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 Bad habit (Tito)

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MessageSujet: Bad habit (Tito)   Mer 14 Fév - 11:59

Les journées ne se ressemblent jamais. Les patients ne sont pas les mêmes, les défis fluctuent et globalement, la stimulation d’Adam suit le même chemin. Partagé entre des moments d’intense adrénaline, de décisions prises sur le tas, dans l’urgence, et des instants plus calmes, où le jeune interne se perd en quelques lectures ou activités non lucratives sur son téléphone, assit dans un coin, ou plus largement en déambulant dans les couloirs, fuyant la paperasse et les comptes rendus, comme la peste. Les mains légèrement abîmées par une énième bagarre, les cheveux en bataille et la vêture détendu, Adam est fidèle à lui même, s’attirant bien trop souvent les regards hautains et bourrés de jugements des titulaires en poste ou plus largement, du personnel de l’hôpital. Pour les autres internes, il est le nom, Wheeler. La dynastie de médecins, l’excellence. Tous rêvent un jour d’avoir l’opportunité de rejoindre la clinique privée et très sélect de son paternel, mais lui, il n’en a absolument rien à faire. Ceux qui ont essayés de l’appâter, de l’approcher, dans un but purement intéressé, il les a, plus ou moins gentiment, envoyer se faire foutre, puisqu’Adam ne fait jamais dans la dentelle. La plupart de ses relations sont chaotiques et les amitiés insipides ne l’intéresse pas. Il préfère encore une certaine solitude, parsemée d’aventures d’un soir dont l’éphémérité fait tout le charme. Il ne retient pas les prénoms, volontairement, mais se souvient des visages, des corps, d’un moment différent d’un autre. Avant de chasser le tout du revers de la main, jugement la chose toute sauf importante.
Pourtant, à côté de la haine et des foudres qu’il s’attire de beaucoup, jaloux de ses capacités, méprisants, face à son comportement ou son cynisme, il en demeure certains qui, à l’abri des regards, se permettent bien des libertés à son égard. L’homme est connu pour son penchant volage, désinvolte et qui ne prête en rien une attention particulière au pédigrée de ses relations charnelles. Aussi, lorsqu’il reçoit un message, jetant un coup d’œil à sa montre connectée, c’est un sourire en coin qui se dessine sur ses lèvres. Le message est bref, presque codé. « Placard du deuxième, à ma pause, dans quinze minutes ». Mais le plus amusant dans tout ça, ce n’est pas juste que le jeune interne fréquente d’autres employés de l’hôpital, mais c’est plutôt, qui il fréquente en réalité. Ce cardiologue au mariage bancal, à l’allure impeccable, aux voitures de sport et aux montres Rolex. Celui là même qu’il a rencontré par hasard, au détour d’une garde de nuit. Courant électrique, sous entendus appuyés et barrières franchies. Mais l’homme a presque deux fois sont âge et pourrait sans mal être son sugar daddy, d’ailleurs. La notion a même traversé l’esprit d’Adam qui s’est finalement détourné de l’idée, cette superficialité ne l’intéresse pas. L’homme prend, profite, mais ne demande rien de plus que sa propre liberté.

