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 Pardon me for bringing these ill news. [Leo]

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MessageSujet: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Mer 14 Fév - 14:25

Pardon me for bringing these ill news.



December, the 17th, 2017

Le front tire un peu. Souvenir d'une arrestation un peu trop agitée qui se rappelle à moi. Je viens frotter les strips qui maintiennent la plaie fermée du bout des doigts avant de jeter un coup d'oeil à l'horloge accrochée un mur. Un petit sourire naît sur mes lèvres parce que la journée est bientôt terminée et que ce soir ne sera pas un soir comme les autres pour Leo et moi. Le médaillon est soigneusement rangé dans la boîte. La boîte est planquée dans le coffre de l'appartement où je range mon arme et mes munitions quand je suis à la maison. Et j'ai prévu de lui offrir ce soir. En fait, je l'ai depuis notre retour de ce week-end avec Jess. Parce que ça a été l'ultime déclic qui m'a fait réaliser que ce qui nous unit est d'une force extrême. Parce que le voir si bien s'entendre avec Jess n'a fait que confirmer la certitude que ce « nous » est une évidence. Mais j'ai attendu. J'ai attendu parce que Leo a traversé une période difficile, délicate, sombre, et je ne voulais pas qu'il s'imagine que ma demande venait de son état à lui ou que je me foutais de ce qu'il traversait. A présent, il va mieux. Pas parfaitement mieux mais c'est en progrès et je ne veux plus attendre. Ce sera donc ce soir. La demande. Il y a bien cette petite voix dans ma tête qui me souffle qu'il risque de dire non, qu'il va vouloir attendre mais je l'ignore. Qu'elle aille se faire foutre cette voix : je sais ce que je ressens, ce qu'il ressent, et c'est bien suffisant pour un « oui » ça. Bien suffisant. Je retourne à mon rapport non sans jeter un coup d'oeil en coin à Goodwin qui est lui aussi en train de taper son propre rapport (suite à la fameuse arrestation trop musclée dans laquelle il a pris quelques coups lui aussi) et c'est là que Valeri pénètre à l'intérieur du bureau, sans frapper. Comme d'habitude. A peine a-t-elle passé le pas de la porte du bureau que moi et Goodwin portons notre attention sur elle qui affiche un air grave. Un air qui n'augure sincèrement rien de bon.

« Un corps a été retrouvé. J'ai besoin de vous deux sur les lieux.
- Où ça ?
- A la sortie de la ville. Une baraque qu’on surveillait depuis quelques semaines. Ça a bougé et l’équipe de la perquisition à trouvé le corps dans la cave. Apparemment il s'agit d'une enfant. » qu'elle précise après avoir marqué un silence. « Vous récupérerez l'adresse en partant. »

Et elle quitte la pièce aussi rapidement qu'elle y est entrée. Je reste là, sans bouger sur ma chaise, livide. Une enfant. Ma main, je la porte dans un geste automatique au médaillon que j'ai autour du cou. Les souvenirs remontent de manière très, très brutale. Valeri sait. Si elle veut que j'y aille c'est qu'elle me pense capable de gérer et c'est exactement ce que je réponds à Goodwin quand il me demande si je me sens capable d'y aller. Je le laisse se préparer, me saisis de mon téléphone portable pour prévenir Leo que je vais rentrer tard, qu'il ne doit pas m'attendre. La demande sera remise encore une fois à plus tard mais je n'y pense même plus. Plus du tout. Je me saisis de ma veste en cuir, de mon écharpe et de mes gants et j'emboîte le pas à Goodwin, mes jambes me semblant tout à coup pas aussi solides que d'habitude. Je le laisse prendre le volant, nous n'avons pas besoin de le dire pour prendre la décision. Lui comme moi avons conscience que c'est bien mieux ainsi car même si je m'estime capable d'être sur cette affaire, conduire, là, tout de suite, non. Mieux vaut éviter. Sur le trajet qui nous emmène en périphérie de Chicago, mon esprit semble incapable de se focaliser sur autre chose que sur Jason. Son souvenir m'était devenu plus agréable, plus doux. Si mon deuil n'est pas totalement fait, parce qu'il ne le sera sans doute jamais véritablement, je suis parvenu à lui trouver une place moins douloureuse dans mon cœur. Et là, j'ai soudain l'impression de revenir des mois en arrière, des années en arrière. Et c'est pire quand nous nous garons enfin devant la maison où la macabre découverte a été faite. Je tourne le visage pour observer la bâtisse et  mon cœur s'emballe de façon désagréable. Une nausée s'impose que je réprime sans trop savoir comment. C'est la voix de Goodwin qui me sort de l'étrange contemplation de la maison et qui me propose cette fois de rester dans la voiture.

« Je gère. » je rétorque d'une voix froide en lui jetant un regard noir. Pas vraiment en fait mais hors de question de l'admettre. Hors de question. « Allons-y. »

Ou plutôt « finissons-en » mais même si ce n'est pas dit, nul doute qu'il a saisi. Une fois dehors, je prends une profonde inspiration, fait craquer ma nuque et mes doigts pour essayer d'apporter un semblant de détente à mon corps particulièrement crispé. En vain. Je laisse Goodwin passer devant, montre ma plaque avant de pénétrer à l'intérieur de la maison où nous retrouvons une collègue qui nous explique la situation : un tuyau a pété dans la cave suite à des coups de feu pendant la perquisition assez musclée ce qui a provoqué une inondation. C'est comme ça que le corps a pu être découvert. Alors que nous traversons le salon, je jette un regard en biais au couple menotté qui répond aux questions. Le collegue continue ses explications, visiblement ils ont acheté la maison il y a de cela six mois pour servir de planque à un gars qui malheureusement est aux abonnés absents aujourd’hui, mais que visiblement, d'après les premières constatations du légiste, le corps est là depuis plus longtemps. Donc ce serait celui qui vivait là avant ? Cela paraît trop simple. Trop facile. Pourquoi aurait-il ou elle enterré un cadavre dans le sous-sol de sa propre baraque ? Possible, on voit tellement de tout. La collègue nous conduit jusqu'à la cave où les équipes scientifiques sont déjà à l’œuvre et je ralentis bien malgré moi l'allure quand j'aperçois un peu plus loin la bâche blanche au sol sur laquelle se trouve le corps dont je ne distingue que les pieds puisque le reste du corps est caché par le légiste. Je ralentis tellement que je m'arrête, limite aux larmes. Chier. Goodwin s'arrête quand il se rend compte que je ne suis plus et se contente de me regarder et de m'attendre. Il ne posera plus la question puisque je l'ai rembarré. Peut-être que je voudrais qu'il la repose à présent. Une nouvelle profonde inspiration, je cligne des yeux et le rejoins pour que nous nous rapprochions du corps et du légiste déjà à l’œuvre pour les premières constatations. Impossible pour moi de regarder le corps au départ. Impossible. Je distingue la silhouette de la petite fille mais m'y refuse. Il me faut encore un peu de temps. A la place, je porte mon attention sur les objets qui se trouvent sur la bâche : un sac qui était sans doute blanc avant, une trousse qui contient visiblement des crayons, un cahier et un petit ours en peluche. La vue de l'ourson fait naître une sensation abominable dans mes entrailles. Véritablement abominable. Et c'est soudain pire. Parce que j'ai l'impression d'avoir déjà vu cet ourson quelque part. Je demande à un gars de la police scientifique de me donner une paire de gants et les enfile avant de m'agenouiller près de l'ourson que j'attrape et observe le cœur battant, sous toutes les coutures, alors que le légiste est en train d'expliquer la situation à Goodwin.

« Vu l'état du cadavre, je dirais qu'elle doit être là depuis au moins un an. Le sol a plutôt bien conservé le corps. »

Je serre la mâchoire, pris d'une soudaine envie de lui faire ravaler son ton détaché comme s'il était en train de parler du temps qu'il fait dehors. Mais je continue de l'écouter tout en observant l'ourson en peluche, le tenant à présent d'une main un peu plus tremblante.

« D'après les premières constatations, elle a pris un coup derrière la tête. Il faudra attendre l'autopsie complète mais il y a de fortes chances pour que ce soit ce coup qui l'ait tuée. »

Goodwin lui demande une estimation de l'âge de la victime. Je ferme les yeux, me rappelle soudain les marques autour du cou de Jason.

« Je dirais entre huit et dix ans. Pas plus. »

Les informations font leur chemin et plus elles font leur chemin, plus je me sens mal. Il est là ce putain de doute. Il est là. Parce que l'ourson je sais où je l'ai vu à présent. Et l'âge... Et la période à laquelle la victime a été tuée... Je souffle longuement par la bouche avant de me redresser et il me faut encore de longues secondes avant d'avoir le courage de me rapprocher de Goodwin, du légiste, et du corps sur lequel je pose enfin mon regard. Il dit que le corps est bien conservé mais... Mais jamais des proches ne pourraient poser leurs yeux sur ce que je suis en train de regarder, jamais. Parce que cette petite fille est méconnaissable. Absolument méconnaissable. Goodwin et le légiste échangent quelques mots et je reste là, à fixer le corps. Les vêtements surtout. Et c'est affreux comme la simple vision d'une robe qui avait sans doute des teintes beiges avant de passer des mois dans la terre me donne encore plus la nausée. Plus les secondes passent, et plus le doute s'installe, devient presque intolérable. Parce que c'est impossible. Impossible. Je ne peux pas, moi, découvrir... Non. Impossible. J'ai envie de partir d'ici. De prendre la fuite mais mes pieds ne bougent pas parce qu'il faut que je sache. Même si au final, seuls les empreintes dentaires et le test ADN pourront définitivement confirmer de qui il s'agit, j'ai besoin de savoir.

Pour lui.

Alors, au bout de quelques instants, je prends mon courage à deux mains et contourne le corps, essayant au mieux de contrôler ma respiration. Je m'agenouille près du corps, contrôlant toujours difficilement cette foutue nausée, et observe le cou de la victime, espérant ne pas y voir la moindre trace d'un quelconque médaillon. Il y en a pourtant un et je sens le peu de couleurs qu'il me restait sur le visage me quitter en voyant le dit médaillon. Il me semble entendre la voix de Goodwin mais je suis incapable de comprendre ce qu'il me dit. Incapable. Mon regard est fixé sur le médaillon et ce sont des mains tremblantes qui viennent s'en saisir, la peur au ventre. J'ai une dernière supplique silencieuse. S'il vous plaît, non. Pas ça. Pas elle. Pas comme ça. Un petit clic, signe que le médaillon est ouvert. Encore une nouvelle profonde inspiration par la bouche pour trouver le courage d'ouvrir le médaillon en entier. Et quand c'est fait, tout se brise. Tout s'écroule. Parce que les petites images ont beau avoir vieilli, ont beau avoir pris l'humidité, elles sont encore assez visibles pour qu'on reconnaisse les personnes s'y trouvant. Mes mains tremblantes relâchent aussitôt le médaillon alors que je laisse échapper un gémissement plaintif. La nausée est cette fois-ci trop violente. J'ignore comment je parviens à me redresser alors que mes jambes tremblent mais j'y parviens. Je m'éloigne du corps, de mon collègue, du légiste et fonce jusqu'au fond de la cave. C'est là que je rends le café avalé à peine une heure auparavant. C'est là que je plaque mes mains contre le mur. C'est là que les larmes incontrôlables me prennent d'assaut aussi sûrement que la crise de panique me prend d'assaut, me coupant le souffle que je ne parviens pas à récupérer. C'est là que je cogne mon front contre le mur encore, et encore, encore, ignorant la douleur de la plaie qui se rouvre sous les chocs que j'inflige moi-même, en murmurant ce « non » qui pourtant ne changera strictement rien à cette situation immonde.

C'est impensable.
Cruel.
Monstrueux.



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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Mer 14 Fév - 23:38



Pardon me for bringing these ill news.
EXORDIUM.


« Un corps a été retrouvé. J'ai besoin de vous deux sur les lieux. » Le regard qui s'est levé s'éternise un instant, rien qu'un instant tandis que les secondes continuent à s'écouler. Et il y songe, finalement, à son appartement. Il y songe à tout ce qui pouvait possiblement l'attendre, à son instrument. Alors il soupire, peut-être à tord, sentant les cœurs des deux autres âmes déjà battre d'horreur. Matthew ne dit rien, laissant à son comparse la possibilité de tout amorcer, de tout lancer quand lui s'avoue loin d'être motivé. Parce qu'il avait des projets, parce qu'il planifiait une espèce de visite surprise à l'une des rares personnes dignes de son intérêt. Ça l'agace, ça l'agace parce qu'il se sait déjà maladroit mais désormais en désarroi. Tant pis. Il en revient à Valeri, à Daniel, à ces deux-là qui s'échangent peut-être les lieux de là où on les attend probablement déjà. Pris de court, couper dans son élan, Matthew s'offre un instant pour perdre son visage entre ses bras. C'est se chercher un peu de courage, un peu de motivation dans une soirée qui s'annonce des plus compliquées tandis qu'il en revient à la conversation devant lui commencée. « Apparemment il s'agit d'une enfant. Vous récupérerez l'adresse en partant. » Et la voilà enfin, la raison pour laquelle c'est eux qu'elle est venue trouver, ce duo de choc qui fait rougir certaines personnes au sein de l'unité. La raison elle est là, sous ses yeux qui basculent sur sa droite, sur cet homme dont le sourire s'est perdu de manière maladroite. Alors il ose, vient faire jouer sa voix dans l'enceinte des lieux qu'ils animent de nouveau tous les deux, Valeri ayant fuit en d'autres lieux. Il veut savoir s'il tiendra, il veut savoir si cette affaire ne sera un théâtre de malaise et d'émoi. Un signe de la tête, de vagues mots choisis comme pour lui faire fermer son clapet. Matthew s'en contente, se relevant déjà, allant pour se préparer à rejoindre ces banalités. Car c'en est, pour son métier. De simples faits qui, comme chaque jour, ne font qu'arriver. Mais il n'en vient pas à blâmer son nouveau coéquipier, comprenant désormais les élans émotifs que peuvent créer chaque battement de cœur insensé. Et les démons qui troublent Daniel ce soir, il ne viendra pas à leur encontre, les laissera sans un mot. Matthew se fait sage, respectueux plutôt, continuant son allé jusque la voiture malgré Mills et cette soudaine absence de mots. Il sera celui qui conduit, il sera celui qui mène vers la source de tourments de cette nuit. Parce qu'il n'a pas le choix, parce qu'il sait désormais la force qui va manquer à son bras droit. Alors il l'accepte, silencieusement, comme d'un accord donné quand leur regard se sont rencontrés à l'instant. Et les minutes se font longues, le trajet des plus originaux. Pas une blague, pas une remarque, pas un commentaire. Rien. Rien si ce n'est une respiration quelque peu troublée et l'azur de ses prunelles vers un monde inconnu bien tourné. Même quand la voiture s'arrête, même quand il peine à le ramener des profondeurs de sa tête ; peut-être vaudrait-il mieux qu'il reste, qu'il attende, là, caché à la folie d'autrui. Et il lui dit, il lui fait savoir qu'il peut s'il le souhaite, avant d'être contredit. Soit.

