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 Après la tempête [Maeve]

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MessageSujet: Après la tempête [Maeve]    Mer 7 Mar - 9:43

~Samedi 30 décembre – Dans l’après-midi ~

Assis face à une grande tasse de café, Justin pianote sur la table tout en lançant régulièrement des regards vers l’extérieur à travers la grande vitre qui donne sur la rue. Il ressent une sensation étrange, un truc sur lequel il a du mal à mettre des mots. C’est lui qui a pris contact avec Maeve pour lui donner ce rendez-vous et discuter avec elle autour d’un café. Et cette initiative, il l’a prise parce qu’il avait la sensation de ne pas pouvoir faire autrement. Que c’était important, parfaitement logique. Il voulait la remercier tout d’abord, pour ce qu’elle avait fait pour lui au Magnificient Mile. Maintenant qu’il n’avait plus de plâtre, il réalisait à quel point il avait de la chance de se sortir quasi indemne de cet accident. Aucune séquelle grave, rien. Sa vie normale reprenait son cours, presque comme si rien ne s’était jamais passé. Et ça, c’était entièrement grâce à elle. Parce qu’elle avait eu le courage de venir l’aider dans le chaos alors que beaucoup de gens étaient passé à côté de lui sans réagir, osant à peine le regarder. C’était là une partie de l’événement qu’il occultait souvent. Ne voulant pas se rappeler de la laideur humaine. Ne se concentrer que sur le positif, que sur Maeve qui s’était mise en danger pour lui, sans même le connaître, sans même savoir sur le moment qu’ils étaient au final plus liés que ce qu’il paraissait. Oui, pour ça il avait ressenti l’envie de la revoir, de discuter autour d’un bon café.

Mais ce n’était pas la seule chose qui tournait dans sa tête alors qu’il jetait des regards de plus en plus fréquents vers l’extérieur pour guetter son arrivée. Il savait que dans cette discussion qui allait se nouer entre eux, une personne allait nécessairement s’imposer. Taylor. Justin savait bien qu’il finirait par en parler. Parce qu’il en avait besoin ? Peut-être. Parce qu’il voulait savoir comment Maeve réagissait ? Sans nul doute aussi. Lui-même avait été atterré mais peut-être n’était-ce rien comparé à ce qu’avait ressenti celle qui partageait sa vie. Mais maintenant il était debout, prêt à se battre pour son amie. Prêt à tout pour elle, il le sentait dans chaque recoin de son corps…

Lorsque la silhouette de Maeve se fit visible, Justin se redressa un peu vivement sur sa chaise et manqua de renverser une partie de son café. Conscient du ridicule de la situation, il toussota légèrement et tenta de se reprendre alors que la jeune femme passait la porte de l’établissement. Il se leva alors de son siège et lui fit signe pour qu’elle le repère. Et lorsqu’elle fut en face de lui, il se passa quelque chose d’étrange. Un instinct qu’il n’aurait su expliquer. Sans réfléchir une seule seconde à son acte, Justin prit la jeune femme dans ses bras, l’espace de quelques instants. Comme si c’était exactement ce qu’il devait faire. Il recula ensuite légèrement, affichant un sourire un peu gêné alors qu’il prenait conscience de la situation et de ce qu’il venait de faire. Un peu abrupte comme entrée en matière.

« ‘Scuse-moi, j’ai dû voir trop d’films, j’avais l’impression que c’était l’truc à faire. »

Justin laissa alors échapper un rire nerveux avant de s’asseoir à la table et de faire signe à Maeve de faire de même en face de lui. Son café à lui était encore bien plein, cela ne faisait pas si longtemps qu’il était sur place.

« Qu’est-ce que tu veux boire ? J’t’invite bien sûr. »

Ce n’était pas lié à une quelconque galanterie, bien que Justin soit du genre à avoir intégré ces vieux principes. Mais à ses yeux, il devait bien ça à la jeune femme, un café. Sans elle, il ne serait peut-être pas là en train de boire le sien qui fumait encore.

« Et euh… Comment tu vas ? »

Commencer en douceur, Justin sentait encore une sorte de pointe de stress en lui, aussi absurde que cela puisse être. Sa jambe s’agitait nerveusement sous la table mais il tentait de regarder Maeve tranquillement, de ne pas passer pour un taré. Si ce n’était pas déjà le cas d’ailleurs.
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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Mer 7 Mar - 19:00




Capuche vissée sur la tête, regard baissé, je déambule dans les rues humides et glaciales de la Cité des vents en direction de l'adresse fournie quelques jours plus tôt. Mains dans les poches protégées seulement par des mitaines,  j'empêche mes mâchoires de trembler en serrant les dents, probablement trop peu vêtue pour ces températures hivernales. Assez pour la joie des transports en communs surchargés en cette période. Ce n'est qu'une fois parvenue au croisement du café dans lequel Justin doit déjà m'attendre que je m'arrête, peu certaine de la raison qui m'a poussée à accepter cet entrevu. Non pas que j'ai quelque chose contre le jeune homme, au contraire. Compte tenue des circonstances il a l'air tout ce qu'il y a de plus sympathique et nous possédons déjà une connaissance commune. Mais je ne le connais pas. Même si nous avons partagé un moment important, que je l'ai aidé dans une situation critique, je ne le connais pas. Et le problème vient de moi. Parce que je ne suis pas certaine que c'est le bon moment pour faire connaissance avec cette version de moi-même. Cette mise à jour crevée physiquement, usée psychologiquement, anéantie sentimentalement. Cette version joliment planquée sous le masque de la bonne humeur presque constamment. Presque. Je ne suis qu'une lionne de cirque, qui saute d'un tremplin à l'autre par peur des coups de fouets en rêvant secrètement de s'évader. Qui rugit mentalement dès qu'on la remet dans sa sordide petite cage pour être nourrie comme un vulgaire petit chiot. Oui, je suis cette foutue lionne, que l'on piquera quand, dans un accès de folie, elle se retournera contre son dompteur. Du moins intérieurement. Le reste du temps, je porte ma laisse proprement, comme une reine. Je souris, je ris, je soutiens, j'écoute, je prends des pincettes, tente mais ne force pas. Je cache ma colère, ma tristesse, ma frustration. Je suis Maeve. Qui rêve d'être quelqu'un d'autre.