L’interne ne prend même pas la peine d’accorder une espèce d’importance à ceux qu’il croise, à ceux qui peuvent lui demander quelque chose, au hasard de son trajet. Il réplique simplement des « plus tard » avant de filer. Égoïstement, hors une urgence médicale, il ne peut réprimer l’envie brulante qui lui vire les tripes. Le coup est rapide, l’étreinte volée à une journée chargée, comme elles le sont toutes. Aucunes paroles inutiles, puisqu’Adam n’a pas grand chose à dire. Il accepte les quelques compliments, le baiser qui s’écrase sur ses lèvres avec une envie trop longtemps réprimée, et s’abandonne sans mal. C’est une bonne vingtaine de minutes plus tard qu’il sort enfin, le premier, arrangeant à peu près sa tenue. Il n’a même pas encore mis sa blouse, étant, de base, en route pour le vestiaire. Air satisfait malgré un sourire habilement caché, il passe machinalement une main dans ses cheveux, les ébouriffant un peu plus, avant de reprendre son trajet.
C’est là qu’il le remarque, infirmier peut être croisé, une fois ou deux, dont le visage lui parle. Excellente mémoire, dont les oublies sont toujours volontaires. L’homme le fixe avec une intensité palpable. Est-ce qu’il le juge ? Est-ce qu’il le méprise ? Adam songe que non, il n’en a pas l’air. Pourtant, il se sent bien incapable de le déchiffrer. L’homme semble partagé entre un choc, une révélation ou simplement une perte de conscience. Étrange sentiment qui parcoure l’échine du Dr.Wheeler. Froncement de sourcils alors qu’il passe à son niveau, pour entrer dans le vestiaire juste à côté. S’avançant vers son casier qu’il ouvre d’un geste machinal, il retire sa veste et son t-shirt, torse nu, cicatrices et marques d’une vie violente et chaotique, affichée, il fouille dans son casier pour en trouver un t-shirt à manche longue et une simple blouse bleu nuit, détestant l’attirail blanc du parfait chirurgien. Mais rapidement, il sent un regard peser sur ses épaules. Il est là, de nouveau, l’infirmer. Sans un mot, non loin des casiers, comme en pleine réflexion. « Quoi t’es venu pour mater ? » Lâche Adam, d’abord sans le regarder, avant d’enfin tourner la tête vers lui. « Tu sais, je ne m’embarrasse pas de drague à la con, alors si t’es intéressé, tu peux le dire clairement » Renchérit-il avec toute la provocation le caractérisant, un sourire en coin sur les lèvres alors que son regard détaille l’homme de haut en bas, tout sauf discrètement. Il se tourne de nouveau pour enfiler son t-shirt à manches longues, avant de se saisir de sa blouse sombre, l’attention de nouveau focalisée sur l’homme. « Enfin si t’es pressé, on peut toujours s’arranger » Dit-il en évoquant bien trop de sous entendus dans un seul regard. Le vestiaire est désert et Adam est du genre gourmand. Un peu trop. Surtout face à un type comme celui qui lui fait face. Le charme de l’homme mûr, certainement. Et le comportement délétère.

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MessageSujet: Re: Bad habit (Tito)   Mer 14 Fév - 17:51

Bad habit.


Sourire aux lèvres, comme chaque jour quand je viens travailler au CMC. L'annonce de mon embauche a été une des plus belles nouvelles de ces derniers temps. La plus belle en fait. Déjà parce que j'ai été soulagé de ne pas avoir démissionné pour rien, et surtout parce que je tenais véritablement à reprendre mon métier d'infirmier. Et pouvoir le faire à l'hôpital, aux urgences, c'est vraiment parfait. Je savoure chaque jour, chaque instant passé aux urgences. Je savoure oui. Bien sûr c'est difficile, bien sûr on perd des patients mais je me sens pousser des ailes là-bas. C'est intense, intéressant, et passionnant. C'est comme si j'avais enfin retrouvé ma place, comme si j'étais fait pour être là. Et ce sentiment me fait beaucoup de bien, il m'apporte beaucoup au quotidien et je sais que les garçons sentent le changement puisque même à la maison, les choses se passent de façon plus fluide. Tout s'est toujours bien passé mais après la mort d'Emilio nous avons eu des moments difficiles et ce nouvel emploi me donne tellement l'impression d'avancer que ça m'aide, à avancer. Certes, je n'ai toujours pas pénétré à l'intérieur de sa chambre, je n'ai toujours pas pleuré mais j'avance. En tout cas, j'ai cette impression. Et puis, sans crier gare, il apparaît dans mon champ de vision. C'est tellement troublant que je m'en fige sur place. Ce n'est pas tant qu'il vient de sortir d'un placard avec les habits à moitié en vrac, signe qu'il vient sans doute de prendre du bon temps avec quelqu'un à l'abri des regards. Ce n'est pas tant ça. C'est sa ressemblance frappante avec Emilio. Il a quelques années de plus mais c'est excessivement troublant. Ce n'est pas la première fois que je le croise et il m'avait bien semblé qu'il avait un petit air mais je ne l'avais croisé que brièvement. Là, c'est différent. Il me fait face et c'est... J'ai l'impression de voir mon fils et cela fait tomber un poids bien trop lourd dans mon estomac. En fait, ça m'en coupe même la respiration pendant un instant. Parce que ça fait tout remonter. Tout ce que je tente de contenir depuis des mois à présent. Cela remonte d'un coup et ça m'en donne le vertige. Le jeune homme me fixe un instant puis s'avance et mon cœur s'emballe. C'est lui. C'est tellement lui... Il me dépasse pour pénétrer finalement dans le vestiaire juste à côté et je reste là un instant sans bouger.

