15:51

The world can be a nasty place.


Elle est étrange cette sensation de vide. Et dérangeante. Désagréable. Elle pourrait être apaisante mais elle ne l’est pas. Pas le moins du monde même… Est-ce que la douleur violente est pire que la douleur sourde ? C’est différent c’est certain mais pire ? En fait oui. Elle est pire parce qu’elle est plus profonde, plus sournoise, plus hargneuse, plus vicieuse… Je fixe le fond de l’évier sans réellement le fixer, mes pensées bien que calmes sont dirigées vers ce que je vais devoir faire et quand Lloyd s’adresse à moi, je tourne mon visage vers lui avec une lenteur démesurée. Il me propose d’aller m’allonger pendant qu’il va s’occuper des garçons. M’allonger… Dormir… Ne plus penser… Oui. Oui très bien. Je hoche brièvement la tête et m’éloigne le pas lent, sans un regard ni pour mes garçons ni pour mon ami, porté mes jambes qui se dirigent toutes seules vers chambre. Une fois la porte refermée, je me laisse tomber sur le lit et me mets à fixer le plafond. Longuement. Très longuement. Jusqu’à ce que mes paupières ne deviennent excessivement lourdes. Lorsque je me réveille en sursaut, il me faut quelques instants pour comprendre où je suis, ce que je fais là, pourquoi je suis allongé sur mon lit tout habillé. Je suis vif pendant ces quelques instants, très vif, jusqu’à ce que je me souvienne, jusqu’à ce que je comprenne et je sens de nouveau mon corps s’engourdir. Je m’assois, fixe un instant le mur devant moi avant de me saisir de mon téléphone portable dans la poche de mon jean. Je regarde l’écran un moment avant de me lancer.

Je suis de nouveau allongé sur le lit, yeux fixant le plafond, repassant dans ma tête les mots du Colonel, mon cerveau s’évertuant à créer des images qui pour le moment n’ont aucune réalité mais qui me semblent à moi trop réelles. J’entends la porte de ma chambre s’ouvrir mais je ne me tourne même pas vers cette dernière, me doutant qu’il s’agit de Lloyd. Mon corps a beau être engourdi et mes pensées embuées, je suis capable de réfléchir, capable d’être conscient que mon ami n’aurait pas envoyé mes garçons dans ma chambre ne sachant pas dans quel état j’allais être. Je pourrais être recroquevillé, en larmes, luttant pour ne pas tout briser dans ma chambre mais je suis juste là, allongé, quasi léthargique. Si seulement… Ce n’est que quand Lloyd prononce mon prénom que je tourne lentement mon regard vers lui. Le visage suit le mouvement du regard quand il me dit que je vais devoir me lever car les garçons ont préparé à manger. Reprendre des forces parce que je vais en avoir besoin. Je reporte mon regard sur le plafond sans bouger. Une partie de mon cerveau comprend et accepte les mots de mon ami, l’autre partie par contre… J’ai à la fois l’envie de me lever pour être là pour mes garçons comme j’ai envie de ne plus jamais mettre un pied en dehors de cette chambre. Je sens le lit bouger un peu, devine que Lloyd vient de s’y installer puisque je ne le vois plus et laisse échapper un profond soupir quand il met le doigt sur ce que je ressens, ce que je n’ai, en l’occurrence, pas du tout envie de faire.

« Je sais. » je lâche d’une voix plate quand il me dit que mes garçons ont besoin de moi. « Je vais me lever. » j’ajoute sans pour autant joindre le geste à la parole.

Juste un instant. Un petit instant encore. Puis, doucement, je me redresse pour m’assoir et à peine suis-je assez au bord du lit que mes épaules me semblent peser une tonne. C’est lentement que je me décale, sans pour autant encore me lever complètement, pour finalement venir m’assoir près de Lloyd. Je ne le regarde pas, je continue de fixer ce point fixe sur le mur.

« Je vais me lever. Je vais manger. Je vais faire ce qu’il faut. »

Pas parce que j’en ai envie mais parce qu’il le faut. Je ne le dis pas parce que je n’ai pas besoin de le dire. Il le sait très bien.

« J’ai appelé les pompes funèbres. » je lâche soudainement de cette même voix au ton platonique qui, si j’étais face à moi et que je m’entendais, ferait dresser mes poils sur mes bras.  « Je dois m’occuper de tout parce que je veux que tout soit prêt quand il arrivera. Je ne veux pas qu’il reste encore plus longtemps tout seul. » Et seul, il le sera au funérarium. « Alors j’ai appelé mais elle avait besoin d’une date. Elle m’a demandé quand le corps allait être rapatrié. » Je grimace en prononçant le mot « corps » comme j’ai grimacé quand la gentille dame l’a prononcé. « Sauf que je n’ai pas de date alors j’ai appelé le Colonel. Il n’a pas pu me donner de date précise mais il m’a dit une dizaine de jours au maximum. »

Et je m’arrête. Mes doigts se tordent puis se nouent sur mes genoux. La conversation entière est dans mon esprit, je n’en ai pas loupé une seule miette. Surtout pas cette miette là.

