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  I'll never get to heaven - Ft Leo

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MessageSujet: I'll never get to heaven - Ft Leo Lun 10 Juil - 18:27

► I'll never get to heaven ◄
Leo & Taylor


Je pensais ne pas pouvoir descendre plus bas, d’avoir déjà dégringoler une bonne partie de l’échelle de ma vie en touchant le fond une bonne fois pour toute. Et lorsque j’y repense, je me demande comment est-ce que je n’ai pas trouvé le courage de ne pas me flinguer la gueule. L’envie m’a traversé l’esprit plusieurs fois, tout comme celle de prendre des cachets pour m’aider à oublier, de me plonger dans une léthargie mentale qui m’aiderait à ne plus penser à rien d’autre que cette légèreté envahissante et apaisante. Et assise là, sur le rebord d’un fleuve, je me dis que ça ne devrait pas être si difficile que ça d’effectuer une petite pression de la hanche pour me balancer vers l’avant, tête la première dans l’eau glacée pour m’y laisser crever une bonne fois pour toute.
Je me suis perdue à la seconde même où j’ai passé ce pacte avec le diable. Et ce dernier porte un nom que je ne souhaite jamais revoir, entendre ou cauchemarder de nouveau. Mais peut-être pire encore, c’est d’avoir à faire à son bras droit : Kurtis. Son blouson de cuir, son éternelle clope derrière l’oreille, ses multiples tatouages que je n’ai jamais eu l’occasion de compter, bien trop flipper pour le faire.
Depuis ce jour où j’ai voulu jouer les bonnes âmes et prendre la dette de mon frère sur le dos, je vois les emmerdes faire la queue un par un à ma porte. Et plus les semaines passent, plus la moindre chose négative prend une ampleur disproportionnée.
Parait qu’on appelle ça la dépression.
Moi, j’appelle ça un juste retour des choses pour avoir merder, de bout à bout. Et comme si ça ne suffisait pas, j’ai certainement brisé le cœur d’une femme qui pensait ne plus en avoir, qui en a déjà suffisamment baver dans sa vie, qui a déjà bien trop souffert pour qu’une petite merdeuse comme moi vienne lui briser ses sentiments pour venir les écraser à coup de talons comme une salope que je suis. Parce que je me suis rendu compte que j’étais plus nocive qu’autre chose, que j’allais simplement lui attirer plus d’emmerde que de bonheur, que j’ai failli plus d’une fois la tromper, aveuglée par ma propre merde mais surtout, parce que Maeve n’a pas quitté mon esprit, contrairement à ce que je croyais. Mais là encore, ce n’est qu’une succession d’échec.

Mon portable vibre dans ma poche et l’espace d’une seconde, je décide que je n’en regarderais pas l’écran. Une véritable volonté de me couper de tout et de tous. Pourtant, un sentiment profond m’y pousse, m’y obligerait presque.
Un énième rendez-vous pour dealer, pour récolter un peu d’argent supplémentaire afin de rembourser une bonne fois pour toute cette putain de dette qui me colle aussi sûrement à la peau que la peste ou la gangrène.
Un soupire et je me bouge, traine ma carcasse épuisée par les cauchemars d’enfants morts, d’une Daya entre quatre planches, d’un Milo qui se tire une bonne fois pour toute, me hurlant que plus jamais il ne veut revoir ma sale gueule de conne.

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Le poing serré devant ma bouche, les épaules rentrées, le corps tremblant, mes yeux se focalisent sur une petite tâche sur le bout de ma converse déjà crade. Mon esprit se fourvoie mais persiste à se dire que plus je passerais de temps à fixer cette anomalie comme quelque chose de normal, plus les évènements de ces dix dernières minutes ne seront qu’un lointain souvenir, une chose que j’aurai totalement inventé sous le coup du stress, une sorte de trauma.
L’odeur du sang vient pourtant me rappeler les faits, accompagné de flash qui me font monter les larmes aux yeux, soulevant pour la énième fois mon estomac qui rejette uniquement un filet de bile qui m’incendie la gorge d’un flux acide.
Je revois ce type aux cheveux mi-long, propre sur lui, mal rasé et au regard brillant. Presque affamé. Je revois un sachet, une liasse de billet, un passage de main en main… Puis, son sourire de requin.

- J’veux deux boites de plus.
- Rajoute 200$ et tu les as.
- Non t’as pas compris. Je veux deux boites de plus.


Je « veux ». Non pas « j’aimerais ». Un message clair auquel j’ai essayé de tenir tête… Tête qu’il a finit par exploser à coup de phalanges.
J’ai le cerveau en miette, l’arcade éclatée dont le sang ne cesse de ruisseler sur le côté gauche de mon visage parce que ce connard a une putain de droite que je n’ai pas vu venir. La lèvre fissurée, la pommette bleuit… Il n’a pas eu besoin de cogner plus pour me foutre à terre et me sonner suffisamment longtemps pour se tirer avec la totalité de mon sac de médocs.
La douleur est insupportable, résonnant comme un tambour dans mes tempes. Mais au-delà de la souffrance, c’est la peur qui prime alors que je suis cloitré dans cet hangar poussiéreux où c’est passé l’échange. La peur qu’il revienne me refaire le portrait une deuxième fois. Chaque respiration est douloureuse tout comme l’est chacun de mes gestes, comme si la douleur se répandait dans chaque parcelle de mon corps.
Une main sur le front, je n’ose toucher le reste de mon visage, attendant qu’un miracle me tombe sur le coin du nez pour me sortir d’ici.
Pour aller où ? Ma première pensée va pour Milo. Parce que j’ai besoin de mon frère, de celui que je connais depuis mon plus jeune âge. Il saura m’épauler, m’écouter, même si pour ça je dois lui avouer toute la merde que je me trimbale, même s’il doit me gueuler dessus un bon coup pour le lui avoir caché… Mais la réalité me rattrape. Est-ce que je me vois sincèrement venir le réveiller à 2 heures du matin alors qu’il vit désormais avec sa meuf ? Est-ce que je me vois vraiment faire ça, la gueule en sang ?

Je pense à Daya mais elle est flic, donc obligée de me justifier, de lui expliquer pourquoi j’me suis faite taper sur la gueule. Trop dangereux, pour elle comme pour moi.
Me viens alors un autre visage que je repousse aussitôt, refusant de faire subir quoi que ce soit à cette personne. Pourtant, tout mon corps hurle ce besoin de retrouver un réconfort que je connais si bien, qu’elle saurait maitrisée. Mais je me le refuse, parce que je ne le mérite tout simplement pas.
Puis l’évidence se manifeste, presque comme une faible lueur d’espoir entre les ombres douloureuses de mon cerveau. Je pousse sur mes jambes et grimace sous l’effet du sang qui bat à mes tempes réveillant brutalement la douleur. Je tremble de froid, de trouille et je ne sais pas combien de temps s’écoule entre ça et ma présence devant sa porte où je reste plantée comme une conne, incapable de soulever un bras pour y frapper.
Je culpabilise de le réveiller, culpabilise de venir jusqu’ici avec ma tonne de problème et ma tronche partiellement démontée. Mais aussi parce que je suis parfaitement consciente qu’il va falloir que je lui déballe tout, que je lui avoue que si j’étais déjà dans la merde avant, je le suis encore plus maintenant que ce fils de chien m’a volé un sac entier de médicaments qui devait me faire ma récolte de la semaine. Et que si je pioche aussi vite dans les réserves, je ne suis pas certaine de pouvoir passer encore longtemps inaperçue.

Je serre les dents, ravale mes larmes et réajuste sur mon arcade le morceau de tissu arracher à la manche de mon tee-shirt. Je frappe quelques coups, certainement trop faible pour être entendu avant d’opter pour la sonnette qui sera certainement plus efficace pour réveiller ce pauvre Léo…

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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Sam 22 Juil - 0:38



I'll never get to heaven
EXORDIUM.

Des mois ont passés, les ombres se sont épaissies. Au-dehors des carreaux usés, salis de journée en journée, s'étend un monde qu'il croit méconnu, défait de ce qu'il croyait avoir vu. Claudia encore absente, Abraham continuant cette horrible descente. Et lui patiente. Désespérément, lassé d'un monde qui l'a privé de tout ce qu'il avait pu posséder, tout ce qu'il aurait pu choyer.  Leo soupire, exténué de devoir toujours s'attendre au pire. Et les ombres proclament ce règne incessant, dansantes à la lueur d'une clarté dont les rayons se font faiblissants. Un triste sourire, et la mémoire tenace, vorace. Il l'entend, ce petit son mutin, cristallin, perdu derrière des murs aux souvenirs reclus. Rien n'apaise sa peine, sa haine, ces émotions cruelles qui hantent jusqu'aux recoins de son esprit pour relancer cette souffrance et de plus belle. Aussi, longues se font les heures, venant accroître ce qu'on pourrait appeler la peur. La peur de devoir admettre que rien ne changera, que rien ne le permettra. Condamné à perdurer, esseulé au cœur fatigué. Alors il souffle, défait de ce qui aurait pu l'aider à tenir, de tout ce qu'on avait pu lui dire. Leo s'élance, retrouvant sa hauteur et cette étincelle d'assurance, celle qui perdure malgré ses tourments, malgré bien des événements. Il va pour rejoindre la profondeur d'une nuit oubliée, la douceur de draps à peine frôlés depuis des nuits, des crépuscules tombés, un sommeil trop léger. Pourtant, il s'effondre en quelques instants, rattrapé par l'horreur des dernières journées et ces affres insistants, envoûtants. Leo ferme les yeux, en quête de quelques heures bénéfiques à cet état des plus piteux. Les journées ont été longues, oui. Trop longues. La vaisselle s'est accumulée, son arrêt s'est prolongé. Absent d'un travail qui lui tenait à cœur, rattrapé par de profondes horreurs, quelques terreurs. Et le souvenir embelli d'une enfant qui manque à l'appel, les maux qu'a laissé sa disparition sur ses épaules désormais plus que frêles. Leo dépérit, là, dans un monde qui n'appartient qu'à lui. Caché d'autrui, reclus sous la pluie ; il s'enfonce et se perd, fuyant les murmures qu'il n'a jamais pu faire taire. Il s'éteint dans sa rage, parvenant à calmer, à dissiper cet orage ; tempête mêlant songes et soupires, vérités et désirs. Il offre un calme aux vagues brisées, à cet océan désormais d'un bleu fracassé, paralysé entre douceur et cruauté ; état d'âme qui ne fait que persister, noyant l'homme défait d'agilité. Il ne survivra pas, pas longtemps. C'est un fait, un futur évident. Et pourtant, là, dans des rêves encore tremblants, il croit à ces faux-semblants, ces douces promesses entendues au détour de quelques conversations farfelues. Des souvenirs un peu troubles d'une quête que son chagrin et sa conscience, ici, doublent ; gagnant bien de l'avance, réduisant petit à petit cette agréable transe. Il en finit avec ses possibilités, quelques fracas venant mettre un terme à ces subtilités. Leo émerge d'un royaume désormais lointain, la sonnerie de sa porte venant rendre ses efforts d'autant plus vains.