Je dois être cinglé... C'est tout. Il ne doit pas lui ressembler tant que ça. Mon cerveau a décidé de me jouer des tours.

C'est avec cette idée en tête et décidé à me prouver à moi-même que je suis juste totalement cinglé que je pénètre à mon tour à l'intérieur du vestiaire alors que je vois le jeune homme fouiller dans son casier. Même de profil... Non, en fait, mon cerveau ne me joue pas de vilains tours. C'est plutôt le karma ou le destin ou je n'en sais rien mais... C'est presque un sosie et c'est... Je ne sais pas. Je suis perdu. C'est troublant oui, douloureux aussi mais pas que. Pas que... Quand il élève soudain la voix pour me demander si je suis venu pour le mater, il me faut quelques instants pour comprendre le sens de ses mots. Il me prend pour... Il pense que... Quoi ? Il faut dire que je me focalise sur sa voix en fait, qui n'est pas celle d'Emilio et si une partie de moi est rassurée de réaliser qu'ils ne possèdent pas la même voix, une autre partie cherche les similitudes. Une autre partie totalement déglinguée... Il tourne finalement la tête vers moi et ça me frappe encore de plein fouet. A tel point que je m'appuie un peu contre les casiers les plus proches de moi. C'est fou... Totalement fou...

« Quoi ? » je souffle tout bas quand il continue sur sa lancée et me dit que si je suis intéressé je peux le dire clairement.

J'ai du mal. Vraiment beaucoup de mal car trop obnubilé par la ressemblance. Sauf qu'Emilio ne sourit p... Ne souriait pas comme ça. Il ne parlait pas comme ça non plus. Ce n'est pas lui. Il n'empêche qu'il lui ressemble vraiment. Il n'empêche... Que je voudrais que ce soit lui. Et il insiste sur sa lancée, ses derniers mots ayant le mérite de me sortir un peu de ma torpeur car habités de trop de sous-entendus comme l'est son sourire en coin. Je comprends enfin où il veut véritablement en venir, où il pense que moi je veux en venir.

« Non, non, pas du tout. Désolé ce n'est pas. Non ce n'est pas ça. Je ne suis pas... »

Pas quoi ? Homosexuel ? Bisexuel ? Non. Je ne le suis pas. Je secoue la tête de droite à gauche, ne sachant en fait pas trop où me mettre.

« C'est juste... » C'est juste quoi Tito ? Il n'a pas l'air d'être très patient, alors dépêche-toi. « Tu ressembles beaucoup à quelqu'un que... Tu ressembles beaucoup à mon fils aîné en fait. » que je finis par réussir à avouer, au bord des larmes, comme un con, alors que je les retiens depuis des mois. « Et c'est très troublant. J'ai cru voir un fantôme dans le couloir... » j'ajoute la voix un peu plus tremblante.

Et là, il faudrait que je m'excuse une nouvelle fois et que je m'en aille. Si j'étais poli, correct, je le ferais mais j'oublie la politesse là. J'oublie. Parce que plus je le regarde et plus j'ai l'impression qu'Emilio est revenu.

Et je ne sais pas trop quoi faire de tout ce que c'est en train d'éveiller en moi.
Moi qui croyais aller mieux.