« Il faut que je le voie. » Je tourne doucement mon visage vers Lloyd. « Je n’ai pas le choix. Avant de… » Je déglutis. « Avant de le mettre dans le cercueil que je vais choisir et de le sceller, je dois l’identifier. C’est la procédure. Il voulait attendre pour me le dire mais comme je l’ai rappelé… Il ne faut pas le dire aux garçons. » j’enchaîne rapidement en posant ma main sur le poignet de Lloyd. « On ne va pas leur dire parce que si on leur dit, ils vont vouloir… Vito, c’est sûr qu’il voudra voir et c’est hors de question. Il n’oubliera jamais ça si… Je dois le protéger. Je dois les protéger tous les deux. » Mes doigts pressent plus fort sur le poignet de Lloyd. « Je n’ai pas réussi à protéger Emilio mais eux, je dois les protéger. Eux au moins je dois… » Je soupire. « Comment ils vont ? Est-ce que ça a été ? Est-ce qu’ils t’ont dit quelque chose ? Ils en ont parlé ? »




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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Dim 30 Juil - 14:18

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Lloyd hoche la tête lorsque Tito lui annonce qu’il sait ce qu’il a à faire. Le pompier voulait simplement s’en assurer pour savoir où il mettait les pieds exactement. Ceci dit, les propos de son meilleur ami ne s’accompagnent d’aucun mouvement pour lui prouver ses dires… Il sait qu’il va lui falloir être patient avec Tito, comme il l’a été après la mort de Donna. S’il le faut, il sera là pour les garçons, mais il ne pourra pas tout assumer seul, il va falloir que Tito se bouge un minimum. La réaction de Vito leur a prouvé à tous deux que, cette fois, il serait plus intransigeant avec son père et ne lui laisserait pas autant de lest qu’au moment de la mort de sa mère.
Parce que justement, Emilio n’était pas que leur frère. Au moment de la mort de Donna, il s’était montré on en peut plus présent pour ses frères qu’il avait pris sous ses ailes, agissant parfois comme un véritable père pour eux. Lloyd avait vu les choses se mettre en place, sans rien dire. Il avait vu les garçons venir chercher du réconfort un peu plus souvent auprès de leur grand frère que de leur père qui peinait à garder la tête hors de l’eau. Tito avait pourtant fait de son mieux, mais la douleur avait été intense et le secouriste toujours un peu fragile, émotif…
Alors que Lloyd pense qu’il va devoir sévir encore un peu, se montrer plus ferme, le quarantenaire se met finalement à remuer et s’assoit au bord du lit, auprès de lui. Le pompier retient son souffle. Pas volontairement en réalité, mais la vision de son ami, abattu, vieilli, lui fait l’effet d’un coup dans l’estomac et lui bloque la respiration un moment. Ca lui fait mal.
« Je vais me lever. Je vais manger. Je vais faire ce qu’il faut » promet-il d’une voix sans timbre, monotone et qui ne lui ressemble pas le moins du monde.
« Bien » lui répond Lloyd dans un raclement de gorge un peu nerveux, sentant ses yeux le picoter un peu.

Et puis Tito enchaine en lui parlant des dispositions qu’il a commencé à prendre. Lui qui pensait qu’il avait passé son après-midi à végéter et déprimer dans sa chambre, avait finalement fait plus que lui… Du moins, les charges qu’il s’était imposées étaient bien plus lourdes et éprouvantes que les siennes. Lloyd est impressionné. En même temps, il se sent un peu coupable. Coupable d’avoir douté des capacités de son ami à rebondir et coupable de ne pas avoir été là pour le soutenir et de n’avoir rien remarqué.
« D’accord… » souffle-t-il, la gorge nouée par l’émotion qu’il lutte pour contrôler.
Lui qui venait s’assurer que son ami n’était pas en train de craquer est sur le point de le faire. Ce n’est pas bon du tout… C’est ridicule même. Mais Lloyd ne contrôle pas grand chose. Cette journée a été éprouvante et il sait que c’est la première d’une longue lignée de journées éprouvantes malheureusement.
« Il faut que je le voie » enchaine Tito en tournant son visage marqué par le chagrin vers lui.
Les deux hommes s’observent, aussi mal à l’aise et misérables l’un que l’autre… Il faut dire que le sujet abordé est difficile. Insupportable en fait. Des images sanglantes remontent. Celles de son jeune frère, ravagé par les roues du camion qui lui est passé dessus, mais pas seulement. Il repense à toutes les interventions qu’il a eu à faire dans le cadre de son travail… Les visage mutilés, les corps démembrés, brûlés… Il ne peut pas laisser faire ça. Il ne peut pas laisser Tito voir son petit garçon dans un état pareil. Cette idée lui colle la nausée, lui brise le cœur et le révolte. Les yeux exorbités d’horreur, le pompier retient son souffle alors qu’il sent les mains de son ami se refermer sur son poignet et serrer, serrer…s’accrocher à lui, se cramponner.
« Je n’ai pas réussi à protéger Emilio mais eux, je dois les protéger. Eux au moins je dois… »
Je vais le faire. Je vais faire ça pour toi frangin, a-t-il envie de lui répondre. Mais les mots restent bloqués dans sa gorge qui le brûle. Rien ne sort.