Un regard dans la vitrine devant moi. Je n'ai pas si mauvaise mine aujourd'hui, merci les correcteurs. M'arrachant à mon reflet je bifurque finalement dans la rue qui fait l'angle et m'arrête devant le café, redressant mon visage pour être certaine d'être au bon endroit. Poussant la porte, je ne tarde pas à repérer le blondinet, que je vois debout pour la première fois et qui, malgré sa taille moyenne, me paraît être diablement plus grand que dans mes souvenirs. M'avançant jusqu'à lui, je n'ai pas le temps d'émettre le moindre soin qu'il me prend dans ses bras pour me saluer, ce qui me fait me tendre légèrement sous la surprise. « Oh wow...heu...okay... » J'acquiesce à ses mots alors qu'il se justifie, prenant place face à lui, souriant nerveusement pour effacer la petite gêne. « C'est mon côté européen un peu réfractaire au rapprochement physique trop rapide. » Je lui réponds sur le ton de la confidence, comme pour dire que c'est déjà oublié. À sa question, j'ai envie de répondre un double café avec une tonne de chantilly trop sucrée, deux éléments interdits à cause de mon cœur malade. Et raisonnable, je le suis depuis de nombreux mois. Plus d'herbe, plus d'autres drogues occasionnelles, plus d'alcool ni d'efforts physiques. Pour ce que ça m'a servi d'être raisonnable...  « Un double café chantilly s'il te plaît, ce sera parfait » J'emmerde le fait d'être raisonnable ! Un sourire, qui disparaît dans la foulée quand il reprend la parole. « Et euh… Comment tu vas ? » Merde... je ne suis plus vraiment habituée à ce qu'on me pose la question. Depuis trois semaines, quand je croise des gens qui connaissent Taylor, c'est d'elle qu'on me demande des nouvelles. Ce qui est normal après ce qui est arrivé. La vérité ? J'en ai marre de leurs questions, de leur regard empli de pitié ou de condescendance, d'inquiétude. J'en ai marre de devoir combler les blancs pour paraître crédible alors que je ne sais pas. Je ne sais pas comment va Taylor. Je ne sais plus grand chose de toute façon. Je ne sais pas comment je vais moi. Ou seulement d'un point de vue technique. Je sais que j'ai la trouille. Constamment. Quand je ne suis pas avec elle pour ce qu'elle pourrait faire, quand je suis avec elle à cause du silence. Nous avons retrouvé une certaine tendresse, une certaine complicité mais...ce n'est pas comme avant. Et plus le temps passe, plus je me dis que ça ne sera plus jamais comme avant. Cela dit, je ne peux pas non plus être la salope qui pense ce genre de choses alors....je ne sais pas comment je vais. Je sais que je me sens de nouveau fatiguée et que ce n'est pas seulement à cause de mes nuits trop courtes. Je sais que je recommence à être essoufflée parfois, même quand je suis tranquillement assise sur le canapé. Je sais que le traitement qui avait fonctionné jusque là est en train de montrer ses limites. Je sais que d'ici peu de temps, mon cœur se remettra à déconner. C'est une putain de certitude. Mais je ne peux pas non plus m'apitoyer sur ma cardiomyopathie à Justin que je connais à peine. Alors je louche sur son bras qui a l'air de s'être remis. « C'est pas moi qui me suis reçue un plafond sur la tronche. Enfin si, j'étais là, mais je suis la chanceuse de service. Comment toi tu vas ? Le bras je dirai que c'est bon mais la tête je sais pas...tu m'as quand même serré dans tes bras et j'ai senti ta main s'attarder entre mes omoplates au moins trois secondes de trop. T'es sûr que tout est remis là-dedans ? » Changer de sujet et jouer la carte de l'humour. Qui sait, si je me force un peu, ce moment pourrait me faire du bien. Après tout il n'est pas responsable des maux de ma vie.

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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Sam 10 Mar - 10:54

La gêne de Maeve face à l’étreinte qu’il venait de lui imposer n’avait pas échappé à Justin. Il se sentait alors d’autant plus stupide face à son acte, n’ayant pas réfléchi une seule seconde avant de le faire. Pour autant, la jeune femme ne sembla pas s’en formaliser et expliqua même sa propre réaction avec distance et légèreté. Justin lui adressa alors un sourire amusé, rassuré par ces quelques mots, avant de reprendre sa place. Il aurait été embêtant que dès le début de leur conversation, l’ambiance devienne gênante. Oui clairement, Justin aurait sans doute accumulé les boulettes et ça aurait pu tourner en carnage. Il se reconcentra donc sur des choses simples, questionnant la jeune femme sur ce qu’elle désirait boire. Dès que la réponse fut donnée, il fit signe à un serveur et passa la commande avant de retourner son attention vers Maeve. Maladroitement, il lança la conversation sur une question qui à ses yeux était tout à fait pertinente. Elle pouvait paraître anodine et simple mais avec les récents événements, elle était un peu plus profonde que ça. Pourtant, la demoiselle sembla la prendre comme si la réponse était évidente et tourna son attention sur Justin, toujours avec humour. Le jeune homme se laissa embarqua par cette légèreté et laissa échapper un simple rire alors que le café chantilly de Maeve prenait place devant elle.

« Oui, mon bras va très bien, on m’a enlevé mon plâtre il y a quelques jours. Mais j’te confirme que ma tête aussi va très bien, non mais ! »

Justin rit alors de nouveau. Il n’était clairement pas vexé par les propos de Maeve, au contraire, ils l’aidaient à redescendre un peu en pression et à aborder cette conversation avec plus de naturel. Et c’était ce qu’il fallait. Il était venu ici poussé par quelque chose qu’il ne saurait exprimer avec des mots. Mais il en avait ressenti le besoin et s’il continuait à se débattre avec sa propre gêne, rien de positif ne pourrait sortir de ce moment, hormis quelques sourires crispés. Justin attrapa alors sa tasse de café et laissa une gorgée bien chaude le réchauffer de l’intérieur.

« Mon père a toujours dit qu’j’vais la tête dure, faut croire qu’il avait raison. »

Cette fois, ce fut un sourire plus tranquille et maîtrisé qui se dessina sur le visage de Justin. Oui son père avait sans doute raison et c’était une bonne nouvelle. Il aurait pu faire partie de ceux qui ne se sont jamais remis de cet accident. Il aurait pu.