Matthew avance, Matthew s'élance, saluant d'un bref geste de tête les autres, passant devant celui qui le hèle pourtant pour ne serait-ce qu'apercevoir sa plaque. Pas le temps, les morts n'ont plus le luxe de voir leur temps piétiné par de stupides mesures de sécurité. Il l'a déjà vu, ils se sont déjà vus, sa plaque n'est plus de rigueur. Et peut-être qu'il doit cette paix retrouvée une fois sur le pallier puisque ce dernier s'est proposé à la montrer. L'une des femmes présentes vient lui expliquer la situation, le pourquoi du comment, spécifiant chaque détail en voyant le regard du lieutenant s'abandonner sur les deux personnes propriétaires des lieux. Bien-sûr que la maison fut achetée ensuite, ça aurait été trop facile et si sa soirée ne peut pas se composer d'un peu de challenge, il se jure de rentrer pour compenser le change. Pas de facilité, jamais, le jeu en perdrait cette beauté qu'on aime à lui imaginer. Un topo qui s'éternise et auquel il coupe court, reprenant sa marche infernale jusqu'à la cave en question, jusqu'à l'objet qui – à celui derrière lui – semble faire perdre la raison. Parce qu'il s'arrête un instant, parce qu'il vient marquer l'arrêt dans l'encadrement d'entrée durant un petit moment. Assez pour que Goodwin ne fasse de même, soupirant silencieusement après lui avoir jeté un coup d’œil. Il le fatigue avec son humanité, avec ses démons qui font sa fragilité ; et Dieu sait que quelques soirs, parfois, il serait amené à l'envier. Chose qu'il chasse de son esprit, se souvenant le passé de ce dernier déjà bien assombri. Il essaie de remettre les choses en ordre, d'être à même de comprendre la raison pour laquelle tout ça n'amène ses tripes qu'à se tordre. Il n'a pas le choix, se contente de simplement croiser les bras quand, enfin, il lui revient. Il voit l'état de Daniel, sait que des mots de sa part seront un miracle. Il ne prend pas le risque, ne croyant pas forcément à ces balivernes de bas étage. Alors c'est lui qui vient trouver les informations, lui qui s'approche de celui que personne n'ose vraiment approcher ; aller savoir pourquoi, Matthew lui trouverait presque un certain intérêt. « Donc on a une fillette, d'environ neuf ans, morte depuis plusieurs mois et enterrée dans un sous-sol sans que ça n'est alarmé qui que ce soit ? Original. » Le légiste acquiesce, simplement, se contentant de fixer celui qu'il a un instant oublié. Ce même homme qui, après avoir longuement contemplé l'ours en peluche retrouvé termine par se relever. Et il s'attend à tout au vu du teint qu'il aborde, des traits livides qu'il porte depuis qu'il s'est accroupi près de la fillette retrouvée. Et s'il s'attendait à le voir les rejoindre, Daniel les contourne simplement, continuant ses recherches, sa contemplation, continuant à se faire du mal d'une manière qui ferait se soulever bien des questions. Il fronce les sourcils, attend, le laisse faire, patiente aussi certainement que l'autre homme qui s'est interrompu dans ses explications. Et là, seulement, le monde s'effondre sur les épaules de son collègue qui laisse toutes ses frontières s'effondrer, toutes les limites s'effacer. Il se relève et retrouve le fond de la cave dans laquelle il s'enfonce avec nécessité et pour cause, le résultat de nausées. Matthew en soupire cette fois de manière peut-être un peu plus audible. Peut-être aurait-il mieux valu qu'il attende dans la voiture finalement, peut-être aurait-il mieux valu qu'il ne soit pas aussi fier dans ce genre de moments. Aussi, c'est à son tour d'avancer, de venir trouver ce que le brun était parvenu à trouver, à ouvrir, à contempler. Un médaillon délaissé autour d'un cou abîmé. Et il comprend, finalement. Il comprend parce qu'il voit, reconnaît, parce qu'il est sûr désormais d'avoir déjà croisé ses traits-là, rien que dans les couloirs du commissariat. « Ok, Mills, dehors, maintenant. » Qu'il laisse entendre en se relevant, venant l'arrêter dans ses supplices inutiles, le tirer avec lui vers la sortie de la cave investie. « Dehors, maintenant. Aller. »      



__________




« Monsieur O'More ? » La porte s'est ouverte sur une frêle silhouette, de celles qui peinent à entrer ici tant elles savent ce qui pourrait hanter les couloirs de leur petite tête. Il a relevé l'océan profond de ses prunelles vers elle, l'a senti baisser le regard quand elle l'a aperçu et, résultat, il attend, bêtement. Il attend parce qu'il n'a pas forcément de temps à consacrer à ces hésitations survenues à l'instant. Aussi, il s'en retourne complètement, délaissant ce qu'il tenait dans le petit évier, bravant la distance qui le sépare de la jeune femme pour espérer la faire parler ; ça comme dans l'espoir qu'elle ne termine par le laisser ; cet homme-là ne souhaitant qu'un peu de paix. Le silence des morts repose, réside en son âme comme la plus mélodieuse des proses. « Pardon, la police a appelé, ils vous attendent à cette adresse. » Adresse qu'elle dépose non très loin de la porte, celle devant laquelle elle reste un instant, attendant possiblement une réponse de sa part. Chose qu'il croit comprendre, chose qu'il croit pouvoir assurer tandis qu'il en vient finalement à enfouir ses mains dans ses poches, lassé de ses stagiaires qui espèrent toujours bien faire. Raté, ils n'arrivent qu'à engendrer le contraire. « Et ? Sa voix brise le silence, empourpre les joues de la plus jeune qui en devient mal à l'aise. Rien de plus, monsieur O'More. Une réponse qui l'amène à froncer les sourcils, qui l'amène à s'en faire un peu plus froid encore. C'est ennuyant, vraiment. Alors rien ne vous retient, je crois. » Autrement dit, tires toi, et vite. Et elle exauce ses souhaits, disparaissant dans l'arrière salle qu'elle animait avec celle qui, visiblement, ne l'a pas prévenu de ne pas trop le déranger. Il en soupire, fermant un court instant les yeux avant de se rendre à l'évidence qu'il n'a pas forcément le droit de s'offrir ce luxe. Tant pis pour cette paix retrouvée, tant pis pour cette journée passée à ne rien entendre qui manquerait d’intérêt ; lui qui pensait qu'elle pourrait bien se terminer.

Alors il s'active, l'irlandais, il s'active, enfilant son manteau pour retrouver l'extérieur rafraîchi par ces tardives soirées d'hiver, l'une de celles dans laquelle il vient se perdre jusqu'à sa voiture, les doigts tapotant sur une cigarette toute juste allumée, celle dont la compagnie lui avait tant manqué pour sûr. Il se perd dans l'obscurité, laissant le petit brasier contre le tabac se consumer. Ça en une marche droite, fière, la tête haute et l'arrogance qu'on repère. Il s'en berce, de ces fumées nocives,  jusqu'à l'endroit où quelques voitures stationnent déjà, l'endroit qu'il rejoint, matériel sous le bras. Sa carte montrée, gage de laisser-passer, Eamonn rejoint enfin le macchabée. Et rien, pas l'ombre d'un trait désolé, pas l'ombre d'un quelconque regret de faire face à ce genre d'atrocité. Il n'est pas fait pour les émotions, pas fait pour les conventions. Le social ne lui scier guère, ça malgré cette volonté d'autrui à en espérer le contraire. « Nous avons l'un de vos collègues à la porte, monsieur. » Il lui faut quelques secondes supplémentaires pour comprendre qu'on lui parle, que ces mots lui sont adressés à lui et pas un autre. « Pardon ? De nouveau cet azur qui vient se braquer sur celui qui en perd cette espèce d'horrible fierté, cette croyance de supériorité. Un de vos collègues de la morgue est là. Il en affiche un sourire pincé, quelque-chose qui vient donner à ses traits de quoi davantage effrayer. Je vois ; une petite pause avant d'en revenir à son matériel, à tout ce qu'il se doit de sortir désormais pour pouvoir faire ce pourquoi on l'a appelé. Renvoyez-le, je sais faire mon métier. Faites entrer les autres si ça vous chante. » Et il en arrive, des autres. Il en arrive tellement que Eamonn termine par se fermer à ceux-là, faisant son rapport quand il s'avère nécessaire, quand on vient le déranger dans ses activités jusqu'à cet énième interpellation de la part du bleu complètement abruti. « Quoi encore ? » Qu'il gueule presque, en se relevant, le regard braqué sur l'homme qui vient – pour la vingtième fois – le déranger. « Le lieutenant Mills et un autre homme sont là. » Il reste néanmoins braqué sur ce dernier, omettant l'entrée des deux hommes dont l'élan semble rapidement coupé. Il n'en tient pas compte, pas de suite, guettant celui qui termine par fuir, baissant les yeux comme pour couper court à tous les reproches silencieux que Eamonn aurait pu lui faire ; et Dieu sait l'éloquence qu'il possède quand ses mots se déchaînent. Cette même éloquence dont il vient user quand, enfin, Goodwin s'approche pour lui demander ce qu'il a su trouver. Lui demander tout ce que l'autre homme ne semble pas vouloir écouter. Raison pour laquelle il le fixe, perd l'océan clair de ses prunelles sur lui sans jamais l'en défaire. Non, il en oublie le contact visuel avec l'autre lieutenant malgré ses mots à son encontre, sa présence aussi proche de sa personne. Il en oublie le tout parce qu'il en est un dont les émotions lui deviennent un régale à contempler. Parce qu'il n'y connaît rien, n'y comprend rien, parce qu'il est des banalités que lui seul semble prêt à accepter. Et c'est plus fort que lui, vraiment, d'admirer cette source d'un tout pour qu'il n'en dévie. Et s'il y trouvait un quelconque intérêt, la manière dont l'homme se brise lui en devient lassant. Un soupire et le regard qui quitte la scénette qui termine par se jouer un peu plus loin, menant les deux hommes tout juste arrivés à de nouveau rejoindre l'entrée. Il contemple, seulement, cherchant d'ors et déjà ses cigarettes sous la blouse enfilée à son arrivé. Il lui faut sa dose, il lui faut l'air extérieur, son silence et son éternel prose. Tant de petits détails auxquels il aspire jusqu'à ce que ce rêve ne s'expire. Dehors, des âmes alarmées et leur curiosité morbide intéressée, la police qui essaie de se faire écouter quand deux des leurs tentent de se raisonner. C'est à eux qu'il se fait le plus proche, osant venir tourner de nouveau son attention vers leur présence, dont celle de Goodwin qu'il interpelle brièvement. « Il est la balance dans votre nouvelle équipe ? Les émotions exagérées quand vous faites celui qui n'en a strictement rien à foutre ? » Et les mots s'envolent aussi certainement que la fumée de la cigarette qu'il vient d'allumer, celle dont il vient embrasser le poison embrasé après avoir user d'une arrogance qu'il ne voit pas encore comme déplacée.

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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Jeu 15 Fév - 11:45

Pardon me for bringing these ill news.



« Ok, Mills, dehors, maintenant. » J'entends bien la voix de Goodwin mais je n'arrive pas à me concentrer dessus, je n'arrive pas à l'écouter, je n'arrive pas à obéir bien que ce serait la meilleure chose à faire. Non, je n'y parviens pas. Mon front continue simplement de cogner, mes doigts gantées à s'accrocher au mur qui s'effrite car rien, rien de tout ce qui arrive n'est supportable, tolérable. Rien. Puis les mains de Goodwin qui pressent avec force sur moi pour me pousser à m'arrêter et bien que mon corps soit crispé, il se laisse faire. Il se laisse détourner du mur et faire face à Goodwin bien que je sois incapable de poser mon regard sur lui. Tout est trouble. Je ne vois que sa silhouette à travers mes larmes, à travers l'horreur qui étreint mon cœur et mon esprit. « Dehors, maintenant. Allez. » Dehors. Oui. D'accord. Loin de cette cave. Loin... Mes jambes sont cependant incapables d'amorcer le mouvement, pétrifié dans l'horreur que je suis et c'est Goodwin qui me fait avancer. Une fois lancé, je parviens à m'avancer, à m'éloigner. Je le suis. Docilement. Machinalement. Absent. Plongé soudainement dans des souvenirs qui s'imposent, se superposent au présent, à la réalité.

« Bonjour. Désolée de vous déranger si tôt... »

Nous remontons les escaliers avec Goodwin, nous retrouvons au rez-de-chaussée.

« Est-ce qu'on pourrait s'asseoir dans le salon par exemple ?
Tous ensemble ?
- Pourquoi ?
- S'il te plaît Dan. »

Nous passons devant le salon où les propriétaires menottés sont toujours assis. Je tourne lentement mon visage dans leur direction mais ce n'est pas eux que je vois assis, non.

« Ce matin, le corps d'un jeune garçon a été retrouvé sur les berges de la rivière Menomonee. Nous pensons qu'il s'agit d'u corps de Jason. »

Nous arrivons à la porte d'entrée et sortons de la maison. Agitation à l'extérieur. Gyrophares. Badauds curieux. Mais je ne les vois pas. Je suis encore assis sur mon propre canapé, face à mon collègue de l'époque.

« Tu le connais... Tu connais Jason... Tu es sûr que c'est lui Marc ?
Tu es sûr ?
- Oui... Je suis désolé. »

Je m'adosse contre un muret, Goodwin à mes côtés. J'arrache les gants en plastique donnés par un gars de la police scientifique et les balance au sol avant de me saisir d'une cigarette. Sincèrement, là, j'aurais bien besoin d'autre chose mais je n'ai que ça. Que cette clope que je porte à mes lèvres avant de tirer dessus comme un dément. Le froid extérieur me pique les doigts mais je ne mets pas mes gants. J'essaye de trouver la force de m'expliquer  mais il me faut encore de nombreuses secondes pour réussir à reprendre la parole.

« Ce n'est pas... » La voix est serrée. Surtout éteinte. « Ce n'est pas juste à cause de mon fils. » que j'explique à Goodwin, même si oui, le fantôme de Jason est ce soir très, très présent. Son « Je sais. » me prend de court et je tourne mon regard vers lui. C'est là qu'il m'explique qu'il a vu le médaillon lui aussi, qu'il a compris. Il ne sait pas tout mais il a compris. Je ferme les yeux, soupire reporte la cigarette à mes lèvres et souffle longuement la fumée. « J'étais pas encore avec lui quand sa petite sœur, Claudia, a disparu. » j'avoue à mi-voix avant de rouvrir les yeux pour les fixer droit devant moi. « Mais il m'a raconté... » Le cœur se serre à l'évocation parce que je me souviens bien, oui, la première fois que Leo m'a parlé de Claudia. Je me souviens de sa douleur mais aussi de cette lueur d'espoir dans le regard. Cette lueur qui, au fil du temps, a grandi contre toute attente. « C'était le jour de la rentrée des classes. Elle est allée à l'école mais n'est jamais rentrée. Ils ont... » Je déglutis péniblement. « Ils ont ouvert une enquête mais ils l'ont jamais trouvée, jamais... » Je pourrais rajouter un « alors qu'elle était si près » mais le dire, ce serait accepter, me résoudre au fait que le corps de cette petite fille dans cette cave est bien le corps de Claudia et bien que tous les éléments aillent dans cette direction je m'y refuse. Je m'y refuse. Je secoue la tête de droite à gauche, les larmes me remontant aux yeux. « Non... Je refuse de croire que c'est elle... Pas... Non. Le type qui a fait ça a pris les affaires de Claudia pour les mettre sur le corps d'une autre enfant... » Déni total. Et monstrueux qui plus est puisque cela me pousse à souhaiter qu'il s'agisse d'une autre enfant dans cette cave. Et oui, c'est monstrueux. Je m'en déteste à un point...

