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 The last pale light in the West ⱡ Daniel

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MessageSujet: The last pale light in the West ⱡ Daniel Lun 19 Sep - 19:45


DANIEL JOSHUA MILLS

'Cause I won't be no runaway # THE NATIONAL


Âge ■ 42 ans (né en 1974).  Lieu de naissance ■ Wauwatosa (Wisconsin, USA). Nationalité ■ Un pur américain et plutôt deux fois qu'une. Lieu de résidence ■ Downtown, Chicago. Occupation/métier ■ Lieutenant de police à la BRI du CPD. Situation amoureuse ■ En couple. Groupe ■ Police Department. Avatar ■ Sagamore Stevenin. ||►

# Caractère ■ Dans le genre double face, Daniel assure plutôt de ce côté-là. Non pas qu'il soit schizophrène ou quelque chose dans le genre, pas du tout, il est plutôt mentalement stable. Quoiqu'en y réfléchissant ça puisse se discuter (on parle de l'alcoolisme et la toxicomanie sevrée tout juste il y a quelques mois ?...). Il n'est pas fou en tout cas, voilà qui est mieux. Double face donc. Vous avez le Daniel assez dur, froid, sanguin et quelque peu violent. Il a le coup de poing facile. Il peut aussi paraître froid et dur quand il travaille mais c'est simplement pour être efficace : les émotions, il s'en détache pour pouvoir faire ce qui doit être fait. Par contre, par la suite, ces émotions ont tendance à remonter à la surface et à le frapper de plein fouet. Dans ces moments-là, il s'isole et c'est mieux ainsi. En parlant du travail, c'est plus que ça pour lui : c'est une passion, c'est sa vie. Il ne pourrait pas faire sans. Sinon, et mieux vaut le savoir, il a également la rancœur très, très tenace. Le pardon ? Très peu pour lui. Jamais il n'oublie une saloperie, jamais. Donc, si vous terminez sur sa liste noire, c'en est fini pour vous. Pour finir, il y a ce côté sombre en lui, lié à ce qu'il a pu vivre. C'est un homme à fleur de peau, un homme qui a été brisé intérieurement et qui tente de se reconstruire comme il le peut. Est-ce qu'il y a autre chose en lui ?  On peut le dire oui. Ce type est un gros nounours. Quand on apprend à le connaître et quand on le surprend dans ses bons moments, on voit un mec qui peut être d'une véritable tendresse et d'une extrême gentillesse. Sourire ? Oh il sait faire et quand ça arrive, son regard brille d'une lueur qu'on ne lui voit que trop peu. Le cœur sur la main, c'est un mec très serviable qui n'hésite pas à donner un coup de main si besoin. De  l'humour, il en a également. Si, si, on ne dirait pas mais il est capable de balancer des vannes, parfois d'un goût douteux d'après certains mais au moins il lui arrive de faire rire. On peut dire que ça change des moments où il est renfermé, c'est certain. C'est un mec vrai. Il n'est pas du genre à être hypocrite et d'ailleurs, il fait sans doute preuve de trop de franchise parfois. Loyal, il est fidèle que ce soit en amitié ou en amour. Il ne trahit pas tout simplement parce qu'il se refuse de faire ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fasse. Enfin, la famille et les amis comptent énormément pour lui.

# Le métier que vous exercez est :
■ Une vocation
Chez les Mills, on est flic de père en fils et ça fait plusieurs générations que ça dure. C'est dans le sang. C'est comme ça. Bien sûr, on n'a jamais forcé personne à embrasser cette carrière, chacun a choisi et ils ont toujours choisi de servir les forces de l'ordre, certains à de plus hauts niveaux que d'autres mais au final, ça a toujours terminé avec un uniforme. Daniel n'a pas échappé à la règle. Il a regardé son père avec des yeux brillants dès son plus jeune âge. Son père a toujours été son héros et très jeune il a voulu suivre les traces de son paternel. Lui aussi il voulait servir la loi, la justice. Lui aussi il voulait faire du bien autour de lui. Lui aussi il voulait être un héros. En grandissant, il a compris qu'il ne s'agissait pas tant d'être un héros mais surtout de faire ce qui était juste. Certains considéraient les flics comme des héros, d'autres les haïssaient. Être flic ce n'était pas juste avoir une insigne et un flingue à la ceinture. Ce n'était pas juste arrêter les méchants. C'était bien plus que ça. C'était s'investir et se donner à fond. C'était faire l'école de police et apprendre tout ce qu'il y avait à savoir. C'était prendre les bonnes décisions aux bons moments. C'était tout ça. Une chose dont Dan a toujours été persuadé, comme son père avant lui, c'est qu'on ne devient pas un bon flic : on l'est d'instinct ou on ne l'est pas. Lui, les enfoirés de ripoux, il ne supporte pas. Même quand il a sombré dans la drogue, il l'a fait sans récupérer de la drogue au poste, sans se servir dans les saisies... Il a beau avoir plongé, il est toujours resté droit à ce sujet et il le sera toujours. Parce que la police, c'est sa vie. Il mourra sans doute sous les balles, il en a conscience, mais si c'est en protégeant quelqu'un, alors ça en vaudra la peine.




BERENICEWCL

Âge ■  What a Face .  Comment as-tu connu C911 ? ■  What a Face . Présence ■  What a Face . Un commentaire ? ■  What a Face .
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_________________
FIRE
Oh, love, let me see inside your heart, all the cracks and broken parts, the shadows in the light. There’s no need to hide. 'Cause I’m on FIRE like a thousand suns. I couldn’t put it out even if I wanted to. These flames tonight... Look into my eyes and say you want me, too like I want you.

BLACK PUMPKIN


Dernière édition par Daniel Mills le Dim 25 Juin - 18:58, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: The last pale light in the West ⱡ Daniel Lun 19 Sep - 19:45



TO PROTECT AND SERVE


Décembre 2001

Les petits doigts de Jason, à peine âgé de quelques jours se referment autour de mon index. J'esquisse un sourire.

« Hey, il a une sacrée poigne !
- Quoi ?
- Jason, tu as vu comme il serre mon doigt ? Il serre très fort !
- Hm, hm. »

Je détourne mon regard de mon fils pour observer ma femme qui a un petit sourire moqueur aux lèvres.