« Merci de m’avoir aidé… T’sais, j’étais dans les vapes mais j’les ai vus… »

Justin marqua une légère pause, poussa un long soupir, ses doigts jouant nerveusement avec l’anse de sa tasse.

« J’les ai vus, ceux qui m’ont regardé coincé et qui ont détourné le regard. »

Justin s’arrêta là. Des mots se battaient dans son esprit, prêts à sortir mais il les contint. Parce qu’ils étaient trop forts, parce que les prononcer risquait de faire trop mal. Oui, il les avait vus ceux qui étaient prêt à le laisser mourir. Il ne savait pas comment lui aurait réagi et peut être aurait-il fait la même chose. Mais les situations n’étaient pas inversées. Il avait été celui qui avait besoin d’aide, celui qui avait vu les autres l’abandonner. Et s’il était toujours un jeune homme enjoué et souriant, ces souvenirs faisaient naître de la colère en lui. Une forme de rancœur sourde à laquelle il n’était pas habitué.

« Enfin bref. T’es p’t’être une chanceuse, mais une chanceuse courageuse ! »

Justin releva alors la tête vers Maeve et lui adressa un sourire franc. Il se saisit ensuite de sa tasse, comme pour se cacher derrière et but de nouveau quelques gorgées. Son regard s’attarda, sans qu’il ne s’en rende compte, quelques secondes sur l’extérieur. Il n’aimait pas remuer tout ça mais il lui semblait important, essentiel de remercier cette jeune femme. Garder de la reconnaissance en lui, pour que la haine ne prenne pas trop de place.
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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Mer 14 Mar - 19:11




Mes yeux dérivent sur le bras estropié dont il me parle, et qui semble en effet aller mieux. J'essaie de me concentrer sur ses paroles, de ne pas laisser mon esprit s'aventurer là où il devrait pas, de me focaliser sur cette petite bulle d'oxygène que le jeune homme a peut-être à m'offrir. Juste un moment de positivisme dans cette marée noire qui déferle et ravage ma petite vie encore et encore. Il est pourtant l'une des rares choses biens que j'ai fait ces derniers temps. Protéger ce bras du mieux que je le pouvais avec les moyens du bord, veiller sur lui pour ne pas qu'il s'endorme et me claque entre les doigts, le rassurer pour ne pas qu'il cède à la panique. Trouver une solution pour le bouger tout en gardant sa tête immobile. Et cette ballade en luge n'a finalement pas été une si piètre idée que ça puisqu'il se tient face à moi présentement, visiblement remis de toutes ses émotions et en bonne santé. Et si je ne cherche aucune forme de reconnaissance et n'attend un quelconque remerciement, je suis heureuse qu'il aille bien. Ça m'avait semblé naturel sur l'instant. Normal. La chose à faire. Mais son discours prouve que ce que j'ai fait pour lui là-bas, dans les décombres du centre commercial, n'était finalement pas si naturel que ça pour tout le monde. Je vois son regard se perdre quelques longues secondes alors qu'il se remémore l'indifférence des autres face à son état critique, et je me concentre un instant sur mon café et la chantilly, dont une fine ligne perle le long de l'extérieur du mug. Mon index remonte le long de cette dernière, l'effaçant d'un geste lent. Si seulement mes problèmes étaient si aisément effaçables. Le portant à mes lèvres, je reporte ensuite mon regard sur le blondinet, lui adressant un sourire un peu triste.

« Je ne crois pas que tu devrais le prendre trop...personnellement. » Parce que dans une certaine mesure, je les comprends. « Les gens ont une façon unique de réagir en situation de crise. On aime penser qu'en cas de catastrophe on serait le héros.... » L'Histoire est remplie de héros, d'hommes braves dont on a fait mille fois les éloges. Combien de salauds pour un seul héros ? Combien de gens ordinaires essayant de survivre pour un seul héros ? « Il y a peu de chances qu'on réagisse de la bonne façon. C'est notre instinct de survie. » Et c'est cet instinct de survie qui nous a permis d'évoluer pour être ce que nous sommes aujourd'hui. « Ils ne t'ont pas ignoré par volonté d'indifférence. Ils ont simplement pensé à leur survie avant la tienne. Ils ont été égoïstes, c'est tout. Et c'est la nature humaine. » Les mots sont sans doute pessimistes mais la pensée ne l'est, au final, pas tant que ça. Je veux simplement qu'il comprenne que cette laideur à laquelle il a assisté n'était qu'un mécanisme primaire, que ce n'est pas si moche que ça le semble. Qu'au fond, lui comme moi, dans une autre situation, en présence de gens que l'on aime, réagirions peut-être de la même façon. Pour les préserver eux, à défaut de vouloir nous préserver nous mêmes.

Et si je les comprends c'est parce que quelque part c'est exactement ce que je ressens. Je n'ai pas l'impression d'être courageuse ni brave et encore moins compréhensive. Moi aussi j'aspire à vouloir fermer les yeux ou détourner le regard pour ne plus assister au spectacle pathétique de ma propre vie. De ce quotidien qui me vide plus sûrement au fil des jours. Je ne me sens pas comme la fille que Justin décrit. Je ne me sens pas comme la petite amie solide et aimante que je suis censée être. Pas alors que mes pensées se noient dans des envies si opposées à l'image que je renvoie. « Ouais, je suis une chanceuse.... » Avec un cœur de merde, une durée de vie limitée et une petite amie suicidaire. Une putain de chanceuse. « Mais je ne suis pas courageuse. » Je finis par plonger les lèvres dans la crème chantilly, prenant une gorgée de café avant de laisser le bout de ma langue effacer la ligne blanche formée sur le dessus de ma bouche. Bordel ça faisait longtemps.... ça aussi ça me manque. La caféine. Encore une chose abandonnée. « Enfin, je ne me sens pas comme tel. » Moi aussi je veux baisser les bras, me laisser tomber dans une chute libre sans fin jusqu'à oublier même pourquoi j'ai sauté. Je redresse à nouveau mes yeux dans les siens, soufflant pour effacer ces sinistres pensées et lui adressant un sourire sincère. « Je suis contente que tu ailles bien Justin. Vraiment. » Ma main vient se poser sur la sienne sur la table, caressant ses doigts de mon pouce quelques secondes avant de rompre le contact.