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MessageSujet: Re: Bad habit (Tito)   Dim 25 Fév - 13:00

Fidèle à lui même, Adam alpague l’homme qui le regarde un peu trop intensément, sans aucune forme de douceur, tout en continuant sa petite routine. Pourtant, son interlocuteur met un petit instant à percuter. Sourire en coin, satisfait de l’avoir déstabilisé lorsqu’il se confond en excuses, exprimant qu’il ne s’agit pas du tout de cela. Mais Adam aime les sous entendus. Laisser planer le doute et les possibilités. Il aime troubler. Et c’est exactement ce qu’il se passe en cet instant. Il ne fini même pas sa phrase lorsqu’il avoue ne pas être… Comme lui ? Ne pas aimer les hommes, en tout cas, certainement. Puisqu'il ne veux pas croire que s’il apprécie la gente masculine, il ne soit pas sensible à son charme. D’ordinaire, Adam a un petit quelque chose qui plait au plus grand nombre. Un charisme bien à lui, une nonchalance presque arrogante. « C’est bon, relax » Lâches-t-il en ricanant légèrement avant de soupirer. « C’est dommage, quand même » Renchérit-il en le fixant du regard avant d’enfiler sa blouse, fermant son casier pour s’approcher, se campant face à lui.

C’est là qu’il avoue finalement, balbutiant, la véritable raison de son regard insistant. Froncement de sourcil de l’interne en chirurgie, qui se demande bien si ce type est tout à fait lucide. « Vous prenez des trucs ou ça se passe comment ? » Demande-t-il sans une once de compassion. À vrai dire, Adam n’est jamais très empathique. Pourtant, lorsque l’homme évoque le mot fantôme, le jeune homme se crispe. Simplement parce que cette expérience fait écho à son histoire. À sa mère décédée, à la façon violente dont il a vécu le deuil. Dont il le vit encore, aujourd’hui. Adam n’a jamais fait dans la demi-mesure, ou encore le calme. Son adolescence était déjà tumultueuse, résultant des longs mois de maladie de sa mère, mais lorsque cette dernière a rendu l’âme, la chose n’en a été qu’exacerbée. Les renvoies d’établissements scolaire se sont multipliés. Les problèmes de comportement, de violence, de bagarre. Son père a même hésité à l’envoyer en centre de redressement, le menaçant à plusieurs reprises, sans finalement franchir le cap. Adam était brillant, l’est encore, d’ailleurs. Un enfant plein de promesses qui s’est un peu calmé en entrant en école de médecine. Aussi, il jauge du regard l’infirmier, perdant son sourire provocateur. « Fantôme hein » Lâche t-il, comme pour confirmer la chose à haute voix. Un besoin de rationnaliser.

Le voilà qui croise les bras contre son torse, sans rien dire. Il avise son interlocuteur du regard, qui semble encore perdu dans une transe contemplative et émotionnelle. Au fond de ses prunelles, il peut sentir la peine, faisant écho à la sienne. Encore palpable. « Ça fait longtemps ? » Demande-t-il simplement, sagement. Il n’essaye plus de se perdre dans le jeu, dans les conneries, dans les petites piques dont il a tant l’habitude. Il demeure un respect dans son comportement. Il a perdu sa mère, mais il sait, il se doute bien, que perdre un fils doit être encore pire. Bien qu’il ne soit pas d’un naturel empathique et compatissant, la donne change. Il est capable de l’être, s’il le veut vraiment. La plupart du temps, son détachement sert davantage à se protéger de ses propres démons qu’autre chose. Mais au fond, s’il a choisi la médecine, ce n’est pas tant qu’il n’en a rien à foutre des autres. Une certaine envie de bien faire, de sauver, même si les formes n’y sont pas, le fond, lui, reste véridique. « Vous voulez vous asseoir ? Vous m’avez l’air un peu fébrile » Souligne t-il en arquant un sourcil, forcé d’énoncer la vérité, celle qu’il perçoit. Il ne sait pas si ce type ne va pas lui claquer dans les bras, rien qu’à voir la tronche qu’il tire, alors juste au cas où, il demande.


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MessageSujet: Re: Bad habit (Tito)   Dim 11 Mar - 15:55

Bad habit.