- De quoi ?
- Non, non, rien.
- Si, dis-moi.
- Eh bien... Il a une sacrée poigne comme si, voyons, il pouvait faire de l'escalade plus tard ?
- Ah je ne l'ai pas dit, c'est toi !
- Tu l'as pensé tellement fort mon amour...
- Ah parce que tu es télépathe maintenant ?
- Non, mais je te connais par cœur et tu aimerais bien que ton fils fasse de l'escalade, comme son père.
- Et pourquoi pas ? »

J'observe Jason, un sourire quelque peu niais aux lèvres mais je devais avoir la même tête quand, cinq ans plus tôt, Jessica est née.

« J'aimerais tellement pouvoir partager quelque chose avec lui...
- Tu partageras de belles choses avec lui.
- Partager une passion c'est encore mieux. »

Je ne peux pas prétendre que je ne rêve pas de pouvoir emmener mon fils avec moi faire de l'escalade. J'aurais bien tenté l'aventure avec ma fille, Jessica, mais j'ai la sensation que cela risque de ne pas aller dans ce sens. Bon, elle n'a que cinq ans et je ne suis pas devin, je ne peux pas savoir à l'avance si elle va vouloir faire de l'escalade avec moi ou non mais vu la façon dont, malgré son jeune âge, elle s'extasie devant les peintures de ma femme, je pense ne pas me tromper en disant qu'elle est plus une artiste dans l'âme qu'une sportive. Les bras de ma femme vienne entourer mon cou et elle dépose un tendre baiser sur ma tempe ce qui me fait sourire.

« Peut-être que lui te fera partager une passion qui lui sera propre et dont tu tomberas fou amoureux. »
- Peut-être oui.
- Et s'il était musicien, hein ?
- Musicien ?
- Oui.
- Nous sommes tous les deux nuls, aucun talent pour la musique.
- Eh bien ça aura peut-être sauté une génération qui sait ? »

J'observe mon fils un instant en silence puis mon sourire s'élargit.

« Ce serait chouette. »

Je penche doucement la tête sur le côté et laisse échapper un soupire sans me défaire de mon sourire.

« Tant qu'il est heureux et en bonne santé, il peut bien vouloir être ce qu'il veut. »

Je le dis le plus sincèrement du monde parce que oui, partager ma passion avec mon fils me ferait plaisir mais au fond, rien ne me fera plus plaisir que de le savoir et le voir heureux. Une autre baiser de ma femme avant qu'elle ne s'éloigne pour aller s'occuper de Jessica. Je me perds lentement mais sûrement dans les yeux de mon fils et je réalise à quel point je suis chanceux d'avoir cette merveilleuse famille, d'avoir cette vie, d'être arrivé là où j'en suis. Quand je fais le bilan, je me rends compte que j'ai fait du chemin et j'aime croire que ce chemin je l'ai fait correctement. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, j'ai vécu des choses difficiles comme beaucoup d'autres, j'ai perdu ma mère d'une façon tragique alors que je n'avais que dix-sept ans. J'ai perdu mon père le 11 septembre 2001 alors qu'il était en service à New-York. Bien sûr je voudrais encore avoir mes parents mais j'essaye de ne pas vivre dans le passé. Ce qui est fait est fait, je suis ce que je suis et j'ose croire que malgré mes défauts, malgré les soucis que je peux causer à ma femme quand je me rentre avec des hématomes au visage après m'être battu avec un type dans un bar...

« Toi et moi on va faire de belles choses mon grand... » je dis tout bas à Jason avant de déposer un tendre baiser sur son front.


Avril 2013

Je dépose un baiser dans le cou de ma femme qui est en train de verser le café dans son bol puis j'enlace sa taille avant de soupirer de bonheur. Dimanche matin, le soleil perce à travers les rideaux blancs de la cuisine et je suis heureux. Je suis tout simplement heureux. La main de ma femme vient se perdre dans mes cheveux et à peine a-t-elle tourné la tête vers moi que je viens l'embrasser. L'instant d'après, le café est oublié, nous sommes enlacés et c'est la voix de notre fille qui nous fait cesser notre baiser.

« Vous avez une chambre vous savez ?
- Oui mais on est bien ici, il fait frais.
- Pfff... »

Et elle s'installe à table en levant les yeux au ciel. Ma femme et moi laissons échapper un petit rire avant de nous embrasser brièvement. Jessica a dix-sept ans et même si elle est une adolescente adorable, elle a ses sautes d'humeur, comme la plupart des adolescentes de son âge et elle nous fait souvent remarquer que ma femme et moi sommes trop collés. Cela ne nous empêcher pas de continuer et puis j'aime bien la faire râler un peu, je l'avoue.

« Il rentre pour manger Jason ? » elle demande tout en se versant des céréales dans son bol.

Je hoche la tête en lui adressant un sourire.

« Oui, les parents de Scott doivent le ramener au plus tard à midi.
- Cool. »

Le sourire qui illumine le visage de ma fille me fait véritablement plaisir. Jason a eu douze ans la semaine dernière et bien sûr, il se chamaillent souvent mais ils s'adorent et même si Jessica passe pas mal de temps avec ses copines et son copain (que je me retiens de ne pas emplafonner parce que sinon ma fille m'en voudrait à mort et que je me retrouverais en prison), elle passe aussi beaucoup de temps avec son petit frère et elle ne le fait pas par obligation, vraiment par plaisir. Faut dire que Jason est un gosse génial et ce n'est pas parce que c'est mon fils que je dis ça, c'est juste vrai. Finalement, l'escalade ne lui a pas plu du tout. Il préfère les sports collectifs et il a jeté son dévolu sur le volley-ball et ça a vraiment l'air de lui plaire. On a même installé un petit filet dans le jardin et on y joue dès qu'il fait beau. Ma femme avait raison : c'est lui qui me transmet sa passion. Une fois par mois, il va dormir chez son ami Scott qui fait lui aussi partie de l'équipe de volley-ball du collège et deux semaines plus tard c'est Scott qui vient dormir à la maison. C'est un petit rituel qui s'est installé car les deux amis sont inséparables : on pourrait presque les prendre pour des frères. Hier soir, c'était à Jason d'aller dormir chez Scott alors on ne le reverra que pour le déjeuner.