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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Mer 21 Mar - 10:59

Les souvenirs de l’accident étaient et seraient toujours vivaces dans l’esprit de Justin, il le savait. S’il avait réussi à passer outre, à continuer à avancer malgré ça, sans même avoir besoin de tant de temps, cela n’empêchait pas qu’il ne pouvait rien effacer. Il s’en souviendrait, il devait s’en souvenir. Et ce qui l’avait le plus marqué, ce qui s’était inscrit dans sa mémoire avec une rare violence, c’étaient les regards de ses gens. C’était cette impression que personne n’allait jamais s’arrêter et qu’il allait rester là, coincé sous sa machine. Justin s’était vu attendre désespérément de l’aide et perdre ses forces, seul, incapable de rien. Cette idée lui donnait des frissons. Alors oui, lorsque Maeve s’était finalement rapprochée pour venir l’aider, il avait ressenti beaucoup de sentiments positifs à son égard. Sans elle, il ne s’en serait peut-être pas tiré juste parce qu’on n’aurait pas pris le temps de lui filer un coup de main… Et cette idée était révoltante. Pourtant, lorsque la jeune femme livra son avis sur la question, Justin hocha la tête. Il comprenait ce qu’elle disait. Elle n’avait pas tort, loin de là. Enfin, presque. Parce que Justin ne voyait pas l’homme comme un être égoïste, dompté par son seul instinct de survie. Parce qu’il voyait les parents prêts à tout pour leurs enfants, ceux, héros de leur pays, qui se battaient pour le confort des autres. Alors, dans sa vision presque naïve du monde, il se persuadait que la nature humaine était plus reluisante que ça même s’il ne savait pas lui-même comment il aurait réagi s’il n’avait pas été blessé.

« J’sais bien qu’c’est pas lié à moi… Mais c’est vrai que les voir continuer leur chemin… Enfin bref, j’me dis que la nature humaine est pas si terrible parce que vous êtes deux à m’avoir aidé. »

Un sourire se dessina alors sur le visage de Justin. Il continuerait d’y croire, de s’accrocher à cette vision du monde. Parce qu’au final, c’était ce qui faisait qui il était. Et quelque part, il en était presque fier. Pouvoir sourire encore et encore, c’était sa façon à lui de prendre la vie à bras le corps. De même que de souligner les choses positives qu’il remarquait chez les autres. Et à ses yeux, Maeve était vraiment courageuse. Elle-même venait de dire quelle voyait l’homme poussé par son instinct de survie. Si elle était allée contre le sien pour l’aider, c’était bien parce qu’elle était pleine de courage, non ? Sauf qu’apparemment, la jeune femme ne semblait pas accepter cette image positive d’elle-même, bien au contraire. Alors qu’elle profitait de sa boisson chaude, elle expliquait qu’elle ne se voyait pas comme courageuse. Justin, dans sa bonhommie habituelle, s’apprêtait à réitérer ses propos et à l’encourager dans cette voie. Il fut cependant coupé dans son élan par une main posée en douceur sur la sienne. Un contact rapide, des mots rassurants. Il ne s’y attendait pas et la surprise fut clairement lisible sur son visage.

« Merci. »

Il avait légèrement rougi, comme un enfant. Parce qu’au fond, les mots de Maeve était touchant. Ils ne se connaissaient au final que peu et pourtant, elle était sincère. Savoir qu’une personne extérieure se réjouit de vous voir en un seul morceau, cela fait toujours du bien. Reprenant un peu de contenance, Justin attrapa sa tasse de café et la porta à ses lèvres. Alors qu’il reposait lentement la tasse sur sa soucoupe, il avait retrouvé son sourire et son air assuré, presque sale gosse.

« Mais tu m’détourneras pas de mes pensées premières, t’es courageuse et j’bois ce café à ça, à ce courage qui fait que j’marche encore sur mes deux jambes. »

Et il rit légèrement. Simplement, en douceur. Qu’importe que Maeve ait une image négative d’elle-me^me, à ses yeux, elle resterait celle qui l’avait tiré d’une situation dramatique, d’un moment difficile où il avait ressenti une solitude profonde. L’impression d’être abandonné de tous. Elle l’avait tiré de là et ça aurait toujours une valeur particulière, quoi qu’elle puisse en penser. Mais il se doutait bien que pour elle, voir le positif ces derniers temps devait être compliqué. Une ombre passa alors sur le visage du jeune homme. Il avait un sujet au bord des lèvres, des questions, un besoin aussi d’informations. Mais comment l’aborder ? Maeve n’avait peut-être pas envie d’en parler, elle devait le faire régulièrement déjà. Alors, qu’est-ce qui pourrait la pousser à partager ça, une fois encore avec Justin ? Il n’en savait rien et ce sentait un peu con à l’idée de lui imposer une conversation difficile une fois de plus. Mais c’était plus fort que lui, alors qu’elle était là, assise en face de lui, il savait qu’il ne pourrait faire autrement que d’en parler.


« Et… Enfin, j’sais pas trop comment dire ça mais… Par rapport à Taylor, ça va comment ? »


Les mots étaient maladroits, mal choisis. Justin en avait conscience mais là résidait son problème principal, il ne savait jamais trop comment faire, comme s’y prendre. Alors il avait lancé les mots au hasard, se demandant ce qu’ils allaient créer, espérant qu’au fond, ce ne serait pas si terrible…
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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Lun 14 Mai - 22:13




« Mais tu m’détourneras pas de mes pensées premières, t’es courageuse et j’bois ce café à ça, à ce courage qui fait que j’marche encore sur mes deux jambes. »