C'est là que je vois le légiste s'approcher et je me tais. Lui, par contre, a la langue bien pendue et au milieu de l'horreur, de la douleur, il réussit à faire naître de la colère.

« Quoi ? » que je siffle entre mes dents en jetant ma cigarette au sol. « Des émotions exagérées ?! » Pour un flic oui, mais en cet instant, je suis incapable de m'en rendre compte. « C'est le corps d'une enfant là-dedans ! » je fulmine en désignant la maison de mon index tremblant. « D'une gosse bordel ! »

Son « Et ? » associé à l'air totalement détaché qu'il arbore termine de me mettre hors de moi. Alors je bondis. C'est Goodwin qui me retient, qui me maintient, qui trouve des mots justes qu'il murmure à mon oreille d'une voix froide et ferme certes, mais des mots justes. Je souffle pour tenter me calmer et suis ses conseils : je retourne jusqu'à la voiture sans un regard en arrière pour le légiste. Une fois à l'intérieur de l'habitacle, c'est quand je croise mon reflet dans le petit miroir du pare-soleil abaissé que je me rends compte dans quel état est mon front. Je devrais sentir la douleur et pourtant... Je plisse les yeux et observe de plus près avant de soupirer et de fouiller dans la boîte à gants pour récupérer la trousse de secours qu'on a toujours à portée de main. Et pendant que j'entreprends de retirer les strips abîmés, de renettoyer la plaie, de la refermer et d'essuyer le sang sur mon visage, je ne cesse de songer à ce corps, à l'intérieur de la maison, à ce que j'ai vu, à ce que je crains. Et si c'était vraiment elle ? Si... S'il s'agit de Claudia, quelles étaient les chances pour que je vienne, moi, sur cette scène de crime ? S'il s'agit de Claudia, comment ?... Comment je vais lui dire ?... Com... Mes pensées se figent au moment où mon corps se fige. Au moment où j'aperçois, à l'entrée de la maison, le sac noir que l'on transporte jusque dans la camionnette noire et une nausée me reprend. J'inspire. J'expire. J'essaye de me calmer mais c'est compliqué. Très compliqué. J'aperçois Goodwin du coin de l'oeil qui se rapproche de la voiture et je range rapidement la trousse de secours, glissant les compresses ensanglantées dans un petit sac plastique dont on se débarrassera plus tard. Le trajet jusqu'à l'Institut Médico Légal est autant silencieux que le trajet qui nous a amenés jusqu'à la macabre découverte. Pas un mot non plus lorsque nous sortons de la voiture une fois que le corps a été transporté à l'intérieur, et que nous pénétrons à l'intérieur du bâtiment. Au fil des pas, dans le couloir, mon cœur s'accélère à tel point que je finis par le sentir cogner dans mes tempes. Plus les secondes passent, et plus j'ai l'impression que je vais finir par manquer d'oxygène. Parce que ce chemin, je l'ai déjà fait. C'était un autre jour. Dans une autre morgue. Pour un autre corps. Et là encore, les souvenirs viennent se superposer à la réalité. Je vois double. Je me fige soudain dans le couloir car d'autres images me reviennent. Celles d'un autre corps. En meilleur état. Reconnaissable. Mais si pâle. Si pâle...

« Je suis un idiot...
- Dan...
- A l'instant où tu l'as annoncé, j'y ai cru sans y croire. Il y a cette petite voix dans ma tête qui s'est mise à me dire que tu avais tort même si tu étais persuadé d'avoir raison et j'ai écouté cette voix parce que... Parce que je refusais de croire qu'il s'agissait de mon fils. Pas mon Jason. Pas lui. Maintenant je suis là et... »

Je sens mon visage se tordre sous la douleur.

« Je peux pas Goodwin... » que je parviens à dire à voix basse alors qu'il a pris de l'avance. « Je peux pas rentrer là-dedans. » Cette fois je l'admets. « Je tiendrai pas. Je peux pas. J'vais attendre là. Oui. J'vais attendre là. »

Et sur quoi je prends place sur une chaise sans rien ajouter. Non, je ne pénétrerai pas à l'intérieur de cette salle d'autopsie. Non, je n'irai pas demander au légiste si le dossier dentaire enregistré au moment de la disparition de Claudia correspond au corps qui a été retrouvé. Non. Je vais rester là, et continuer à monstrueusement espérer que ce corps soit celui d'une autre petite fille. Je vais rester là, le médaillon de mon fils contre mes lèvres à formuler une ultime requête silencieuse à qui pourra bien l'entendre.

Et y accéder.



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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Jeu 22 Fév - 18:34



Pardon me for bringing these ill news.
EXORDIUM.


Il s'explique, fait au mieux en tout cas. Parce que ses phrases se déconstruisent au fur et à mesure qu'il entre dans le vif du sujet, parce que tout semble se défaire de sa gorge au fur et à mesure qu'il se souvient de tout ce qui pouvait hanter sa personne, celle de l'homme qui partage également sa vie. Matthew n'a pas les mots, pas l'attitude conciliante nécessaire pour pouvoir ne serait-ce que le soulager et pourtant, Dieu sait que – pour une fois – il aimerait pouvoir s'y essayer. Aussi, Goodwin se contente d'écouter, simplement. Il se contente de faire attention aux émotions, d'en apprendre malgré tout un peu plus sur ce coéquipier qu'on lui a collé sur des suspicieux que lui sait justifiées. Un soupire, quelques pas pour tenter de ne pas paraître trop ailleurs. Il l'écoute, au mieux, tourne simplement les yeux quand une autre présence se risque jusqu'à eux ; bien qu'encore à distance. Malgré cette voix peut-être encore trop proche, celle qui vient faire entendre des mots qu'il n'aurait même pas oser prononcer, pas aussi simplement qu'en cet instant. Ou peut-être l'aurait-il fait, il y a longtemps. C'est comme si les choses commençaient à changer, comme si sa raison s'essayait à lui rappeler la couleur des émotions oubliées. Foutaises. Matthew n'esquisse rien si ce n'est une attention bénigne à celui qui continue de soutenir son regard jusqu'à celui de Daniel parce qu'il s'anime, Mills, parce qu'il vient s'avancer, les nerfs bien piqués. « Quoi ? » La cigarette de son duo qui s'envole et un nouveau soupire qui s'échappe d'entre les lèvres de Matthew. Il aurait dû savoir que les choses ne seraient pas aussi simples qu'elles ont pu l'être par le passé. Rien ne l'est jamais. « Des émotions exagérées ?! » Un peu, oui. Mais il s'abstient d'acquiescer, de faire entendre que même si ces dires-là sont déplacés, l'autre homme n'en est pas à se tromper. De la retenue, de la bienséance, de la force. Tout ce qu'il perd tandis qu'à nouveau, les voix s'élèvent. « C'est le corps d'une enfant là-dedans ! » La maison qu'il braque d'un rapide signe de la main, les mots qui s'envolent aussi certainement que l'attention des voyeurs à l'égard des policiers. Tout lui revient, droit dessus. « D'une gosse bordel ! » Les regards qui se tournent vers l'endroit en question, la réponse éminente de O'More qui ne tarde pas à faire s'activer les réflexes belliqueux de son coéquipier forcé ; ça parvient à, à son tour, l'animer. Matthew se glisse entre les deux, retenant au mieux l'autre quadragénaire dont la force surpasse néanmoins la sienne. Alors il bataille, il bataille jusqu'à tenter de lui faire entendre raison, là, sous les yeux curieux de ceux qui s'offrent le spectacle de cette scène ; imaginant l'histoire. Ce sont les autres qu'il craint, qu'il lui laisse possiblement entendre au creux de l'oreille, celles qu'ils inventeront, poussées par un élan d'imagination. C'est ce qui permet d'empêcher le pire, ce qui permet à Daniel de s'en retourner vers la voiture pour s'y loger, s'y ranger, aussi loin de O'More que possible pouvoir se calmer.

Matthew se contente seulement de détailler Mills qui s'éloigne, s'assurant qu'il ne lui fasse pas faux bond, qu'il ne revienne pas sur ce chemin au vu de tout ce qui leur tombe dessus, toute cette pression. Et, par chance, il s'exécute complètement, s'enfermant dans l'habitacle de la voiture sans même un regard par ici. Et c'est probablement mieux ainsi. Il en soupire de nouveau, s'essaie à reprendre de sa hauteur, de sa prestance, gardant son regard dans celui du légiste comme pour tenter d'y voir clair dans cette dernière provocation mais rien. Rien qui puisse trahir une quelconque animosité, rien qui puisse trahir une quelconque querelle avec son coéquipier. Rien si ce n'est ce vide incommensurable, cet éternel rappel que les autres ne sont que stupidités et témérités. Non pas qu'il ne partage pas ce point de vue, au contraire, mais il est des instants qui ne nécessitent pas de ces faits-là. Il aimerait pouvoir lui faire entendre, lui rappeler que son métier consiste à parler de ceux qu'ils trouvent plutôt que de commenter la manière dont autrui réagit. Mais il sait, Matthew sait, au fond de lui que ça ne servirait à rien. Et le savoir l'amène à en détourner les yeux, à se défaire de ce petit jeu pour s'en retourner vers son véhicule quand, enfin, le corps de la fillette parvient jusqu'à la camionnette qui, aussitôt, se met en route. Tout comme eux, ensuite. Tout comme eux malgré cette absence de tout durant le trajet. Remarque qu'il ne fait pas, laissant Daniel à sa perdition, supposant qu'aucun mot n'est à être prononcé. Pas même quand ils arrivent, pas même le long d'un couloir dans lequel il prend finalement de l'avance. Avance coupé par une voix tremblante qui parvient tant bien que mal à s'élever. « Je peux pas Goodwin... » Une petite pause et le regard azuré de Matthew qui vient de tourner sur lui se poser. Il attend, essaie de se convaincre qu'il choisit la bonne solution mais échoue aussitôt, pas foutu de savoir quelle serait la mieux. Qu'il reste, qu'il attende, finalement, le résultat sera le même. L’identité de cette jeune fille, qu'elle soit énoncée entre les murs qu'il refuse de rejoindre ou la salle que Matthew s'apprête à trouver, ne changera pas. « Je peux pas rentrer là-dedans. Je tiendrai pas. Je peux pas. J'vais attendre là. Oui. J'vais attendre là. » Des mots sur lesquels il finit par passer, ne s'attardant pas plus à ses côtés, sachant son besoin d'y songer. Parce qu'il y a de fortes chances pour que ses espoirs névrosés ne soient vains. Et ils le sont forcément.

Une demi-heure, une foutue demi-heure à chercher, à poser les bonnes questions, à agacer le légiste qui s'est fait impitoyable sur l'identification de la fillette qu'il n'a pas cessé de contempler, rien que dans l'espoir d'y voir une erreur pour se confrère fier à souhait. Non, rien, rien qui puisse alléger la peine de son coéquipier qui attend dehors. Lui qui pensait pouvoir bien faire, raté. Aussi, Matthew rendosse son costume de sale con, celui qu'on aime à lui attribuer, celui qu'il aime à enfiler. Les choses n'en deviennent que plus aisées, que plus faciles d'accès. Comme désormais. Le dossier entre les mains, il quitte les lieux, laisse ses pas se perdre dans le couloir qui commence sûrement à se faire étroit pour celui qu'il rejoint, celui devant qui il se tient. L'azur de ses prunelles ne le quitte pas, surveillant chacune de ses réactions, chacune de ses perditions ; de celles qui viennent facilement se trahir le long de ses traits. Davantage quand le papier se tend, quand il en vient à vouloir lui donner tout ce qu'ils sont parvenus à trouver, à conclure malgré les prières qu'il a sûrement énoncé quand ils se trouvaient de l'autre côté. « Tous les détails de ce qui s'est probablement passé sont là-dedans. » Il marque une pause, s'assure que l'autre reste bien conscient, se souvenant de la manière dont tout aurait pu déparer un peu plus tôt. Il veut s'épargner les questions de ses collègues si tout vient à s'échauffer de nouveau. Il n'a ni le temps ni l'envie de s'y risquer, Matthew s'assurant alors d'être entendu par celui qu'il est venu retrouver. « Le collier peut être récupéré, ils n'arriveront pas à en tirer quoi que ce soit, leurs recherches ne se feront pas là-dessus. C'est selon toi, maintenant. Sans ta réponse, ce sera à ton compagnon de choisir. Le légiste devra le voir d'ici peu, ils allaient pour le prévenir mais on attend d'abord ton accord. » Il se fait bref, rapide, concis. Parce qu'ils n'ont pas le temps de se lamenter sur tout ce qu'ils auraient pu épargner ; le temps n'est plus aux suppositions, mais aux recherches d'éventuelles omissions. « Oh, Daniel. Tu me suis ? » Parce qu'il ne réagit pas, parce qu'il se perd très certainement dans des souvenirs qu'il possède, mêlant ceux-là à ceux qui s'inscrivent ici pleinement en lui. Et il aimerait lui faire entendre que la paix n'est qu'éphémère, qu'un jour ou l'autre, les démons ne se font pas si loin qu'ils n'avaient pu l'être par le passé. Non, tout revient un jour. Tout. Il se retient de lui faire entendre que le moindre répit n'est qu'un leur. Qu'un leur qu'il a accepté, bras ouvert, bourré de naïveté. Non, pour une fois, Matthew s'abstient, prenant place à ses côtés, ignorant les regards qui, sur eux deux, n'ont de cesse de s'arrêter. Et s'il s'apprêtait à essayer de lui faire entendre que, désormais, le temps est compté ; il n'en dit rien. Goodwin laisse un bref temps à celui qui l'a accompagné, celui qui aurait dû peut-être se la prendre sa foutue journée. Parce qu'il n'a pas pour habitude d'être au centre de ces situations, pas l'habitude d'être celui qui devrait essayer d'énoncer quoi que ce soit pour ne serait-ce qu'aider. Il laisse ça à ses coéquipiers. A son coéquipier. Celui-là même qui nécessite pourtant cette fois ce traitement. Traitement qu'il n'arrive pas à mettre en œuvre. « Le légiste tient à ce que ce soit fait dans les jours à venir. Tu devrais rentrer, je vais prévenir Valeri. » C'est tout ce qu'il parvient à faire entendre, tout ce qu'il parvient à dire avant de retrouver sa hauteur, quitte ce rôle qui ne lui va pas au vu de son manque de cœur.       

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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Dim 4 Mar - 11:59

Pardon me for bringing these ill news.