Et si ce n'est que dans ma tête ? Et si en fait il ne lui ressemble pas tant que cela ? Et si je suis simplement en train de perdre totalement l'esprit ? Peut-être. Peut-être est-ce simplement la couleur de ses cheveux et la coiffure. Peut-être est-ce simplement la couleur de ses yeux. Peut-être est-ce simplement sa carrure. Peut-être... Mais je reste bel et bien là à le fixer, en ayant l'impression de voir mon fils. Et ça me pétrifie sur place, ça me fait du mal, sans doute plus que ça ne le devrait. Oui, ça me tord les entrailles et le cœur plus que ça ne le devrait et quand sa voix s'élève (dont la nette différence avec celle d'Emilio me permet au moins de garder au moins un pied dans la réalité) pour répéter que j'ai évoqué le terme « fantôme », je parviens à hocher doucement la tête à la positive. Oui, fantôme. Car mort. Mort et pourtant, l'image d'Emilio se superpose par-dessus l'image de ce jeune homme qui se trouve face à moi et je dois prendre sur moi pour éviter un son plaintif de s'échapper d'entre mes lèvres. Puis un non de la tête quand une question arrive. Non, pas une question : « la » question. Non ça ne fait pas longtemps. Moins d'un an ça ne fait pas longtemps. Et puis j'ai l'impression que c'était hier quand on est venu chez moi m'annoncer la mort d'Emilio. Les images me reviennent. La voiture. Mes supérieurs. L'air sombre et solennel. Les garçons qui jouaient dehors et auxquels j'ai intimé de rentrer. Et l'annonce. La terrible et monstrueuse annonce. J'ai l'impression de me retrouver dans le jardin à l'écouter me dire qu'Emilio a trouvé la mort là-bas, loin. Si loin de moi, de nous. Et la voix qui n'est pas celle de mon fils me rappelle à l'ordre, à la réalité, en me demandant si je veux m'asseoir puisque j'ai visiblement l'air un peu fébrile. Un peu fébrile... Si je n'étais que ça... C'est bien pire. Si pire. Et je m'assois oui. Volontiers parce que maintenant qu'il le propose, je réalise à quel point mes jambes sont tout à coup devenues plus faibles. Alors je prends place sur une chaise avant de me frotter le visage. C'est difficile. De ne pas craquer. Très difficile. Je me le suis refusé depuis des mois et là, ça me demande un effort surhumain alors que j'avais fini par y arriver avec moins de difficultés.

Un silence. Une hésitation.

L'estomac qui se retourne à l'idée de prononcer les mots et pourtant ils franchissent bel et bien la barrière de mes lèvres. « C'était en juin dernier. Il avait à peine dix-neuf ans. » je souffle entre mes mains. « Mort au combat. » Il s'en fiche probablement en réalité mais je ne sais pas pourquoi ça sort, pourquoi ça vient, pourquoi ce besoin d'en dire autant même si j'en dis finalement peu. Je termine par retirer mes mains de mon visage que je parviens non sans mal à garder sec et je me risque à relever mon regard vers lui. Lui qui doit me prendre pour un cinglé. « Excuse-moi. » je lui dis alors le plus sincèrement du monde. « J'imagine que ça doit être bizarre. Je voulais pas... » Je m'arrête en plein milieu de ma phrase en fronçant les sourcils. Plus les secondes passent, et plus j'ai du mal à remettre mes idées en place et à façonner des phrases cohérentes. « Je veux dire je n'ai pas... C'est... »

Puis plus rien. Plus un mot. Je sens ma bouche se tordre dans une grimace de douleur, de détresse et détourne finalement le regard. Faut que je le laisse tranquille. Il n'a rien demandé et c'est franchement déplacé. Je me redresse subitement et je comprends l'erreur au moment où je la commets parce qu'il ne m'a pas traversé l'esprit que ce besoin de m'asseoir est encore bien présent. Parce qu'il ne m'a pas traversé l'esprit que mon corps, cet imbécile de corps, est mis à rude épreuve parce que mon esprit est mis à rude épreuve. Je le sens le vertige. Je le sens. Il est violent. Ma main tente de s'accrocher à la première chose venue. Un mur. Un meuble. Peu importe. Elle tente. Elle échoue et je me sens partir.



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