Je le détaille pendant qu'il boit à mon courage dont il vante tant les mérites et qui me semble pourtant si fragile ces derniers temps. Moi, l'autruche qui préfère enterrer la tête dans le sable plutôt qu'affronter les problèmes. Moi, la peureuse qui favorise la fuite plutôt que la résolution. J'ai été ainsi la majeure partie de ma vie d'adulte. C'est cette même peur qui a brisé le couple que je formais à l'époque avec Taylor une première fois. Cette incertitude qui ne me quitte plus aujourd'hui. Le doute s'est insinué dans mon esprit, sournoisement. Il rit de moi de son air hautain et supérieur et je n'ai même pas la force de lever le majeur dans sa direction. Les rôles se sont inversés. J'ai encore peur aujourd'hui. De ne pas la retrouver. Qu'elle continue de s'éloigner de moi. Qu'elle ne m'aime plus et s'en aille. Peur qu'elle recommence. Que cette version d'elle-même soit définitive. Que nous ayons déjà traversé trop d'épreuves et que celle-ci soit celle de trop. Qu'on ne puisse plus recoller les morceaux trop souvent brisés. Et je ne suis pas certaine d'avoir la force de supporter tout ceci. Je ne suis pas certaine d'être si courage que Justin le prétend. Pas pour ça. Je suis fatiguée. Tellement fatiguée. Moralement. Psychiquement. Mais je dois être forte. Pour deux. Comment l'être pour elle si je ne le suis déjà pas pour moi.
Mais personne n'a envie d'entendre ça. Personne n'a envie d'entendre la complainte de la petite amie qui souffre. Parce que je ne suis pas celle qui ai intenté à sa vie et tente de se reconstruire. Je ne suis pas celle pour qui c'est difficile voire impossible. Je ne suis qu'un dommage collatéral parmi tant d'autres. Mais eux ne savent pas. Ils ne savent pas que les sourires qu'elle leur adresse sont feints et qu'une fois la porte refermée son masque d'indifférence réapparaît. Ils ne voient pas, eux. Ne subissent pas le silence pesant de notre appartement. Ce vide entre nous.
Je noie mes pensées dans la boisson chaude devant moi que j'allège de quelques gorgées avant de reposer la tasse doucement sur la table, me perdant un instant dans les reflets qui dansent à la surface du breuvage.

« Et… Enfin, j’sais pas trop comment dire ça mais… Par rapport à Taylor, ça va comment ? »

Et voilà. Taylor. Encore une fois.

Pendant de longues secondes mes yeux restent baissés sur la tasse et ce qu'elle contient, peu désireuse de reprendre la parole. Mais ce n'est pas un sujet que je peux éviter. Il me faut l'aborder, même quand je n'en ai pas envie. Et je suis tellement prisonnière de cette habitude qu'ont pris les gens à me demander de ses nouvelles parce qu'ils n'osent pas le faire directement que je ne comprends pas qu'au travers de sa question, c'est également à ma personne que Justin fait allusion. « Je... » Je lâche ma tasse, triturant le bout de mes manches dans un tic nerveux. « Elle.... » Je redresse mon visage sur lui, me calant au fond de ma chaise et cherchant les mots, plantant mon regard dans le sien, je soupire... « J'en sais rien. » J'en sais foutrement rien. De comment elle va, de comment je vais. Comment « nous » allons. « Je dis à tout le monde que tout va bien, que ça va mieux, qu'elle remonte doucement la pente et qu'on finira par voir le bout du tunnel, qu'elle s'en sortira mais la vérité c'est que je sais que dalle. » Une pause alors que je tire un peu plus nerveusement sur la manche de mon pull, sans comprendre pourquoi je lâche tout ça à une personne que je connais à peine. C'est peut-être justement la raison. Justin est presque un étranger. Il ne me connaît pas ou très peu et est moins à même de me juger. « Je ne sais pas comment agir ni quoi dire la plupart du temps. Je suis convaincue que je fais tout de travers. Que ce n'est pas ce qu'il lui faut. J'ai tout le temps la trouille. Qu'elle recommence. Qu'elle n'aille pas mieux. Qu'elle me quitte. » Je sens les larmes me piquer les yeux mais je refuse de craquer devant le jeune homme qui me fait face. Alors je les ravale. Aucune d'elles ne dégringolent sur mes joues tandis que j'inspire un grand coup. « Désolée. Je sais pas pourquoi je te dis tout ça c'est....ni le lieu ni le moment et t'es pas venu pour ça. Désolée. »

D'être si pitoyable et pathétique. D'être si égoïste. De ne pas réussir à gérer les épreuves qui me tombent sur le coin de la gueule. Lâche. Comme hier. Comme demain. La facilité. Toujours.

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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Jeu 17 Mai - 22:42

A l’instant où les mots avaient franchi la barrière de ses lèvres, Justin avait senti la pression monter d’un cran. Une sorte d’angoisse s’était installée en lui. Il n’était pas trop habitué à ça, lui voyait les choses simplement, avait plutôt tendance à déstresser les autres, à se dire que tout avait toujours une solution, que s’inquiéter ne servait à rien. Sauf que cela faisait un moment déjà que ses repères avaient été chamboulés. Il était toujours le même mais confronté à de nouvelles situations, à des choses qu’il aurait sans doute été incapable d’imaginer. Le geste de Taylor était complètement invraisemblable à ses yeux. Il avait fait naître en lui de nouvelles émotions, de nouvelles questions aussi. Et face à Maeve, il avait du mal à les ravaler, les ignorer. Il avait besoin de parler de tout ça, de partager, de voir aussi comment les autres réagissaient. Lui-même était parfois perdu, se sentait tour à tour égoïste, plein de force, fatigué… Et maintenant angoissé alors qu’il voyait bien que sa question avait mis Maeve mal à l’aise. Ses gestes devenaient nerveux et bien qu’il soit loin d’être doué pour saisir les émotions des autres, ça, ça ne lui échappait pas.

Les mots se font hésitant, elle cherche, elle réfléchit. Justin n’est pas à l’aise, il joue avec sa tasse de café, l’agitant un peu trop nerveusement. Il faut qu’il respire sinon il risque de créer une catastrophe une fois de plus. Maeve recule dans sa chaise et leurs regards se croisent. Il en est presque intimidé. Et puis finalement, comme si les pièces du puzzle arrivaient enfin à trouver leur place, Maeve commença à parler. Justin fut au début surpris de sa réponse. Sans doute s’était-il mal exprimé car dans sa question, il faisait référence à la jeune femme en face de lui et non à Taylor. Pourtant, intimidé par la sincérité des propos de son interlocutrice, il n’osa rien dire, hochant simplement la tête. Ils ne savaient rien. Lui, Maeve, Milo… Tous dans le même panier à chercher à comprendre, à ne pas savoir de quoi demain serait fait. Et ça pouvait rendre dingue, ça pouvait faire naître un terrible sentiment d’impuissance. Il comprenait.