Le temps se fige. L'atmosphère est lourde. Mon corps me semble peser une tonne mais bien que j'aie parfaitement conscience de cette impression de lourdeur, je ne ne me sens pas tout à fait là. Plus tout à fait là. Le médaillon posé sur mes lèvres, je suis ailleurs. Loin. Plusieurs années en arrière mais en même temps dans le présent. Seulement pas vraiment ici. Dans ce couloir. Pensées tournées vers ce qui peut m'entendre, m'écouter, épargner Leo de la douleur. De cette douleur-là qui est immonde, infecte, intolérable. Je veux tant qu'il y échappe... Alors je prie à qui voudra bien m'entendre. Je prie que Claudia n'ait pas été arrachée de façon cruelle et sordide. Je prie qu'elle n'ait pas rejoint Jason. Je prie que l'espoir de Leo puisse rester encore vivant et brillant. Parce qu'il l'a l'espoir. De plus en plus. Et je n'ai pas pu me résigner à l'empêcher d'aller dans cette voie même si dans le fond, mon âme de flic savait qu'il y avait très peu de chances. Très peu c'est cependant mieux qu'aucune chance. Et si c'est bien Claudia, qui se trouve sur cette table froide à l'intérieur de cette morgue, le très peu disparaîtra définitivement. Un bruit de porte et mon regard se détourne du vide sur lequel il était fixé depuis de très longues minutes. Le médaillon retrouve sa place sous ma veste et j'observe Matthew. Une seconde suffit. Juste une. Parce que je le vois à son regard. Je le vois. Et à cet instant précis, tout fout le camp. Tout. Absolument tout. La douleur est... Monstrueuse. Pourtant je ne l'ai pas connue, non. Mais lui, je le connais. Lui, je l'aime. Et j'avais déjà mal pour lui de la savoir disparue. La savoir morte. La savoir dans cet état. La savoir... Si j'avais encore quoi que ce soit à vomir, ne serait-ce qu'un peu de bile, je le ferais. Il me semble voir Matthew s'avancer au ralenti et pourtant, il est bien vite près de moi, bras tendu avec un dossier dans la main. Un dossier qui contient d'après lui tous les détails. Je ne sais pas véritablement comment je parviens à bouger, comment ma main parvient à se saisir du dit dossier mais je le fais. Je m'en saisis et me mets à fixer la couverture du dossier, incapable que je suis de l'ouvrir. Et la voix de Matthew me parvient. Il parle du médaillon et quand il le fait, ça se brise un peu plus à l'intérieur. Quand il le fait, j'ai tout à coup l'impression que mon propre médaillon, celui qui appartenait à Jason, celui que je porte chaque jour depuis que je l'ai récupéré à la morgue, me brûle. Récupéré à la morgue... La morgue... Le corps...

« Le légiste ne l'a pas encore examiné alors... Enfin, tu sais que tu ne peux pas toucher le corps pour l'instant. Je suis désolé. 
- Oh... »

« Oh, Daniel, tu me suis ? »

Retour à la réalité. Triste réalité. Je cligne des yeux et les reporte sur Matthew. Je hoche doucement la tête, essaye de le suivre. Essaye de m'accrocher à ses mots, de bien les entendre, de bien les assimiler. Et c'est justement quand je parviens bel et bien à les assimiler que ça me fait réagir. Légiste. Leo. L'appeler. Le faire venir. Non.

« Non. » je parviens enfin à articuler après tant de silence que ma voix est enrouée. Ou peut-être est-ce simplement le choc, l'horreur. « Non, le légiste n'appellera pas Leo. Et il ne le fera pas venir non plus. Hors de question. » Si la voix est enrouée, le débit est rapide par contre. Trop rapide. Il trahit le chaos intérieur. Il trahit la colère aussi, que ça ait pu être évoqué : faire venir Leo ici ? Lui montrer le corps de Claudia ? Pas besoin de l'identifier, le dossier dentaire s'en est chargé et l'analyse ADN confirmera. Hors de question que Leo la voit dans cet état. « Il ne pourra pas l'identifier, ça ne sert à rien. Personne ne lui imposera ça. Qu'il ne l'appelle pas. Je te jure que s'il l'appelle... » La mâchoire se crispe à l'instar des doigts qui pressent le dossier toujours fermé pour le moment. La menace est là. Elle n'est pas véritablement prononcée mais nul doute que Matthew la comprend. « Je vais lui dire. Je vais... » Les larmes remontent aussitôt et la gorge se noue. « Je vais rentrer et je vais lui dire, moi. » Moi dans ce rôle-là. Face à l'homme que j'aime. Et dans mon esprit, les mots prononcés par Matthew continuent à faire leur chemin et je ferme les yeux. « Je vais avoir besoin du médaillon. Il me croira pas sinon... » Oh non, il ne me croira pas. Je ne suis même pas sûr, en cet instant, que le médaillon et les faits suffiront à faire prendre conscience de l'horrible réalité à Leo. « Tu veux bien ? » je demande finalement en rouvrant les yeux. Parce que non, je ne peux toujours pas pénétrer à l'intérieur de cette pièce. Il s'éloigne et je reporte mon regard sur le dossier. J'hésite un instant. Juste un bref instant et mes doigts tremblants se décident à l'ouvrir. Je lis le passage sur l'identification par le dossier dentaire. Je lis que l'analyse ADN va être lancée. Je lis la date estimée de la mort. Je lis la cause de la mort. Et je referme aussi sec le dossier. Je ne peux pas en lire plus. Ne veut pas en lire plus. Il me faut prendre de profondes inspirations pour tenir, pour ne pas partir parce que je me sens, partir, au fil des secondes. Et c'est pire encore quand mon téléphone vibre soudain. C'est pire encore quand je vois qu'il s'agit d'un message de Leo. C'est pire encore quand je lis ses mots qui expliquent qu'il s'est enfin décidé à remettre des photos de Claudia dans le salon. C'est pire encore quand il écrit qu'il lui a enfin refait une place parce qu'il a l'espoir de la retrouver saine et sauve un jour prochain. Pourquoi ? Pourquoi bordel de Dieu ? Pourquoi ? Je range mon téléphone, plaque mes mains contre mon visage. C'est trop. Beaucoup trop.

Insupportable.

La voix de Matthew me force à m'arracher aux pensées anarchiques qui me déchirent le cœur. Et au milieu du chaos, de l'horreur de la situation, je réalise que c'est la deuxième fois qu'il m'appelle par mon prénom.

« Merci. » je souffle tout bas en récupérant le médaillon tendu alors que les images se superposent encore une fois.

« Tiens. Ils ont fini avec. 
- Pas d'empreintes dessus ?
- Non.
- Du sang ?
- Non Dan. Non. Arrête. Juste... Prends-le. »

Je le prends. Pour la seconde fois de mon existence, je récupère un médaillon ayant appartenu à un enfant, à un être cher. J'observe le médaillon et c'est encore une fois un mouvement de Matthew qui me force à bouger. Le médaillon est glissé avec précaution dans la poche intérieure de ma veste en cuir et je me redresse. Péniblement, je me redresse et nous retournons jusqu'à la voiture. Ma bécane est restée au commissariat, j'ai donc besoin d'y retourner avant de pouvoir rentrer. Rentrer... C'est la première fois que je ne le veux pas. Tout comme je ne voulais pas rentrer à ce moment-là.

« On passera te voir dans l'après-midi quand on en saura plus, d'accord ?
- Oui. Merci. »

Le passé qui encore et toujours se mélange au présent et bientôt, nous sommes garés devant le commissariat. Je reste un instant sans bouger avant de tendre le dossier, que j'ai gardé en main jusque-là, à Matthew.

« J'en ai assez lu. »

Oui, j'en sais assez. Assez pour dire à Leo ce qui est arrivé à Claudia. Le reste ne me regarde pas parce que...

« Matthew... » je l'interpelle alors qu'il esquisse un geste pour sortir de la voiture. Quelques instants encore enfermés seuls dans l'habitacle. Le temps de ces quelques mots. Le temps de cette supplique que je suis sur le point de formuler. « Je vais pas bosser sur cette affaire puisque je suis trop concerné. Je le demanderai même pas. » Réaliste. « Alors c'est pour toi. Faut que tu coinces cet enfoiré. Faut que tu le choppes... » Je n'ajoute rien. Nous nous comprenons. Peut-être pas toujours sur la même longueur d'ondes et encore beaucoup de soupçons de ma part le concernant mais, sur ce point-là, j'ai confiance. Je peux compter sur lui. Il faut que je puisse compter sur lui. Il le faut parce que tout repose sur ses épaules à présent. Un dernier regard échangé et nous quittons la voiture, lui prenant la direction du poste et moi me rapprochant de ma moto. Difficile de le faire. Difficile de l'enfourcher, de mettre le contact et de prendre la direction de l'appartement. Difficile. Et pourtant je le fais parce qu'il le faut bien. Parce que je ne peux pas ne pas rentrer. Parce que je ne peux pas ne pas lui dire. Sur le trajet, je manque par deux fois de me retrouver au sol, pas concentré, pas à ce que je fais. La troisième fois ne loupe pas et la moto bascule, moi avec. Le jean déchiré, le mollet salement écorché, la bécane éraflée mais rien de bien grave puisque la vitesse n'était pas au rendez-vous. Quelques passants s'arrêtent, viennent me demander si je vais bien et pour toute réponse, je redresse ma moto et reprends le chemin de notre quartier. Ce n'est que lorsque je m'arrête devant l'immeuble que je sens réellement la douleur à ma jambe. J'y jette un bref coup d'oeil, aperçois le sang et soupire parce que cette douleur-là n'est rien. Elle n'est rien comparée à celle que je suis sur le point d'infliger à Leo. Je coupe le contact, retire mon casque et m'avance, m'approche. Porte ouverte. Escaliers montés. Couloir traversé et la porte. Cette putain de porte devant laquelle je craque comme j'avais craqué à l'époque. Avant de rentrer. Parce qu'il fallait que je craque avant de rentrer, pas après. Parce qu'après, je devais me montrer fort comme là je vais devoir me montrer fort. Alors je pleure en silence, poings crispés posés contre la porte et il me faut de longues minutes encore avant de pouvoir réussir à me calmer. Avant de pouvoir essuyer mon visage. Avant de pouvoir rendre mon visage un peu plus neutre. Cuisant échec par ailleurs. Je glisse ma clé à l'intérieur de la serrure et ouvrir une porte m'a été à ce point-là pénible une seule fois. Une seule. Et tandis que je pénètre à l'intérieur de notre appartement, je me revois fermer la porte de la maison quelques années en arrière. J'entends de nouveau la voix de mon ex-femme.

« Est-ce que c'est lui ? Dan ! Est-ce que c'est lui ? »

Et j'avais été l'annonciateur du pire ce jour-là. Comme je vais l'être ce soir. Je m'avance un peu, entends du bruit provenant du séjour, Leo sans aucun doute et après avoir posé mes clés et mon casque, je fais quelques pas. Juste quelques pas avant de me figer, attiré que je suis pour les fameuses photos dont Leo m'a parlées. Je les vois les quelques cadres rajoutés près de ceux de Jason. Je vois Claudia. Celle qu'elle a été. Mais ce n'est pas cette image qui s'impose à moi, c'est l'autre image. L'autre... Et ça me retourne un peu plus le cœur.

« Dani ? »

Je ferme les yeux en entendant la voix de Leo. Je ne bouge plus. Je ne peux plus. J'ai besoin de ces quelques secondes où tout est comme avant. Besoin de ces quelques secondes où il peut encore espérer.

Quelques secondes.



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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Dim 11 Mar - 16:53



Pardon me for bringing these ill news.
EXORDIUM.


« Non, le légiste n'appellera pas Leo. Et il ne le fera pas venir non plus. Hors de question. » il dévie son regard, rapporte son attention sur les alentours parce qu'il n'a pas la moindre idée de ce qu'il se doit de dire désormais ; Matthew n'est pas fait pour ces instants, ces supplices que le monde s'impose quand lui passe aisément au-dessus. Alors il soupire, silencieusement cependant, prenant en compte la peine de ce coéquipier qu'il n'apprécie pourtant pas vraiment. Mais les affaires sont ce qu'elles sont, le monde reste ce qu'il est et il n'a pas le choix que de jouer aux efforts, à la compréhension envers celui qui, depuis peu, ne fait que se perdre à chaque seconde qu'il se permet de s'offrir ; ruminant certainement sur un passé pesant. Oui, il n'en a eu que trop vent. Alors, il acquiesce, Matthew. Il acquiesce parce qu'il n'a rien à faire d'autre que cela, gardant encore Daniel sous le bras, sachant pourtant qu'il ne devrait pas rester là, pas cette fois. Jouer les durs, les stables quand tout son équilibre mental ne fait que se jouer de cette idée. Il voudrait lui faire entendre qu'il n'a plus personne à impressionner, pas cette fois. Il a comprit qu'il aurait pu faire mieux, il le sait finalement dans le fond ; Mills a toujours été un bon élément. Mais tous ont leur limite et, qui sait, Matthew trouvera un jour la sienne. « Il ne pourra pas l'identifier, ça ne sert à rien. Personne ne lui imposera ça. Qu'il ne l'appelle pas. Je te jure que s'il l'appelle... » Il lève les mains comme pour tenter de le calmer, lui faire entendre qu'il a comprit. Parce qu'il a comprit, en soit. Parce qu'il voit bien que les choses ne sont pas à continuer de cette manière ; et il devine aisément que leur ami légiste n'a fait que continuer sur sa première lancée. Chose qui aurait pu lui arracher un maigre sourire mais pas cette fois, pas en sachant tout ce que ça vient impliquer ; tout ce sur quoi ils vont devoir désormais travailler. Et ce sera laborieux pour l'un, douloureux pour l'autre. Non, le temps n'est plus aux petites querelles idiotes d'antan. « Je vais lui dire. Je vais... Je vais rentrer et je vais lui dire, moi. » Un nouveau geste de la tête de la part du lieutenant dont les mots ne viennent pas encore, pas en cet instant. Il laisse à Daniel la possibilité d'avaler cette triste nouvelle ; lui semble-t-il en tout cas qu'elle le soit, triste. « Je vais avoir besoin du médaillon. Il me croira pas sinon... Tu veux bien ? » Est-ce qu'il a vraiment le choix de lui dire non ? Bien-sûr que non, justement. Alors il s'en retourne vers l'antre froide et tellement plus chaleureuse, finalement en cet instant, que le couloir où Daniel prend conscience de ce qui leur tombe dessus ; une fois encore. Et, dans son parcours jusqu'à la morgue, jusque là où gît le collier, il s'admet enfin qu'il ne pourra pas le blâmer, pas cette fois, le regard de Matthew se posant une dernière fois sur l'enfant qu'ils ont été trouvé. Brève étincelle d'humanité.