Parce qu'il se lève, parce qu'il abandonne. Laissant cette volonté de dormir dans un recoin de sa tête où pourri le moindre de ses désirs. Parce qu'on frappe, encore et encore, parce qu'on insiste. Et Leo cède, Leo se lève, rejoignant la porte et la complainte incessante d'un empressement traduit de manière de plus en plus constante. Un arrêt, les mains déposées sur cette barrière de bois contre laquelle il se laisse reposer, là, rien qu'une fraction de temps volé. Fermer les yeux et compter cent fois, encore une fois jusqu'à baisser les bras. Réduire la distance, oser le regard sur ce qu'il craint, ce qu'il imaginait. Envolée la possibilité d'un Abraham apeuré. Envolée l'attente d'un policier annonciateur de nouveautés. C'est sur cette silhouette brisée, pliée qu'il laisse tomber son regard interloqué, finalement choqué. Son cœur se serre, ses poumons se bloquent, sa gorge resserre cet air en bloc. Elle est douloureuse la sensation qui vient parcourir son corps jusqu'au cœur même de ses veines, rendant son sang plus chaud, plus fluide, montant plus haut jusqu'à ce que sa tête ne se vide. « Putain Taylor. » Quelques syllabes à peine souffler et la précipitation tant redoutée. Il aurait voulu l'éviter, l'épargner mais ses mains la trouve et l'invite, l'amenant jusqu'au salon en faisant au plus vite. « Qu'est-ce que t'as foutu ? » Demande-t-il alors qu'il ose, dégageant ses mains pour s'emparer du tissu qu'elle tenait négligemment contre son arcade, contre cette plaie bien ouverte, un coup sûr auquel elle n'a visiblement eu aucune parade. Il fronce les sourcils, grimace légèrement en imaginant la douleur qui doit parcourir ses traits, cette souffrance lancinante immiscée jusqu'au cœur de son être tout entier. Parce qu'il voit le sang commencer à coaguler, parce qu'il voit ses chairs au bout de tissu s'accrocher. Il aimerait pouvoir faire autrement, il aurait voulu être là pour lui éviter ce hasard d'un monde trop violent. Ce pourquoi il sent à nouveau cette culpabilité remontée, cachant au mieux ses tourments désormais acharnés. Il s'est absenté trop longtemps, trop de temps. Il a laissé ceux sur qui il s'était promis de veiller, persuadé qu'il ne pourrait y arriver. Un idiot, c'est ce qu'il est, ce qu'il commence à comprendre alors qu'il tente de retenir ses larmes, cette colère qui commence à gronder, à devenir une arme. Leo lutte, Leo s'essaie à cette bataille, allant et venant entre sa salle d'eau et son divan. Trousse de secours trouvée, déposée, affalée sur une table à peine nettoyée. Il n'en a même pas conscience, désormais accaparé par ce qui torture chacun de ses sens. « Mon dieu... » Et bien que jurer n'arrangera pas les choses, il ne peut s'en empêcher qu'en marquant une courte pause. Agenouiller devant cette silhouette bafouée, Leo s'excuse, silencieusement par peur qu'elle ne les refuse. Idiot, une fois encore de penser autant à tord. Parce qu'elle ne serait pas venue si une quelconque colère à son égard était vécue. Mais il lui faut passer au-delà des songes inappropriés, le jeune homme en revenant à sa nouvelle priorité. « Tu as autre chose ? » Demande-t-il aussi, commençant d'ors et déjà à guetter la moindre faille, la moindre entaille.

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« You. »
I don't eat, I don't sleep, I do nothing but think of you. I don't eat, I don't sleep, I do nothing but think of you. You keep me under your spell, you keep me under your spell, you keep me under your spell.


Dernière édition par Leo Sanders le Jeu 2 Nov - 14:52, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Lun 31 Juil - 17:31

Bancale, mes mains agrippées à mes manches, j’attends patiemment devant sa porte qui ne s’ouvre toujours pas. Peut-être qu’il ne le fera jamais parce qu’il dort, qu’il n’a pas envie qu’on vienne le faire chier à cette heure de la nuit. A quoi bon de toute façon ? A quoi est-ce que ça me servirait de lui parler, réellement ? A rien. Ça n’arrangera strictement RIEN. J’aurai toujours la gueule défoncée, l’impression qu’une paire de couteau s’enfonce entre mes côtes et de n’être qu’une petite merde. J’ai encore envie de vomir, je frissonne sous le poids de la fatigue et peut-être aussi du froid qui traine dans le couloir. Je ne sais pas combien de temps j’attends comme ça, à fixer un point imaginaire de la porte mais j’ai l’impression d’être… vide.
Un gouffre, le trou noir, l’infini du rien.

Les secondes défilent et me plonge un peu plus dans l’obscurité. Je n’ai rien à foutre ici, je n’ai pas le droit d’arriver comme ça, shootant égoïstement dans son petit quotidien pour y placer mes emmerdes. Leo ne le mérite pas. Et je ne mérite pas Leo. Tout comme je n’ai jamais mérité Maëve, ni Ryan. Daya, Saoirse. Milo.
Emprisonnée dans cette cage, je n’y vois que les ombres de ma vie, le désastre causé et les morceaux de moi-même qui gisent à mes pieds. Je retiens un sanglot profond, le genre de truc qui vous vient du fond des tripes. Cette émotion qui vous fait prendre conscience à quel point rien ne va, que votre esprit est en miette et que non, vous n’allez pas bien.
Je ne vais pas bien.

Je m’apprête à faire demi-tour, commence déjà à pivoter lentement sur mes pieds, me ravissant dans mon élan de confiance en venant toquer à la porte de celui que je considère bien plus que comme un ami. Je suis arrêté net dans mon élan par la porte qui s’ouvre soudainement devant moi alors que je n’ai même pas entendu les bruits de pas derrière cette dernière…
Le visage de Léo m’apparait, épuisé, blafard. Je savais que c’était une connerie de venir le réveiller en pleine nuit, merde. Je m’apprête à bredouiller des excuses pour prendre le large, me tirer d’ici vite fait avant que le piège ne se referme sur moi mais il est déjà trop tard. Il me suffit simplement de croiser son regard pour sentir la fracture se répandre au creux de mon être. Sa peine se lit aussi facilement que ma douleur et les larmes affluent sans que je ne cherche à les retenir. Je perds brutalement toute assurance, toute volonté, mes épaules s’affaissant à l’unisson avec ma fierté.

- Putain Taylor.
- J’suis désolée.

Ma voix tremble sous le sanglot imminent mais pas le temps pour les larmes, pas le temps pour les excuses. Mon corps transplane d’un point A à un point B sans que je ne capte le moindre mouvement, comment si j’avais la gueule shootée par je n’sais quels médocs. Je sens sa main autour de mon bras légèrement douloureux et reconnais aussitôt son salon, l’aménagement, ses objets. Et quelque part, ça me rassure d’être au centre d’une pièce que je connais quasiment par cœur aujourd’hui.

- Qu'est-ce que t'as foutu ?

Mes yeux se lèvent vers les siens qui s’abaissent à mon niveau pour dégager mes mains du tissu désormais dégueulasse et imbibé de sang qui colle à mes chairs ouvertes. Je grimace, retiens la bile qui me remonte le long de la gorge à cause de la douleur de manière générale. Ma tête résonne de toutes les cloches de Notre-Dame, mon corps entier semble n’être qu’un amas de courbatures froides, assassines.

- De la merde. Pour n’pas changer.

Un murmure qu’il n’entend peut-être pas, trop accaparé par ce qu’il constate au fur et à mesure sur mon visage. Je ne sais pas ce qui me fait tenir debout en cette seconde, quelle force me pousse à ne pas craquer, littéralement. J’ai l’impression d’être atone, de ne plus rien ressentir que ce putain de vide qui se creuse un peu plus. J’ai perdu toute connexion au monde réel, préférant me tirer d’ici pour ne pas avoir à affronter la réalité en face. J’aperçois à peine ses allées et venues entre deux pièces, ne sachant même pas ce qu’il fait, ni pourquoi. C’est à se demander si je suis vraiment dans son appartement, si je ne suis pas entrain de délirer.
Mon esprit déraille complètement, se détourne de la réalité au point où je me demande qui est ce type qui tourne et s’affaire autour de moi. Pour ensuite me demander où est-ce que je suis. Pourquoi. Et surtout comment. Je cligne des yeux, me redresse, commence à m’affoler.

- Tu as autre chose ?

La voix de Leo me fait l’effet d’un choc électrique suffisamment fort pour me réveiller, pour recentrer mes idées et ma raison. Je croise son regard et constate que je suis assise face aux bleus de ses yeux, de son visage terriblement inquiet dont il a du mal à contrôler les traits. Il doit me répéter une deuxième fois la phrase pour achever mon retour sur terre et surtout, pour redonner mon âme au corps.

Autre chose ? Je secoue la tête par la négative avant d’hausser légèrement des épaules.

- Non, j’crois pas. Je marque une pause. J’me souviens pas.

Ce gros connard aurait aussi bien pu me violer que je ne me souviendrais de rien. Les seuls souvenirs qu’il me reste sont ceux de ses phalanges en pleine gueule, une fois, deux fois et peut-être une troisième fois histoire d’être certain que je sois plongé dans l’inconscience pour me voler absolument tout ce qui devait me faire la cagnotte nécessaire de cette semaine.
Et je prends de nouveau conscience à quel point tout part en vrille, qu’il ne sert plus à rien de lutter. Je n’aurai jamais le temps ni la possibilité de me procurer une autre slave de médicaments et de les vendre pour pouvoir leur donner le nécessaire au prochain rendez-vous. Et si on compte la dernière fois où il me manquait des liasses… Je suis tout simplement morte. Les KoS vont me retrouver et me crever.

- Je suis tellement dans une merde noire Leo. Ma jambe s’agite nerveusement alors que je m’agrippe au bord de son canapé. Je sais même pas si je vais finir la semaine ou au mieux le mois.