Et puis, Justin se senti envahi par l’émotion. Alors que Maeve lui expliquait ce qu’elle ressentait finalement, comme elle était perdue, effrayée aussi, il fut touché. Il ressentit ses émotions dans ses mots et resta interdit, à la regarder, à s’imprégner de toutes ces sensations qui lui arrivaient en plein visage. Maladroitement, il attrapa sa tasse de café et avala une gorgée, comme pour se donner une contenance. Une grande inspiration et voilà que Maeve s’excusait. Justin posa alors lentement sa tasse sur la soucoupe. Cherchant ses mots, se sentant soudainement très gauche.

« En fait… J’suis v’nu pour ça. »

Justin avait dit cela en fixant sa tasse de café. Mais alors que ses propres mots se répétaient dans son esprit, il se rendait encore une fois compte de la faiblesse de ces derniers. Et ça l’énervait, cette impression de ne pas pouvoir s’exprimer correctement, dire les choses comme il les pensait vraiment.

« Enfin non… J’voulais pas t’rentre triste ou te faire chialer hein, promis, j’suis pas c’genre de sadique chelou. »

Justin esquissa alors un sourire maladroit. Comme lui. Comme ses mots, comme ses phrases. Pourtant, il ne se débina pas. Maintenant qu’il avait commencé à s’embourber autant y aller jusqu’au bout, il n’était plus à ça près de toute façon. Et surtout, surtout, quelque chose lui lui interdisait de couper court à cette conversation pour les mauvaises raisons.

« Mais j’me d’mandais comme les autres faisaient… Face à ça. Ouais, j’crois que j’avais b’soin de me confronter à d’autres réactions pour y voir plus clair. »

Parce que lui aussi était paumé, lui aussi se réveillait parfois la nuit avec la peur terrible que quelque chose soit arrivé, de nouveau. Il se souvenait de ce qu’il avait ressenti quand Milo lui avait appris ce qu’il s’était passé. Au-delà de la colère face au temps qu’on avait mis à l’avertir il y avait cette impression de vide… Cette rage à l’idée que Taylor ait pu se sentir aussi seule pour en arriver là. Mais aussi une détresse qu’il ne connaissait pas, qu’il ne comprenait pas complètement. Et quelque part, il ressentait le besoin d’en parler avec ceux qui connaissaient la même chose.

« Parce que j’ai l’impression d’pas tout comprendre, de pas savoir comment faudrait réagir ou si ce que je ressens est normal… ou complètement bizarre. »

Justin porta sa tasse de café à ses lèvres et en termina la dernière gorgée. Il la reposa dans un geste lent. Il leva les yeux vers Maeve, craignant presque ce qu’il allait y voir. Allait-elle le traiter de dingue, de voyeur et lui jeter sa tasse à la figure ? Ou trouverait-il finalement cette similitude qu’il cherchait ?
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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Lun 18 Juin - 22:14




Il est venu pour ça. Ses mots, pas les miens. Il est venu pour parler précisément du sujet que je redoute, qui m’effraie, celui que je veux fuir et revient sans cesse sur le devant de la scène. Sur le moment, j’ai presque envie de m’excuser et de m’enfuir de ce café pour aller traîner sur cette promenade au bord du lac, celle que j’affectionne tant quand j’ai besoin de me vider l’esprit, de faire le point et de rebooter un cerveau trop encombré de pensées négatives. Mais je ne le fais pas. Je reste assise, jouant nerveusement avec l’anse de la tasse posée devant moi, fuyant le regard du jeune homme qui me fait face. J’aurais préféré qu’il se contente de me remercier et qu’on ne fasse que parler de la pluie et du beau temps. J’aurais aimé que cet après-midi ne soit que légèreté et futilité. Juste quelques heures sans gravité. Mais c’est sans doute trop demandé. En tout cas maintenant. J’aurais sans doute le temps de me reposer après, quand la tempête sera passée. Quand mon cœur sera déjà trop usé pour aller de l’avant. C’est pourtant ce que je répondais à ma mère, plus jeune, quand elle me suppliait de ralentir la cadence et de souffler un peu. Que je me reposerai une fois morte. A cette époque, je n’avais pas prévu que ma vie risquait d’être courte. Aussi courte. Je n’avais pas prévu que la femme de ma vie tenterait de mettre un terme à la sienne. Je n’avais pas prévu de me sentir aussi désarmée, aussi désemparée. Aussi inutile.
Et je ne comprends pas pourquoi Justin tient tant à avoir mon avis, sinon celui des autres sur le sujet. Ma qualité de petite amie me conférerait-elle un savoir sur le sujet que les autres n’ont pas ? Si c’est le cas j’ai dû passer à côté. J’ai raté le coche et bifurqué sur la mauvaise autoroute. Ça expliquerait cette sensation permanente de nager à contre-courant. Et j’ai beau lutter, tenter de garder la tête hors de l’eau, la force du courant me mène inévitablement vers les rapides.

« Je n’ai pas les réponses à tes questions. Je ne peux pas t’aider à y voir plus clair. Parce que je ne sais pas. Je ne sais rien. »

Avis tranché, sans prendre de pincettes. Pourquoi je devrais savoir mieux que les autres, ou à défaut, savoir tout court ?
La suite de son discours ne m’aide en rien à cacher un certain agacement. Je n’ai pas envie d’être brutale avec lui alors je me contiens. Il ne mérite pas la bassesse de me servir de lui comme punching-ball juste parce qu’il vient inconsciemment de me tendre une perche Justin n’est pour rien dans mes problèmes actuels. Mais je ne peux pas régler les siens, du moins pas ceux qu’il expose sur la table.