Rapidement soufflée, parce qu'il s'éloigne, rejoignant son duo pour lui tendre ce qu'il est allé chercher dans de brefs mots que Mills n'entend sûrement pas totalement. Qu'importe, parce qu'il se lève, parcours rapidement le couloir jusqu'à l'extérieur des lieux. La première bouffée d'air frais lui fait un bien fou, un bien dont il profite avant de s'enfermer de nouveau dans l'habitable de la voiture au cœur de laquelle aucun mot ne s'impose, aucune gêne, aucune question. Il n'en est pas à poser. Pas même lorsqu'ils arrivent à destination, la voix enrouée de Daniel s'élevant enfin pour marquer la fin de cette horrible instant à peine passé. « J'en ai assez lu. » Le dossier se tend, patiente jusqu'à ce qu'il ne se décide à le prendre. Parce qu'il ne lui paraît pas brûlant, à lui. Parce qu'il n'est rien derrière cette enfant qui puisse lui faire le moindre tord. Ce n'est qu'une affaire, une affaire comme tant d'autre malgré cette volonté à tenter de comprendre l'importance que Daniel peut désormais lui porter. Daniel qui, une énième fois, peut-être la dernière fois, en revient à lui alors qu'il allait pour s'échapper de cet ensemble lourd d'un passé dont il n'est en rien concerné. « Matthew... » Il fronce les sourcils, peine à reconnaître son prénom entre les lèvres de cet homme-là ; alors ils en sont là, désormais ? Question conne quand on sait qu'il a été le premier à tenter de calmer les choses en comprenant l'affaire sur laquelle ils furent envoyés. « Je vais pas bosser sur cette affaire puisque je suis trop concerné. Je le demanderai même pas. Alors c'est pour toi. Faut que tu coinces cet enfoiré. Faut que tu le choppes... » Les mots qui se posent, qui viennent prendre une certaine réalité, Matthew reste un instant à s'assurer qu'il n'a rien à ajouter ; parce qu'il peut se faire à l'écoute maintenant qu'il perçoit toute cette espèce de détresse qui, en lui, s'est installé. C'est intriguant, à ses yeux, en vérité. Bien loin de ses réactions, de tout ce qu'il a pu – peut-être – ressentir par le passé. Non, il ne comprend pas, n'imagine pas. « Je sais. » Qu'il laisse planer avant de quitter le véhicule, avant de laisser Daniel faire son propre chemin dans son dos ; oubliant très rapidement sa présence, les yeux déjà perdus sur l'affaire qui – désormais – se fait sienne. De l'occupation pour ses brèves soirées, de l'attraction pour ses nuits d'insomnies. Matthew y trouve finalement son compte, aujourd'hui, contrairement à celui qui s'est enfuie. Et, en y songeant, retrouvant l'inconfort d'un bureau plus tôt délaissé, Matthew comprend complètement une fois qu'il s'était dit, parfois, au détour d'un sommeil manquant à ses nuits : l'attachement à quoi que ce soit, à qui que ce soit n'a jamais été un avantage. Un soupire, un bref regard envers un extérieur qui – lui semble-t-il – s'assombrit, il se décide à commencer, à perdre de son temps libre sur cette affaire qui ne tient plus désormais qu'à ses capacités pour être résolue.       

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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Dim 11 Mar - 16:54



Pardon me for bringing these ill news.
EXORDIUM.


Il s'écarte de ce qu'il vient de poser, il s'écarte parce qu'il doit contempler ô combien il parvient à se relever. Parce qu'il peut s'en remettre, parce qu'il peut retrouver toute cette volonté un jour délaissée. Là, avec les cheveux d'or de Claudia. Il croit retrouvé un fragment de son passé, une espèce de pseudo force plus ou moins retrouvée. C'est se convaincre qu'elle reviendra, c'est oser admettre qu'il reste une partie d'elle, quelque-part, qui pourrait de nouveau animer ces lieux. Et il y tient, plus qu'il n'aurait pu l'imaginer. Leo choisie de se battre pour ne jamais y renoncer. Et c'est un grand pas qu'il vient faire, une avancée digne de ce nom pour cette vie qu'il se doit désormais d'épargner de ces tourments trop bien installés. Et, y songer, l'azur de ses prunelles bloqué sur ce visage qui lui manque depuis bien longtemps, Leo ose un sourire ; quelque-chose de sincère qui fend ses lèvres en quelque-chose de doux, bourré d'un espoir ravivé. Les mains fouillent, cherchent, parcourent ses poches à la recherche de son téléphone sur lequel il parvient à mettre la main, osant une photo de ce qu'il vient de créer dans cet appartement jusqu'alors presque inhabité. Les cartons ont disparus, tout s'est installé ; que ce soit ses affaires à lui comme celles de Daniel. Que ce soit ses souvenirs comme ceux de celui qui partage ces murs avec lui. Un soupire de bien-être, un poids qui s'allège d'au-dessus de son cœur quand il envoie, offre cette surprise à Daniel encore submergé par un travail pour lequel il ne peut pas le blâmer ; pas entièrement, même s'il le dérange parfois encore. C'est qu'il sait les risques qu'il encoure, c'est qu'il a vent des histoires qui se dressent, des représailles qui les guettent. Non, il secoue la tête, tente de ne pas se perdre sur ces pensées ce soir, pas maintenant qu'il croit retrouvé une partie de sa vie autrefois envolée. C'est comme se reconstruire, parvenir à trouver un équilibre entre les deux mondes dans lequel il se tient ; l'un parsemé de souvenirs abîmés, l'autre d'une bien cruelle réalité. C'est à lui de faire le pont entre les deux, à lui de voir que vivre avec ces démons n'a jamais fait que de le perdre, le blesser. Il l'a été, blessé, sous ses spectres qui ne faisaient que danser, sous son nez, comme désireux de le voir lentement s'éteindre de toute luminosité. Il n'a pas succombé, n'a pas laissé ses bras se baisser.

Et les heures ont passé depuis qu'il s'est risqué à cette idée, à cette volonté de tout rendre plus facile que ça ne l'avait été. Les heures se sont estompées au fur et à mesure que la journée s'est avancée et il n'a fait qu'attendre, qu'attendre qu'il revienne pour constater tous ses progrès, tout ce qu'il est désormais capable d'accepter malgré cette douleur qui demeure en lui bien ancrée. Il doit voir qu'ils peuvent commencer à vivre pleinement, il doit lui montrer que ses tourments ne viendront plus accaparer son temps ; plus maintenant. Aussi, il continue son œuvre, s'assure que l'endroit soit vivable, accueillant pour celui qu'il entend finalement. Les pas dans le couloir, la clé dans la porte, la main sur la poignet. Son sourire s'en accentue déjà, Leo en venant à lâcher ce qu'il tenait, ce qu'il allait à accrocher avec le reste avant de rejoindre le séjour, là où de nouveau s'est installé le jour. Mais le peu de luminosité trouvé ne parvient pas à offrir de nouvelles couleurs à celui qui vient d'entrer, de revenir d'une énième journée à voir de possibles horribles défilées. Et ce qu'il vient lire sur son visage, cette détresse qui en émane... Leo en perd son rictus, cette joie toute juste installée. Leo sait qu'il doit désormais se faire pilier. Parce qu'il n'est nulle cruauté plus déchirante que celles auxquelles il s'imagine Daniel faire face dans son métier. Aussi, il s'élance, le blond, il s'élance venant prendre entre ses bras le quadragénaire qui ne bouge pas. Il aimerait pouvoir faire plus que cela, demeurant contre lui comme dans l'espoir que sa présence n'apaise ses maux. Il est loin d'imaginer, loin de se douter de tout ce qu'il va devoir surmonter, accepter, digérer. Il est loin de savoir tout ce qui l'attend maintenant que son amant est présent, sa mauvaise nouvelle qu'il retient silencieusement. « Hey, ça va aller, Dany. Viens par là, j'vais te faire ton café, ok ? » Il essaie, au mieux, de le rassurer ; lui faire comprendre qu'il est rentré. Un et entier. La main qui cherche la sienne, la main qui tente de le faire avancer jusque dans le canapé qu'il s'est même pris la tête à bien nettoyer. L'appartement qui semblait avoir retrouvé un peu de vie commence à retrouver cet aspect assombrit ; la moue du trentenaire venant s'en affaisser malgré lui. « Qu'est-ce qui s'est passé, 'bé ? » La demande qui tombe alors qu'il va pour se lever, pour retrouver sa hauteur pour rejoindre la cuisine pour ce qu'il lui a promis de préparer pour ne serait-ce que l'apaiser. L'espoir trop naïf, la volonté de bien faire aussi. Surtout.       

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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Dim 11 Mar - 17:58

Pardon me for bringing these ill news.



Les paupières sont pressées. Fermées. Je cherche la paix. Quelques instants. Juste quelques instants. Parce que je sais le chaos qui va suivre après. Je sais le chaos dans lequel je vais plonger Leo. Nous plonger tous les deux. Alors oui, je m'offre ces quelques secondes de répit avant que tout ne foute le camp. Avant que son monde ne se brise. Avant qu'un trou béant ne l'engloutisse tout entier. J'entends ses pas mais je ne bouge pas. Je sens ses bras m'entourer mais je ne bouge pas. Je tente de contrôler mes larmes sous mes paupières closes. Mon corps n'est qu'un amas de chair et d'os tendus à l'extrême alors que d'ordinaire, le moindre contact de Leo m'apaise, me fait tant de bien. Là... Là non. Mes poings se serrent, mes phalanges blanchissent quand je l'entends me dire que ça va aller. Non. Rien ne va aller. Rien. Pas avant un long, très, très long moment. Il me propose un café. Je ne pourrai rien avaler. Rien. Enfin si, je pourrais avaler quelque chose mais cette chose m'est interdite. Je n'en dis rien. Je me contente de rouvrir mes yeux assombris. Je me contente d'observer Leo en silence, les larmes au bord des yeux. Je me contente de le suivre docilement, mécaniquement quand il m'entraîne vers le canapé. Oui. S'asseoir. Bien. Bonne idée. Il vaut mieux. Pour lui. Pour moi. Pour nous. Il vaut mieux. Oui. Et nous voilà assis sur le canapé. Nettoyé je crois. Mon regard dévie. Oui, il est plus propre. Leo a fait un travail de titan pendant que j'étais absent. Il a fait de cet endroit notre « chez nous ». C'est censé être un endroit où il va faire bon vivre. C'est centré  être un endroit où nous serons heureux. Nous l'étions. Nous l'étions... Et je vais faire voler ce bonheur en éclats. En tellement d'éclats coupants et douloureux. Il me demande ce qu'il se passe. Et c'est plus fort que moi. Un soupir plaintif s'échappe d'entre mes lèvres alors qu'il esquisse un geste pour se redresser. Le café. Il veut aller me faire un café. Non. Pas de café. Rien.

« Non. » je souffle tout bas, trouvant je ne sais où la force de relever ma main pour venir chercher la sienne et l'empêcher de s'éloigner. « Je veux rien boire. » Quel putain de mensonge Daniel. Tu t'enfilerais bien un verre de whisky là hein ? Oui. Clairement. « J'ai pas soif. » j'ajoute plus sincèrement. Mes yeux voilés fixent Leo alors que mes doigts serrent sa main. Alors que mes doigts se mettent à trembler bien malgré moi. « Reste-là. Assieds-toi. Faut que je te parle. » Et sur quoi je hoche doucement la tête pour l'inciter à m'écouter, pour lui faire comprendre silencieusement qu'il doit obéir, qu'il doit se rasseoir, que j'ai des choses importantes à lui dire.

Et il perd de sa couleur mon amour. Il perd tellement de sa couleur... Je n'ose imaginer ce qui lui passe par la tête en cet instant. Je ne suis pas capable d'y songer. Pas capable de penser aux terribles idées qu'il doit être en train de se faire parce que je sais que quoi qu'il puisse penser, il est à mille lieux de la réalité. Il est à mille lieux de l'horreur que je suis sur le point de déverser dans son cœur et dans son âme. Il finit par se rasseoir face à moi sur le canapé et cette main qui serre la sienne est bientôt rejointe par mon autre main qui tremble elle aussi. Mon corps entier tremble. Mon cœur lui se fait frénétique. Les battements sont douloureux. J'ai l'impression de sentir et le regard de Jason, et le regard de Claudia, alors qu'ils sont derrière moi, dans leurs cadres, posés là, près de nous. Si près de nous. Et puis je me fige. Le temps s'arrête. Leo devient flou. La réalité s'effrite. Le passé cette fois encore resurgit.

« Il faut qu'on parle. On peut entrer ?
- Bien sûr. »

Des silhouettes. Mon ex-femme. Jessica. Marc mon collègue.

« Est-ce qu'on pourrait s'asseoir dans le salon par exemple ? Tous ensemble ?
- Pourquoi ?
- S'il te plaît Dan. »

La voix de Leo qui m'appelle. Qui cherche des réponses. Je cligne des yeux, me retrouve de nouveau dans le présent, dans notre salon. Sur notre canapé. Je n'ai pas la même place cette fois-ci. J'étais celui à qui on annonçait l'horrible nouvelle. Aujourd'hui, c'est moi l'instigateur de l'horrible nouvelle. Moi. Comment il a fait ce jour-là ? Marc. Mon collègue ? Comment ? Comment a-t-il réussi à trouver le courage ? Où est-il allé le chercher ? Parce que je le cherche moi là. Je le cherche et j'ai du mal à le trouver. Et finalement, je parviens à le trouver dans les yeux de Leo. Dans sa quête de réponses venant de ma part. La vérité. Il a droit à cette vérité bien qu'elle soit ignoble, cruelle et intolérable. Il y a droit. Comme nous avions le droit de savoir pour Jason. Il a le droit de savoir pour Claudia. J'entends encore Marc prononcer les mots.

« Ce matin, le corps d'un jeune garçon a été retrouvé sur les berges de la rivière Menomonee. »

Puis c'est moi qui prononce les mots.

« Hier soir, le corps d'une petite fille a été retrouvé dans une maison en périphérie de la ville. »

Mes doigts se resserrent sur les doigts de Leo. Il doit comprendre comme moi j'ai compris ce jour-là. Il doit forcément comprendre mais il doit l'entendre. Comme il a fallu que je l'entende.

« Nous pensons qu'il s'agit d'un corps de Jason. »

Mais nous ne pensons pas qu'il s'agit du corps de Claudia. Nous savons qu'il s'agit du corps de Claudia. Nous savons. Je sais. Alors les mots ne seront pas les mêmes.

« J'ai attendu pour avoir les premiers résultats du légiste. Je voulais être sûr. » Ma voix tremble. Les larmes, je parviens à les contenir pour le moment. Il le faut. Pour lui. Je prends une profonde inspiration. « Leo... C'est Claudia. »

C'est dit.
Et plus rien ne sera jamais pareil.



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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Dim 11 Mar - 22:39



Pardon me for bringing these ill news.
EXORDIUM.


