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 The world can be a nasty place [Lloyd]

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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd] Mar 1 Aoû - 20:48

The world can be a nasty place.


C'est l'inquiétude qui parle. Parce que je n'ai pas revu les garçons depuis plusieurs heures, parce que je ne sais absolument pas comment ils gèrent la terrible nouvelle, parce que j'ai terriblement peur que tout ne soit insurmontable pour eux. Je sais que les enfants ont des ressources dont nous n'avons souvent pas idée mais là... Là... Je suis suspendu aux lèvres de mon ami, j'attends après lui puisqu'il a veillé sur eux, puisqu'il ne les a pas laissés. Il m'explique rapidement qu'ils en ont parlé un peu et que Saul a visiblement beaucoup de questions. Il est plus petit, c'est normal qu'il se pose davantage de questions. Tout ça reste assez abstrait pour lui. La réalité est sans aucun doute bien plus vive pour Vito et d'ailleurs, les mots de Lloyd font écho à mes pensées : je ne suis pas surpris que Vito soit renfermé, qu'il semble ne pas vouloir en parler et même ne pas vouloir en entendre parler. Je hoche la tête avec gravité quand Lloyd ajoute que nous allons devoir le surveiller de près. Il est clair qu'on ne va pas pouvoir le laisser tout garder pour lui car cela risque de le ronger de l'intérieur et je refuse qu'il vive avec un tel poids dans le cœur, pas à son âge non... Lorsque Lloyd émet la possibilité de lui faire rencontrer quelqu'un, un professionnel, je trouve l'idée totalement justifiée et je suis intérieurement reconnaissant à Lloyd d'y avoir pensé. Mon cerveau n'est pas assez en mesure de fonctionner correctement pour réussir à pondre ce genre de bonne idée. Si j'arrive à gérer les dispositions pour la mort d'Emilio, gérer tout le reste me semble quasiment impossible en fait. Seul, je ne pourrais pas, c'est indéniable. Sans Lloyd...

« Je verrai pour faire ça oui. » je termine la gorge serrée à mon ami.

Sans lui, je serais incapable de faire face à tout ça... Sans lui, je ne serais qu'une épave incapable de bouger, incapable de parler. Cet ami, ce frère... J'ai besoin de lui plus jamais et quand il m'annonce de but en blanc qu'il viendra avec moi pour identifier Emilio, j'en perds d'abord mes mots. Les larmes me remontent aux yeux. Je voudrais être capable de lui dire que je n'ai besoin de lui, mais ce serait mentir. Je voudrais être capable de lui dire que je ne veux pas qu'il s'impose une chose pareille, mais je ne le peux pas. J'ai trop besoin de lui pour ça. Je le réalise de plus en plus à chaque seconde. Sur le chemin de cette épreuve, j'ai besoin de lui. Je repose ma main sur son bras et vient poser mon front sur son épaule.

« Merci... » je lui dis dans un murmure. « Merci... » je répète une seconde fois.

Mes doigts se crispent sur le bras de Lloyd et la douleur qui était sourde redevient vive, si vive que je me remets à pleurer. En silence, mais les larmes sont là.

« C'est bon... » je termine par dire la voix tremblante.

Je prends une profonde inspiration, relève mon visage que j'essuie et souffle.

« C'est bon. » Je hoche la tête avant de planter mon regard dans celui de Lloyd. « Je suis prêt. »

Sur quoi, nous allons rejoindre les garçons, le cœur lourd.