« J’aimerais qu’il y ait un manuel de bonne conduite. Un schéma à suivre et qui fonctionne. Mais ça n’est pas le cas et je suis aussi perdue que tout le monde. Je suis certaine de tout faire de travers mais…je ne sais pas. Je ne sais rien. Pour la première fois de ma vie je n’ai pas les réponses. Je suis dans un brouillard épais et il n’est pas décidé à se dissiper. Et je ne sais pas quoi faire pour l’aider, ou si ce que je fais l’aide déjà. » Je soupire, abattue, au bout. Impuissante face au mal être de ma petite amie. « Je lui laisse le temps, ne la brusque pas, et parfois je me dis que c’est la bonne attitude. Et puis à d’autres moments je me dis que, peut-être, je devrais la secouer et lui mettre un coup de pied aux fesses, la mettre devant le fait accompli et la forcer à me parler pour qu’on puisse avancer. » Je relève enfin mes yeux sur lui, secouant légèrement la tête. « Mais si elle se brusque ? Si elle préfère faire ses valises et se tirer plutôt que se confronter à moi ? Si elle me laisse ? Je fais quoi, moi, sans elle. J’ai failli la perdre de la plus horrible des façons. Je veux pas prendre le risque de la perdre à nouveau. Pas après tout ce qu’on a vécu elle et moi. » Les mots sortent dans un flux ininterrompu sans que je ne puisse les arrêter, me rendant compte que pour une fille qui n’en veut pas en parler je monopolise grandement la parole. « Je ne sais pas si ce que tu ressens est normal. Je ne suis pas sûre qu’il y ait de bonne façon de ressentir ou d’agir dans ce genre de cas. La situation elle-même n’a rien de normale. Je crois qu’on doit juste se contenter d’être là pour elles comme avant. De lui faire sentir qu’on est là malgré tout. Mais il n’y a qu’elle qui peut trouver une raison de continuer. Si on n’a pas suffi avant, pourquoi on suffirait maintenant. » Et c’est sans doute la pensée qui m’effraie le plus. Parce qu’il n’y a rien de nouveau dans la vie de Taylor. Rien de mieux. Alors si elle a voulu tout stopper avant, pourquoi pas maintenant, demain, ou dans un futur proche ?


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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Mer 20 Juin - 12:03

Si Justin avait été un peu plus doué pour comprendre les réactions des autres, peut-être qu’il aurait fini par voir que ses paroles agaçaient Maeve, qu’elle n’avait vraiment pas envie de s’embarquer sur ce terrain, qu’elle préférait le silence. Mais ce n’était clairement pas sa plus grande qualité, non, on pouvait même dire qu’il était très mauvais de ce côté-là. Alors il s’était enfoncé, il avait avancé jusqu’à poser complètement ces questions, à lui demander de parler de ce qu’elle ressentait. Est-ce que ça manquait de tact ? Sans doute un peu. Mais Justin avait besoin de parler. Il le ressentait, en temps normal, il arrivait à passer outre les événements de sa vie, à avancer sans grandes discussions. La preuve étant l’accident qu’il avait eu au centre commercial, il n’avait pas eu besoin de longues conversations sur son traumatisme. Il avait avancé avec ses armes. Mais face au geste de Taylor il était démuni, il se sentait bien plus faible qu’à l’habitude et il cherchait des réponses chez les autres. Sauf que la première réponse de Maeve fut loin de répondre à ses attentes. La jeune femme avait repris la parole d’un ton ferme, presque sec, lui déclarant qu’elle n’avait aucune réponse à lui apporter. Justin avait relevé le regard vers elle, interdit. Que pouvait-il répondre à ça ? Peut-être qu’il était temps pour lui de la remercier et de débarrasser le plancher…

Sauf qu’elle reprit la parole. Justin posa alors le regard sur elle, laissant l’idée de partir glisser lentement dans un coin bien éloigné de sa tête. Maeve commença par lui expliquer qu’elle ne savait pas comment agir, qu’elle était perdue. Comme lui. Comme Milo. Au final, peut-être qu’ils étaient tous aussi perdus les uns que les autres ? Et aussi étrange que cela puisse paraître, cette idée réconfortait le technicien de surface, d’une certaine manière. Elle poursuit, expliquant qu’elle ne savait quelle méthode adopter entre la douceur et quelque chose de plus virulent. Justin écoute attentivement. Lui se rend bien compte qu’il penche plutôt pour la douceur et la diversion, sans doute parce qu’il est incapable de secouer Taylor. Mais peut-être qu’elle en a besoin ? Maeve prolonge, expliquant sa crainte de la perdre. Justin la comprend, lui aussi est terrorisé à l’idée de se réveiller et d’apprendre qu’elle n’est plus là. Pourtant il y a quelque chose dans les paroles de la jeune femme qui le heurte. Il lui faut du temps pour comprendre ce que c’est. C’est cette façon qu’elle a de parler d’elle, de leur relation qui s’effrite alors que ce qui trône dans sa tête c’est l’idée que Taylor pourrait simplement disparaître. Mais il sait aussi que c’est une réaction humaine, que lui aussi avait hurlé à Milo qu’il n’était pas prêt à la perdre… Alors oui, c’était quelque chose d’humain, d’un peu égoïste qu’ils ressentaient tous.

« J’crois pas qu’on soit le problème… Enfin j’veux dire, que le sujet ce soit d’savoir si on lui suffit ou pas. J’crois qu’elle pourrait avoir toutes les meilleures choses au monde, si elle sait plus comment les regarder, elle arrivera pas à aller mieux. »

Les mots de Justin sont confus comme toujours mais cette fois, il n’a pas la force ni l’envie de s’en blâmer. Il a besoin de les laisser sortir, qu’importe qu’ils soient désordonnés ou pas. Au moins ils sont sincères. Peut-être que Maeve ne le comprendra pas vraiment mais tant pis, il ne sait pas faire mieux. Les mots n’ont jamais été ses alliés et s’il s’en sort bien mieux avec l’oral qu’avec l’écrit, il est toujours moins habile que ses interlocuteurs.

« Merci d’m’avoir dit tout ça, j’me doute que c’pas facile d’en parler. »

Justin adressa alors un mince sourire à Maeve. Il lui était reconnaissant d’avoir accepté de s’ouvrir un peu à lui. Il se rendait compte qu’ils étaient un peu tous pareils. Fauchés par la nouvelle, se battant avec leurs propres émotions, avec ce qu’on leur demande de faire, de ressentir… Il n’y avait pas de réponse, il commençait à l’apercevoir. Ils allaient devoir construire leurs propres réponses, choisir un chemin, le suivre et s’accrocher autant que possible.

« J’crois qu’elle y arrivera. »

Le sourire de Justin se fit alors un peu plus franc.