Le pas léger, la volonté de rendre à l'âme de son compagnon un peu de clarté. Leo s'imagine déjà l'aider, lui donner de quoi se réchauffer le corps, le cœur, l'âme même possiblement. Il se plonge dans cette idée bien que rapidement rattraper. L'étreinte se sert autour de son poignet, de sa main contre laquelle les doigts du quadragénaire viennent se perdre. Il tique, fronce les sourcils, sent le lourd jugement d'une brève syllabe s'imposer dans ce séjour pourtant refait, annonciateur d'un peu plus de paix. Raté. « Non. » Aussi, Leo s'arrête dans son élan, il s'arrête parce qu'il n'a nul autre choix que celui-là, la présence gardée par un Daniel fatigué, plus qu’abîmé. Il n'a aucune idée de ce qui est en train de se passer et pourtant, pourtant Dieu sait que son cœur commence à être malmené. « Je veux rien boire. J'ai pas soif. » Il acquiesce simplement, il se tient là à attendre que d'autres mots ne s'imposent, que d'autres mots ne parviennent à éclairer un peu cette situation qui commence à l'effrayer. Parce qu'il est loin de comprendre, d'imaginer. Parce que dans sa tête se joue tout un tas de scénarios qu'il n'ose pas encore vraiment imaginer. « Reste-là. Assieds-toi. Faut que je te parle. » Il faut que je te parle ; ces mots-là, putain. Ces mots-là. Leo perd de sa couleur, de sa prestance, de cette toute nouvelle assurance. Il n'a plus l'envie de rire, de sourire. Il n'a plus l'envie de se lever, d'essayer car tout, tout est en train de se briser aussi certainement qu'il voit le regard de Daniel s'affaisser. Il s'imagine déjà ses mots, ceux qui concerneront l'alcool, ou une femme, ou un autre ; qui sait. Qui sait, oui. Sanders en baisse le regard, fuyant l'expression défaite qu'il perçoit dans le regard de son lieutenant. Mais il avait promis, non ? Il avait promit. Bien-sûr qu'il avait promit ; comme Aiden avant lui, comme tant d'autres finalement. Et le palpitant qui frappe, qui boit son sang avec une hargne et une tristesse déjà toutes deux installées. Il aurait voulu que ce jour n'arrive jamais car la mauvaise nouvelle, elle arrive. Elle arrive, au galop et il n'est rien qu'il puisse faire pour empêcher Daniel de se confier sur d'éventuels pêchés. Rien. Leo s'y résout, inspirant profondément, venant de nouveau lui faire, l'air un peu plus dur, un peu plus fermé. Il n'a pas le droit de flancher. Pas cette fois. Non, pas une deuxième fois. Tant pis, qu'il se dit. Tant pis. Peut-être que tout devait se passer ainsi et, finalement, Leo en vient à prier que ce ne soit que l'alcool. Ça, il serait à même de lui pardonner. Oui, il pourrait faire avec, se battre de nouveau à ses côtés. Il peut, il peut parce qu'il sait, il sait comment s'en sortir, comment de nouveau l'élever des précipices dans lesquels il le croit déjà noyé. Et, malgré tout, il ose l’appeler, prononcer son nom parce qu'il lui est difficile d'attendre, de se faire patient quand mile et un scénarios viennent s'imposer dans ses idées toutes plus extraordinaires que les précédentes passées.

Et, tandis que son monde commence à trembler, que cette stabilité acquise semble s'effriter, il se concentre sur les lèvres de Daniel qui commencent à trembler, celles qui peinent à former les syllabes qu'il se doit désormais d'énoncer. Bordel qu'il parle. Il jure, silencieusement, Leo pourrait presque aller chercher sa langue comme dans l'espoir que ça le fasse parler parce qu'il n'en peut plus, commence à se plier, les mains de Daniel faisant désormais trembler les siennes. Il n'est pas sûr de vouloir faire face à une mauvaise nouvelle, pas en sachant qu'ils étaient parvenus à s'en sortir. Merde, ils s'étaient promis de ne plus se faire de mal. « Hier soir, le corps d'une petite fille a été retrouvé dans une maison en périphérie de la ville. » Il fronce les sourcils, sent les mains de Daniel se serrer contre les siennes. Encore et encore et encore. Et le monde qui flanche, les remparts qui tombent, l'océan qui s'agite et la tempête qui gronde. Qui gronde pourtant si loin. Mais elle est là, là à attendre au-dessus de sa tête tandis que ses traits se fanent, ternissent dans un gémissement déjà plaintif qui s'extirpe de sa gorge. Parce qu'il sait, parce qu'il se doute des mots à venir désormais. Il ne veut pas l'entendre, ne peut pas l'entendre. Ni même l'admettre. Non, non, non. « J'ai attendu pour avoir les premiers résultats du légiste. Je voulais être sûr. » Sûr, il ne peut pas l'être. Personne ne le sera jamais et Leo encore moins. C'est ce qu'il se dit, ce qu'il essaie de se répéter parce qu'il ne peut pas y penser. Pas maintenant. Pas maintenant, non. Et pourtant, pourtant ses mains serrent un peu plus celles du blond, du blond qui ne parvient pas à bouger, l'azur figé de ses prunelles sur Daniel braqué. Il attend, il attend sans pour autant le vouloir. « Leo... C'est Claudia. »

Son cœur semble s'arrêter et le temps se figer. Par delà sa vue embrumée, plus rien ne semble bouger. Les secondes s'éteignent, se perdent dans un temps qui n'avance pas. Parce qu'il ne peut pas. Bloqué là où l'espoir s'était ravivé, dans une mélodie faite de rires d'enfant. De cette enfant-là, celle qu'on vient annoncer qu'elle ne retrouvera pas ses bras. Le coup est dur, brutal, profond, il vient inciser la peau de sa poitrine pour en extraire le cœur sanglant qui, lentement, se déchire. Quant à la tempête, elle enfin se déchaîne. L'océan s'assombrit et Leo s'y noie, s'y perd, alourdie par la peine qu'il traîne, le regard rivé vers cette surface qu'il ne retrouvera jamais. Et dans sa démence, dans son absence, ces vagues à outrance ; il l’aperçoit, la fillette et son sourire, ce souvenir qu'il s'est construit au fil des années qui les ont séparé. Et elle est là, Claudia. Elle est là, pas là-bas. La petite main féminine venant effleurer ses dix doigts. Intérieurement, il la voit sombrer avec lui, subir le naufrage de leur vie. Extérieurement, les yeux se clos et les larmes se versent. Pas un sanglot, pas un bruit, la respiration plus silencieuse que jamais. Leo s'est perdu, submergé par cette idée. L'idée même qu'il ne puisse exister un monde sans elle. Parce qu'il n'en est pas. Pas dans sa conception, pas dans ce qu'il n'envisagera pas. Sa presque force récupérée s'amenuise contre l'étreinte de ses mains, contre la présence qu'il oublie, celle-ci même qui tente de se rappeler à lui. Parce qu'il croit percevoir sa voix, parce qu'il croit l'entendre lui parler de là-bas. Mais il demeure là, avec Claudia. Avec elle parce qu'elle devrait être là. Parce qu'elle est encore là, dans son esprit, ce presque sourire ancré le long de ses lèvres, cette vivacité toujours intacte dans un regard qu'il n'a pas oublié. Comment le pourrait-il, lui qui n'a fait que se battre pour le retrouver ? Doit-il vraiment admettre qu'il a échoué ? C'est la question qu'il se pose, celle qu'elle semble entendre car, c'est sur sa joue que se pose sa petite main, dans une caresse tendre qu'elle le contemple enfin. Mais pas un mot, pas un indice, l'absence de toute réponse parce que ce choix-là, au final, lui appartient. Il lui appartient, se tient là entre ses mains aussi certainement qu'il ressent la présence de Claudia chatouillant ses instincts. Cet instinct qui l'amène à se lever, à de nouveau respirer. Il lutte contre ses poumons endoloris, il lutte contre les brûlures qui ornent déjà sa trachée. Leo souffle et inspire, se fout de l'animation qui commence à se faire dans son dos. « T'aurais dû rester plus longtemps là-bas ; une pause, un soupire, la voix qui se fracasse malgré les mots qu'il tient à faire entendre, à faire tenir. Parce qu'il se berce d'une certitude idiote, parce qu'il se laisse prendre d'assaut par cette volonté de croire qu'il s'est trompé. Il s'est trompé. Ce n'était pas elle. C'est pas elle Daniel, c'est clair ? » Qu'il vient faire entendre, dire dans une colère qu'il n'est pas à même de maîtriser, faisant volte-face pour clairement lui faire face, sa main déjà levée dans sa direction comme pour l'empêcher de répéter ce qu'il estime n'être que des conneries. Et pourtant, pourtant le palpitant qui jusqu'alors s'était tu ne se fait que plus impétueux, que plus douloureux. Elle est là, la souffrance, digne héritière de ce que cette nouvelle vient ruiner bien qu'il n'en soit pas encore à l'accepter. « Elle est vivante, je le sais. Je le sais putain ! » Et il hurle tandis qu'au fond de lui, dans les tréfonds inondés, il se tient là, avec elle. Avec elle qui pâlit.        

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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Lun 12 Mar - 19:05

Pardon me for bringing these ill news.



Silence. Tout se fige. Le temps. L'atmosphère lourde autour de nous. Tout. Je le perds. Son regard se voile. Tout son être m'échappe. Je le vois. Je le sens. Ai-je ressemblé à cela face à Marc quand le couperet est tombé ? Sans doute oui. Sans doute. Je ne dis rien. N'ajoute rien. Il me faut lui laisser encaisser l'information. L'immonde information. Silence. Encore et toujours. Les secondes passent. Elles défilent. Elles s'étirent et il me faut bien, au bout d'un moment, tenter de le ramener à moi, à la réalité. Je ne peux être certain de l'endroit où il s'est évadé mais je m'en doute. Oui, je m'en doute. J'y suis allé dans cette réalité-là. Plusieurs fois. Celle où on peut retrouver l'être perdu. Il ne peut cependant pas y rester parce que plus il y restera, plus difficile la réalité, la véritable, celle dans laquelle nous nous trouvons, sera difficile à accepter, à encaisser. « Leo... » je murmure tout bas d'abord, essayant de l'arracher à son songe de manière douce. La plus douce possible même si j'ai parfaitement conscience que la manière douce, au fond, ne peut pas fonctionner. Elle ne le peut pas. Pas face à cette violence-là. Alors j'insiste. La voix s'élève avec plus de force. Avec plus de détermination. « Leo. » que je répète, pressant mes doigts sur les siens là aussi avec plus de force. Mais les secondes s'écoulent encore longuement. Très longuement. Jusqu'à ce que je voie les prunelles s'éveiller. Se réveiller. Lui, il se réveille. « Leo. »Troisième fois. Pour le ramener encore un peu plus à moi. Mais il m'échappe encore. Plus encore. Ses mains se défilent des miennes. Son corps s'éloigne du mien. Il se redresse et instinctivement, mon corps suit le mouvement. Je me retrouve debout à l'observer, le coeur battant, sur le qui-vive parce qu'en vérité je crains la suite. Je crains l'explosion. Je crains l'effondrement. Je crains tout ça. Il se soustrait à ma vue, me tourne le dos et je guette. Je guette. Je guette. Et lorsque sa voix s'élève enfin, si les mots font mal, le ton fait davantage mal encore. Une telle froideur. Une telle dureté. Une telle colère. A mon encontre. Mais c'est normal qu'il en ait après moi. Je suis l'oiseau de mauvaise augure. J'encaisse le reproche. C'est difficile mais j'encaisse. Il le faut. Les mots prononcés ensuite font tout aussi mal. Cette façon qu’il a de prononcer mon prénom… Mon cœur se serre et s’ajoute à la douleur des mots et du ton employés la soudaine réminiscence du passé.

Oui je me souviens.

« Non, c’est impossible, c’est forcément une erreur ! »

Elle avait dit ça.

Je vois la silhouette de Leo se retourner dans ma direction, au souvenir se superpose son visage, son regard froid, dur, qui me brise un peu plus le cœur. Sa main se lève vers moi pour m’intimer au silence et j’obéis. Pour quelques instants au moins j’obéis. Parce que trop submergé par mes propres souvenirs.

« Il dort chez un ami ! Chez Scott ! Chez la Callister ! Vous pouvez appeler, il doit être là-bas ! »

Ce déni. Ce déni si fort auquel on s’accroche parce qu’on n’a plus que ça. Comme Leo s’y accroche en cet instant. Je m'y suis accroché aussi. J’ai gardé espoir jusqu’à ce que je voie son corps à la morgue. Lui aussi va s’accrocher à un espoir mais il ne la verra pas. Je ne le permettrai pas non. Il n’aura pas besoin de voir son corps pour que l’espoir disparaisse. Ce que je sais, le médaillon que j’ai dans la poche intérieure de ma veste en cuir… Oui, tout ça sera suffisant pour le briser à jamais. Le ton monte, sa voix hurle à présent. Un comportement que je ne lui connais pas. Une attitude que je ne lui connais pas. Violence. Noirceur. Et je me souviens soudain que si, j’en ai eu un aperçu. Ce soir-là… Ce terrible soir. Je soupire et secoue doucement la tête de droite à gauche. J’ignore où je suis capable de chercher ce calme qui est le mien. J’ignore comment je parviens à garder cette impassibilité alors qu’en fait je meurs à chaque seconde de l’intérieur. Et pourtant, je fais face, droit, stoique. Comme un bon flic en somme.

« Non, tu ne sais pas. » je lui réponds d’une voix calme mais empreinte de détermination, de résolution. « Tu voudrais savoir mais tu ne sais pas. » j’ajoute avec plus de dureté. Puis je fais ce pas en avant qui me rapproche de lui. Juste un seul, alors que mon cœur se serre, alors que ma gorge se noue. « Tu crois vraiment que je te dirais une chose pareille si je n’étais pas sûr ? » je termine par souffler d’une voix tremblante. Mes poings se serrent. « Tu crois que je t’infligerais une épreuve pareille, en sachant ce que j’ai vécu, si je n’étais pas sûr ? » Cette phrase me tord un peu plus les entrailles mais je continue. Je ne lâche rien. Comme mon regard ne le lâche pas, lui. « Je suis sûr. » Mais il ne veut rien entendre Leo, rien. Il s’agite. Et parce qu’il s’agite, je dois m’agiter aussi. Parce qu’il refuse d’écouter je dois le forcer à écouter la vérité monstrueuse et intolérable. Et je dois le faire d’une manière si cruelle que je ne sais pas… Je ne sais pas s’il me pardonnera un jour en réalité. « Elle portait une robe beige ce jour-là. » La voix de Leo répond en écho mais je poursuis. J’insiste. J’appuie là où ça fait mal, je le sais. Et ça me fait si mal de lui faire mal… « Elle avait un petit sac blanc dans lequel elle avait mis son ourson en peluche parce que c’était le jour de la rentrée. Elle voulait l’avoir avec elle. » Et sa voix qui s’élève encore. Alors le calme dont j’ai fait preuve jusqu’à présent se dissipe soudainement. Aussi soudainement que se dissipe ma capacité à retenir mes larmes. « TU M’AS DIT TOUT ÇA ! » je hurle à mon tour pour le faire taire. Il faut qu’il écoute. Qu’il entende. Il le faut. « C’est comme ça que je le sais. » Silence. Respirations saccadées. Lui comme moi. Moi comme lui. « C’est comme ça que je suis sûr Leo. » Et parce que je sais que ça ne suffit pas, j’en viens à faire ce que je redoutais. J’en viens à faire ce pour quoi j’ai demandé le médaillon en premier lieu. Avant qu’il ne serve de souvenir comme celui de Jason me sert de souvenir, il doit servir de preuve. C’est une main tremblante que je glisse à l’intérieur de la poche de ma veste. Une main tremblante qui récupère le sachet en plastique dans lequel se trouve le médaillon. Une main tremblante qui ouvre le plastique pour se saisir du médaillon. « Elle portait un médaillon… Une pièce unique. » j’ajoute d’une voix plus basse. Plus… Morte. Et je me penche pour aller déposer délicatement le médaillon sur la table basse, là où Leo pourra le voir, le reconnaître, l’atteindre même s’il en a la force. Mon regard se risque à se relever vers lui. « Je suis désolé… » Ma voix n’est plus qu’un murmure étranglé.