-|-|-

Si annoncer la nouvelle à Lloyd et aux garçons a été difficile, l'annoncer à Katie, la petite amie d'Emilio et à sa mère, Anna, l'a été également. Katie s'est effondrée dans les bras de sa mère, moi j'ai tenu le coup comme j'ai pu et ça été particulièrement difficile quand Anna s'est montré très réconfortante. J'ai eu envie, l'espace d'un instant, de me laisser totalement aller mais je me suis retenu : nous ne sommes pas assez proches pour ça. Elles seront présentes à l'enterrement. Elles y tiennent et c'est leur place, elles étaient proches d'Emilio. Qui d'autre sera là ? Certains de mes amis. Ceux qui le souhaitent, le peuvent. Et nous, nous serons là. Les enfants, Lloyd et moi. Nous serons là comme nous sommes là, maintenant, dans cette salle qui donne sur le tarmac de l'aéroport militaire de la base de Scott Air Force. A près de cinq heures de route de Chicago. C'était la base la plus proche pour pouvoir accueillir Emilio et le ramener jusqu'à la maison ensuite. Il est prévu qu'on suive la fourgonnette qui transportera le cercueil mais avant ça... Avant ça... Lloyd me sort de mes pensées en s'adressant à moi. L'avion vient d'atterrir et il faut sortir. J'observe mon ami, j'observe les garçons, j'observe le colonel Stevenson qui tient la porte vitrée ouverte : tout le monde attend après moi. Je hoche la tête et c'est le cœur battant que j'entraîne les garçons avec moi, Lloyd à nos côtés, à la suite du colonel. Nous nous avançons sur le tarmac. Il fait un soleil de plomb, la chaleur réveille la douleur de mon nez fraîchement fracturé mais cette douleur-là n'est rien comparée à celle qui menace de me consumer sur place très bientôt. Nous nous arrêtons à une distance raisonnable de l'avion militaire dont les hélices tournent toujours bien que le moteur soit à l'arrêt. Mon cœur s'emballe encore plus alors que j'observe l'arrière de l'avion qui s'abaisse doucement. Mes mains se resserrent sur les épaules de mes deux garçons. Je ne veux pas... Je ne veux pas de ce qui va suivre... Je ne veux pas... Ma vue se trouble de larmes, de vertiges même. Je sens la main de Lloyd se poser sur mon épaule alors que des militaires descendent de l'avion et c'est là que je le vois : le cercueil. Et c'est en le voyant que je me prends de plein fouet la réalité de ce qu'il se passe, cette réalité qui est la mienne, la nôtre maintenant : Emilio est mort et il est dans cette foutue boîte en bois. Je relâche mes garçons et les dépasse, eux et Lloyd, m'avançant vers le cercueil. Juste moi. Seul. J'ai besoin de ce moment, juste de ce moment. Je m'arrête au même moment que les militaires qui portent à bout de bras le cercueil de mon fils. Malgré la douleur plus qu'abominable, je trouve la force de porter la main à mon front pour les saluer puis, je porte mon regard voilé de larmes sur le cercueil. Ma main glisse dessus et je termine par m'agripper totalement au cercueil en baissant le visage. Lorsque j'entends les sanglots de mes garçons tout près de moi, je libère un bras pour les serrer contre moi, l'autre bras s'accrochant désespérément au cercueil. C'est la main de Lloyd, que je sens s'accrocher à mon épaule, qui me permet de ne pas perdre totalement pieds.

-|-|-

Les garçons sont restés dans une salle, avec un militaire pour les surveiller. Lloyd et moi ? Nous avons suivi le colonel dans la pièce où le cercueil a été déposé en attendant que nous reprenions la route en direction de Chicago. La route, nous ne pourrons la reprendre que lorsque j'aurai identifié le corps de mon fils : impossible qu'il soit ramené à Chicago sans cela. Aux garçons, nous avons simplement dit que le colonel devait nous parler mais je crois que Vito a compris. Il m'a regardé droit dans les yeux et il a compris. Pourtant, il n'a rien dit. Il a été assez courageux et généreux pour ne pas donner l'envie à son frère de voir Emilio. Emilio... La porte est ouverte, le cercueil l'est aussi mais pour le moment Emilio n'est pas visible. Moi ? Je ne bouge pas. Je suis figé sur place. Jusqu'à ce que Lloyd se retrouve face à moi. Je vois ses lèvres bouger mais je n'entends pas ce qu'il dit, mon cerveau étant bloqué sur ce qui se trouve derrière lui. Je prends une longue et profonde inspiration et l'expiration est aussi longue.

« Je suis prêt... » je souffle tout bas, ne répondant sans doute pas à ce qu'il vient de me dire.