Mes bras s’enroulent autour de moi-même, me penchant légèrement vers l’avant, boule au ventre. La bile me monte le long de la gorge mais je serre les lèvres pour ne rien rendre de plus que je ne l’ai déjà fait, ne tenant pas à dégueulasser le salon de Leo en plus de venir l’emmerder en pleine nuit.
La douleur me cogne contre les tempes avec l’impression que tous les bruits autour de moi s’en trouve horriblement intensifiés. Que ça soit le bruit de ses chaussures sur le sol de salon à ma propre respiration, j’ai la sensation que mon ouïe est bien trop décuplée pour moi ce soir.
J’ai de nouveau 10 ans avec l’envie farouche de me blottir dans les bras de ma mère pour m’oublier ne serait-ce que cinq petites minutes, oublier mon existence, mes douleurs, mes conneries. Oublier à quel point je me déteste ces derniers temps et ce soir plus que jamais. Les larmes se manifestent de nouveau malgré mes dents serrées et mon envie furieuse de ne rien laisser s’échapper devant lui.

- J’suis désolée de venir en pleine nuit mais j’savais pas où aller. J’esquive rapidement son regard avant d’enchainer, grimaçant légèrement sous la douleur. J’veux pas retourner chez moi. J’veux pas rester seule cette nuit.

J’ai la sensation que ma voix est monotone, plate, presque sans émotion et pourtant je perçois un léger tremblement. Tout en moi me donne l’impression que tout va finir par exploser, que je vais perdre les pédales et que je finirai par péter les plombs. Je me sens vide et à la fois bien trop oppressée alors j’articule ces quelques mots difficilement, luttant contre la nausée qui m’étreint l’estomac.

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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Lun 4 Sep - 16:50



I'll never get to heaven
EXORDIUM.

La porte close, les larmes éclosent. Leo va et vient, se perdrait presque en chemin. L'adrénaline frappe et les ténèbres tapent. Il aurait voulu que cette nuit soit différente, il aurait voulu s'endormir, peut-être après un dernier thé à la menthe. Mais rien, rien ne vient, rien ne lui parvient, pas même la possibilité – quant à tout ce merdier – d'une fin. Et avec cet espoir s'éteint l'enclin. Évidemment. Le cœur s'assèche et cette foi aveugle en un monde trop rêche s'estompe. Il perd espoir, il perd cette volonté de voir. De voir l'avenir se faire plus radieux, plus joyeux. Non, la réalité est toute autre et Taylor, par sa venue ce soir, lui rappelle aisément qu'il se trompe ; plus souvent qu'il n'y paraît. Rien ne sert d'être trop bon ou pas assez, rien ne sert de pouvoir changer le monde quand ce dernier n'y aspire pas. Ils sont bloqués, prisonniers à perpétuité dans une vie triste et bondée d'inhumanité. Alors il abandonne ses rêves, cette idylle d'un univers moins coriace, plus fragile. Leo s'abandonne à la seule qui, ce soir, pourrait mériter de l'avoir. Attendant, se faisant patient ; ou presque, finalement. Car les mots tardent et la peur gronde, tumultueuse, dans les tréfonds d'un cœur aux tendances capricieuses. « Non, j’crois pas. J’me souviens pas. » Un soupire, attristé, et le regard qui se perd sur son sol mal lavé. Question bête, bien-sûr. Il n'a cas jugé, pour comprendre, cette plaie à sa tête. Et la rage revient, grandissante. Les ombres s'invitent, bien trop vite. Il a les phalanges qui le démange, cette soif insatiable qui le supplie de passer à table. Mais le temps n'est pas à la vengeance et s'y perdre ne serait, pour elle, que négligence. Alors il se calme, fait taire son âme, renouant avec son regard qui lui rappelle que rien n'est toujours tout noir. Du moins, pas toujours. « Je suis tellement dans une merde noire Leo. Je sais même pas si je vais finir la semaine ou au mieux le mois. » Et elle s'agite, elle se perd, ravivant la noirceur d'un homme dit au trop grand cœur. Parce qu'il refuse cette situation, ces conséquences. Parce qu'il refuse tout simplement ce qu'elle pense. Et s'il s'embrume dans ses propres songes, les larmes qui perlent de nouveau sur les joues de la belle parviennent à se faire éponges. Il en oublie cette volonté, ce besoin qui gronde au fin fond de son être. Leo s'improvise soutien, pilier, tendant les bras pour l'y inviter. « J’suis désolée de venir en pleine nuit mais j’savais pas où aller. J’veux pas retourner chez moi. J’veux pas rester seule cette nuit. » Et il ne le permettrait pas, de toute manière, déjà trop apeuré quant à ce qu'il pourrait encore lui trouver. Loin de pouvoir ressentir, il imagine pour l'avoir déjà vécu et plus d'une fois ; trop de fois pour s'en vouloir de ne pas avoir été assez prudent pour lui épargner ça. Il se fait las, trop absent. Et la revoilà par ici, la culpabilité, compagne loin d'être endormie.

« Tu vas rester là, de toute manière ; souffle-t-il à l'attention de la jeune femme devant qui il se relève, récupérant toute sa hauteur pour parvenir à se libérer des contraintes quant aux mouvements qu'il veut entreprendre, essayant de voir large pour finalement tenter délicatement de la défaire du haut qu'elle porte. Demain aussi, je vais m'occuper de tout ça. » Termine-t-il aussi par dire, enlevant son propre t-shirt en le proposant à la jeune femme, ne lui laissant pas réellement le choix, pas dans son état. « Je vais te chercher ce qu'il te faut, reste là. » Et il disparaît de la pièce, retournant s'engouffrer dans la salle de bain, là où il se perd une fraction de seconde sur ce reflet qui lui paraît ce soir si irréel, si méconnu. Ça n'est pas lui, cette noirceur qui vient teindre ses traits n'est pas la sienne. Ou peut-être que si, finalement, conjointe de celle qui était venue envahir sa personne lorsqu'on lui enlevait sa sœur. Pensée qui l'amène à s'animer, une énième fois, le blond revenant vers celle qu'il venait de délaisser, retrouvant sa place à ses côtés. Il s'installe, doucement, laissant contre elle quelques affaires propres, désireux de la soustraire du peu de souvenirs qu'elle puisse garder de ce soir. Il s'occupera de ses lessives plus tard, il s'occupera de tout ce qui jonche son sol lorsque les paupières lourdes de la jeune femme le lui permettrait. Pour l'instant, il en vient à se pencher, usant de la trousse ramenée un peu plus tôt, fouillant pour parvenir à mettre la main sur un peu de coton, du désinfectant, un peu d'eau aussi pour tenter de nettoyer au mieux ce qui, bien moins il l'espère, saigne encore. « Je pense que tu le sais mais ça va piquer un peu. » Lui laisse-t-il entendre avant d'appliquer ce qu'il venait d'imbiber, laissant l'une de ses mains à la disposition de celles de la jeune femme le temps de quelques secondes, quelques instants, ça avant de reprendre « du service ». L'azur de ses yeux ne se défait pas des marques qu'elle aborde, des traits qu'elle aborde, des grimaces qu'elle laisse lui échapper ; aussi minimes soient-elles. La rage au creux du ventre, il se tait, fulminant dans son coin, tremblant même, presque, malgré les soins qu'il lui prodigue. « Tu le connaissais ? » La question se pose malgré tout, malgré son état, malgré le peu de souvenirs qu'elle en garde. Leo ne peut pas s'en empêcher, déjà à s'imaginer, les mains plus que souillées pour ce qu'il ne laissera pas passer. « Car c'est sûrement lui qui passera pas la semaine si je fous la main dessus. » Et ça lui échappe, ça vient se perdre entre ses lèvres, contre ses traits d'ordinaires innocents. Il n'a rien de l'homme calme qu'on lui connaît, rien de cette image toujours visible. Le crépuscule s'est assombrit et avec lui les affres qui se découvrent cette nuit. « Bois ça. » Et il n'ose la regarder, perdu dans des songes qui n'appartiennent qu'à lui, la main levée et le verre tendu, un cachet encore logé contre sa paume.

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« You. »
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Dernière édition par Leo Sanders le Jeu 2 Nov - 14:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Dim 17 Sep - 13:53

- Tu vas rester là de toute manière.

Il ne me laisse pas le choix et c’est pas comme si je m’attendais à ce qu’il le fasse. Et si habituellement je l’aurai renvoyé chier pour m’avoir donné l’ordre de quelque chose, je reste cette fois prostré dans un silence consentant. Je ne veux rien d’autre que ça, ne plus réfléchir à rien et ne plus bouger de ce salon qui ne me donne pas l’impression que ce type pourrait revenir d’une minute à l’autre pour finir ce qu’il avait commencé.

Je lève les bras non sans grimacer, étouffant un gémissement de douleur alors qu’il m’aide à me défaire de mon tee-shirt déchiré et souillé, sans aucune trace de pudeur devant lui. C’est Léo, pas que j’ai l’habitude, mais nous sommes suffisamment proche pour me foutre de ce genre de détail. Encore plus dans mon état où c’est le dernier de mes soucis de savoir s’il me voit soutif ou nibards à l’air. Mon dos me fait mal mais pas plus que mes côtes qui me donnent l’impression d’avoir des courbatures.

- Demain aussi, je vais m’occuper de tout ça.

Tout ça quoi ? Pas la force de le lui demander, me contenant simplement de prendre son tee-shirt à lui pour l’enfiler, toujours avec cette même lenteur et souffrance. J’ai la boule au ventre, l’estomac noué avec l’impression que je pourrais gerber avant de m’en rendre compte.

- Je vais te chercher ce qu’il te faut, reste là.
- ‘kay.

Un murmure rauque, à peine audible sous cette couche de coup et de douleur.
J’ai la tête comme un ballon et me rassoit lentement sur le canapé, m’y adossant quelques secondes, le temps de tenter de retrouver une sérénité qui ne viendra pas ce soir, de calmer les tremblements incessants qui contractent l’ensemble de mes muscles. Le froid et la peur, mais surtout les nerfs qui subissent le revers de la médaille maintenant que je me sens un peu plus en sécurité auprès de Léo. Une décompression que j’encaisse difficilement.
Je serre les dents face à la situation, me rappelant subitement la merde dans laquelle je suis fourrée jusqu’au menton. Je n’sais pas comment j’vais faire pour parvenir à m’en sortir mais l’idée même m’angoisse, me terrifie. J’ai juste l’envie de me tirer loin d’ici, changer de nom, de gueule, de pays et qu’on m’oublie pour de bon, qu’on ne me demande plus rien que de disparaitre. Chaque problème à sa solution, sauf que la mienne s’est tiré avec un gros connard que je ne reverrais probablement jamais.