Et je reste là, sans bouger, le visage lacéré de larmes qui m'apparaissent brûlantes, douloureuses. Chaque seconde m’est de plus en plus intolérable. Parce qu’au-delà de ce que la mort de Claudia a fait remonter, au-delà de la douleur de Leo, au-delà de sa détresse et de l’horreur dans laquelle il vient d’être plongé, c’est la crainte qui serre également mon cœur. La crainte que tout soit terminé. La crainte que nous ne nous en remettions pas.

La crainte que ce que je viens de faire n’entraîne notre fin prématurée.



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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Jeu 15 Mar - 22:05



Pardon me for bringing these ill news.
EXORDIUM.


Il croit entendre le rire de Daniel courir dans les recoins de sa tête et elle est là, elle est là aussi, à crier parce qu'il l'embête, peut-être. Peut-être. Et l'entendre, aussi clairement qu'il perçoit la voix finalement tremblante de ce même homme, ça vient arracher quelques larmes aux abords de ses yeux. Leo lutte pourtant ; avec autant de volonté dont il est en mesure d'user en cet instant. En ce bref instant de répit derrière la mélodie dramatique qui se joue en lui. Les battements se font plus irréguliers, plus tortionnaires qu'il n'avait pu l'être. Il aimerait que cette douleur ne disparaisse, il aimerait que tout s'arrête. Là, rien qu'une seconde. Une seule foutue seconde. Quant à Claudia, elle demeure là dans les eaux sombres de ses songes, ce sourire qui se fane aussi certainement que le temps passe. « Non, tu ne sais pas. Tu voudrais savoir mais tu ne sais pas. » Si je sais ; qu'il se retient de faire entendre, qu'il se retient de hurler mais sa voix n'est plus à même de réciter ces mots pourtant pleins d'une déconcertante facilité. Non, Leo n'a plus la force de lutter, tentant vainement de s'accrocher aux souvenirs qu'il s'est – en vérité – imaginé. Il a tout créé, de toute pièce, dans un monde qui n'appartient qu'à lui et qui, lentement, perd de ses acquis, gagnant un aspect plus que terni. Il aimerait que ça s'arrête. « Il faut que ça s'arrête. » Mais sa voix est inaudible malgré la supplice qu'il essaie de laisser, inconsciemment peut-être. « Tu crois vraiment que je te dirais une chose pareille si je n’étais pas sûr ? Tu crois que je t’infligerais une épreuve pareille, en sachant ce que j’ai vécu, si je n’étais pas sûr ? » Il l'entend mais n'écoute pas, n'en a pas la force. Tout semble commencer à trembler, tout ce monde sur lequel ils essaient en vain de tenir malgré tout ce qui vient les ronger. Leo n'a pas encore conscience qu'il est en train de craquer, d'abandonner. Et ce regard qui pèse, ce regard qui persiste à se tenir sur lui qui commence à se perdre. « Je suis sûr. » Il secoue la tête, commence à reprendre sa marche infernale, luttant pour tenir la petite main de Claudia qui semble sombrer, seul à la surface le laisser. Il ne peut pas l'abandonner, pas comme ça. Pas sans avoir essayé quoi que ce soit. Alors il s'accroche, il s'accroche à elle avec autant de détermination qu'il lui reste à donner. Au diable cette voix d'ordinaire salvatrice qui, ce soir, devient destructrice. « Elle portait une robe beige ce jour-là. » Et, finalement, c'est sa voix qui se manifeste avec la sienne, lui faisant entendre qu'il doit se taire. Juste se taire, la fermer, pour reprendre ses mots parce qu'il craque, Leo. Parce qu'il craque et de manière tellement rapide qu'il sent ce poids commencer à peser sur son dos, ce feu consumer sa peau. « Elle avait un petit sac blanc dans lequel elle avait mis son ourson en peluche parce que c’était le jour de la rentrée. Elle voulait l’avoir avec elle. » C'est profond, douloureux. Ça creuse le trou béant qui s'était installé le jour même où elle n'est pas rentrée. Et Daniel remue la lame, écorche de nouveau les parois de ce à quoi il s'était habitué malgré tout ça. Alors il hurle, ultime recours, les yeux désormais rouverts malgré l'impression que la petite main fébrile se tient toujours dans la sienne ; en ultime lien.

Il hurle parce qu'en cette solution réside une certaine facilité d'action. C'est cacher toute sa détresse derrière une colère feinte. Sanders se trouve si près du gouffre, si près des profondeurs qu'il avait tant redouté, là, dans une nuit noire et torturée. « TU M’AS DIT TOUT ÇA ! » Et l'azur brisé de ses prunelles vient se perdre sur le brun, sur les larmes qui s'écoulent de ses joues peut-être autant que des siennes. Il a envie de vomir, il a envie de hurler, de s'effondrer à même cette pièce qu'il pensait pouvoir réapprendre à aimer. Raté. « C’est comme ça que je le sais. » Il continue néanmoins à user de ses membres, de sa tête. Leo la secoue légèrement à l'horizontal comme pour tenter de lui faire entendre qu'il a tord. Qu'il a tord. Qu'il a tord parce qu'il la retient encore, parce qu'elle demeure dans ses songes bien qu'un peu plus floue à chaque instant. Non. Non, elle ne peut pas lâcher. « C’est comme ça que je suis sûr Leo. » Et, tandis qu'il semble s'animer malgré la distance réinstaurer, Leo retient les sanglots qui, de plus en plus, lui brûle la gorge. Il force parce qu'il n'a pas la force d'admettre qu'il puisse avoir raison. Parce qu'elle tient, putain. Elle tient Claudia que Leo retient de ses bras. Elle tient, son petit regard apeuré de poser sur lui et son instabilité. Il est loin, trop loin pour se rendre compte que tout est en train de s'entrechoquer ; ses rêves et la réalité. Il s'y perd, s'y noie. Leo choisie Claudia au reste du monde ici-bas. Pourtant, pourtant Daniel revient, usant une énième fois de sa voix, rappeler à l'esprit du blond qu'il n'y nul océan sur lequel se laisser porter. « Elle portait un médaillon… Une pièce unique. » Il déglutit, s'en souvient, le voit encore flotter aussi certainement que les cheveux d'or de celle qu'il espère encore pouvoir sauver. Leo rouvre alors les yeux, Leo vient le mettre au défi de continuer. Mais rien, rien ne vient franchir ses lèvres, le tout réside dans ce dernier pas qu'il ose entreprendre, la main tendue déposant à même la table ce qu'il vient d'évoquer. « Je suis désolé… » Murmure qu'il omet tant il reste bloqué.

A l'instant où ses yeux se sont posés sur le médaillon, il a senti la prise se relâcher, la peau encore douce devenir rêche avant d'une dernière fois l'effleurer. Il croit encore ressentir l'effroyable vide que ces rêves ont laissé quand ils s'étaient manifestés. Il n'imaginait pas que ceux-là se réaliseraient de sitôt. Et les voilà, tous les deux, à ne plus savoir comment remonter d'aussi bas. Quant à Leo, il sent les eaux le submerger, perdre de ce calme récemment retrouvé. La tempête menace de nouveau, grisante au-dessus de ses flots. Et Claudia sombre, son regard éteint qui, sous les ondulations terrifiantes de l'eau, ne le quitte pas un seul instant. Pas une seule minute. Pas une seule seconde jusqu'à ce qu'elle ne disparaisse. Définitivement. Plus rien ne subsiste si ce n'est ce long sifflement qui abîme les tympans. Au loin, quelques éclairs viennent briser la pénombre, rappeler à Leo la perdition dans laquelle il erre depuis si longtemps. Il s'est éloigné de la vérité, celle que la côte était censé matérialiser ; il n'a pas su y rester, diriger par le besoin de croire qu'ils pourraient en réchapper. Elle, lui. Eux que le monde à briser jusque dans ces endroits empreins de répit, ceux dans lesquels il s'était reconstruit. Tout ce qu'ils ont manqué, toute cette autre vie. Et la panique. Et la détresse. Et la volonté de fuir pour ne pas se laisser consumer. Leo ne mesure pas l'avance que possède sa souffrance sur sa propre personne. Et, au-delà de la fatigue qui commence à le faire couler, Leo en revient à cet autre monde ; celui qu'il ne veut pas autant retrouver. Il y revient, l'azur esquinté de ses yeux toujours posé sur ce que Daniel a osé ramener, sur ce qu'il est venu lui imposer. Il savait, il savait qu'il n'irait jamais croire qu'elle puisse définitivement lui être arrachée alors il a osé. Il a osé. Et au-delà de sa torpeur, Leo semble trouver le courage de bouger, ne serait-ce que de légèrement s'animer. Il supplie en quelques murmures, sent ses membres commencer à trembler tant la nouvelle est lourde et désormais bien ancrée. Il aimerait s'en défaire, détourner ce regard qui est en train de le tuer. Parce qu'il y reste, sur ce médaillon, parce qu'il délaisse toute sa raison. Jusqu'à ses forces. Le corps qui s'effondre, les sanglots qui ne parviennent pas à se manifester. Leo demeure là, à genoux comme prêt à implorer. Implorer qu'il se soit trompé. Parce qu'il doit se tromper, pour sa sérénité, pour cette paix d'esprit qu'on tentait de lui faire conserver. Il doit s'être tromper. Il le doit. Ça se répète, ça se heurte dans chaque parcelle de son âme, s'inscrivant au fer rouge bien que ce soit inutile. La preuve est là, belle et bien là, il n'a cas tendre le bras, s'emparer du seul objet qui puisse définitivement lui faire perdre sa foi. Envolés les rires, les dires, les prières et les promesses. Envolés tous ces pansements déposées comme dans l'espoir de le soigner d'un vide profondément creusé. Et sa tête qui commence à tourner, ces nausées qui viennent le prendre d'assaut pour finalement aisément s'installer. Elles amènent cette instabilité, elles amènent tout ce qu'il n'a jamais été à même d'accepter, de contrôler ; tous ces sentiments entremêlés. Et, enfin, il sent le poids l'écraser, contre terre presque l'amener. Les genoux au sol, les cuisses qui terminent par rejoindre ses mollets, la tête baissée et toute sa posture qui semble s'en fatiguer avant que ses mains ne viennent se perdre contre ses traits brisés. Son univers et ses remparts s'effondrent. Enfin, les sanglots se trahissent et la vérité en lui s'immisce.         

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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Dim 25 Mar - 17:05

Pardon me for bringing these ill news.



Je sais qu'au moment où il va regarder le médaillon, vraiment le regarder, il aura compris et tout sera terminé. Et je sais à quel point ce moment est difficile, monstrueux et insupportable. Je ne le sais que trop bien et c'est pour ça qu'instinctivement, mes doigts tremblants viennent effleurer le médaillon que je porte autour du cou. Il est infâme ce moment où la réalité s'impose, où la vérité est indéniable. Pas d'échappatoire possible. On ne peut que faire face à ce qui arrive. On ne peut que réaliser pleinement que les espoirs sont envolés, bafoués, brisés, comme on l'est soi-même. On fait face même si l'espace d'un instant, on peut s'imaginer le meilleur encore une fois. Même si pendant quelques secondes, votre esprit vous emmène vers une autre réalité, celle que vous préféreriez.

Le téléphone portable qui sonne, mes paupières qui s'animent, ma main qui vient se saisir du téléphone portable pour m'apercevoir que c'est Matthew qui m'appelle et moi qui décroche.

« Pas maintenant. »

C'est net. C'est vif. Pas maintenant non.

« Daniel, on l'a retrouvée.
- De quoi tu parles ? »

Je me détourne de Leo un instant pour parler un peu plus fort.

« Elle était dans une autre pièce, une sorte de panic room. Les gars ont mis plus de temps à la trouver parce qu'elle était bien planquée.
- Je comprends pas ce que tu dis.
- Claudia est vivante. Ce n'était pas elle dans la cave. »

La tête qui tourne, l'oxygène qui manque.

« Quoi ? Mais les vêtements, le... Le dossier dentaire...
- Je sais. Je n'ai pas encore toutes les explications mais je t'assure que c'est bien elle qu'on a retrouvée en vie.
- Comment tu peux être sûr ?
- Les photos. C'est elle. Et elle est capable de dire qui elle est Daniel. Elle va bien. Tu n'as pas enc... »

Silence. Retour brutal à la réalité. Il est là, à genoux. Et je suis là, debout. Doucement, ma main vient se saisir de mon téléphone portable et mes yeux brouillés de larmes se posent sur l'appareil. Je le fixe un moment, en espérant bêtement qu'il se mette à sonner. En espérant bêtement que l'imagination va devenir la réalité. En espérant bêtement comme j'ai espéré à l'époque. En vain. Pas de coup de téléphone. Pas la moindre sonnerie. Pas la moindre bonne nouvelle. Pas le moindre soulagement. Juste l'horreur et la douleur. Et Leo qui termine par cacher son visage dans ses mains et comme l'image m'est horriblement et douloureusement familière. Je me souviens quand elle s'est effondrée. Il a suffi d'un regard quand elle m'a demandé si c'était bien lui, si c'était bien Jason. Il a suffi de ce seul regard pour que tout se brise en elle comme tout vient de se briser à l'intérieur de l'homme que j'aime. Mon regard se lève vers le plafond et je pleure silencieusement, la rage au ventre. Tant de rage au ventre... Puis je prends une profonde inspiration. Je sais que je ne peux pas craquer. Je sais que je ne peux pas me le permettre. Pas maintenant. Pas alors qu'il a tant besoin de moi. Alors je lâche ce putain de sachet en plastique. Alors je laisse tomber mon téléphone portable sur le coussin du fauteuil, là où vient le rejoindre ma veste en cuir. Et je m'approche de Leo. Les pas... Ces mêmes pas qu'il y a quelques années. Et ces gestes... Ces mêmes gestes qu'il y a quelques années et pourtant... Pourtant, voilà que j'ai l'impression que c'était hier. Voilà que j'ai l'impression de revivre cette mort brutale, ce déchirement innommable alors que je m'agenouille derrière Leo et que mes bras viennent l'entourer. Je viens poser mon visage contre sa nuque et je dois me faire violence pour ne pas sombrer moi aussi.

« Je suis désolé... » que je lui souffle tout bas encore une fois, d'une voix encore plus tremblante. « Tellement désolé... »

J'aurais tant voulu lui épargner cela. Tant voulu...