Je ne le suis pas vraiment, prêt, mais je ne le serai jamais de toutes les façons. Tremblant, nauséeux, je trouve la force de m'avancer à l'intérieur de la pièce. Chaque pas m'est lourd, difficile, douloureux, me donne l'impression que mes chaussures pèsent une tonne. Chaque seconde qui me rapproche de ce cercueil est une épreuve supplémentaire. Je pleure, je tremble, puis je vois son visage. Et je m'arrête près du cercueil. Plus aucun mouvement, mon regard est figé sur le visage du corps de mon fils, un visage que je me suis imaginé maintes et maintes fois méconnaissable au cours de ces dix derniers jours et pourtant... C'est lui. Bien sûr que les écorchures sont visibles et les brûlures aussi, sur tout le côté gauche, bien sûr que sa peau a la pâleur de la mort mais... C'est lui.

C'est...
Lui...
Et je dois le dire.

« C'est Emilio. » j'articule avec difficulté sans pour autant relever mon regard vers le colonel qui se trouve de l'autre côté du cercueil.

Et comme annoncer sa mort à voix haute avait été monstrueusement douloureux, dire à voix haute qu'il s'agit bien du corps de mon fils dans ce cercueil l'est encore plus. Je tends une main tremblante vers le visage abîmé mais largement reconnaissable de mon fils et l'effleure. Glacé. Le gémissement de douleur m'échappe bien malgré moi et mes genoux lâchent. Il me semble entendre la porte se refermer après ça. La douleur est indescriptible.

Indescriptible.
Mon fils est mort.



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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd] Sam 5 Aoû - 17:46

the world can be a nasty place

Tito & Lloyd

Se lever a été pour Lloyd une véritable épreuve. Il n’avait aucune envie d’affronter cette énième journée de deuil, de faire face au visage ravagé par le chagrin de son meilleur ami, d’avoir à répondre aux questions de son fils le plus jeune ou de supporter les silences horriblement pesants de Vito. Il n’avait pas envie non plus de croiser sa mère et de l’entendre lui dire combien elle était désolée de ne pas pouvoir quitter la maison pour les accompagner lui et Tito à l’aéroport pour accueillir Emilio. Et bien sûr, il n’avait pas le moindre désir d’entendre Merrin pleurer et de la voir se cramponner à lui au moment de la quitter pour aller faire son devoir…
Mais il a dû faire toutes ces choses. Lloyd a dû se lever, s’habiller, écouter sa mère s’excuser, grignoter un peu du petit déjeuner qu’elle l’a forcé à avaler et il a dû se résoudre à laisser Merrin à la crèche pour retrouver son meilleur ami et le conduire  à la base aérienne de Scott Air Force. Hors de question que son meilleur ami conduise durant cinq heures pour aller récupérer le corps de son fils. Saul est venu lui ouvrir la porte d’entrée et l’a accueilli d’une étreinte et d’une nouvelle flopée de questions sur le déroulement de la journée. Lloyd a pris le temps de lui répondre, ne s’étonnant pas de voir Vito – qui jusque là regardait la télévision dans le salon – s’éclipser pour ne rien entendre de leur échange. Et puis Tito est venu le saluer et après quelques minutes, le temps de rassembler leurs affaires, ils se sont mis en route à bord de la voiture familiale des Hernández.
Le trajet a été éprouvant. Ils ne se sont arrêtés que deux fois, le temps de vider les vessies et d’avaler des cafés pour les adultes et du soda pour les garçons. Lloyd est resté silencieux pratiquement tout le trajet, ne prenant la parole que pour s’assurer que personne ne manquait de rien. Le reste du temps, lorsqu’il ne se concentrait pas sur la route, il envisageait les scénarios possibles. Est-ce que Tito allait s’effondrer ? Est-ce qu’un des garçons allait craquer ? Et si jamais il s’avérait que le garçon dans le cercueil n’était pas Emilio ? Et s’ils s’étaient trompés, tous autant qu’ils étaient ? Et si lui-même craquait ?
Il y a quelques jours, alors qu’il était coincé dans un ascenseur en panne, il avait bien failli en venir aux mains avec une femme, juste parce qu’elle avait eu une petite remarque déplacée à propos de sa fille… Il s’en était fallut de peu pour qu’il ne craque nerveusement et il sait qu’il n’est pas à l’abri de le faire aujourd’hui. Lloyd prend sur lui depuis l’annonce de la mort d’Emilio mais il a peur de flancher bientôt, peut-être au pire moment, au moment où Tito aura vraiment besoin de lui. Il ignore combien de temps il pourra encore tenir…