« Tu me passes tes céréales s'il te plaît ?
- Mais tu as les tiennes !
- J'ai envie des tiennes ce matin. »

Elle me passe son paquet de céréales en me jetant un regard noir que j'accueille avec un grand sourire quand on frappe à la porte. Un regard échangé avec ma femme et je repose le paquet de céréales avant de me diriger vers l'entrée. Ils ramènent Jason plus tôt que prévu, est-ce qu'il y a eu un problème ? J'ouvre la porte et je fronce les sourcils en voyant qu'il ne s'agit pas des parents de Scott mais de Marc, un collègue et ami. Il n'est pas seul, une autre collègue est avec lui.

« Bonjour Dan.
- Salut. Il est tôt, qu'est-ce que vous faites là ?
- Il faut qu'on parle. On peut entrer ?
- Bien sûr. »

Sur quoi je leur ouvre la porte en grand pour les laisser entrer. Une fois que c'est fait, je referme et les dépasse pour les emmener jusque dans la cuisine. Ma femme esquisse un sourire en voyant Marc mais son sourire se fane progressivement quand elle voit sa collègue à sa suite. Si Marc était venu juste pour nous dire bonjour il serait venu seul : s'il est avec sa collègue c'est qu'il est en visite officielle et ça, ma femme et moi en sommes tous les deux conscients. Jessica aussi d'ailleurs puisqu'elle a arrêté de manger ses céréales.

« Bonjour. Désolé de vous déranger si tôt.
- Ce n'est pas grave, qu'est-ce qui se passe ?  demande ma femme alors que je la rejoins.
- Est-ce qu'on pourrait s'asseoir dans le salon par exemple ? Tous ensemble ?
- Pourquoi ?
- S'il te plaît Dan. »

Un regard échangé avec ma femme et ma fille puis nous allons donc dans le salon. Nous prenons place tous les trois sur le canapé tandis que Marc et sa collègue tirent deux chaises pour s'installer dessus. Je n'aime pas du tout leur air, en particulier celui de Marc. Il a l'air de plus en plus mal. L'inquiétude grandit doucement et ma femme vient prendre ma main, inquiète sans doute elle aussi. Il s'est passé quelque chose c'est sûr mais quoi ? Il y a un silence qui me semble durer très longtemps puis Marc prend une profonde inspiration.

« Ce matin, le corps d'un jeune garçon a été retrouvé sur les berges de la rivière Menomonee. »

Jeune garçon. Il a dit jeune garçon. Les doigts de ma femme se resserrent sur les miens et les larmes me montent aux yeux tandis que je secoue la tête.

« Nous pensons qu'il s'agit du corps de Jason.
- Non ! »

Les voix de ma femme et de ma fille se sont élevées au même moment. La main de ma fille rejoint nos mains.

« Non, c'est impossible c'est forcément une erreur ! Il dort chez un ami ! Chez Scott ! Chez les Callister ! Vous pouvez appeler, il doit être là-bas ! » ma femme s'exclame.

Les larmes aux yeux je fixe Marc qui termine par reporter son attention sur moi.

« Tu le connais... » je dis dans un souffle, la voix tremblante. « Tu connais Jason... Tu es sûr que c'est lui Marc ? Tu es sûr ?
- Oui... Je suis désolé.
- Oh mon dieu ! »

La voix de ma femme me tord les entrailles qui sont déjà bien retournées. Je dégage mon bras et je viens serrer ma femme et ma fille contre moi alors que leurs cris et leurs pleurs remplissent la pièce. Moi, c'est en silence que je pleure alors que mon corps entier me fait mal tant je suis tendu.

▪▪▪

Marc ouvre la porte et je prends une profonde inspiration. Il a fallu que je le suive jusqu'à la morgue pour identifier le corps et ainsi confirmer ce que lui nous a annoncé. Je n'ai pas songé un seul instant à demander à Teresa de le faire : elle ne le supporterait pas. J'entre finalement à l'intérieur de la salle et mon regard glisse doucement sur le corps sur ma gauche. Je distingue d'abord le draps puis, lorsque j'arrive au visage qui lui est découvert, ce qui a commencé à se briser à la maison tout à l'heure quand Marc nous a annoncé la nouvelle finit de se casser pour terminer en mille morceaux. La douleur, à ce moment-là, est indescriptible tant elle est forte. Les larmes me remontent aux yeux, je serre la mâchoire et je secoue doucement la tête.

« Je suis un idiot...
- Dan...
- A l'instant où tu l'as annoncé, j'y ai cru sans y croire. Il y a cette petite voix dans ma tête qui s'est mise à me dire que tu avais tort même si tu étais persuadé d'avoir raison et j'ai écouté cette voix parce que... Parce que je refusais de croire qu'il s'agissait de mon fils. Pas mon Jason. Pas lui.  Maintenant je suis là et... »

Les larmes coulent et je m'approche en tendant la main vers mon fils.

« Non. »

Je me retourne vers Marc.

« Le légiste ne l'a pas encore examiné alors... Enfin, tu sais que tu ne peux pas toucher le corps pour l'instant. Je suis désolé.
- Oh... »

Légiste, corps... J'ai le vertige. Je me sens mal. Ces mots, il les emploi pour parler de Jason, pour parler de mon fils. Je ne suis plus le flic qui annonce la mauvaise nouvelle. Je suis de l'autre côté de la barrière.  Je dois vaciller parce qu'il vient me tenir par l'épaule.

« Je te raccompagne chez toi. »

Je hoche la tête. Le trajet du retour est autant silencieux qu'à l'aller. Dans ma tête, la scène se rejoue encore et encore, jusqu'à ce que j'arrive à la maison.

« On passera vous voir dans l'après midi, dès qu'on en saura plus, d'accord ?
- Oui. Merci. »

Parce que je ne peux pas enquêter moi-même sur l'affaire bien sûr... Je parle d'une façon terriblement mécanique qui ne me ressemble pas. Je sors de la voiture et me dirige vers la maison. Une fois devant la porte d'entrée je m'arrête et c'est là que je craque. En silence, mais je craque. Je pleure, je tremble, je serre les dents et les poings. De toute ma vie, je ne me suis jamais senti aussi mal. C'est quand j'estime que le pire est passé que je décide d'entrer, donc quelques minutes plus tard. A peine ai-je refermé la porte que j'entends la voix de ma femme.