« Comment ils vont ? Est-ce que ça a été ? Est-ce qu’ils t’ont dit quelque chose ? Ils en ont parlé ? »
Lloyd déglutit, essaie de se ressaisir, de faire le vide dans son esprit torturé par les images terribles qui lui sont venues. Il ferme les yeux une seconde, détourne le regard et soupir à son tour.
« Un peu. Saul a beaucoup de questions… Vito est plutôt…renfermé. Il s’est éloigné pratiquement à chaque fois que son frère en parlait. Il va falloir le surveiller de près… » trouve-t-il la force de lui répondre, rassemblant ses pensées. « Peut-être… Je crois que ce serait bien qu’il rencontre quelqu’un. Un professionnel j’veux dire. Cette docteure avec qui ont bosse à la caserne, tu sais ? Docteur…hem… Scherbatsky. Elle est très bien il paraît. Elle a beaucoup aidé les enfants de Priesley » lui propose Lloyd, faisant référence à la pédopsychiatre vers qui les enfants de ses collègues décédés dans l’exercice de leurs fonctions sont dirigés. « Enfin j’te l’dis, tu en fais ce que tu veux. »
Il soupire, la tête basse, puis décide de revenir sur leur sujet précédent.
« Je viendrai avec toi. Pour…pour identifier Emilio j’veux dire… J’viendrai avec toi. »
 



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Mar 1 Aoû - 20:48

The world can be a nasty place.


C'est l'inquiétude qui parle. Parce que je n'ai pas revu les garçons depuis plusieurs heures, parce que je ne sais absolument pas comment ils gèrent la terrible nouvelle, parce que j'ai terriblement peur que tout ne soit insurmontable pour eux. Je sais que les enfants ont des ressources dont nous n'avons souvent pas idée mais là... Là... Je suis suspendu aux lèvres de mon ami, j'attends après lui puisqu'il a veillé sur eux, puisqu'il ne les a pas laissés. Il m'explique rapidement qu'ils en ont parlé un peu et que Saul a visiblement beaucoup de questions. Il est plus petit, c'est normal qu'il se pose davantage de questions. Tout ça reste assez abstrait pour lui. La réalité est sans aucun doute bien plus vive pour Vito et d'ailleurs, les mots de Lloyd font écho à mes pensées : je ne suis pas surpris que Vito soit renfermé, qu'il semble ne pas vouloir en parler et même ne pas vouloir en entendre parler. Je hoche la tête avec gravité quand Lloyd ajoute que nous allons devoir le surveiller de près. Il est clair qu'on ne va pas pouvoir le laisser tout garder pour lui car cela risque de le ronger de l'intérieur et je refuse qu'il vive avec un tel poids dans le cœur, pas à son âge non... Lorsque Lloyd émet la possibilité de lui faire rencontrer quelqu'un, un professionnel, je trouve l'idée totalement justifiée et je suis intérieurement reconnaissant à Lloyd d'y avoir pensé. Mon cerveau n'est pas assez en mesure de fonctionner correctement pour réussir à pondre ce genre de bonne idée. Si j'arrive à gérer les dispositions pour la mort d'Emilio, gérer tout le reste me semble quasiment impossible en fait. Seul, je ne pourrais pas, c'est indéniable. Sans Lloyd...

« Je verrai pour faire ça oui. » je termine la gorge serrée à mon ami.

Sans lui, je serais incapable de faire face à tout ça... Sans lui, je ne serais qu'une épave incapable de bouger, incapable de parler. Cet ami, ce frère... J'ai besoin de lui plus jamais et quand il m'annonce de but en blanc qu'il viendra avec moi pour identifier Emilio, j'en perds d'abord mes mots. Les larmes me remontent aux yeux. Je voudrais être capable de lui dire que je n'ai besoin de lui, mais ce serait mentir. Je voudrais être capable de lui dire que je ne veux pas qu'il s'impose une chose pareille, mais je ne le peux pas. J'ai trop besoin de lui pour ça. Je le réalise de plus en plus à chaque seconde. Sur le chemin de cette épreuve, j'ai besoin de lui. Je repose ma main sur son bras et vient poser mon front sur son épaule.

« Merci... » je lui dis dans un murmure. « Merci... » je répète une seconde fois.

Mes doigts se crispent sur le bras de Lloyd et la douleur qui était sourde redevient vive, si vive que je me remets à pleurer. En silence, mais les larmes sont là.

« C'est bon... » je termine par dire la voix tremblante.

Je prends une profonde inspiration, relève mon visage que j'essuie et souffle.

« C'est bon. » Je hoche la tête avant de planter mon regard dans celui de Lloyd. « Je suis prêt. »

Sur quoi, nous allons rejoindre les garçons, le cœur lourd.