« Il est là » articule-t-il à son ami, alors que l’un des militaires vient de lui glisser quelques instructions à l’oreille, tandis qu’ils patientent dans une pièce l’aéroport militaire. « Il faut que tu ailles le chercher Tito. Je suis juste derrière toi, d’accord ? »
Lloyd l’observe, se demandant si son ami osera s’avancer et aller accueillir son fils, mort au combat. Mort loin des siens, à l’autre bout du monde… Et si ce n’est pas le cas, qu’est-ce qu’il pourra bien faire ? Si Tito reste figég, qu’est-ce qu’il fera ? Est-ce qu’il devra le trainer derrière lui jusque sur le tarmac ? Est-ce qu’il le laissera planter là pour aller récupérer Emilio lui-même ?
Mais Tito se met en mouvement, mécaniquement, entrainant ses garçons avec lui. Alors comme il le lui a promis, Lloyd lui emboite le pas et se positionne derrière lui pour le soutenir.
Ils s’avancent sous un soleil de plomb et le pompier tire nerveusement sur le col de la chemise qu’il a enfilée pour l’occasion. Une occasion à chier… Il serre les dents, essaie de ne pas penser au fait qu’il aimerait mieux être n’importe où ailleurs qu’ici, aux côtés de son meilleur ami brisé. Ses poings se ferment, s’ouvrent, il hésite à fourrer ses mains dans ses poches et puis se ravisent à la dernière seconde, se disant que ça ferait mauvais genre. Il y a surement un protocole dans ce genre de situation… Un protocole dont il ignore tout. Tout ce qu’il sait, c’est que le moment est solennel et qu’on ne fourre pas négligemment ses poings dans ses poches dans un moment pareil.
L’espace de quelques horribles secondes, il a l’impression terrifiante qu’il va se mettre à rire. Son nez commence à le picoter et un tic nerveux étire sa lèvre alors que l’arrière de l’appareil s’ouvre. C’est comme une bouche géante. Une bouche géante qui va les dévorer, Tito et les siens, une machine infernale qui va les broyer dans quelques secondes, quand le cercueil sera révélé. C’est cette vision qui manque de le faire éclater de rire, sans qu’il ne sache trop pourquoi.
Tout ça est tellement absurde putain… C’est absurde…
Son envie de rire se transforme en envie de pleurer et à présent, ce sont ses yeux qui le picotent. La vision du cercueil le prend aux tripes immédiatement. Un tas de souvenirs remontent à la surface, mettant Emilio en scène dans différentes situations. L’idée qu’il se trouve dans cette boite, enfermé, seul, dans le noir… Cette idée lui donne envie de vomir…

Le flot de ses pensées est interrompu par l’avancée de Tito. Il rejoint les militaires qui encadrent le cercueil et Lloyd retient son souffle. La main de Saul recherche la sienne et il l’attrape. Elle est moite, chaude. Le contact est désagréable mais peu importe. Il porte son autre main sur l’épaule de Saul, prenant la place qu’occupait Tito il y a un instant. Tous trois observent le secouriste qui accuse le coup. Difficilement.
Et puis Saul, le premier, esquisse un mouvement pour le rejoindre, bientôt imité par son frère. Lloyd, jugeant que Tito a été seul suffisamment longtemps décide de le rejoindre lui aussi, pour lui apporter son soutien. Et puis pour saluer Emilio aussi… Il appréhende ces retrouvailles mais il va bien falloir se faire une raison maintenant.
Ca y est, ils y sont. Emilio est rentré à la maison. Emilio est mort.
Lloyd ravale ses larmes et appuie ses deux mains sur les épaules de son meilleur ami, pour lui montrer qu’il est là pour lui. Dans tous les sens du terme.