Leo revient et je me redresse légèrement, le regardant s’installer face à moi tout en déballant le nécessaire pour désinfecter ma tronche en sang.

- J’peux l’faire tu sais.
- Je pense que tu le sais mais ça va piquer un peu.

Il ne m’entend ou ne m’écoute pas et à sa place, j’en ferais autant. Quitte à venir le faire chier en pleine nuit avec cette tronche en pièce détachées, autant le laisser s’en occuper. Je m’attarde sur ses traits qui semblent s’être durcis, je ne suis plus sûre de rien ce soir. Mais j’y trouve quand même un réconfort, une sécurité qui est la bienvenue en cette seconde.
Je grimace en silence, me mordant l’intérieur de la bouche sous le coup de la brûlure éphémère du désinfectant. Le silence s’installe alors que Léo s’occupe de l’ensemble de mon visage et pour la première fois depuis une éternité, j’abdique. Baisse les bras. Le laisse en charge de tout, ne me rebelle pas, pas plus que je n’impose ma façon de faire. Je ne grogne pas, ne gueule pas, me contente d’encaisser en fermant simplement ma grande bouche bien trop souvent avide d’insulte et de fierté mal placée.
Les larmes remontent lentement jusqu’à mes yeux, brûlante. L’abandon de soi est à la fois apaisant et flippant mais bien moins que cette absence de volonté de lutter. Comme si je n’en avais plus la force, qu’à partir de maintenant, plus rien ne pourrait ni me toucher, ni m’atteindre moralement. Puisqu’il n’y a plus rien à toucher. Une coquille atrocement vide.

- Tu le connaissais ?

Je sursaute légèrement, partie bien loin dans mes idées macabres.

- Car c’est sûrement lui qui passera pas la semaine si je fous la main dessus.

Cette menace n’est pas à prendre à la légère, pas quand on croise ce regard et ces traits tirés. Un long frisson d’angoisse me parcours l’échine, absolument pas habitué de voir Léo dans cet état, aussi noir, aussi proche d’une violence froide et silencieuse. Même si sa réaction s’explique clairement dans notre cas, j’ai tout simplement pas l’habitude. Normalement, c’est moi qui gueule, moi qui menace du haut de mes un mètres cinquante trois inutile mais c’est lui qui apaisait, calmait, raisonnait.
Les rôles s’inversent brutalement mais logiquement.

- Bois ça.

Je saisis le verre puis prend entre mes doigts le cachet, sans le regarder.

- Non, j’le connaissais pas. Pas personnellement.

Je glisse le médicament entre mes lèvres et avale deux gorgées d’eau pour le faire passer, finissant ensuite la fin du verre plus pour étancher cette soif que je n’avais jusqu’ici pas remarquer avant de déposer le verre sur la petite table où est assis Leo.

- Et même si c’était le cas, tu ne feras rien Leo. Hors de question que tu risques quoi que ce soit pour mes conneries et encore moins pour ce connard.

La haine revient même si je sais qu’elle ne durera pas bien longtemps et que je ferais certainement moins la maligne quand viendra l’heure de se coucher, heure où l’on fait face à un esprit bien trop préoccupé, flippé, qui ne cesse de marcher au turbo durant des heures sans s’arrêter.

- J’ai déjà trop merdé pour en plus te mêler à mes emmerdes.

Si Leo devait risquer quoi que ce soit, je ne me le pardonnerais jamais. Je n’suis pas venue ici pour obtenir quelconque vengeance mais pour m’échouer lamentablement dans un endroit où je pourrais trouver refuge l’espace d’une nuit parce que j’ai besoin de son aide, même si nous ne parlons pas. Sa présence me suffit amplement.

- D’autant plus que cet enculé doit déjà être bien loin entrain de se camer la gueule avec le sac qu’il m’a pris.

Premier aveu fait.
Un peu trop brutalement, c’est vrai mais j’ai la réputation d’être franche et cette fois ne fait pas exception. A quoi ça servirait de tourner dix ans autour du pot de toute façon ? C’est pas comme si Leo allait me laisser sortir de son appartement sans que je ne le lui dise rien, sans que je lui explique un minimum ce qu’il s’est passé et dans quelle merde j’me suis foutue.
Je lève mon regard vers lui, furtivement, n’assumant pas encore complètement ce que je m’apprête à lui dire, gorge serrée. Oui je flippe. D’un jugement, d’une leçon de vie que j’ai pas l’énergie de recevoir ou tout simplement de me voir me faire foutre dehors sans sommation.

- C’était un « client » à qui je vends des cachetons, de temps en temps, comme à une vingtaine d’autres pour me faire de l’argent.

Ni pour payer mes études, ni pour me payer des vacances à Bora-bora où je pourrais aller me faire dorer la pilule avec pour seul bruit ambiant, la mer et ses vagues.
Voix tremblante et rauque, je me tasse sur ma personne.

- Mon frère a contracté une dette envers les Kings of Speed, un gang de motard. Il était … vraiment dans la merde. Soit je prenais sa dette à sa place, soit je n’avais plus qu’à attendre un coup de fil des flics pour m’apprendre qu’il était mort éventrer, lui, sa femme et son bébé.

En gros, pas le choix. Parce qu’il n’a jamais eu le nécessaire pour les rembourser et que, quitte à se mouiller et à risquer quelque chose, autant que ça soit moi qui le fasse plutôt que lui. Entre nos deux avenirs, l’un semble primer sur l’autre : le sien. Femme, enfant, maison. Le petit rêve américain. De mon côté, que dal. Pas de copine, pas de situation, des études en cours, aucun meuble à sauver.
Je lui balance tout ça avec moins d’hésitation que je ne l’aurai imaginé, me déchargeant d’un poids. Sensation éphémère, tout me reviendra dans la gueule tôt ou tard. Et si ça ne sont pas les remontrances des Leo qui le feront, les KoS s’en chargeront.

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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Ven 22 Sep - 17:21



I'll never get to heaven
EXORDIUM.

« Non, j’le connaissais pas. Pas personnellement. » Une grimace vient assombrir ses traits, laissant cette soif nouvelle se faire plus insatiable, plus intenable. Parce qu'il regrette de ne pas pouvoir faire plus, parce qu'il aurait voulu qu'elle lui donne un nom, peut-être une adresse, de quoi lui permettre de rééquilibrer la balance quant à ce qui s'est probablement passé. Raison pour laquelle il ne s'attarde pas plus sur son visage, sur les séquelles physiques qu'elle gardera durant sûrement de longues semaines. Leo n'a pas le cœur à se l'imposer, pas davantage, pas en sachant que ses veines en bouillonne déjà assez. Et pourtant, il s'y risque, laissant ses perles claires fatiguées, exténuées et pourtant si alertes se perdre sur la jeune femme qui revient aussi à lui après avoir terminé le verre récemment donné. « Et même si c’était le cas, tu ne feras rien Leo. Hors de question que tu risques quoi que ce soit pour mes conneries et encore moins pour ce connard. J’ai déjà trop merdé pour en plus te mêler à mes emmerdes. » Des emmerdes qu'il croit comme n'étant pas de son fait, injustifiées, offertes par pur plaisir névrosé de la part de celui qui s'y est risqué. Leo soupire, détournant simplement la tête, retenant quelques mots, quelques phrases, la vérité quant au fait qu'il n'attend pas sa permission pour agir comme bon lui semble. Mais l'impasse s'impose, la réalité des choses. Il ne parviendra pas à mettre la main dessus, peut-être jamais, parce qu'il ne l'a jamais vu. Et, tandis qu'il s'apprête à reprendre la parole, Taylor le coupe dans son élan, coupant l'herbe sous son pied ; peut-être à tord. « D’autant plus que cet enculé doit déjà être bien loin entrain de se camer la gueule avec le sac qu’il m’a pris. » Aveu auquel il fronce les sourcils, aveu qui vient donner un peu de sens aux plaies qu'elle porte, celles qu'il a tenté de soigner au mieux, pour l'instant. Leo attend, Leo peine à jouer les patients, le regard braqué sur elle comme pour attendre une suite qui termine par venir, bien que trop lentement. « C’était un « client » à qui je vends des cachetons, de temps en temps, comme à une vingtaine d’autres pour me faire de l’argent. » Un soupire, quelques pas dans le séjour qu'ils animent tous deux et dans lequel réside quelques ombres que Leo s'empresse de retrouver. Il essaie de penser, de réfléchir, d'imaginer ne serait-ce que les raisons et cette stupide nécessité qu'elle a pu trouver pour y arriver. Mais rien, rien ne vient faire taire cette rancœur, cette colère qui commence à s'élever en lui, réanimée après bien des années à s'être silencieusement terrée. « Mon frère a contracté une dette envers les Kings of Speed, un gang de motard. Il était … vraiment dans la merde. Soit je prenais sa dette à sa place, soit je n’avais plus qu’à attendre un coup de fil des flics pour m’apprendre qu’il était mort éventrer, lui, sa femme et son bébé. »

Et la rage gagne, et les pulsions grognent.