-|-|-

Si annoncer la nouvelle à Lloyd et aux garçons a été difficile, l'annoncer à Katie, la petite amie d'Emilio et à sa mère, Anna, l'a été également. Katie s'est effondrée dans les bras de sa mère, moi j'ai tenu le coup comme j'ai pu et ça été particulièrement difficile quand Anna s'est montré très réconfortante. J'ai eu envie, l'espace d'un instant, de me laisser totalement aller mais je me suis retenu : nous ne sommes pas assez proches pour ça. Elles seront présentes à l'enterrement. Elles y tiennent et c'est leur place, elles étaient proches d'Emilio. Qui d'autre sera là ? Certains de mes amis. Ceux qui le souhaitent, le peuvent. Et nous, nous serons là. Les enfants, Lloyd et moi. Nous serons là comme nous sommes là, maintenant, dans cette salle qui donne sur le tarmac de l'aéroport militaire de la base de Scott Air Force. A près de cinq heures de route de Chicago. C'était la base la plus proche pour pouvoir accueillir Emilio et le ramener jusqu'à la maison ensuite. Il est prévu qu'on suive la fourgonnette qui transportera le cercueil mais avant ça... Avant ça... Lloyd me sort de mes pensées en s'adressant à moi. L'avion vient d'atterrir et il faut sortir. J'observe mon ami, j'observe les garçons, j'observe le colonel Stevenson qui tient la porte vitrée ouverte : tout le monde attend après moi. Je hoche la tête et c'est le cœur battant que j'entraîne les garçons avec moi, Lloyd à nos côtés, à la suite du colonel. Nous nous avançons sur le tarmac. Il fait un soleil de plomb, la chaleur réveille la douleur de mon nez fraîchement fracturé mais cette douleur-là n'est rien comparée à celle qui menace de me consumer sur place très bientôt. Nous nous arrêtons à une distance raisonnable de l'avion militaire dont les hélices tournent toujours bien que le moteur soit à l'arrêt. Mon cœur s'emballe encore plus alors que j'observe l'arrière de l'avion qui s'abaisse doucement. Mes mains se resserrent sur les épaules de mes deux garçons. Je ne veux pas... Je ne veux pas de ce qui va suivre... Je ne veux pas... Ma vue se trouble de larmes, de vertiges même. Je sens la main de Lloyd se poser sur mon épaule alors que des militaires descendent de l'avion et c'est là que je le vois : le cercueil. Et c'est en le voyant que je me prends de plein fouet la réalité de ce qu'il se passe, cette réalité qui est la mienne, la nôtre maintenant : Emilio est mort et il est dans cette foutue boîte en bois. Je relâche mes garçons et les dépasse, eux et Lloyd, m'avançant vers le cercueil. Juste moi. Seul. J'ai besoin de ce moment, juste de ce moment. Je m'arrête au même moment que les militaires qui portent à bout de bras le cercueil de mon fils. Malgré la douleur plus qu'abominable, je trouve la force de porter la main à mon front pour les saluer puis, je porte mon regard voilé de larmes sur le cercueil. Ma main glisse dessus et je termine par m'agripper totalement au cercueil en baissant le visage. Lorsque j'entends les sanglots de mes garçons tout près de moi, je libère un bras pour les serrer contre moi, l'autre bras s'accrochant désespérément au cercueil. C'est la main de Lloyd, que je sens s'accrocher à mon épaule, qui me permet de ne pas perdre totalement pieds.

-|-|-

Les garçons sont restés dans une salle, avec un militaire pour les surveiller. Lloyd et moi ? Nous avons suivi le colonel dans la pièce où le cercueil a été déposé en attendant que nous reprenions la route en direction de Chicago. La route, nous ne pourrons la reprendre que lorsque j'aurai identifié le corps de mon fils : impossible qu'il soit ramené à Chicago sans cela. Aux garçons, nous avons simplement dit que le colonel devait nous parler mais je crois que Vito a compris. Il m'a regardé droit dans les yeux et il a compris. Pourtant, il n'a rien dit. Il a été assez courageux et généreux pour ne pas donner l'envie à son frère de voir Emilio. Emilio... La porte est ouverte, le cercueil l'est aussi mais pour le moment Emilio n'est pas visible. Moi ? Je ne bouge pas. Je suis figé sur place. Jusqu'à ce que Lloyd se retrouve face à moi. Je vois ses lèvres bouger mais je n'entends pas ce qu'il dit, mon cerveau étant bloqué sur ce qui se trouve derrière lui. Je prends une longue et profonde inspiration et l'expiration est aussi longue.

« Je suis prêt... » je souffle tout bas, ne répondant sans doute pas à ce qu'il vient de me dire.

Je ne le suis pas vraiment, prêt, mais je ne le serai jamais de toutes les façons. Tremblant, nauséeux, je trouve la force de m'avancer à l'intérieur de la pièce. Chaque pas m'est lourd, difficile, douloureux, me donne l'impression que mes chaussures pèsent une tonne. Chaque seconde qui me rapproche de ce cercueil est une épreuve supplémentaire. Je pleure, je tremble, puis je vois son visage. Et je m'arrête près du cercueil. Plus aucun mouvement, mon regard est figé sur le visage du corps de mon fils, un visage que je me suis imaginé maintes et maintes fois méconnaissable au cours de ces dix derniers jours et pourtant... C'est lui. Bien sûr que les écorchures sont visibles et les brûlures aussi, sur tout le côté gauche, bien sûr que sa peau a la pâleur de la mort mais... C'est lui.

C'est...
Lui...
Et je dois le dire.

« C'est Emilio. » j'articule avec difficulté sans pour autant relever mon regard vers le colonel qui se trouve de l'autre côté du cercueil.

Et comme annoncer sa mort à voix haute avait été monstrueusement douloureux, dire à voix haute qu'il s'agit bien du corps de mon fils dans ce cercueil l'est encore plus. Je tends une main tremblante vers le visage abîmé mais largement reconnaissable de mon fils et l'effleure. Glacé. Le gémissement de douleur m'échappe bien malgré moi et mes genoux lâchent. Il me semble entendre la porte se refermer après ça. La douleur est indescriptible.