« Est-ce que c'est lui ? Dan ! Est-ce que c'est lui ? »

J'entends la cri de désespoir dans sa voix. Elle aimerait tellement que je lui dise que Marc s'est trompé. Elle aimerait tellement que notre fils soit toujours en vie et j'aimerais tellement... Je reste un instant face à la porte puis me retourne pour la regarder et à l'instant où elle croise mon regard, elle comprend : elle sait. Jessica est juste à côté d'elle et elle aussi elle comprend. Le cri de ma femme me déchire le cœur et elle se laisse tomber à genoux au sol. Jessica vient l'enlacer et je les rejoins pour les enlacer.

C'est à ce moment-là que tout change. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Septembre 2014

Je referme le coffre de ma voiture sur mes valises. Le camion de déménagement est parti en avance et je ne dois pas tarder à prendre la route si je veux les rejoindre à temps. Je m'avance jusqu'à l'entrée de la maison et je regarde Teresa qui m'adresse un maigre sourire avant de poser sa main sur l'épaule de Jessica et d'entrer à l'intérieur de la maison pour nous laisser tous les deux. Elle prend même la peine de refermer la porte. Jessica vient se blottir dans mes bras et doucement, nous marchons ensemble jusqu'à la voiture. Ses doigts se serrent sur ma chemise et je pose ma tête contre la sienne.

« Allez, tu vas venir me voir dans quelques semaines. Le temps que je m'installe.
- Ce sera pas pareil...
- Je sais ma puce, je sais. »

Nous nous arrêtons devant la portière de ma voiture et Jessica lève son regard rempli de larmes vers moi. Je pleure aussi : il faudrait que je sois un robot pour ne pas pleurer.

« Tu crois pas que tu pourrais changer d'avis à la dernière minute, hein ?
- Non. J'ai signé mon contrat, j'ai signé mon bail... J'ai plus qu'à y aller maintenant.
- Okay...
- J'aurais voulu pouvoir rester ici mais c'est trop dur pour moi, tu comprends, pas vrai ? J'ai cette opportunité alors, c'est bien que je la saisisse, non ?
- Non... Non, parce que tu vas commencer une nouvelle vie à Chicago, on va se voir de moins en moins et tu finiras par construire une nouvelle famille et moi je...
- Hey, non. Non ! Jessica, écoute-moi, regarde-moi. »

J'attrape le visage de ma fille dans mes mains et je la force à plonger son regard dans le mien. J'y vois ma propre douleur mais elle, je veux qu'elle voie ma détermination.

« C'est toi ma famille. Toi, Jason et ta mère même si on n'est plus ensemble. Vous êtes ma famille et j'en veux pas une autre. Je veux juste... Je veux juste essayer de m'en sortir ailleurs.
- J'aurais voulu que tu réussisses à t'en sortir ici...
- Moi aussi... Moi aussi ma puce... »

Sur quoi je la serre avec force dans mes bras. J'aurais voulu oui, être assez fort pour supporter la séparation, le divorce, voir Teresa s'entendre un peu trop bien avec un autre homme. J'aurais voulu mais je n'y arrive pas. Alors, ce travail à Chicago, c'est ma chance d'essayer d'y arriver.

« Il faut que j'y aille. » je dis tout bas à Jessica avant de me reculer.

Je l'embrasse sur le front. Elle pose ses mains sur mes poignets. Je la dévore du regard. J'imprime chaque détail de son visage.

« Je t'aime ma puce.
- Moi aussi je t'aime papa. »

C'est elle qui s'éloigne en premier. Sur le pas de la porte, elle se retourne, m'adresse un signe de la main avant de m'envoyer un baiser. Je fais de même puis elle rentre à l'intérieur de la maison. C'est en larmes que je prends le volant et, tandis que je traverse ma ville natale de Wauwatosa, tandis que je sillonne les rues calmes et silencieuses, j'enrage d'en être arrivé là. J'ai perdu mon fils et le procès de son meurtrier, tout ce que ça a entraîné, a eu raison de mon mariage. Pourtant on s'aimait, on s'aimait si fort.... Mais elle a changé, j'ai changé et le procès a été une véritable torture. Il a eu l'audace de plaider non coupable et l'avocate de la défense a été un véritable monstre. Heureusement, au final, les jurés n'ont pas été dupes et il a pris perpétuité sans possibilité de remise de peine mais... J'aurais tellement voulu qu'il crève... Je voudrais tellement qu'il crève cet enfoiré... Il aurait pu s'il avait violé mon fils mais il l'a juste tué. « Juste », c'est le mot qu'a employé cette saleté d'avocate... Je m'en souviendrai toujours. Je me souviendrai des avocats, des témoins, des jurés, tous... Jamais j'oublierai. Et c'est pour ça au fond qu'on a fini par divorcer. La mort de Jason a brisé Teresa comme elle m'a brisé moi aussi mais Teresa a trouvé la force d'avancer, j'ignore comment mais elle a réussi alors que moi, j'ai continué à m'enfoncer, j'ai continué à maudire, à sombrer... Au bout d'un moment, ça n'a plus été possible et elle a demandé le divorce. Est-ce que si elle m'avait laissé plus de temps ça aurait pu s'arranger ? Je n'en sais rien. Je suis tellement rongé de l'intérieur que j'ignore si ça peut s'arranger mais peut-être que ce n'est pas censé s'arranger. Peut-être que je suis juste censé souffrir parce que j'ai pas su sauver mon fils.

Peut-être que c'est ma punition.

▪▪▪

Le dernier carton est posé par les déménageurs. Je leur tends le chèque, leur serre la main et referme la porte de mon nouvel appartement derrière eux. Je m'avance dans ce qui est pour l'instant un bordel sans nom et je retire le drap de mon canapé avant de m'asseoir dessus. J'observe autour de moi et quand j'entends des sirènes dans la rue, je détourne mon regard vers la fenêtre : pour sûr que ça va être plus animé que dans le Wisconsin... Je me redresse et me mets à fouiller dans le carton que j'ai gardé avec moi dans ma voiture : les cadres, les photos et des affaires de Jason. Je récupère un cadre où nous sommes tous les quatre avec Jason, Jessica et Teresa. Je pose le cadre sur un meuble et glisse mon doigt sur mon alliance avant de venir caresser la médaille de Jason que je porte autour du cou depuis sa mort. Je reste un instant à regarder la photo avant d'aller jusque dans ma chambre. Je me laisse tomber sur le matelas sans drap. C'est ma nouvelle vie et même si je suis là pour aller mieux, je ne suis finalement pas convaincu que ça va être suffisant. Changer de ville ne sera peut-être pas la clé de tout. Peut-être même qu'il n'existe aucune clé. Je sors mon téléphone pour envoyer un message à Jessica : je ne peux pas l'appeler maintenant parce que je sais qu'elle va craquer et moi aussi je vais craquer et mieux vaut éviter ça. Un message donc. Puis, je mets mon réveil car dès le lendemain, je commence mon nouveau boulot et je sais que ça promet d'être plus mouvementé qu'à Milwaukee. Bien, bien plus mouvementé. Je ferme les yeux. Un soupir.