Sa main vient frapper le mur une première fois, peut-être une deuxième fois avant qu'il ne tourne les talons, avant qu'il ne revienne légèrement vers le centre de la pièce en essayant de garder son calme, en essayant de réfléchir, au mieux, bien qu'en vain finalement. « Et pourquoi tu m'as rien dit ? » La question se pose, dure malgré sa voix calme et à la fois lourde de tensions. Il la guette, elle et ses traits, elle et peut-être d'autres secrets. Il aurait dû savoir tout ça, il aurait voulu le savoir, lui épargner le pire comme les événements de ce soir. Aussi, il ne défait pas l'azur qui s'est posé sur elle, attendant une vraie réponse, quelque-chose qui viendrait expliquer – il l'espère – le pourquoi il ne l'apprend que maintenant. Car ça lui échappe, car ça vient poser davantage de questions dans sa tête déjà malmenée par l'heure tardive et le sommeil qui commence malgré tout à bien manquer. « Non parce que, vraiment, j'ai du mal à comprendre pourquoi tu as attendu de te faire défoncer la gueule pour ne serait-ce que venir m'en parler. » Laisse-t-il entendre tandis qu'il ose quelques pas, s'essayant à s'animer comme dans l'espoir de ne pas céder, de ne pas craquer. Parce qu'il pourrait sortir, là, rien qu'une petite heure, traquer un frère qui ne s'impose pratiquement plus dans sa vie pour lui rappeler à quel point il lui nui, d'une façon ou d'une autre, lui rappeler que les hommes qu'il fréquente ne lui sauveront pas la mise, chose comprise il y a de ça bien des nuits. Parce qu'il pourrait apaiser ses nerfs, ceux qui se contractent sous l'effervescence de cette animosité qui commence à plus que s'immiscer, à bien plus que dominer. « Tu vas me donner les noms de ceux qui t'ont obligé à faire ça. » Il ne lui laisse pas vraiment le choix, allant ici et là de l'appartement, cherchant une feuille sur laquelle il ne parvient pas à mettre la main, arrachant finalement tout un côté de son paquet de céréales pour venir le déposer sur la petite table qui fait face à la jeune femme, y laissant tomber un stylo dans la foulée tandis qu'il vient la rejoindre, se laissant tomber dans le canapé sans qu'un mot ne vienne s'échapper. Il attend, seulement, patient, laissant l'une de ses mains venir se perdre contre la joue malmenée de la jeune femme dont il se sent désormais responsable. « J'aurais pu t'épargner ça, Tay. » Plus doux, plus calme bien que les flammes de son subconscient ne s'attisent que plus à chaque seconde qui s'écoule à coup d'images, de souvenirs, de savoir aussi, surtout. Un nouveau souffle se fraye un chemin jusqu'à ses lèvres, jusqu'à cette barrière d'ordinaire si tenace, si efficace. Leo perd son visage entre ses mains, là, s'offrant des ténèbres salvatrices pour tout ce qui gronde en son for intérieur, tout ce qu'il s'avère incapable de gérer en cet instant. Il a besoin de justice, besoin de cette pseudo vengeance, besoin de rendre les choses équitables. Il en a besoin à défaut d'avoir su ne rien voir. Stupide, il se sent comme tel tandis qu'il rumine dans l'espoir de gagner la bataille, de perdre ses ténèbres, perdre ses ombres, cette part de lui qu'il n'apprécie pas, qu'il ne contrôle pas ; qu'il ne contrôlera jamais.

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« You. »
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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Mar 10 Oct - 9:53

Il tourne comme un lion en cage pendant que j’explique, me justifie à peine. J’étale les faits d’une voix tremblante, la peur au ventre puisqu’il est le premier à qui je lâche enfin le morceau même si une part de moi me fait comprendre que je ne devrais peut-être pas. Ne serait-ce que pour éviter qu’il n’aille faire une connerie mais également éviter de le mettre en danger. J’ai pas envie qu’il se mouille pour toutes ces conneries qui ne sont pas de son ressort et j’imagine sans peine que ça doit être compliqué de ne rien faire en voyant ce que j’ai mangé dans la gueule ce soir… mais non, c’est pas c’que je suis venu chercher ce soir.

Je termine mon récit d’une voix tremblante, mes doigts crispés sur mes genoux. Pas une seconde se passe entre ça et son poing qui s’écrase une fois, puis deux contre le mur. De rage. De haine pure. Je me raidis, fronce les sourcils et grimace de douleur.

- Et pourquoi tu m'as rien dit ?

Je me vexe, un peu. La pression, les nerfs, la fatigue et la peur. Parce que la seule chose qu’il retient maintenant c’est « Pourquoi ne pas lui avoir dit ». Le pire étant que sa réaction est logique et légitime mais là, maintenant, je me braque comme une conne, déjà les larmes aux yeux et surtout les nerfs à fleur de peau.

- Non parce que, vraiment, j'ai du mal à comprendre pourquoi tu as attendu de te faire défoncer la gueule pour ne serait-ce que venir m'en parler.
- Tu t’fous de ma gueule Leo ? Ta question c’est de savoir POURQUOi je t’ai rien dis ? Je me redresse, piquée au vif par sa dernière réplique. Je le suis d’un regard humide alors qu’il marche devant moi. Hm, attends voir. Peut-être pour éviter que tu te fasses démolir la gueule toi aussi ? Peut-être parce qu’ils m’ont fait comprendre que s’ils apprenaient que j’en avais parlé à qui que ce soit, j’pouvais dire adieu à ma carrière et à mes proches ?

Putain mais tu crois que c’était si simple que ça, réellement ?
Je fulmine, regard humide et brûlant, mes mains crispées sur mes genoux. Il ne m’en faut pas beaucoup pour que je parte au quart de tour et encore moins ce soir où j’ai l’impression de n’avoir plus aucune carte en main pour me sortir de ce merdier. Je ne le reconnais pas ou plus, j’en sais rien mais c’est pas le Leo que je connais. Je n’ai pas le temps d’en être surprise, trop occupée à garder le contrôle sur mes larmes et pour ne pas me tirer d’ici vite fait bien fait.

- Tu vas me donner les noms de ceux qui t'ont obligé à faire ça.

Je lâche un ricanement sec et renifle, constatant que visiblement, je n’ai même plus assez de volonté physique ou psychologique pour m’empêcher de chialer face à la situation.

- Je ne vais rien donner du tout. Ça n’servira à rien.

D’autant que je ne connais que deux noms sur tout le club et qu’en plus de ça, je risquerais d’impacter d’autres personnes que moi. Oui, parce que je n’ai pas oublié que James Manning, mari de cette femme au cœur tendre qui me laisse me faire un peu d’argent en gardant son fils, est aussi un membre du club.
Jamais je ne les mettrais en porte-à-faux même si je pourrais réagir à l’inverse et m’en foutre royale. Et même si c’était le cas, pour faire quoi ? Leo ira casser des gueules et après ? Il va manger le double, je vais manger le double et probablement quelqu’un d’autre de ma famille histoire de bien me rentrer dans le crâne que je n’ai plus intérêt de faire un seul faux pas.

Leo revient avec un morceau de carton à la main, un stylo, alors que je n’ai toujours rien lâcher. Dents serrées, j’agite une de mes jambes nerveusement, ne cessant de chialer comme une merde. La seule chose que je veux c’est de dormir pendant trois mois et de ne pas me réveiller pendant ce laps de temps. Ou peut-être de ne jamais me réveiller tout court d’ailleurs.
Sa main sur ma joue, j’ai envie de m’en écarter mais encore une fois, je n’en ai pas la force. Et malgré tout ce que je peux dire et la colère que je ressens, ce simple geste m’offre un réconfort dont j’ai besoin.

- J'aurais pu t'épargner ça, Tay.
- Et comment ? Explique moi Leo comment tu aurais-pu m’épargner de rembourser une somme aussi astronomique ? Tu n’aurais rien pu faire, ni toi ni personne d’autre putain. Tu crois que c’était facile et que j’ai kiffer de tous vous regardez dans les yeux à faire comme si je pissais de la joie et de la bonne humeur alors que j’avais qu’une envie c’était de gerber et de crever sous les roues d’un bus ?

Je pleure de plus belle, les jambes secouées par la nervosité. J’ai la gorge en feu, la tête atrocement douloureuse et l’estomac noué. M’épargner ça, vraiment ? A moins d’avoir un compte en banque archi rempli, je ne vois pas comment j’aurai pu passer entre les mailles du filet.
Je finis par me lever, me dégageant de sa présence soudainement étouffante. Lui ou un autre, ça aurait été la même. J’ai l’impression de ne plus avoir suffisamment d’air pour respirer correctement, que la pièce s’est rétrécie. Je suis partagée entre l’angoisse et le lâcher prise.

- J’avais PAS le choix. Comment voulais-tu que je fasse autrement avec ces mecs qui te menacent de crever tes proches ? J’avais juste le droit de fermer ma gueule et de trouver une solution au plus vite. Ces types sont capables de tout et sincèrement, j’avais pas envie de tester leur limite en venant jouer les caïd et envoyer leur menaces se faire foutre.

A mon tour de tourner en rond même si ça me donne plus mal au crâne qu’autre chose, alors que je continue de chialer comme une merde. Je chope un morceau de sopalin et me mouche dedans, râlant comme un putois parce que ça fait mal.

- Je sais que tu m'en veux de pas avoir été mis au courant avant Léo mais mets-toi à ma place. J’étais déjà dans une merde noire, c’était pas pour en plus te mettre en danger, ni toi, ni qui que ce soit. Si tu crois que je n’ai pas songé à toutes les solutions pour essayer d’arranger ça au plus vite et sans trop de casse… Je marque une pause, me plante dans son salon, glissant une main nerveuse dans mes cheveux dont certaines mèches sont séchées par le sang. J’sais même plus où j’en suis Leo. J’suis foutue et paumée. J’ai failli me jeter d’un pont pas plus tard que ce soir parce que j’voyais pas d’autres solutions pour mettre un terme à tout ça.

Ca me sort comme ça, sans que je ne le contrôle réellement. Peut-être est-ce là la preuve que je suis réellement au point de non retour, arrivant à la limite de ce que je peux encaisser aujourd’hui. Jamais je n’aurai pensé l’avouer mais ce soir, j’en ai plus rien à foutre. J’suis plus à ça près.

- Y a ça, les attentats de Noël, tous ces gosses que j’ai vu passé à la morgue, Daya qui a failli y laisser la vie, Milo qui a frôlé la même pente… J’ai plus aucun contrôle sur rien. Je marque une pause alors qu’un nouveau flot de larmes m’obstrue la gorge. Je regretterais presque que cet enculé n’ait pas fini le boulot tout à l’heure.

Mon regard glisse lentement vers Leo, prenant conscience que ça aurait presque été un soulagement de ne jamais rouvrir les yeux ce soir.