Indescriptible.
Mon fils est mort.



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Sam 5 Aoû - 17:46

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Se lever a été pour Lloyd une véritable épreuve. Il n’avait aucune envie d’affronter cette énième journée de deuil, de faire face au visage ravagé par le chagrin de son meilleur ami, d’avoir à répondre aux questions de son fils le plus jeune ou de supporter les silences horriblement pesants de Vito. Il n’avait pas envie non plus de croiser sa mère et de l’entendre lui dire combien elle était désolée de ne pas pouvoir quitter la maison pour les accompagner lui et Tito à l’aéroport pour accueillir Emilio. Et bien sûr, il n’avait pas le moindre désir d’entendre Merrin pleurer et de la voir se cramponner à lui au moment de la quitter pour aller faire son devoir…
Mais il a dû faire toutes ces choses. Lloyd a dû se lever, s’habiller, écouter sa mère s’excuser, grignoter un peu du petit déjeuner qu’elle l’a forcé à avaler et il a dû se résoudre à laisser Merrin à la crèche pour retrouver son meilleur ami et le conduire  à la base aérienne de Scott Air Force. Hors de question que son meilleur ami conduise durant cinq heures pour aller récupérer le corps de son fils. Saul est venu lui ouvrir la porte d’entrée et l’a accueilli d’une étreinte et d’une nouvelle flopée de questions sur le déroulement de la journée. Lloyd a pris le temps de lui répondre, ne s’étonnant pas de voir Vito – qui jusque là regardait la télévision dans le salon – s’éclipser pour ne rien entendre de leur échange. Et puis Tito est venu le saluer et après quelques minutes, le temps de rassembler leurs affaires, ils se sont mis en route à bord de la voiture familiale des Hernández.
Le trajet a été éprouvant. Ils ne se sont arrêtés que deux fois, le temps de vider les vessies et d’avaler des cafés pour les adultes et du soda pour les garçons. Lloyd est resté silencieux pratiquement tout le trajet, ne prenant la parole que pour s’assurer que personne ne manquait de rien. Le reste du temps, lorsqu’il ne se concentrait pas sur la route, il envisageait les scénarios possibles. Est-ce que Tito allait s’effondrer ? Est-ce qu’un des garçons allait craquer ? Et si jamais il s’avérait que le garçon dans le cercueil n’était pas Emilio ? Et s’ils s’étaient trompés, tous autant qu’ils étaient ? Et si lui-même craquait ?
Il y a quelques jours, alors qu’il était coincé dans un ascenseur en panne, il avait bien failli en venir aux mains avec une femme, juste parce qu’elle avait eu une petite remarque déplacée à propos de sa fille… Il s’en était fallut de peu pour qu’il ne craque nerveusement et il sait qu’il n’est pas à l’abri de le faire aujourd’hui. Lloyd prend sur lui depuis l’annonce de la mort d’Emilio mais il a peur de flancher bientôt, peut-être au pire moment, au moment où Tito aura vraiment besoin de lui. Il ignore combien de temps il pourra encore tenir…

« Il est là » articule-t-il à son ami, alors que l’un des militaires vient de lui glisser quelques instructions à l’oreille, tandis qu’ils patientent dans une pièce l’aéroport militaire. « Il faut que tu ailles le chercher Tito. Je suis juste derrière toi, d’accord ? »
Lloyd l’observe, se demandant si son ami osera s’avancer et aller accueillir son fils, mort au combat. Mort loin des siens, à l’autre bout du monde… Et si ce n’est pas le cas, qu’est-ce qu’il pourra bien faire ? Si Tito reste figég, qu’est-ce qu’il fera ? Est-ce qu’il devra le trainer derrière lui jusque sur le tarmac ? Est-ce qu’il le laissera planter là pour aller récupérer Emilio lui-même ?
Mais Tito se met en mouvement, mécaniquement, entrainant ses garçons avec lui. Alors comme il le lui a promis, Lloyd lui emboite le pas et se positionne derrière lui pour le soutenir.
Ils s’avancent sous un soleil de plomb et le pompier tire nerveusement sur le col de la chemise qu’il a enfilée pour l’occasion. Une occasion à chier… Il serre les dents, essaie de ne pas penser au fait qu’il aimerait mieux être n’importe où ailleurs qu’ici, aux côtés de son meilleur ami brisé. Ses poings se ferment, s’ouvrent, il hésite à fourrer ses mains dans ses poches et puis se ravisent à la dernière seconde, se disant que ça ferait mauvais genre. Il y a surement un protocole dans ce genre de situation… Un protocole dont il ignore tout. Tout ce qu’il sait, c’est que le moment est solennel et qu’on ne fourre pas négligemment ses poings dans ses poches dans un moment pareil.
L’espace de quelques horribles secondes, il a l’impression terrifiante qu’il va se mettre à rire. Son nez commence à le picoter et un tic nerveux étire sa lèvre alors que l’arrière de l’appareil s’ouvre. C’est comme une bouche géante. Une bouche géante qui va les dévorer, Tito et les siens, une machine infernale qui va les broyer dans quelques secondes, quand le cercueil sera révélé. C’est cette vision qui manque de le faire éclater de rire, sans qu’il ne sache trop pourquoi.
Tout ça est tellement absurde putain… C’est absurde…
Son envie de rire se transforme en envie de pleurer et à présent, ce sont ses yeux qui le picotent. La vision du cercueil le prend aux tripes immédiatement. Un tas de souvenirs remontent à la surface, mettant Emilio en scène dans différentes situations. L’idée qu’il se trouve dans cette boite, enfermé, seul, dans le noir… Cette idée lui donne envie de vomir…