Chienne de vie.

Avril 2015

J’observe mon téléphone, j’attends. J’attends ce foutu coup de fil. Oh il pourrait bien être de bonne augure mais je n’y crois pas. J’ai la boule au ventre, j’ai un mauvais pressentiment à propos de tout ceci, sans doute parce que l’avocate m’a préparé au pire tout en me disant que les choses pouvaient très bien se passer et aller en notre faveur, ce dont je ne suis vraiment pas persuadé. Vraiment pas. Alors je suis là, je fixe le téléphone, les mains croisées, les doigts crispés et quand la sonnerie se fait enfin entendre et que je vois sur l’écran que c’est bien l’avocate qui m’appelle, ma boule au ventre se transforme en un nœud si fortement serré que j’en ai la nausée. Allez Mills, tu décroches. Tu ne peux pas faire l’autruche, tu ne peux pas savoir ce qu’il y a à savoir sur un message laissé sur ton répondeur. Ma main tremblante s’approche du téléphone, je m’en saisis, je décroche, le porte mon oreille. Quoi qu’il arrive, il n’y a plus de retour en arrière possible.

« Allo ?
- Daniel ?
- Oui. »

En même temps, qui d’autre ça pourrait être ? A moins qu’on ne m’ait volé mon téléphone, ça ne peut être que moi.

« Pardon de vous déranger si tard.
- Aucun problème, j’attendais votre appel.
- D’accord. »

Oh non. C’est fait… Je le comprends à son ton, à son absence de mots. Elle doit chercher le meilleur moyen de me l’annoncer.

« Il est libéré ?
- Je suis désolée Daniel…
- Quand ?
- Demain matin. »

Je ne dis plus rien, je suis accroché à mon téléphone, le cœur en miettes, l’âme écorchée vive : le meurtrier de mon fils va être libre.

« Daniel, ce n’est pas tout.
- Quoi ? »

Ma voix tremble.

« Son avocat a demandé des dommages et intérêts pour détention injustifiée et ils passeront devant le juge d’ici quelques jours mais il y a des chances pour que cela lui soit accordé. »

C’est un rire sans joie qui s’échappe de mes lèvres soudain : un rire à la limite de l’hystérie. Donc, non seulement cet enfant de salaud va être libéré mais en plus il va toucher des indemnités et tout ça pour un putain de vice de forme ? J’ai envie de vomir…

« Daniel…
- C’est bon, ça va. »

Mensonge.

« Je vais appeler mon ex-femme, à moins que vous ne l’ayez déjà fait ?
- Non, je voulais vous appeler en premier.
- D’accord. Je vais la prévenir alors.
- Je suis tellement désolée Daniel…
- Vous avez fait tout ce que vous pouviez, aucune raison de vous excuser. Vous avez été géniale, ce qui se passe n’est pas de votre faute.
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit…
- Merci.
- Bon courage.
- Merci. Bonne soirée. »

Enfin techniquement c’est plutôt bonne nuit. Je reste un instant à observer l’écran de mon téléphone après avoir raccroché. Il me faut un petit moment avant de réussir à composer le numéro de mon ex-femme. J’ai toujours envie de vomir.

« Daniel ? Qu’est-ce qui se passe ? Jess va bien ? »

C’est limite une agression en fait. Même pas de « allo » ou de « bonsoir ». Ceci dit, en l’appelant à cette heure-ci, elle ne peut que se poser la question et avoir peur. Je recadre vite tout ça.

« Du calme, Jess va très bien. Elle est sortie avec des amis. Ce n’est pas à son sujet que je t’appelle. L’avocate vient de m’appeler. »

C’est clair, net, sans bavure. Je vais droit au but et c’est le mieux que je puisse faire. Il y a un petit silence et quand la voix de mon ex-femme me parvient de nouveau, elle est tremblante.

« Non, ne me dis pas ça… Ne me dis pas qu’il va sortir…
- Demain matin.
- Non ! »

Je ne réponds rien. Que puis-je lui dire ? Elle a compris comme j’ai compris. Elle a mal comme j’ai mal. Elle pleure à l’autre bout du téléphone.

« Ce n’est pas possible, l’avocate doit pouvoir faire quelque chose…
- Non, c’est terminé. C’est comme ça. On n’a pas d’autre choix que d’accepter. »

Les mots sortent seuls et ne me ressemblent pas. Où est la colère ? Où est la haine ? Cachées pour le moment en fait, ça ne va pas durer.

« C’est… C’est…
- Je sais. »

Les mots lui manquent, normal.

« Et Jess ? Tu vas lui dire quand ?
- J’aimerais jamais mais elle le saura d’une façon ou d’une autre alors… Demain ? Oui, demain. Je crois que je vais lui dire demain. Son existence va changer quand elle va le savoir. Encore… »

Oui, sa vie va changer et c’est la fois de trop. La haine se fait doucement sa place. Je crispe la mâchoire, ma respiration s’emballe.

« Dan… »

Cela fait bien longtemps qu’elle ne m’a pas appelé comme ça.

« Dan ?
- Quoi ?
- Promet-moi que tu ne feras rien de stupide…
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Je crois que tu vois très bien au contraire. Promet-moi que tu ne vas pas essayer de le trouver, promet-moi que tu ne lui feras rien. »

Aucune réponse de ma part.

« Dan, ça n’apportera rien de bon ! Si tu fais quoi que ce soit, c’est Jess qui en souffrira : elle ne peut pas te perdre alors promet-moi !
- Non.
- Dan…
- Je ne peux pas te faire de promesse alors que je ne sais pas si je vais pouvoir la tenir.
- S’il te plaît…
- Il faut que je raccroche. Jess t’appellera sans doute demain. »

Et je raccroche. C’est brutal, certes, mais c’est mieux.