C’est à lui que les militaires décident de s’adresser lorsqu’ils estiment qu’il est temps qu’ils procèdent à la suite, qu’il fassent ce qu’on attend vraiment d’eux : qu’ils identifient formellement Emilio. Lloyd approuve et attrape son ami par l’épaule pour lui faire comprendre qu’il faut qu’ils retournent à l’intérieur et qu’ils les laissent prendre à nouveau Emilio en charge. Pendant quelques instants, il a l’impression que Tito va résister, qu’il ne le laissera pas le séparer une fois de plus de son fils, mais Tito finit par relâcher le cercueil pour le suivre avec les garçons qui peinent à ravaler leurs larmes. Ils reviennent sur leurs pas et se laissent guider vers une salle où les militaires invitent Tito et ses enfants à s’asseoir. Le temps qu’ils préparent tout… Qu’ils préparent Emilio.
Lloyd ne s’assoit pas. Il croise les bras et s’appuie à un mur, surveillant son ami du regard en se mordant nerveusement la lèvre. Il a envie de fumer comme jamais. Envie d’un verre. Envie d’être ailleurs à nouveau… Il passe d’un pied à l’autre à défaut de pouvoir les utiliser pour quitter ce bâtiment et s’enfuir à toutes jambes. Et puis, après ce qui semble être une éternité, un des hommes en uniforme lui explique que tout est prêt pour l’identification. Lloyd se rapproche donc de Tito et lui fait comprendre d’un geste de la tête qu’il est temps… Il explique à ses garçons qu’ils doivent aller parler au colonel et s’éloignent pour lui emboiter le pas, le ventre noué et le cœur lourd.  
Lloyd, qui s’était imaginé qu’il serait capable d’identifier Emilio à la place de son père si celui-ci s’en révélait incapable n’est plus tout à fait certain d’en être capable à présent. Il n’a aucune envie de voir Emilio et d’assister à tout ça. Il n’en peut plus de toute cette foutue tristesse, de cet halo de noirceur qui entoure son ami, il ne veut plus el voir, il ne veut plus de tout ça… Mais ses pieds s’agitent et le porte malgré lui vers la pièce où repose le cercueil.

Il lui faut concentrer toute son énergie pour ne pas se mettre à pleurer. Il faut qu’il soit fort, pour Tito. S’il flanche, qu’est-ce qui arrivera ? Il le doit à Tito. Il le doit à Emilio qui doit compter sur lui pour soutenir sa famille… Alors Lloyd tient bon. Il se tient bien droit aux côtés de son meilleur ami, prêt à le soutenir physiquement s’il le faut, le soutenant mentalement en attendant.
« Je suis prêt... » leur fait savoir Tito d’une voix pourtant à peine audible, avant de s’avancer doucement dans la pièce pour en rejoindre le centre. Ses épaules sont secouées de sanglots et ses pas sont malhabiles. Lloyd hésite plusieurs fois à le rejoindre, à prendre son bras pour l’accompagner, mais il n’en fait rien. Ce moment leur appartient, à lui et Emilio…
Le temps semble se figer lorsqu’ils se font face. Lloyd espère qu’Emilio est présentable… Qu’il n’est pas trop défiguré. Il se sent affreusement lâche de ne pas avoir eu le courage de s’en assurer avant de laisser Tito approcher. Il aurait dû y aller. Il aurait dû y aller pour épargner ça à Tito. Quel souvenir va-t-il garder de son fils maintenant ?
Il veut s’excuser. Il ouvre la bouche, prend une inspiration hachée par l’émotion alors que quelques larmes brûlantes glissent sur ses joues. Il essaie de se ressaisir, cherche son air pour être capable de parler mais rien ne vient. Il ne sait plus comment s’y prendre pour respirer. Et puis finalement, c’est Tito qui rompt le silence.
« C'est Emilio » coasse-t-il d’une voix muée par la peine.  
Quelque chose se brise dans le cœur de Lloyd. L’espoir. L’espoir qu’ils se soient trompés, que l’enfant d’un autre homme soit mort à la place d’Emilio. Il ferme les yeux et s’imprègne de cette brutale et irrémédiable vérité. C’est Emilio. Emilio est mort.
Le gémissement que pousse son meilleur ami le ramène à la réalité dans un frisson. Lloyd trouve enfin le courage de s’approcher et il va passer un bras autour de la taille du secouriste, son regard se posant sur le visage mutilé d’Emilio. Il ne prolonge pas ce contact et détourne rapidement le regard pour se concentrer sur Tito et le forcer à s’éloigner lui aussi.
Tito n’oppose aucune résistance. Il semble vidé et s’appuie de tout son poids sur Lloyd qui l’installe sur une chaise près de la porte. Il aimerait le faire sortir mais s’ils le font, alors ils tomberont sur Saul et Vito. Et le pompier n’a aucune envie que les garçons voient leur père dans cet état. Il prie pour qu’ils n’aient pas entendu le son qu’il a produit en effleurant le visage de leur frère… Lloyd sait que ce son le hantera jusqu’à la fin de ses jours, tout comme le hurlement bestial que sa mère a laissé échapper en apprenant la mort de Kevin.
Il s’agenouille devant Tito et attrape son visage entre ses mains, apposant son front contre le sien.
« Ça va aller Tito. Ça va aller mon frère. »
Mais Lloyd sait que ça n’ira pas. Plus jamais.  
« Je suis désolé. J'suis tellement désolé » reprend-t-il alors, avant d'enlacer tant bien que mal son ami en proie à une souffrance émotionnelle sans nom.