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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Lun 16 Oct - 17:49



I'll never get to heaven
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Elle crie autant qu'il s'énerve car tout leur paraît évident, à l'un comme à l'autre. C'est la raison pour laquelle il fronce les sourcils quand elle se risque à reprendre la parole, quand elle vient se redresser comme dans l'espoir que ses mots aient davantage d'impact sur sa personne. Ça n'aurait servi  à rien, il aimerait y croire, s'inscrire ce qu'elle croit comme étant une évidence comme pour ne pas avoir les battements de son cœur qui s'affole au fur et à mesure qu'il y pense. Il aurait pu réellement empêcher ça, demander rien qu'une faveur à son frère à l'égard de ce qu'il appelle « famille », de ce que Leo appelle « fouille-merde ». Un soupire, un long filet d'air qui s'extirpe de ses poumons pour pleinement se défaire de ses lèvres. Il s'en sent trembler perdre patience, même lorsqu'il revient à elle, même lorsqu'il tente de se calmer en laissant ses mots venir la toucher. Leo voudrait faire plus, plus que ce dont il est en vérité capable. Mais il a toujours été ainsi, à l’affût du moindre danger quand il concerne autrui, une autre âme un peu plus lumineuse que la sienne à ses yeux. Et il y tient à Taylor, peut-être finalement plus qu'il ne lui dira jamais. C'est ce pourquoi son for intérieur s'en est trouvé torturé, surmené que d'avoir à gérer ses traits abîmés. Lui épargner ça, réparer les méfaits dont il n'est pourtant pas responsable. Il y songe avant qu'elle n'en revienne à cette remarque, avant qu'elle ne rebondisse sur ses derniers dires, ceux qui lui ont arraché bien plus de souffrance que tous les coups qu'il aurait pu recevoir. « Et comment ? Explique moi Leo comment tu aurais-pu m’épargner de rembourser une somme aussi astronomique ? » Pas un mot et le regard qui ne la quitte plus. Il n'a pas encore le courage de parler, de la couper, tandis qu'il la sent céder, plus ou moins craquer. Et il écoute, concerné, attristé, ne sachant pas quoi énoncer. Car rien ne pourrait venir confronter ce qu'elle vient faire entendre, rien ne pourrait l'amener à essayer de se détendre. Pas après ça, Leo le sait, s'en doute et choisi de porter cette vérité dans un silence nécessaire aux paroles de la Belle qui finalement s'élève. Elle lui échappe, instaurant une nouvelle distance qui meurtri légèrement Leo, conscient d'avoir agi comme un abruti. Raison pour laquelle il ne fait qu'écouter, là, tous les mots qu'elle laisse s'évacuer, encore et encore, jusqu'à ceux qui terminent par le blesser. Son regard se relève, venant se perdre sur Taylor qui tient encore miraculeusement sur ses deux jambes, là, face à lui, les yeux embrumés et ses vérités lâchées. Et la raison parvient, dure, froide, compréhensible. « Y a ça, les attentats de Noël, tous ces gosses que j’ai vu passé à la morgue, Daya qui a failli y laisser la vie, Milo qui a frôlé la même pente… J’ai plus aucun contrôle sur rien. »

Et les larmes, et les lèvres qui s’entrouvrent une dernière fois. « Je regretterais presque que cet enculé n’ait pas fini le boulot tout à l’heure. » Ça heurte, ça vient s'abattre en lui comme à la vitesse d'une balle éperdue, venue se promener là où ça pourrait faire le plus mal. Leo relève son regard, posant ses prunelles sur la jeune femme, sentant les larmes montés rien qu'en venant y songer. Et si, et si ça avait été le cas, lui en aurait-il autant voulu de ne pas avoir su se faire audible quant à tout ce qui la pourchasse ? Non, bien-sûr que non. Évidence faite, acceptée, regrettée.

Alors il s'élève, Leo vient retrouver sa hauteur pour oser les quelques pas qui le tienne encore à l'écart de la jeune femme. Et même malgré cette petite voix qui lui laisse entendre qu'il fait peut-être une erreur, il s'y tient. Il s'y tient et vient finalement l'enlacer, usant d'un peu de force sans pour autant pleinement en abuser. Et il la tient ainsi quelques secondes, peut-être quelques minutes, luttant contre ses larmes, contre cette crainte qui s'ancre en son cœur rien qu'en songeant à la suite de tout ça, de tout ce qui pourrait désormais se passer. Parce qu'il ne peut pas la laisser, pas dans cette impasse qui pourrait un jour la tuer, qui sait. Alors il réfléchit, luttant avec cette part de clarté qui subsiste en lui depuis sa rédemption demandée, depuis qu'il a comprit qu'à s'éloigner, il n'avait fait que perdre tout ce à quoi il tenait. « Je suis désolé ; prononce-t-il d'abord quant à son énervement d'un peu plus tôt, là, quand la colère s'était faite maîtresse de ses gestes, de sa personne, de cette luminosité qui peine à retrouver sa place au cœur de ses yeux. Je vais t'aider, d'accord ? » Et ces derniers qui en reviennent aux traits de la jeune femme, caressant ses joues de ses pouces avant de tenter un sourire, un maigre rictus teinté de bien plus de tristesse qu'il n'aurait voulu en laisser voir. Parce qu'elle a su devenir ce qu'il avait perdu dans les méandres d'une nuit qui semble lui durer une éternité. Une petite sœur, un lien assez fort pour le maintenir en dehors de ses mauvais chemins. « Je vais t'aider mais tu vas te reposer. » Et il sait, pourtant, qu'elle ne cédera pas à cette demande, il sait qu'elle buttera sur une partie de ses dires parce qu'elle ignore, elle ignore certaines choses, certains détails qui le font soupirer, grimacer, tandis qu'il essaie de se raisonner. Taire cette part d'ombre qu'il aurait voulu pouvoir renier. En vain, bien-sûr, le temps des secrets est derrière eux. « Mon frère fait partie de ces connards-là. Je... Je trouverai une solution. » Et il faut qu'elle l'accepte parce qu'il ne la laissera pas en démordre seule, plus maintenant. Pas après ce qu'elle a dû essuyer, pas après tous les coups qu'elle vient d'encaisser, Leo doit se faire pilier, aide acharnée. « Aller viens, faut que tu te nettoies un peu. » Essaie-t-il de faire entendre, l’entraînant déjà à sa suite pour rejoindre la salle de bain, prenant quelques affaires au passage dans sa chambre, des vêtements un peu plus propres, des tissus dans lesquels elle pourrait aisément souffler, évacuer, loin des traînées un peu ensanglantées qu'elle portait en rejoignant son entrée et tout ce qu'elle procure jusqu'à cette sécurité qu'il fera régner. Ça avant d'aller installer tout ce dont elle pourrait avoir besoin là où il l'invite à aller, essayant de songer à autre chose, essayant de se faire une raison quant au silence qu'elle pourrait vouloir garder, quant au silence qu'elle s'évertue à faire régner concernant certaines choses qu'il pourrait résoudre sans trop s'en fatiguer. « Excuse-moi Tay, mais, celui qui t'a fait ça, tu le voyais toujours au même endroit ? » Il ose, impose cette question dans le petit espace tout juste investi, pénible mais avide de rendre une certaine justice.

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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Sam 28 Oct - 15:48

Bras entourant mon torse, je tremble de froid, à cause des nerfs, à cause de la peur. J’ai envie de fuir cet endroit, de fuir le regard de Leo qui comprend que je suis on n’peut plus sérieuse quand je dis que j’regrette que ce connard de camé ne m’ait pas achevé ce soir. Ca m’aurait évité bien des emmerdes, bien des souffrances et même si beaucoup ici pense qu’un acte suicidaire est d’une lâcheté sans nom, je comprends aujourd’hui ceux qui n’en peuvent plus, qui craquent, qui ne souhaitent plus endurer ce genre de ressenti à longueur de journée sans que ça ne s’arrête une seule fois.
Et moi, je veux que ça s’arrête. Je veux tout remettre à zéro, oublier, ne plus avoir cette angoisse autour de la gorge à longueur de temps.

Leo s’approche, j’ai envie de l’envoyer se faire foutre, de le repousser mais je n’ai plus la force de rien et encore moins celle de lutter contre l’étreinte qu’il m’offre parce qu’en vérité j’en ai besoin. J’ai besoin de ses bras et de cette chaleur réconfortante qui va me faire oublier pour quelques secondes ou quelques minutes que je suis dans la merde et que j’me suis faite taper sur la gueule. Alors je m’exécute, pose mon front contre son épaule et me laisse aller. Je pleure, sanglote en silence à m’en faire mal à la gorge, lâchant prise juste un instant. Juste un seul.

- Je suis désolé.

Je ne réponds pas, reste dans cette même position de réconfort sans être capable de prononcer le moindre mot.

- Je vais t'aider, d'accord ?

Et comment putain ? Comment ? J’suis pas son banquier mais je n’suis pas conne, je sais qu’il est à peine plus riche que moi et qu’avant qu’il puisse cracher une somme pareille, j’ai le temps de crever trois fois. Et puis même, je ne veux pas qu’il s’en mêle parce que je ne veux pas le foutre dans la merde. Et je sais aussi que dans ces cas-là, j’aurai dû m’abstenir de venir.
Je retrouve la clarté de ses yeux et constate toute la tristesse qu’il peut ressentir, une peine qui me mène de nouvelles larmes de culpabilité tandis que son pouce caresse ma joue tendrement.

C’est toi que j’aurai dû avoir comme frère.

- Je vais t'aider mais tu vas te reposer.
- Leo, non. J’veux pas que tu y sois mêlé.

Je me répète, encore une fois. Inutile de lui faire un dessin avec ce que je lui ai raconté. D’autant plus que si je règle ma dette si vite, ces enfoirés seraient capables de se dire que j’suis soudainement péter des thunes et de venir me demander encore un peu plus d’argent.

- Mon frère fait partie de ces connards-là. Je... Je trouverai une solution.

Le choc est d’une violence qui me fait reculer, comme pour mieux regarder Leo, comme s’il venait de me sortir une énorme connerie. Une grosse grosse connerie…
Son frère ? Faire partie des KoS ?
Bordel de merde. C’est encore pire que tout ce que je pouvais imaginer. Mon cerveau s’active à grande vitesse alors que je n’écoute pas un traitre mot de ce qu’il me raconte, trop sonnée par la nouvelle. Je crois qu’il me traine jusqu’à la salle de bain, j’en sais trop rien. Tout ce que je réussi à capter c’est que le frère de Leo est chez les KoS et que ça, putain, ça craint. Parce que je viens d’impliquer Leo dans cette merde qui va aller voir son frère et malgré les liens du sang, malgré les liens familiaux, rien ne me garantis qu’il n’ira pas me balancer, rien ne me prouve qu’il n’ira pas en toucher deux mots à ses potes bikers, que la petite interne qui leur doive de la thune est venue chialer auprès du frère de l’un d’eux pour obtenir de l’aide. Et ça nous retombera sur la gueule. Violemment.

Un véritable blackout, à tel point que lorsque la voix de Leo me ramène à la réalité, je prends seulement conscience que je suis dans la salle de bain, face à lui.

- Excuse-moi Tay, mais, celui qui t'a fait ça, tu le voyais toujours au même endroit ?

Je bug, fronce les sourcils.
Pourquoi cette question ? Qu’est-ce que ça peut lui foutre, qu’est-ce que ça changera à la situation ? A la discussion ?

- Non. Je te l’ai déjà dit, tu ne pourras pas le retrouver Leo.

Je ramène une de mes mèches de cheveux salit derrière l’oreille, soudainement épuisée et lassée de tout ça. La situation m’échappe dans tous les sens alors à quoi bon lutter plus longtemps ? A quoi bon continuer cette discussion qui ne mènera de toute façon nulle part ?