▪▪▪

Pas les yeux en face des trous. C’est le moins que l’on puisse dire. Avoir été chez Lloyd m’a fait du bien, lui parler était essentiel : j’en avais vraiment, vraiment besoin. Je me sens au moins un petit mieux car j’ai pu partager mes sentiments, ma haine, ma douleur, et, à défaut de m’avoir retiré l’idée de la tête d’en finir avec le meurtrier de Jason, j’ai au moins renoncé à le faire tout de suite. J’y pense. Encore. Toujours. Mais pas maintenant. Lloyd a raison : c’est sous le coup de l’émotion vive qu’on prend les pires décisions et le tuer maintenant aurait été la pire chose à faire. J’aurais foutu ma vie en l’air, celle de ma fille également. Rien n’est impossible, je l’ai bien entendu et compris alors, je finirai par le trouver et, le moment venu, je ferai ce qui doit être fait. Je ferai ce que je la justice de ce pays n’a pas su faire. La justice que je sers corps et âme et qui m'a trahi. Et en attendant ? En attendant, c’est l’horreur. L’horreur de ce qui se profile à l’horizon : l’annonce de la libération du meurtrier à Jessica. Lorsque je suis rentré, elle était déjà rentrée et couchée (endormie ? aucune idée, trop grande pour que j’aille vérifier). Moi, de mon côté, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, incapable de trouver le sommeil, tantôt pris au piège de ma haine, tantôt submergé par l’horreur de la situation. Comment lui dire ? Comment lui annoncer ça ? Comment lui dire que l’homme qui a pris la vie de son petit frère, l’homme qui a ruiné tant de vies et nous a fait tant de mal est libre. Vivant. Libre et vivant. Comment ? Je ne sais pas et c’est cela qui me tient éveillé, cela qui m’empêche de trouver le sommeil. Je cherche les mots. Je cherche le ton. Je cherche la façon. Je cherche, encore et encore, sans rien trouver. Je suis désarmé, déstabilisé et je risque de l’être davantage encore lorsque Jessica va se trouver devant moi.

J’aurais tant voulu ne pas avoir à faire ça…

J’aperçois l’aube pointer le bout de son nez. Allongé sur mon lit, mes paupières sont lourdes et je suis épuisé mais pourtant je suis bien réveillé. Je m’assois, me redresse et m’approche de la fenêtre. Un coup d’œil pour la rue qui commence doucement mais sûrement à s’animer et je m’en détourne en soupirant. J’observe autour de moi et réalise à quel point j’ai mis ma chambre dans un état pitoyable : le miroir brisé dont les morceaux sont éparpillés au sol, la chaise de bureau renversée, les papiers sur le sol et… Je ferme les yeux et grimace en me souvenant que j’ai aussi renversé la table basse du salon et explosé quelques assiettes au passage. Quand Jessica est rentrée cette nuit, elle a tout vu, sans aucun doute. Entre ça et l’autre jour où je suis rentré dans un état lamentable… Encore. Je ne lui facilite pas les choses depuis qu’elle est arrivée, enfin, mes déboires ne nous empêchent pas d’être proches mais je sais que j’abuse… Je sais que je devrais faire des efforts mais je suis trop sanguin pour ça. Si parfois j’arrive à me contrôler, parfois ça m’est impossible mais qui sait ? Peut-être qu’en vivant seul avec Jess au quotidien, je vais finir par me calmer. Un autre soupir et je sors de ma chambre en silence et c’est tout autant en silence que je commence à ranger les dégâts dans le salon. Je replace la table et m’en vais récupérer la balayette et la pelle pour récupérer les morceaux cassés au sol. Je fais bouger les doigts de ma main droite en m’accordant une autre grimace : le bandage a une sale gueule, il va falloir que je le refasse. En parlant de sale gueule, je croise mon reflet dans un miroir de la salle à manger que j’ai épargné et je me décompose en me voyant : on dirait un mort-vivant. Bordel… Et c’est cette tronche qui va devoir annoncer la mauvaise nouvelle à Jessica.

Parfait. Génial. Vraiment.

Je secoue la tête et m’éloigne de ce reflet immonde avant d’aller jusqu’à la cuisine. Je vide ma pelle dans la poubelle et mets en route du café histoire de prendre un peu de forces. J’ouvre les placards et et grogne dans ma barbe en voyant qu’il ne reste pas grand-chose. Avec tout ça, je n’ai même pas été faire les courses. Je referme le placard, ouvre le frigo et nouveau grognement : plus de lait. Je laisse la cafetière en route, récupère mes clefs, enfile rapidement ma veste et sors. Il y a une épicerie pas très loin, ouverte 24/24 alors je m’y rends. Je salue brièvement le caissier avant de m’avancer dans les rayons, pas plus motivé que ça mais il faut bien que je me bouge : on va avoir le temps de se poser pour un bon petit déjeuner, alors autant qu’il soit copieux et puis bon… Jess pourra se venger sur la nourriture si elle en ressent le besoin comme ça. Du coup, c’est les bras chargés de deux gros sacs en papier que je retourne à l’appartement avec dans l’idée de préparer un petit déjeuner sympa pour nous deux même si, clairement, je ne me sens pas de manger quoi que ce soit : entre le manque de sommeil et l’alcool ingurgité la veille au soir, mon estomac ne semble pas avoir envie d’être très coopératif. Il va falloir pourtant : Je ne vais pas laisser Jess manger toute seule. A peine ai-je passé la porte de l’appartement, que je referme d’un coup de pied, que je me fige : Jess est debout. Merde. J’ai pas eu le temps de réfléchir plus avant. J’ai pas eu le temps de penser à tout ce que je devais dire. Enfin si, j’ai eu le temps, mais j’ai pas fini, j’ai pas trouvé… Je reste un instant sans bouger puis, voilà que j’esquisse un sourire que je tente convivial, sincère et chaleureux. Je mérite un bon F- pour cette tentative soldée par une petite grimace.

« Bonjour. » je lui dis d’une voix que j’espère plus assurée que cette tentative de sourire.