Le flot de ses pensées est interrompu par l’avancée de Tito. Il rejoint les militaires qui encadrent le cercueil et Lloyd retient son souffle. La main de Saul recherche la sienne et il l’attrape. Elle est moite, chaude. Le contact est désagréable mais peu importe. Il porte son autre main sur l’épaule de Saul, prenant la place qu’occupait Tito il y a un instant. Tous trois observent le secouriste qui accuse le coup. Difficilement.
Et puis Saul, le premier, esquisse un mouvement pour le rejoindre, bientôt imité par son frère. Lloyd, jugeant que Tito a été seul suffisamment longtemps décide de le rejoindre lui aussi, pour lui apporter son soutien. Et puis pour saluer Emilio aussi… Il appréhende ces retrouvailles mais il va bien falloir se faire une raison maintenant.
Ca y est, ils y sont. Emilio est rentré à la maison. Emilio est mort.
Lloyd ravale ses larmes et appuie ses deux mains sur les épaules de son meilleur ami, pour lui montrer qu’il est là pour lui. Dans tous les sens du terme.

C’est à lui que les militaires décident de s’adresser lorsqu’ils estiment qu’il est temps qu’ils procèdent à la suite, qu’il fassent ce qu’on attend vraiment d’eux : qu’ils identifient formellement Emilio. Lloyd approuve et attrape son ami par l’épaule pour lui faire comprendre qu’il faut qu’ils retournent à l’intérieur et qu’ils les laissent prendre à nouveau Emilio en charge. Pendant quelques instants, il a l’impression que Tito va résister, qu’il ne le laissera pas le séparer une fois de plus de son fils, mais Tito finit par relâcher le cercueil pour le suivre avec les garçons qui peinent à ravaler leurs larmes. Ils reviennent sur leurs pas et se laissent guider vers une salle où les militaires invitent Tito et ses enfants à s’asseoir. Le temps qu’ils préparent tout… Qu’ils préparent Emilio.
Lloyd ne s’assoit pas. Il croise les bras et s’appuie à un mur, surveillant son ami du regard en se mordant nerveusement la lèvre. Il a envie de fumer comme jamais. Envie d’un verre. Envie d’être ailleurs à nouveau… Il passe d’un pied à l’autre à défaut de pouvoir les utiliser pour quitter ce bâtiment et s’enfuir à toutes jambes. Et puis, après ce qui semble être une éternité, un des hommes en uniforme lui explique que tout est prêt pour l’identification. Lloyd se rapproche donc de Tito et lui fait comprendre d’un geste de la tête qu’il est temps… Il explique à ses garçons qu’ils doivent aller parler au colonel et s’éloignent pour lui emboiter le pas, le ventre noué et le cœur lourd.  
Lloyd, qui s’était imaginé qu’il serait capable d’identifier Emilio à la place de son père si celui-ci s’en révélait incapable n’est plus tout à fait certain d’en être capable à présent. Il n’a aucune envie de voir Emilio et d’assister à tout ça. Il n’en peut plus de toute cette foutue tristesse, de cet halo de noirceur qui entoure son ami, il ne veut plus el voir, il ne veut plus de tout ça… Mais ses pieds s’agitent et le porte malgré lui vers la pièce où repose le cercueil.