- Est-ce que j’peux prendre une douche s’il te plait ?

C’est tout ce dont j’ai envie en cette seconde, me nettoyer de toute cette merde qui encrasse mes fringues et mon visage, me nettoyer de mon propre sang qui me colle aux cheveux et aux mains. J’accorde un regard à Leo qui semblerait presque hésiter…

- Je ne compte pas m’ouvrir les veines dans ta douche, j’suis pas égoïste au point de t’infliger ça.

J’affiche un pauvre sourire, mi amusé, mi désolé.
Leo quitte la pièce que je ferme doucement à clé avant de faire à mon reflet dans le miroir…
Les larmes montent aussitôt face à cette vision d’horreur. J’ai la gueule tuméfiée, du sang séché à peu près partout sans compter le frais qui continue de suinter sur certaines des plaies. Ma pommette et mon arcade gonflent déjà, mes cheveux humides de transpirations et de sang me collent au front… un véritable déchet. Je ne ressemble plus à rien, ne me reconnait pas.
J’en suis donc rendu là.

Je finis par glisser sous la douche, entièrement nue, constatant que le reste de mon corps n’a pas autant prit que je ne l’aurai cru. Quelques bleus sur les côtes, à peine. L’eau chaude s’écoule et je grimace sous la douleur lorsque cette dernière entre en contact avec mon visage avant de pousser un soupir de soulagement lorsque mes muscles se détendent petit à petit. Je n’sais pas combien de temps je reste dans cette position, les deux mains contre le mur, laissant l’eau ruisseler comme si cette dernière pouvait me laver de tout ce que j’ai subi jusqu’à ce soir.

Le temps s’écoule sans que je n’y prête attention, complètement hors de la réalité jusqu’à ce que je commence à somnoler doucement sous la chaleur. Je m’extirpe difficilement de ce cocon, enfilant les vêtements de Leo bien trop grand pour moi mais dans laquelle je suis à l’aise, au chaud, incroyablement confortable en vue des circonstances. Cheveux encore humides, je quitte la salle de bain pour retrouver mon ami dans le salon, songeur.

- J’veux pas que t’en parle à ton frère.

Les mots m’échappent, mes mains tirant sur la manche de son sweat nerveuse. Je le rejoints sur le canapé d’un pas las, épuisé.

- Si tu lui en parle, rien ne nous garantit qu’il ne passera pas le mot aux autres… J’ai bien compris à quel point ils étaient soudés et que tout le monde est au courant de tout.

Je ramène mes genoux contre ma poitrine, encerclant ces derniers de mes bras.

- J’veux pas qu’on prenne ce risque, ni pour toi, ni pour moi. Une dette est une dette, non ? Frère ou pas, ça ne changera pas que je leur devrais quelque chose. Si ça n’est pas de l’argent, ça sera autre chose…

Qui sera peut-être pire que quelques billets verts à donner.

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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Jeu 2 Nov - 16:18



I'll never get to heaven
EXORDIUM.

« Non. Je te l’ai déjà dit, tu ne pourras pas le retrouver Leo. » C'est bien ce qui le tracasse, ce qui vient animer une énième fois les songes endormis de son subconscient désormais sans répit. Leo tente, Leo voudrait pourvoir tenter, ne serait-ce qu'un petit pas, qu'une mise en garde quant à celui qui a osé abîmé la peau qu'il caressait quelques instants passés. Mais rien, rien ne vient se faire aide pour cette quête qu'il s'impose silencieusement, probablement bêtement. Et tandis qu'il rumine, tandis qu'il tente de trouver une solution par lui-même, allant jusqu'à pousser le vice, c'est la voix de son amie qui le ramène à lui, à la place qu'il occupe dans la petite salle de bain au cœur de laquelle il comptait la laisser avant de s'inquiéter, avant de penser à cette justice solitaire qu'il voudrait déverser. « Est-ce que j’peux prendre une douche s’il te plaît ? » Il fronce les sourcils, un court instant avant de se souvenir, avant de remettre jusqu'à cette seconde l'instant présent, avant d'acquiescer mais de ne pas bouger, quêtant la jeune femme comme pour s'assurer qu'il ne commet pas une erreur ; chose qu'elle comprend, évidemment, loin d'être stupide. « Je ne compte pas m’ouvrir les veines dans ta douche, j’suis pas égoïste au point de t’infliger ça. » Un maigre sourire et le regard qui se baisse, l'impression de quitter cette âme pour trop longtemps. Mais Leo s'y résigne, fermant derrière lui, osant quelques pas tremblants jusqu'au cœur du séjour dans lequel il vient s'abandonner, venant s'affaler sur son canapé, accabler par tout ce qu'il a soudainement à penser. C'est sûr les lueurs orangés d'une ville fatiguée qu'il vient perdre ses yeux clairs, là, sur un extérieur au sein duquel court probablement encore celui qui a osé touché à un être cher à son cœur. Et ça lui arrache une grimace, vient faire perdre quelques battements à la course folle de ce qui cogne sous sa poitrine. Il aurait voulu faire plus, en ressent presque le besoin pour apaiser une culpabilité qui commence à monter. Impuissant, comme lorsque Claudia disparaissait. Car Taylor est aussi importante, parce qu'elle fait partie de sa vie, qu'elle représente tout le bien qu'il se fatigue à faire prôner. Elle est un pilier, un refuge pour les pensées affaiblies du trentenaire qui songe sans bruit. Et il reste là, à tout imaginer, peut-être un quart d'heure, une demi-heure volée. Ça lui échappe, traçant déjà presque tout un plan comme pour réparer ce qu'il n'a pas su voir, ni même envisager. C'est le souci avec lui, cette responsabilité qu'il se donne à l'écart de tous ceux qui lui sont chers, Taylor demeurant dans les toutes premières lignes de cette liste. Raison pour laquelle ça le blesse plus qu'avec autrui, plus qu'il n'aurait pu l'imaginer, parfois, quand les réflexions se bousculent sous le manteau de la nuit. Celles qui viennent accaparer ses esprits, aidées par l'absence totale d'un quelconque son alentour, du moindre bruit, Taylor pourtant pas si loin de lui.

Taylor qui revient, qui ravive l'homme qui s'était perdu dans un monde n'appartenant qu'à lui, un univers tout entier. « J’veux pas que t’en parle à ton frère. » Ça vient, ça s'impose, ça sonne comme une demande bien que le tout soit dit sans qu'il n'ait à discuter. Ce pourquoi il hésite à répondre, ce pourquoi il vient seulement se redresser après s'être trop laissé fondre. Et, tandis qu'il s'anime légèrement, la jeune femme l'imite à son tour, bravant les quelques mètres qui les séparent pour venir s'asseoir, désormais plus proche de lui que du couloir, faiblement éclairé par les lumières du soir. « Si tu lui en parle, rien ne nous garantit qu’il ne passera pas le mot aux autres… J’ai bien compris à quel point ils étaient soudés et que tout le monde est au courant de tout. » Et ça, il ne le sait que trop pour les avoir côtoyer, y étant obligé par sentiments fraternels exploités. Aussi il ne dit rien, ne sachant pas vraiment quoi répondre, savant ses remarques comme pertinentes, plus que vraies aussi, surtout. C'est ce qui vient calmer cette nécessité quant à sa vendetta déséquilibrée, ce qui vient répugner le blond qui s'arrête à penser, soupirant d'agacement. « J’veux pas qu’on prenne ce risque, ni pour toi, ni pour moi. Une dette est une dette, non ? Frère ou pas, ça ne changera pas que je leur devrais quelque chose. Si ça n’est pas de l’argent, ça sera autre chose… » Un frisson et les éventualités qui fusent, qui viennent s'immiscer jusqu'à ses esprits déjà bien trop sollicités. Il aurait voulu pouvoir faire plus et, doucement, devoir admettre qu'il en sera incapable le brise intérieurement, délaissant tant de mérites qu'il aimait à s'attribuer pour finalement comprendre qu'il a échoué. Échoué à la protéger, elle, comme tous les autres. Comme Abraham. Comme Claudia.

C'est ce qui le pousse à venir, à la tenir, contre lui l'inviter à fuir. Il laisse ses bras l'enserrer, contre son torse bien la caler, lui offrir un semblant de sécurité à défaut de ne pas avoir pu plus tôt l'aider. Parce qu'il aurait pu tout lui épargner, garder un œil sur elle malgré tout ce qu'elle se doit probablement encore de rembourser. Il aurait pu tout alléger. Peut-être. Aussi, il intensifie l'étreinte, en profite pour laisser quelques perles salées s'abandonner contre ses joues décolorées. Parce qu'il ne faut jamais faire confiance à un câlin, ce dernier n'étant finalement qu'un moyen efficace de cacher son visage. Leo le sait, en profite, autant que possible avant de s'en redresser, avant de venir s'assurer qu'il n'a rien oublié dans le peu de soins qu'il est parvenu à lui prodiguer. Une parade pour pouvoir lui faire face, pour pouvoir réfléchir, une dernière fois, rien qu'une dernière fois, à tout ce à quoi il n’accédera pas. « Et je fais quoi, moi, dans tout ça ? » Qu'il vient finalement demander, un peu penaud en vérité. Ne sachant pas quoi faire, pas quoi dire, pas quoi entreprendre rien que pour réparer cette absence injustifiée, celle qu'il n'aurait jamais dû lui imposer même malgré ses besoins de solitude devenus plus qu'une nécessité. Il s'en veut, peut-être trop tard maintenant que tout est déjà arrivé. « Comment tu veux que je passe au-dessus de ça, sans déconner ? ; il use de sérieux, de tristesse, de colère. Il use de tout ce qui vient hanter ses esprits tandis qu'il en revient à la jeune femme, tandis qu'il vient simplement prendre sa main dans la sienne quand son regard, quant à lui, s'enfuie vers les profondeurs de minuit. C'est con hein, quand même. Quoi que je fasse, quoi que je décide de faire en pensant que ça suffira, tout le monde finit par se faire bouffer par des conneries comme ces connards par exemple ; une pause et un soupire qui s'extirpe d'entre ses lèvres, un soupire qui en dit long sur tout ce qui vient s'ancrer en lui tandis qu'il en revient à ses côtés, essayant de tout enterrer en lui, le plus au fond. Si tu savais ce que je pourrais faire rien que pour ce qu'ils t'ont forcé à jouer ; une respiration qui peine à se prendre et cette lutte contre ce chagrin qui le prend qui perdure silencieusement. Rien que pour où ça t'a mené ce soir. » Et sa voix s'estompe dans l'espace qu'ils animent faiblement, qu'ils animent tous deux un peu tremblants, elle de lassitude, de fatigue, lui de colère, d'une rage sans pareille qui hurle dans les précipices de son être en plus de son mal-être. « Je pensais que ça pourrait être différent avec toi, j'avais l'impression de vraiment pouvoir t'épargner... tout ça ; il se fait sincère, il met un cœur infini dans les mots qu'il énonce tandis qu'enfin, son regard rejoint celui de la jeune femme, trahissant toute cette peine qui s'accumule de ne pas pouvoir arranger tout ce qui est arrivé, ici comme par le passé. Mais je n'ai pas réussi avec Claudia, pas même avec Abraham et tu t'ajoutes à cette liste. J'ai l'impression de ne pas être aussi utile que je le voudrais, en tant que frère pour eux comme en tant qu'ami pour toi ; s'en suit à cela, un bref sourire, un léger rire qui vient braver les sanglots de sa gorge pour s'extirper, pour s'abandonner dans ce maigre silence. Désolé, c'est égoïste. J'ai parfois tendance à oublier que tu as ta vie et que je n'y suis pas forcément mêlé puisque moi je n'ai finalement que toi. C'est juste que je me dis que, si je l'avais su avant, si tu avais pu voir que tu pouvais tout me dire, j'aurais pu peut-être, qui sait, épargner ça. Je sais pas comment ni pourquoi, mais qui sait. »