L’expression de ma fille me met mal à l’aise parce qu’elle a ce regard qui en dit long, ce regard qui veut des explications parce qu’entre les dégâts dans la maison, ma tronche, mon bandage à la main et mon accoutrement (même vêtements que la veille), je suis plus grillé qu’une saucisse oubliée sur un barbecue. Je m’avance vers elle, pose les sacs sur le plan de travail et m’approche de ma fille pour déposer un baiser sur son front. Je tente un nouveau sourire qui est cette fois-ci mieux réussi même si ce n’est pas encore gagné.

« Bien dormi ? » je me risque à lui demander mais ses yeux me font perdre mon sourire. « J’ai acheté de quoi se faire un bon petit déjeuner. J'espère que tu as faim.» ou comment tenter de noyer le poisson.

Les explications vont venir mais j’ai juste envie de les retarder un maximum, voilà tout.

Décembre 2015

La porte se referme derrière moi. Je glisse les clefs sur le meuble, pose ma veste sur la première chaise à ma portée et me laisse tomber dans le canapé en soupirant. Je penche la tête en arrière, observe le plafond. Le silence est pesant et pourtant il est tout ce que je recherche. Jess n'est pas là, elle est souvent absente et j'ai l'impression qu'on ne fait que se croiser mais c'est sans doute mieux ainsi. Nous nous accrochons comme nous pouvons, faisons face comme nous le pouvons et si nous sommes là l'un pour l'autre, nous nous donnons l'espace nécessaire pour ne pas s'étouffer mutuellement. Un regard à ma montre puis je me relève en me frottant la nuque. Je m'approche de ma vieille chaîne hi-fi et la met en route. J'esquisse l'ombre d'un sourire quand la voix de Hank Williams vient remplir la pièce. C'était quelque chose mon ex-femme n'aimait pas, cette passion pour la musique country et en particulier pour certains chanteurs comme Williams ou Cash. Au moins, elle a gagné ça en demandant le divorce : plus aucune obligation d'écouter ce genre de musique. J'évite de mettre trop fort quand Jess est là car je sais que ce n'est pas sa tasse de thé mais comme là je suis tout seul, j'en profite un peu. Je laisse tourner le CD et vais jusqu'à la cuisine dans l'idée de me préparer un petit truc à manger puisque je n'ai rien mis dans mon estomac depuis la veille au soir seulement voilà, comme ça m'arrive souvent ces derniers temps, à peine le sandwich est-il prêt et appétissant, à peine ai-je avalé une simple petite bouchée que je n'ai déjà plus envie de le manger. Je m'assois à table, me force un peu parce que j'ai déjà perdu quelques kilos et ça risque bien de finir par se remarquer si je ne mange pas un peu alors, me voilà à grimacer tandis que je mange une bouchée, puis une autre. Arrivé à la cinquième bouchée, je n'insiste pas parce que sinon je vais vomir, je le sais. Je repousse la petite assiette, me sers un verre d'eau fraîche puis vais m'allonger sur le canapé, l'avant-bras sur mon front, tandis que la musique continue de me tenir compagnie. Les secondes passent. Les minutes passent. Je ferme les yeux dans l'espoir de m'endormir. Rien à faire : impossible de m'endormir. A la place, toujours les mêmes images, toujours. Jason. La morgue. Son corps. Son visage. Son cou.

Son visage...

Je rouvre les yeux et me redresse puis jette un regard en biais vers ma chambre puis me frotte nerveusement les mains. C'est plus facile c'est sûr de se laisser emporter par quelque chose qui nous fait oublier tout le reste. C'est une fuite, ni plus ni moins, j'en ai parfaitement conscience et il y a cette partie de moi qui me dit que je ne dois pas céder une fois de plus, que je dois être fort, faire face à la situation sans user d'aucun échappatoire mais cette partie n'est pas la plus grande ni la plus grande. Cette partie est rapidement écrasée par l'autre partie, celle qui s'est habituée à ce soulagement quand la substance entre dans l'organisme, celle qui ne peut plus se passer de cette petite chose magique qui permet d'oublier et d'effacer la douleur, même un temps. Je me relève du canapé, fonce jusqu'à ma chambre et, ce sont des doigts non pas tremblantes pas assurés qui se saisissent de la petite trousse et du petit plateau planqués dans le fond du tiroir où sont rangées les chaussettes. Quelques instants plus tard, me voilà assis en tailleur sur le lit, le plateau bien stabilisé sur mes jambes, les lignes sont tracées, le morceau de paille bien maintenant mais j'hésite. Pendant un instant, comme à chaque fois, j'hésite. C'est mal. C'est plus que mal. C'est illégal et ça met en danger ma santé et mon travail aussi. Sans parler de Jess si elle venait à l'apprendre... Et Ali aussi... Et Lloyd, Josef, Taylor, ceux qui sont mes amis et les gens proches de moi, s'ils venaient à l'apprendre... Ma main s'abaisse, presque vaincue par ma conscience qui joue les dures. Presque. Je secoue la tête, la conscience perd la bataille, une fois encore.

Une fois encore...


Février 2016

Face à la fenêtre qui donne sur le parc, je suis immobile. Je fixe tour à tour la verdure, les bancs, les gens... Plus les secondes passent et plus mon cœur s'emballe, doucement mais sûrement. Ma respiration s'accélère, un peu de sueur perle sur mon front et je dois prendre de profondes respirations pour tenter de ne pas avoir le souffle coupé. Je baisse le visage, jette un coup d’œil au jeton que je fais glisser entre mes doigts. Je le fixe un moment le jeton et ce n'est que lorsque j'entends frapper à la porte de ma chambre que je relève le visage. Je me retourne, me retrouve dos à la fenêtre mais face à mon psychiatre qui esquisse un sourire avant de s'avancer vers moi.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Sans détour, comme toujours. Il m'a vite cerné et me connaît bien maintenant.

« Rien. »

Je tente. Ce n'est pas bien, c'est vrai, mais je tente le mensonge. Il perd son sourire en secouant la tête.

« Ah non Daniel, pas de ça maintenant. Ne vous renfermez pas. »

Je laisse échapper un profond soupir, reste un instant silencieux puis me lance. Je devrais être habitué mais j'ai encore du mal à parler comme ça, de but en blanc, de ce que je ressens.

« Je suis mort de trouille. A l'idée de partir d'ici. » j'ajoute en voyant qu'il hausse un sourcil interrogateur. « J'ai peur parce qu'ici ça va, je me contrôle, c'est facile, mais une fois dehors... »

Je ne termine pas ma phrase, secoue la tête.