Il lui faut concentrer toute son énergie pour ne pas se mettre à pleurer. Il faut qu’il soit fort, pour Tito. S’il flanche, qu’est-ce qui arrivera ? Il le doit à Tito. Il le doit à Emilio qui doit compter sur lui pour soutenir sa famille… Alors Lloyd tient bon. Il se tient bien droit aux côtés de son meilleur ami, prêt à le soutenir physiquement s’il le faut, le soutenant mentalement en attendant.
« Je suis prêt... » leur fait savoir Tito d’une voix pourtant à peine audible, avant de s’avancer doucement dans la pièce pour en rejoindre le centre. Ses épaules sont secouées de sanglots et ses pas sont malhabiles. Lloyd hésite plusieurs fois à le rejoindre, à prendre son bras pour l’accompagner, mais il n’en fait rien. Ce moment leur appartient, à lui et Emilio…
Le temps semble se figer lorsqu’ils se font face. Lloyd espère qu’Emilio est présentable… Qu’il n’est pas trop défiguré. Il se sent affreusement lâche de ne pas avoir eu le courage de s’en assurer avant de laisser Tito approcher. Il aurait dû y aller. Il aurait dû y aller pour épargner ça à Tito. Quel souvenir va-t-il garder de son fils maintenant ?
Il veut s’excuser. Il ouvre la bouche, prend une inspiration hachée par l’émotion alors que quelques larmes brûlantes glissent sur ses joues. Il essaie de se ressaisir, cherche son air pour être capable de parler mais rien ne vient. Il ne sait plus comment s’y prendre pour respirer. Et puis finalement, c’est Tito qui rompt le silence.
« C'est Emilio » coasse-t-il d’une voix muée par la peine.  
Quelque chose se brise dans le cœur de Lloyd. L’espoir. L’espoir qu’ils se soient trompés, que l’enfant d’un autre homme soit mort à la place d’Emilio. Il ferme les yeux et s’imprègne de cette brutale et irrémédiable vérité. C’est Emilio. Emilio est mort.
Le gémissement que pousse son meilleur ami le ramène à la réalité dans un frisson. Lloyd trouve enfin le courage de s’approcher et il va passer un bras autour de la taille du secouriste, son regard se posant sur le visage mutilé d’Emilio. Il ne prolonge pas ce contact et détourne rapidement le regard pour se concentrer sur Tito et le forcer à s’éloigner lui aussi.
Tito n’oppose aucune résistance. Il semble vidé et s’appuie de tout son poids sur Lloyd qui l’installe sur une chaise près de la porte. Il aimerait le faire sortir mais s’ils le font, alors ils tomberont sur Saul et Vito. Et le pompier n’a aucune envie que les garçons voient leur père dans cet état. Il prie pour qu’ils n’aient pas entendu le son qu’il a produit en effleurant le visage de leur frère… Lloyd sait que ce son le hantera jusqu’à la fin de ses jours, tout comme le hurlement bestial que sa mère a laissé échapper en apprenant la mort de Kevin.
Il s’agenouille devant Tito et attrape son visage entre ses mains, apposant son front contre le sien.
« Ça va aller Tito. Ça va aller mon frère. »
Mais Lloyd sait que ça n’ira pas. Plus jamais.  
« Je suis désolé. J'suis tellement désolé » reprend-t-il alors, avant d'enlacer tant bien que mal son ami en proie à une souffrance émotionnelle sans nom.



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd]   Dim 6 Aoû - 19:04

The world can be a nasty place.


Je ne pense pas qu'il existe une douleur pire que celle-ci. Je pense pas qu'il existe une chose pire que celle-ci. Perdre un enfant n'est pas dans l'ordre des choses que ce soit de cette manière ou d'une toute autre manière : on ne devrait pas avoir à voir son enfant dans son cercueil, on ne devrait pas avoir à identifier son corps, on ne devrait même pas employer ce mot pour parler de son enfant, « corps », on ne devrait pas, et on ne devrait avoir à enterrer son enfant. Non, on ne devrait pas. Perdre un enfant, c'est perdre un morceau de soi, de son âme, c'est avoir envie de mourir soi-même un peu. En fait, c'est même mourir soi-même un peu. A l'instant où j'ai posé mon regard sur le visage pâle et figé de mon fils, un bout de moi est mort. Pourtant, je n'ai jamais eu autant l'impression d'être moi, en vie, de sentir chaque parcelle de mon corps, chaque battement de mon cœur et ça fait mal, si mal... Chaque seconde qui passe est un véritable calvaire et, en cet instant, j'ai l'impression que le calvaire ne prendra jamais fin, j'ai l'impression qu'à jamais mon cœur sera en charpie, que ce morceau qui a disparu en même temps que la vie a quitté Emilio, jamais je ne pourrai le récupérer, jamais. Je ne suis même plus en état de penser à mes deux autres garçons qui eux, sont encore bien en vie, je ne sais que me focaliser sur lui, mon grand, mon fils, mon Emilio qui n'ouvrira plus jamais les yeux. J'en meurs de douleur... J'en meurs. Et je pleure. Les sanglots sont interminables comme la douleur elle-même. Je tremble comme le fil sur lequel je vais devoir avancer pendant un moment est lui aussi tremblant. Et je sens, malgré tout, le bras de Lloyd se glisser autour de ma taille pour me soutenir. A peine me tient-il que je m'accroche à lui avec force. Un repère, un roc dont j'ai besoin, terriblement besoin. D'une pression, il me force à me détourner du cercueil, à me redresser, à m'éloigner, et je me contente de le laisser faire, m'accrochant encore plus désespérément à lui. Je le laisse faire parce que mes jambes me semblent tellement lourdes que j'ai la terrible sensation que je vais être incapable de tenir debout désormais.

Est-ce que ce poids s'amoindrira seulement un jour ?...