« Ouais, j’crois vraiment qu’elle y arrivera à se sortir de tout ça… Et on pourra aller boire un verre et pas qu’un café pour fêter ça. »

Il avait confiance en Taylor, au plus profond de lui. Il voulait croire qu’elle saurait se reconstruire, qu’elle saurait trouver les armes pour combattre ce démon qui avait grandi en elle. Il lui tiendrait la main aussi longtemps que possible. Et tous ensemble enfin, ils pourraient s’accorder un gigantesque fou rire.
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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Mer 27 Juin - 18:49




« J’crois pas qu’on soit le problème… Enfin j’veux dire, que le sujet ce soit d’savoir si on lui suffit ou pas. J’crois qu’elle pourrait avoir toutes les meilleures choses au monde, si elle sait plus comment les regarder, elle arrivera pas à aller mieux.  »

Je relève mon regard sur lui, incertaine sur la façon de comprendre les mots qui viennent de sortir de ses lèvres. En quoi est ce que c'est rassurant ? Est-ce que Justin se rend compte que j'ai peur à chaque seconde de chaque jour ? Que je n'ose pas m'absenter plus de cinq minutes quand je sais qu'elle est seule ? Que j'ai sans cesse la trouille qu'elle recommence et réussisse cette fois ? Et il me balance ça, comme ça...
Et je n'ai pas envie d'assimiler l'idée. Celle qui me projette avec ce doute constant. Ces « si » et ces « peut-être » qui me tuent à petit feu. Je sais qu'ils les ressentent aussi. Ses amis. Qu'ils doivent s'inquiéter sur la possibilité qu'elle réitère son geste. Mais ils ne voient pas tout ce que je vois au quotidien. Ils ne l'aiment pas comme moi. Peut-être autant, mais pas de la même façon. Pas aussi viscéralement. Pas au point de ne pas envisager de suite si elle n'en fait partie.
Mais je ne dis rien, ne proteste pas sur ce que vient de dire Justin. Ne surenchérit pas. Je sais qu'il ne pense pas à mal quand il dit ça. Mais les mots blessent aussi sûrement que les actes. Et mon cœur est trop fragile pour supporter de trop violents coups à répétition.

« Merci d’m’avoir dit tout ça, j’me doute que c’pas facile d’en parler  »

J'acquiesce, terminant d'une traite ma boisson qui a tiédi avec le temps. « Parler n'est pas la chose la pus difficile crois-moi » Le vivre oui. En simple spectateur encore plus. Je ne sais si Taylor fait ça pour me préserver à sa façon mais c'est encore pire. Je ne sais pas si en parler m'a fait du bien. Ça ne m'a pas fait de mal en tout cas mais je me sens lessivée. Un peu plus encore que d'habitude depuis trop longtemps.

« J’crois qu’elle y arrivera.  »

Il croit. Il n'en est pas certain. Et je ne peux pas me permettre de croire. Espérer ne me suffit plus. Je veux savoir, être sûre, mais ces deux choses sont impossibles. « Oui, elle y arrivera. » Je reprends ses mots, les appuie par un hochement de tête comme pour leur donner plus de poids, plus de pouvoir, plus de vérité.

« Ouais, j’crois vraiment qu’elle y arrivera à se sortir de tout ça… Et on pourra aller boire un verre et pas qu’un café pour fêter ça.  »

Je lui adresse un sourire reconnaissant. « Ce serait chouette. » Un sourire que je tente de préserver le plus longtemps possible mais qui s'effrite malgré moi. Et j'essaie vraiment de me focaliser sur cette image. Sur nous trois devant un verre, en train de plaisanter et de rire aux éclats. À ce futur plus radieux qui éclipse la tempête présente. Et je ne peux pas être sûre. Alors moi aussi je me contente de croire. Et d'espérer. Parce que je n'ai que ça. « Merci »



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MessageSujet: Re: Après la tempête [Maeve]    Mer 11 Juil - 9:51

Non, il était évident que parler ne devait pas être le plus compliqué dans cette histoire mais ça n’en restait pas moins important. Justin se rendait compte comme il perdait les pédales à garder tout au fond de lui, à remure encore et encore les choses, à se demander s’il n’était pas complètement dingue, si son comportement n’était pas mauvais. Croiser son regard avec celui des autres était un bon moyen d’accepter que oui, eux aussi pouvaient flancher, être un peu perdus. Qu’ils avaient le droit de ne pas être complètement de marbre même si, face à Taylor, ils devaient faire au mieux pour garder la tête haute. Justin avait donc été heureux d’entendre Maeve partager une partie de ses ressentis. Ce n’était sans doute pas un moment particulièrement agréable mais il était passé et maintenant, Justin voulait partager un peu de son espoir. Oui, il était certain que Taylor saurait trouver la voie. Elle avait perdu pied, elle s’était noyée mais on lui avait donné une chance de remonter à la surface. Elle saurait sortir de là.

Retrouvant sa jovialité naturelle, Justin avait donc évoqué un futur proche plus rayonnant, plus doux. Une perspective dans laquelle ils pourraient tous aller boire un verre, partager un moment de joie et de rire et repenser à tout ça comme une épreuve qu’ils avaient su passer. Comme un moment dur qui les avait rendus plus forts. La scène prenait rapidement forme dans son esprit et elle lui plaisait.


« Ouep, ça s’ra chouette. »


Justin sourit et laissa le silence s’installer pendant quelques instants entre Maeve et lui. Ils n’étaient pas encore prêts à lever les bras en signe de victoire, à s’offrir des sourires à tour de bras. Cela se sentait, Maeve avait envie d’y croire mais était encore prise dans un tourbillon sinistre. Ce n’était pas grave. Justin relança alors la conversation sur deux trois sujets bien plus légers, comme pour mieux apprendre à connaître cette jeune femme qui ne faisait pas partie de sa vie jusque là et qui, en quelques semaines avait fait partie de son paysage de multiples manières.

Au bout d’un moment, Justin héla finalement le serveur et lui régla les consommations. L’heure de rentrer, de retourner chacun de leur côté et d’avancer dans tout ça. Le technicien de surface de son côté se sentait reboosté. Il était prêt à affronter la suite, il était prêt à aller voir Taylor, à jongler avec ses propres émotions et à imaginer un futur plus brillant pour elle et pour eux tous. Il avait bien envie d’aller voir Milo pour rediscuter de tout ça avec lui. Il tenterait sans doute de l’appeler en sortant de là.

« M’rci du temps qu’tu m’a accordé… Puis, on s’dit à bientôt ! »

Justin s’était levé, s’approcha pour donner une accolade à Maeve pour lui dire au revoir avec toute la chaleur que la situation méritait et disparut finalement dans les rues de Chicago. Rien n’était simple, rien ne serait simple dans l’immédiat mais dans qu’ils avaient l’espoir…

- Fin -
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