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MessageSujet: Re: I'll never get to heaven - Ft Leo Jeu 9 Nov - 19:48

J’ai envie de dormir, d’oublier ce pathétisme dont je fais preuve et de cette douleur qui tambourine toujours aussi violemment contre mon crâne malgré la douche chaude apaisante qu’il m’a offert. Et plus les minutes passent, plus l’envie de lâcher prise se fait imposante, pressente. Je veux me blottir contre lui, contre ce grand-frère que j’aurai peut-être dû avoir et oublier le reste du monde pour la nuit. Me laisser aller à cette fragilité que je préfère toujours ignorer. Pourquoi ne pourrais-je pas pour une fois m’oublier ? Ne plus me soucier de qui que ce soit d’autres que de mes besoins, de mes envies. Que de moi.
A croire que Leo lit dans mes pensées et lorsque ses bras m’entourent, je me remets à chialer sans retenue mais en silence. La douceur de ses bras ouvre la plaie béante de cette réalité douloureuse, il est l’une des rares personnes en face de qui je n’ai pas honte de pleurer comme je le fais. Trop de fierté, trop d’égo, mais pas ce soir où ma dignité a été violée et violentée. Je loge mon visage contre son torse chaud, là où j’aimerais me perdre pour des heures entières sans penser au lendemain.
Impossible de savoir combien de temps s’écoule et je ne cherche pas à le faire, trouvant la force morale nécessaire dans ce geste pour ne pas flancher une bonne fois pour toute parce que je me rends compte que ça me travaille, me trotte. Que la possibilité d’une fin ne semble pas si terrible. Au point de m’en sentir presque soulagée, presque reposée de me dire qu’une solution ultime s’offre à moi.

Leo me coupe dans mes pensées, me redresse face à lui où je n’affronte pas directement son regard…

- Et je fais quoi, moi, dans tout ça ?

… Tout du moins jusqu’à cette phrase. Je le connais par cœur et je vois sa gueule de triste, son air penaud.

- Comment tu veux que je passe au-dessus de ça, sans déconner ?
- Je sais, je suis désolée.

De lui demander l’effort de ne rien faire, de ne pas courir après une vengeance qui de toute façon ne servira à rien puisque ce connard doit déjà être loin. Y a plus qu’à souhaiter qu’il crève d’une overdose comme le connard raté qu’il est.
J’aime pas le voir comme ça. Triste, lassé, presque abattue. Ses épaules qui se rabaissent parce qu’il abdique face à la réalité.

- C'est con hein, quand même. Quoi que je fasse, quoi que je décide de faire en pensant que ça suffira, tout le monde finit par se faire bouffer par des conneries comme ces connards par exemple
- Arrête, commence pas à dire des conneries pareilles.

La machine de la culpabilité est en route et celle de Leo donne en puissance. Tout en lui l’exprime et le fait souffrir de l’intérieur, comme une force invisible qui menace d’exploser et de déchirer cette peau brûlante. Je ne le lâche pas des yeux cette fois, l’affronte de face, cherche à lui faire comprendre que tout ça n’est en rien sa faute. Qu’est-ce qu’il aurait pu faire de toute façon ? Il ne pouvait pas le deviner tout seul tellement j’usais d’énergie pour tout cacher aux yeux du monde. Pour preuve, pas l’once d’une suspicion… Pas même chez Milo qui est pourtant à l’affut de tout ou de Soarse qui est toujours observatrice.

- Si tu savais ce que je pourrais faire rien que pour ce qu'ils t'ont forcé à jouer. Rien que pour où ça t'a mené ce soir.

Mes larmes redoublent, en silence, ma jambe est secouée d’un tremblement nerveux. J’aime pas ce qu’il dit, j’aime pas ce que j’entends. Sa bonté a toute épreuve me touche autant qu’elle m’inquiète parce que c’est justement ce qu’il serait capable de faire qui est flippant parce qu’il a beau être gentil, être tendre, doux… il est aussi imprévisible. Putain, il suffisait de croiser son regard tout à l’heure pour comprendre que si ce mec avait été sous ses mains, il serait jamais ressorti d’ici entier. C’est une part de lui presque nouvelle finalement. Sa colère est encore présente, palpable. Leo est une bombe enfoui depuis une éternité et qui menace de nous exploser à la gueule…

- Je pensais que ça pourrait être différent avec toi, j'avais l'impression de vraiment pouvoir t'épargner... tout ça. Mais je n'ai pas réussi avec Claudia, pas même avec Abraham et tu t'ajoutes à cette liste. J'ai l'impression de ne pas être aussi utile que je le voudrais, en tant que frère pour eux comme en tant qu'ami pour toi. Désolé, c'est égoïste. J'ai parfois tendance à oublier que tu as ta vie et que je n'y suis pas forcément mêlé puisque moi je n'ai finalement que toi. C'est juste que je me dis que, si je l'avais su avant, si tu avais pu voir que tu pouvais tout me dire, j'aurais pu peut-être, qui sait, épargner ça. Je sais pas comment ni pourquoi, mais qui sait.

Je ne voulais pas qu’on en arrive là. Qu’il en arrive là. A ce cheminement de pensée néfaste où il se croit si inutile, si mauvais, si bon à rien parce que c’est pas le cas. Je connais l’histoire sordide de sa sœur Claudia, celle de son frère Abraham. Sa douleur me touche en plus de la mienne et je n’supporte pas l’idée qu’il puisse se dire des choses comme ça mais si, à sa place, j’aurai probablement eu le même cheminement de pensée.
Il pense que je ne lui faisais pas suffisamment confiance pour tout lui balancer, qu’il est lamentablement passé à côté, qu’il n’est mêlé à ma vie qu’en tant que pote… Il se trompe tellement sur toute la ligne. Je reste figé face à lui, la gorge douloureuse d’avoir trop chialée, essuyant d’un geste les larmes qui me brûle le visage non sans grimacer de douleur.

- Arrête de culpabiliser pour des choses que tu ne peux pas contrôler Léo. Tu n’es pas responsable de la mort de Claudia, tu l’es pas plus pour ce qu’il s’est passé ce soir. T’as toujours été présent, t’as toujours veillée sur moi alors dis pas de connerie, j’veux pas que tu te bousilles le morale et la santé pour ça. Ok ?

Voix tremblante et enrouée, je l’oblige à me regarder en face. Je me suis à peine écartée de sa présence, bien trop en sécurité contre lui, mes doigts attrapant son menton.

- Personne ne savait, pas même ma famille, pas même mon propre frère. Comment est-ce que tu aurais pu deviner quelque chose que je cachais comme un cadavre, sérieusement ? J’ai tout fait pour que rien ne soit visible et vu la tournure qu’on prise les choses, c’était peut-être à tort.

Mes deux mains retrouvent mes genoux, mon regard dévie sur ces dernières, maintenant propres, lavées de mon propre sang et de la poussière cumulée là-bas. J’ai l’impression d’être brutalement vide, de ne plus ressentir de réelles émotions si ce n’est la tristesse sincère pour Léo, de le voir si… presque brisée de constater toutes ces choses.

- Je te fais confiance, vraiment, mais j’flippais que ça te retombe sur la gueule et ça j’l’aurai pas supportée. Tu fais partie de ma vie, t’es l’une des personnes les plus proches que j’ai et j’ai tout sauf envie de t’y voir éjectée à cause de mes conneries. J’préfère encore être dans la merde toute seule.

Que ça soit lui ou même Daya… j’aurai pu lui en toucher deux mots à elle aussi, passer aux aveux… mais putain elle est flic. Merci la position dans laquelle je la fou si j’fais ça.

- Tu n’te rends pas compte de toute l’aide que tu m’apportes et tout le soutient que tu me donnes… Si je suis venue te voir toi ce soir, ça n’est pas pour rien. Et si j’en suis à ce stade, ça n’est en rien ta faute. Je me recroqueville légèrement, un geste de protection instinctif. Si t’avais pas été là… Je sais pas où j’serais Leo.

La prise de conscience est violente. A trop se barricader derrières des armures qui n’en sont pas, à trop forcer, à se dire que l’on gère, que ça finira par aller, nous en oublions presque l’ampleur de notre propre peine. Et maintenant que je redescends sur terre, que j’abaisse les armes, je constate l’étendue des dégâts sur ma propre personne. Entre la pression de l’Internat, Ryan, les KoS, ma propre vie… J’en ai oublié pourquoi il fallait continuer de se battre.
Oui, pourquoi. Pourquoi lutter alors que je n’en ai plus l’envie. Pourquoi me battre contre quelque chose que je ne peux contrôler. Je ne sais pas à partir de quel moment j’en suis venue à ça, à là. A me dire que je souhaite peut-être que tout s’arrête finalement. A un stade où un rien prend le sens de trop plein.
Mais il y a Léo. Mon regard glisse sur lui et de nouveau des larmes. Ca ne s’arrêtera donc jamais.

- T’es le frère que j’aurai dû avoir.

Ca aussi, c’est une évidence. Parce que toi tu n’m’aurais pas laissé dans la merde, tu n’m’aurais pas laissé plonger toute seule.

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