« Facile ? Ce que vous avez vécu ici n'a rien de facile Daniel. Vous vous souvenez l'état dans lequel vous étiez quand vous êtes arrivé ?
- Oui, je m'en souviens... »

Comment je pourrais l'oublier ? Je me suis réveillé à l'hôpital, après mon overdose, branché de partout, un Lloyd et une Jess plutôt en colère, à raison puisque j'ai fait une overdose dans la salle de bain alors qu'ils étaient dans la salle à manger, au cours d'un dîner. J'ai été transféré dans cette clinique et j'ai commencé un combat plus que rude. Le sevrage est encore très frais, je vais devoir faire face aux effets pendant encore un moment, j'en suis conscient. Et puis j'ai les médicaments pour m'aider. Là aussi quand je vais devoir les arrêter ça va être compliqué mais je suis prêt. Enfin, jusque là, je pensais l'être mais maintenant... Je baisse la tête.

« Daniel, vous vous êtes battu de toutes vos forces et vous avez remporté votre combat. »

Je sens sa main se refermer sur la mienne et il me la soulève. Je le vois le jeton, je le vois.

« Vous l'avez gagné. Tout seul. Oui, vous étiez entourés mais vous avez décidé de vous soigner, c'est vous qui avez pris cette décision. Vous pouvez être fier de vous.
- Sauf que je me suis mis dans cette situation tout seul à la base.
- C'est vrai et ça aurait pu encore plus mal tourner mais vous en êtes là maintenant. Vous êtes arrivé jusque-là. Soyez fier de vous, ou essayez au moins.
- Oui, je vais essayer... »

Puis le silence. Silence qui se prolonge un peu.

« Vous allez pouvoir reprendre votre vie. »

Je fronce les sourcils, relève mon regard vers lui.

« Pas vraiment non.
- C'est vrai, cela sera différent mais vous allez retrouver vos marques. »

Je me crispe. Retrouver mes marques ? Sans ma fille ? Sans Ali qui a elle aussi disparu de la circulation ? Heureusement, j'ai Lloyd à mes côtés parce que si je l'avais perdu lui aussi, et en plus j'ai bien failli...

« Et si je rechute ?
- Vous reviendrez vous soigner. Vous savez que vous êtes capable de tomber mais aussi capable de vous relever maintenant. Vous êtes assez fort Daniel. »

Quand je passe finalement les portes de la clinique, j'ai envie d'y croire. J'ai envie de croire que je suis assez fort pour ça. Je regarde une nouvelle fois mon jeton, celui sur lequel est gravé mon nombre de jours de sobriété : soixante jours. J'aimerais que Jess puisse voir ça. Peut-être que je vais le prendre en photo et la lui envoyer : ce sera le seul moyen pour le lui montrer. C'est sûr que quand on y réfléchit, j'ai tout foutu en l'air, j'ai fait un beau gâchis mais j'ai envie de croire en ce que dit mon psychiatre : j'ai envie de croire qu'à terme, les choses pourront s'arranger et que je vais pouvoir reprendre ma vie.

▪▪▪

Assis sur la chaise, je me tords les doigts en attendant que le chef arrive. Lorsque j'entends la porte claquer derrière moi, ma respiration se coupe sous le coup du stress pendant quelques instants. Je me lève pour lui serrer la main et me rassois lorsqu'il m'invite à le faire.

« Vous avez bonne mine Mills.
- Merci. Je me sens mieux.
- Bien ou juste mieux ?
- Juste mieux. Il y a encore du travail...
- Je m'en doute. »

Petit silence qui rend mal à l'aise. Je détourne le regard.

« Bon, je vais vous expliquer comment ça va se passer. »

Je reporte mon regard vers lui, attentif. Je sais que je vais être en période probatoire, je le sais, je ne connais juste pas les modalités exactes qu'il ne tarde finalement pas trop à m'expliquer.

« Vous devrez amener au laboratoire un échantillon d'urine tous les jours jusqu'à la fin de probation.
- Donc jusqu'à quand ?
- Je n'ai pas encore décidé du temps que cela va durer. On avisera.
- D'accord. »

Mon estomac se noue.

« Vous devrez aussi faire une prise de sang une fois par semaine.
- Jusqu'à la fin aussi ?
- Oui.
- Ok.
- Et je suis en contact avec votre psychiatre. C'est lui qui juge de votre état émotionnel. Au moindre doute il me préviendra et vous serez mis en arrêt. D'ailleurs, vous ne pouvez manquer aucun rendez-vous, c'est une des conditions pour que vous repreniez le travail. »

Je hoche la tête en prenant une profonde inspiration. C'est sûr que ça fait beaucoup mais il ne pouvait pas faire moins. Il soupire et s'appuie contre le dossier de sa chaise en se frottant le visage.

« Mills, écoutez, vous êtes un excellent élément, c'est pour ça que j'ai décidé de vous permettre de reprendre votre poste.
- Et je vous en remercie.
- Mais vous avez une longue route à faire ici. Vous allez devoir regagner la confiance de tout le monde et ça risque de prendre du temps.
- Je sais... »

Il m'observe un instant en silence.

« Vous n'avez pas commis la moindre faute alors que vous étiez sous l'influence de stupéfiants : vous avez eu de la chance. Les choses auraient pu mal tourner, il va falloir du temps pour effacer ça.
- Je ferai ce qu'il faut. »

L'entrevue se termine finalement avec une autre poignée de mains. J'essuie les regards des collègues lorsque je quitte le bureau, certains me sourient avec compassion, d'autres me fusillent du regard mais je quitte le poste de police la tête haute parce que je dois appliquer ce que le psy m'a dit : il faut que je parvienne à être fier de moi. Sincèrement ? C'est en réalité loin d'être gagné. Heureusement, je ne vais pas faire face seul. Je ne le sais pas encore mais je vais rencontrer la personne qui va tout changer.

La personne qui, au fond, va véritablement me sauver.

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Dernière édition par Daniel Mills le Lun 19 Sep - 20:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The last pale light in the West ⱡ Daniel Lun 19 Sep - 20:00

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MessageSujet: Re: The last pale light in the West ⱡ Daniel Lun 19 Sep - 20:37

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