(c) chaotic evil

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my past has tasted bitter for years now so I wield an iron fist ; grace is just weakness or so i've been told, i've been cold, i've been merciless  
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MessageSujet: Re: The world can be a nasty place [Lloyd] Dim 6 Aoû - 19:04

The world can be a nasty place.


Je ne pense pas qu'il existe une douleur pire que celle-ci. Je pense pas qu'il existe une chose pire que celle-ci. Perdre un enfant n'est pas dans l'ordre des choses que ce soit de cette manière ou d'une toute autre manière : on ne devrait pas avoir à voir son enfant dans son cercueil, on ne devrait pas avoir à identifier son corps, on ne devrait même pas employer ce mot pour parler de son enfant, « corps », on ne devrait pas, et on ne devrait avoir à enterrer son enfant. Non, on ne devrait pas. Perdre un enfant, c'est perdre un morceau de soi, de son âme, c'est avoir envie de mourir soi-même un peu. En fait, c'est même mourir soi-même un peu. A l'instant où j'ai posé mon regard sur le visage pâle et figé de mon fils, un bout de moi est mort. Pourtant, je n'ai jamais eu autant l'impression d'être moi, en vie, de sentir chaque parcelle de mon corps, chaque battement de mon cœur et ça fait mal, si mal... Chaque seconde qui passe est un véritable calvaire et, en cet instant, j'ai l'impression que le calvaire ne prendra jamais fin, j'ai l'impression qu'à jamais mon cœur sera en charpie, que ce morceau qui a disparu en même temps que la vie a quitté Emilio, jamais je ne pourrai le récupérer, jamais. Je ne suis même plus en état de penser à mes deux autres garçons qui eux, sont encore bien en vie, je ne sais que me focaliser sur lui, mon grand, mon fils, mon Emilio qui n'ouvrira plus jamais les yeux. J'en meurs de douleur... J'en meurs. Et je pleure. Les sanglots sont interminables comme la douleur elle-même. Je tremble comme le fil sur lequel je vais devoir avancer pendant un moment est lui aussi tremblant. Et je sens, malgré tout, le bras de Lloyd se glisser autour de ma taille pour me soutenir. A peine me tient-il que je m'accroche à lui avec force. Un repère, un roc dont j'ai besoin, terriblement besoin. D'une pression, il me force à me détourner du cercueil, à me redresser, à m'éloigner, et je me contente de le laisser faire, m'accrochant encore plus désespérément à lui. Je le laisse faire parce que mes jambes me semblent tellement lourdes que j'ai la terrible sensation que je vais être incapable de tenir debout désormais.

Est-ce que ce poids s'amoindrira seulement un jour ?...