« Je suis là. » que j'ajoute là encore dans un murmure en resserrant mon étreinte autour de lui qui pour le moment ne réagit pas.

Je resterai là des heures s'il le faut. A le tenir. A le bercer. A lui murmurer que je vais être à ses côtés quoi qu'il advienne.
Oui, je resterai là autant qu'il le faudra.



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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Lun 2 Avr - 0:36



Pardon me for bringing these ill news.
EXORDIUM.


Il a rejoint le sol, il a tenté de suivre Claudia dans des profondeurs qui, depuis longtemps, le frôle. Mais rien, rien ne parvient à l'y mener, Leo demeure là à silencieusement supplier malgré les sanglots enfin arrivés. Il les sent monter, se perdre contre sa gorge serrée pour finalement se trahir en un râle douloureux, plus que brisé. Non, tout son monde s'est écroulé dès lors que les rires de sa sœur se sont tuent. Dès lors qu'il a compris qu'il ne la reverrait plus. Et les nausées, encore. Toutes ces souffrances qui frappent un peu plus fort. Il tangue Leo, laisse sa voix tremblante et fatiguée se trahir au-travers de ses lèvres à moitié fermées. La peine se fait lourde de conséquence, dictant au blond que ce monde aura su finalement tout arracher jusqu'à Claudia et son enfance. « Pas elle... » Les syllabes se déforment derrière sa tristesse, elles osent venir se perdre dans ce séjour tout juste baigné d'un peu de tendresse. Il aurait dû ne rien faire, attendre. Continuer d'espérer, rappeler qu'elle pourrait revenir, bien leur faire entendre. C'est parce qu'il a tourné la page que les choses lui reviennent, c'est parce qu'il a osé avancer que les choses lui parviennent. Tout est de sa faute, tout l'a toujours été. Et dans sa chute incontrôlée, Leo vient avec hargne s'en persuader. Ça alourdit le palpitant qui s'emballe, augmentant la pression des maigres poumons qu'il trimballe. Tout son souffle lui échappe et au-delà de ce dernier soupire se brise un énième supplice. Une prière, un souhait, une demande qui se brise contre ses mains cachant ses traits. Leo sombre. Leo coule, pas aussi profondément que sa sœur qu'il aurait aimé suivre pourtant. Parce qu'il n'aurait pas dû la lâcher, parce qu'il aurait dû s'y accrocher quitte à s'en noyer. Ces eaux-là, ils les avaient parcouru tous les deux, ils s'y étaient perdus pour le mieux. Mais on défait tout, on vient le traîner à genoux. Elle blesse, la vérité. Elle vient siphonner toute cette candeur, ce qui repose en son cœur pour ne plus rien laisser. Rien hormis un vide, une solitude. Celle qu'il pensait pouvoir contrer comme à son habitude. Non, il avait tord. Il le comprend maintenant, Daniel vient lui faire comprendre par cette nouvelle, ce médaillon déposé pour continuer de plus belle. Leo n'a jamais fait qu'espérer jusqu'à déjà s'en briser, dans les méandres d'une douce folie se bercer. Il a été stupide, si ce n'est aveugle. Aveugle quant aux faits qui, par le passé, lui furent présentés. Aveugle quant à la réalité des faits ; jamais il n'aurait pu la retrouver aussi vivante qu'elle ne l'avait été, ce bonheur d'accroché à ses traits. Et, dans sa torpeur, il sent les barreaux s'enfoncer un peu plus profondément en son cœur. Ceux qui viennent le condamner à cette vie sans elle, sans ce maigre espoir qu'il savait pourtant bien trop frêle ; même malgré les cadeaux de cette vie récemment distribués à la pelle. Comme les bras de celui qui vient se perdre contre lui, les bras de celui dont la voix lui parvient, ravivant quelques peu ses esprits. « Je suis désolé... Tellement désolé... » Et l'étreinte qui se ressert, le brutal retour à la réalité des choses malgré tout ce qu'elle apporte. « Je suis là. » Lui, oui. Elle, non. Plus maintenant. Plus jamais.

Et il lui faut de longues minutes pour clairement l'admettre, pour sentir son âme s'en vider, brutalement se fissurer. Il lui faut bien de longues minutes pour tenter de se relever, sentant les mains de Daniel derrière lui l'assister. Parce qu'il peine à se redresser, à se hisser de toute sa hauteur pour pleinement essayer de marcher. C'est défait de ses habitudes, comme si tout – d'un seul coup – avait changé. Et, en soit, le fait est là. Tout a changé parce qu'elle ne sera plus jamais là, à portée de bras. Et ça résonne en lui, ça se répète à l'infini. Leo titube malgré tout, s'essayant à fuir tout ce qui pourrait le rendre fou ; à commencer par le médaillon qui, sous ses yeux, se fait toujours plus flou. Il s'y risque, laisse un coup d’œil se perdre dans cette direction, sentant cette bêtise abîmer un peu plus sa raison, ébranler ses volontés d'animation. Il ose quelques pas en direction de sa salle d'eau ; sans un bruit, sentant toujours Daniel dans son dos. Mais il ne parvient pas à s'y concentrer, il ne parvient qu'à s'en souvenir qu'au moment où ses pas franchissent le seuil de l'entrée de cette pièce difficilement retrouvée. « Ca va... » Qu'il souffle, la voix brisée, le cœur au bord des lèvres tandis qu'il en vient même à poser l'azur morne de ses prunelles sur son amant, annonciateur de cette triste nouvelle. Il le guette, le toise un instant. Rien qu'un instant comme dans l'espoir qu'il comprenne qu'il lui faut un peu de temps. Rien qu'un peu de temps. Chose qu'il doit voir, comprendre ; au moins apercevoir avant que Leo ne rejoigne le miroir. Et, les nausées plus dures que jamais, c'est au-dessus de l'évier qu'il se penche maladroitement, essayant de se concentrer sur sa respiration, sur tout ce qui finalement lui échappe sans qu'il n'est la possibilité de la moindre action. Subir, endurer le pire. Savoir tout ce qu'il se doit de franchir, accepter que sa douleur ne fasse que durcir. Et, dans cette perdition, il ose un regard, bravant les éclats noirs. Il ose relever les yeux, se perdre sur son reflet miteux. C'est dans cette contemplation qu'il se souvient toutes les promesses qu'il s'était faite, dans cette contemplation même qu'il se rappelle avoir promis qu'il saurait la ramener saine, sauve, dans un foyer qui saurait lui rappeler ce que serait la sécurité, ce que voudrait dire être aimée. Il a échoué. Il a échoué, et ils l'ont tué. Le premier coup part, instinctivement, laissant son coude s'emplir de sang. Parce qu'il y revient, à cette violence, parce qu'il réitère, encore et encore, n'en finit plus et recommence. Les éclats de la glace rejoignent l'évier, le sol ; abîmant Leo qui n'en canalise plus cette rage folle. Parce qu'elle hurle en lui, toujours plus fort. Parce qu'elle l'étreint jusqu'à le briser sous l'effort. Et il cède, Leo, il cède à tout ce qui vient lui tomber sur le dos. Pourtant il sent d'autres bras le retenir, dans son élan l'arrêter puis le banir. Il sent Daniel le forcer à reculer, entre ses bras forcé à se calmer. Et il peine à y parvenir, croyant encore être hanté par les maigres souvenirs de son rire. « J'avais promis, putain ! J'avais promis qu'elle rentrerait ! »         

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MessageSujet: Re: Pardon me for bringing these ill news. [Leo]   Ven 6 Avr - 17:47

Pardon me for bringing these ill news.



Silence qui s'installe. Pesant. Déchirant. Secondes qui s'étirent et qui sont déchirantes elles aussi parce qu'elles nous plongent un peu plus encore dans l'horreur, dans la douleur. Surtout lui. Surtout lui... Lui que je voudrais pouvoir protéger de tout ça. Lui que je voudrais pouvoir épargner mais ce n'est pas en mon pouvoir. Non, ça ne l'est pas. Je peux lui apporter mon soutien. Je peux faire au mieux mais je ne peux pas l'épargner, je ne peux pas l'enlever à la monstruosité de ce qu'est devenue sa réalité maintenant qu'il sait. Cette impuissance est dure à encaisser. Très, très dure. Et ce pourquoi qui revient me hanter. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Pourquoi Jason ? Pourquoi bordel ? Et je sais dans le fond que je ne trouverai jamais de raison, jamais. Je pourrais blâmer Dieu. Je pourrais blâmer le destin. Je pourrais blâmer tout et rien, tout le monde et personne. En vérité, c'est comme ça. C'est l’œuvre de personnes malfaisantes, et cela nous touche nous comme ça en a touché d'autres avant nous et comme ça en touchera d'autres après nous. Il faut l'accepter. Et ça a été très difficile d'accepter pour Jason. Une partie de moi n'accepte sans doute toujours pas et n'acceptera sans doute jamais mais après un dur travail oui, j'ai fini par être en paix avec cette idée de l'avoir perdu à jamais. Jusqu'à la mort de Claudia qui a tout fait remonter mais oui, j'ai réussi. Leo y parviendra-t-il ? Sera-t-il jamais capable de trouver ce semblant de paix ? De retrouver goût à la vie ? Pourrai-je l'y aider ? Il va falloir. Il va falloir que j'en sois capable. Que je sois ce roc contre lequel il pourra s'écraser autant de fois que nécessaire. Et c'est parce qu'il faut que je sois ce roc que j'épouse ses mouvements quand je le sens bouger pour tenter de se relever après ce qu'il m'a semblé être d'interminables minutes de silence. Mes doigts serrent, mes mains s'accrochent et je l'aide à se remettre debout, guettant la faiblesse, guettant la chute, préparé à cette éventualité que son corps le lâche sans crier gare. Et quand il s'essaye à quelques pas, j'ai du mal à le lâcher, à le laisser faire et pourtant je le fais. Pourtant je l'observe, au plus près de lui mais sans plus le tenir parce que je sais son besoin de se mouvoir de cette façon. Je le sais. Je le comprends. J'en ai fait des pas en long, en large et en travers dans ce foutu salon après. Juste après... Alors oui, je le laisse faire.

Mais aux aguets.

Mes pas suivent les siens jusqu'à la salle de bain, la peur au ventre qu'il ne flanche parce qu'il va flancher. Je le sais. Cela ne se passera pas autrement. D'une façon ou d'une autre. Son « ça va » me fait crisper la mâchoire. Parce que ça me fait mal d'entendre sa voix brisée de cette façon. Si mal... Un frisson désagréable me parcourt l'échine parce que ça me ramène encore une fois à cette voix brisée que j'ai entendue quand elle a vu mon visage, quand elle a su. Le parallèle est trop vif, trop violent et plus les secondes passent, plus j'ai du mal à être ce roc qu'il faut que je sois. Plus particulièrement quand je croise son regard. Un échange silencieux. Un échange dont je saisis l'existence rapidement. Nous nous connaissons trop pour être incapable de comprendre ce que ressent l'autre. J'hésite l'espace d'une seconde. J'hésite parce que je crains de le laisser mais je me détourne finalement de lui et sors de la salle de bain pour m'en retourner dans le couloir. Je regrette aussitôt cette décision parce qu'en réalité, tant que j'étais face à lui, même si c'était difficile, je tenais. Mais à présent... Je fais encore quelques pas pour m'éloigner de la salle de bain et termine par m'appuyer contre le mur un peu plus loin, plaquant ma main contre ma bouche pour contenir le sanglot qui menace de s'en échapper. Les larmes reviennent me brûler les yeux. Cela fait si mal... Le bruit me fait sursauter. Je n'en comprends d'abord pas la provenance, imagine même que c'est dans ma tête alors je tends l'oreille et cela me parvient de nouveau. Et je comprends. Je ne sais pas contre quoi il cogne mais il cogne alors j'essuie mon visage à la va-vite en fonçant jusqu'à la salle de bain. Il n'y a qu'un bref instant de flottement lorsque je le vois faire, lorsque je le vois cogner contre le miroir déjà en morceaux, lorsque je vois le sang. Et je fonce. Sans réfléchir je fonce. Je l'arrête dans son entreprise violente en l'entourant de mes bras, en bloquant les siens avec force. Mais il se débat. De toutes les forces qu'il lui reste il se débat et je serre encore plus. Torse contre son dos, son corps enfermé dans mes serres comme un aigle retient sa proie sauf que Leo n'est pas ma proie. Il est celui que je dois soutenir, que je dois protéger de lui-même en cet instant.

« Je sais ! » je lui réponds en haussant le ton pour couvrir ses hurlements. « Je sais ! » je répète une seconde fois en continuant de serrer parce que je le sens encore essayer de forcer, de se débattre, de se défaire de mon emprise. « Je sais que tu avais promis mais ce n'est pas de ta faute Leo ! Ne pas pouvoir tenir cette promesse n'est pas ta faute ! »

La plainte qui s'échappe alors d'entre ses lèvres me tord les tripes au point que je dois laisser aller mon visage contre sa nuque une seconde pour ne pas craquer. Car je ne le peux résolument pas.

« Je sais... » je répète pour la énième fois dans un murmure la voix tremblante.

Je sais sa peine. Je la sais. Je la partage. Et c'est pour ça que je ne le lâche pas. Jusqu'à ce que je sente son corps se décontracter. Trop en fait. Beaucoup trop. Je sens le poids de son corps qui lâche. « Viens-là... » que je murmure en soutenant son corps, en le forçant à puiser dans ses dernières forces pour faire juste quelques pas, juste assez pour ne pas se retrouver sur le sol de cette salle de bain souillée de morceaux de miroir. Juste assez pour le faire s'asseoir dans le couloir, dos contre le mur face à la lumière de la salle de bain. Et moi de me mettre à genoux devant lui, de glisser ma main sur sa joue, de chercher son regard qui m'apparaît soudain trop éteint. Là encore je dois me faire violence pour retenir mes larmes. Le sang que j'aperçois me détourne de son visage et mes doigts viennent effleurer les blessures qui sont nombreuses sur ses mains et ses bras.

« On va soigner ça. »

Ton résolu. Voix ferme. Le plus possible en tout cas. Je me redresse et lui tourne le dos pour m'en retourner dans la salle de bain dont j'observe le sol un instant. C'est terrible... Comme ces morceaux de miroir brisés au sol ne sont jamais qu'à l'image de celui qui est assis dans le couloir en ce moment même... Je m'en détourne et ouvre le placard pour récupérer la trousse de secours avant de retourner auprès de Leo qui n'a pas bougé. On dirait toi. Je balaye la pensée d'un bref mouvement de tête. Non, je n'y penserai pas. Non. J'entreprends d'imbiber des compresses de désinfectant avant de me saisir du bras le plus touché où de nombreuses coupures sont présentes, sur lesquelles j'applique la compresse qui s'imbibe bien vite de sang. En silence. Parce qu'il n'y a rien à dire. Moi, je ne n'ai rien à dire. Que pourrais-je bien lui dire pour apaiser sa peine ? Rien. Absolument rien. Là, tout de suite, il va devoir apprendre à vivre avec.

Il n'a pas le choix.



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