Je sens quelque chose de dur sous mes fesses et comprends que Lloyd m'a fait m'asseoir sur une chaise. C'est quand je sens les mains de Lloyd se poser sur mes joues que je rouvre les yeux pour les planter dans les yeux de mon ami et je ne sais pas si c'est ma propre peine que je vois se refléter dans son regard ou si c'est son propre chagrin. C'est sans doute les deux. Il pose son front contre le mien et j’agrippe mes deux mains à ses épaules, mes poings se refermant et s'accrochant à sa chemise avec force. Je secoue presque imperceptiblement la tête quand il me dit que ça va aller. Non... Non, ça ne va pas aller. Comment les choses pourraient-elles jamais aller mieux ? Comment ? Comment peut-on se remettre d'une telle perte ? Comment peut-on continuer à vivre ? Même quand on a d'autres raisons de vivre, comment ? Quand Lloyd ajoute qu'il est désolé et qu'il me prend dans ses bras, je me laisse totalement aller. Mes bras entourent mon ami et je finis même par cacher mon visage baigné de larmes dans son cou où j'étouffe mes sanglots, conscient malgré la douleur et l'horreur, que Vito et Saul sont dans la pièce au bout du couloir et qu'ils pourraient m'entendre, ce que je ne veux pas. Il ne faut surtout pas... Alors, dans les bras de celui qui est mon frère, de celui qui en cet instant partage ma douleur, je m'effondre. Et c'est d'abord pire de se laisser aller. Bien pire. Mes propres sanglots étouffés me font froid dans le dos, je frissonne, tremble comme une feuille. Puis, doucement, bercé par les bras de Lloyd, mon corps cesse d'être tourmenté, à l'instar de mon esprit qui s'apaise au fil des secondes. Ma respiration reste anarchique mais mon cœur, lui se calme petit à petit. C'est étrange... Je ne ressens pas ce vide qui s'est emparé de moi le jour où j'ai appris et les jours qui ont suivi. C'est une toute autre sensation qui m'habite à présent et je ne saurais mettre des mots dessus.

C'est pour le moment impossible à définir.

Je retire mon visage du cou de mon ami, pose mon front quelques instants sur son épaule puis, me recule un peu, relâchant mon étreinte. Je porte ma main à ma poche pour y récupérer un mouchoir que je porte à mon visage, d'abord pour l'essuyer puis pour me moucher, ce qui au passage me fait un mal de chien, puis je roule le mouchoir en boule et l'observe quelques instants. Ma respiration se calme à son tour et je termine par relever mon regard vers le visage de Lloyd. Mon regard dévie cependant rapidement pour observer le cercueil qui se trouve derrière Lloyd à peine à deux mètres de nous. Je reste ainsi sans plus bouger quelques instants, me forçant à regarder le cercueil, me forçant à me faire à l'immonde idée que c'est bien mon fils qui se trouve à l'intérieur. Je repense à son visage et, au milieu de l'horreur, au milieu de cet enfer, l'once d'une lueur qui, malgré de nouvelles larmes naissants au coin de mes yeux, fait naître l'ombre d'un sourire sur mes lèvres.

« Il est toujours lui... » je souffle tout bas à Lloyd. Je m'arrache à la contemplation du cercueil pour planter mon regard dans celui de Lloyd, ma main venant chercher instinctivement son poignet pour m'y accrocher, ou pour que lui s'accroche à moi s'il en a besoin. Il est là. Je suis là. Nous sommes là. Et Emilio... « J'avais tellement peur... J'ai imaginé tellement d'images toutes plus horribles les unes que les autres... » Je frisonne en y repensant. « Il est brûlé au visage mais... C'est lui... » Un silence. « Tu peux m'aider à me relever s'il te plaît ? Je veux le voir. »

C'est différent de tout à l'heure, bien différent. Je demande l'aide de Lloyd parce que je sens encore mes jambes lourdes, que je me sens également tout à coup accablé d'une réelle et profonde fatigue mais j'ai ce désir de me relever, d'aller le voir, de le regarder encore une fois. C'est donc avec l'aide de Lloyd que je me relève et j'accepte qu'il garde son bras autour de ma taille, je passe moi-même mon bras autour de ses épaules, sans m'appuyer de tout mon poids sur lui mais simplement pour avoir cet encrage dont j'ai besoin. Nous nous arrêtons près du cercueil et je n'hésite cette fois-ci pas à poser mon regard sur le visage d'Emilio. Je penche doucement la tête sur le côté, le fixe en silence pendant de longues secondes.

« Je peux leur laisser le choix... » je termine par dire dans un murmure à Lloyd sans pour autant détourner mon regard du visage de mon fils. « Aux garçons... » je précise finalement. « Les pompes funèbres pourront le rendre moins... Ils arriveront à cacher un peu tout ça... Alors je peux leur laisser le choix. » Cette fois, je détourne mon regard d'Emilio pour le porter sur Lloyd. « Tu ne crois pas ? »

Plus je regarde mon fils, et moins il  me semble inconcevable que mes deux autres garçons puissent eux aussi le regarder. Je ne suis cependant pas sûr de moi. Peut-être que cette impression vient de cette sensation qui m'habite à présent et que je ne sais toujours pas définir. Peut-être suis-je totalement en train de me fourvoyer en imaginant qu'il soit possible pour Saul et Vito de véritablement dire « au revoir » à leur grand-frère. Cependant, Lloyd me confirme que malgré ses stigmates, Emilio est bel et bien Emilio et il pense qu'il sera possible pour les garçons de le voir. Pas maintenant, c'est certain, car je préfère qu'ils le voient lorsqu'il sera son cercueil au funérarium (cette pensée, "son" cercueil, me tord les entrailles) mais ils le verront. Il m'est difficile de me détacher d'Emilio, difficile d'accepter de le laisser là mais Lloyd finit par parvenir à me tirer de cette pièce et après une longue étreinte avec mes deux autres garçons, nous prenons la route, suivant le fourgon qui ramène Emilio à la maison, qui ramène Emilio à sa dernier demeure.


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The world can be a nasty place [Lloyd]
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