Je sens quelque chose de dur sous mes fesses et comprends que Lloyd m'a fait m'asseoir sur une chaise. C'est quand je sens les mains de Lloyd se poser sur mes joues que je rouvre les yeux pour les planter dans les yeux de mon ami et je ne sais pas si c'est ma propre peine que je vois se refléter dans son regard ou si c'est son propre chagrin. C'est sans doute les deux. Il pose son front contre le mien et j’agrippe mes deux mains à ses épaules, mes poings se refermant et s'accrochant à sa chemise avec force. Je secoue presque imperceptiblement la tête quand il me dit que ça va aller. Non... Non, ça ne va pas aller. Comment les choses pourraient-elles jamais aller mieux ? Comment ? Comment peut-on se remettre d'une telle perte ? Comment peut-on continuer à vivre ? Même quand on a d'autres raisons de vivre, comment ? Quand Lloyd ajoute qu'il est désolé et qu'il me prend dans ses bras, je me laisse totalement aller. Mes bras entourent mon ami et je finis même par cacher mon visage baigné de larmes dans son cou où j'étouffe mes sanglots, conscient malgré la douleur et l'horreur, que Vito et Saul sont dans la pièce au bout du couloir et qu'ils pourraient m'entendre, ce que je ne veux pas. Il ne faut surtout pas... Alors, dans les bras de celui qui est mon frère, de celui qui en cet instant partage ma douleur, je m'effondre. Et c'est d'abord pire de se laisser aller. Bien pire. Mes propres sanglots étouffés me font froid dans le dos, je frissonne, tremble comme une feuille. Puis, doucement, bercé par les bras de Lloyd, mon corps cesse d'être tourmenté, à l'instar de mon esprit qui s'apaise au fil des secondes. Ma respiration reste anarchique mais mon cœur, lui se calme petit à petit. C'est étrange... Je ne ressens pas ce vide qui s'est emparé de moi le jour où j'ai appris et les jours qui ont suivi. C'est une toute autre sensation qui m'habite à présent et je ne saurais mettre des mots dessus.

C'est pour le moment impossible à définir.

Je retire mon visage du cou de mon ami, pose mon front quelques instants sur son épaule puis, me recule un peu, relâchant mon étreinte. Je porte ma main à ma poche pour y récupérer un mouchoir que je porte à mon visage, d'abord pour l'essuyer puis pour me moucher, ce qui au passage me fait un mal de chien, puis je roule le mouchoir en boule et l'observe quelques instants. Ma respiration se calme à son tour et je termine par relever mon regard vers le visage de Lloyd. Mon regard dévie cependant rapidement pour observer le cercueil qui se trouve derrière Lloyd à peine à deux mètres de nous. Je reste ainsi sans plus bouger quelques instants, me forçant à regarder le cercueil, me forçant à me faire à l'immonde idée que c'est bien mon fils qui se trouve à l'intérieur. Je repense à son visage et, au milieu de l'horreur, au milieu de cet enfer, l'once d'une lueur qui, malgré de nouvelles larmes naissants au coin de mes yeux, fait naître l'ombre d'un sourire sur mes lèvres.

« Il est toujours lui... » je souffle tout bas à Lloyd. Je m'arrache à la contemplation du cercueil pour planter mon regard dans celui de Lloyd, ma main venant chercher instinctivement son poignet pour m'y accrocher, ou pour que lui s'accroche à moi s'il en a besoin. Il est là. Je suis là. Nous sommes là. Et Emilio... « J'avais tellement peur... J'ai imaginé tellement d'images toutes plus horribles les unes que les autres... » Je frisonne en y repensant. « Il est brûlé au visage mais... C'est lui... » Un silence. « Tu peux m'aider à me relever s'il te plaît ? Je veux le voir. »

C'est différent de tout à l'heure, bien différent. Je demande l'aide de Lloyd parce que je sens encore mes jambes lourdes, que je me sens également tout à coup accablé d'une réelle et profonde fatigue mais j'ai ce désir de me relever, d'aller le voir, de le regarder encore une fois. C'est donc avec l'aide de Lloyd que je me relève et j'accepte qu'il garde son bras autour de ma taille, je passe moi-même mon bras autour de ses épaules, sans m'appuyer de tout mon poids sur lui mais simplement pour avoir cet encrage dont j'ai besoin. Nous nous arrêtons près du cercueil et je n'hésite cette fois-ci pas à poser mon regard sur le visage d'Emilio. Je penche doucement la tête sur le côté, le fixe en silence pendant de longues secondes.

« Je peux leur laisser le choix... » je termine par dire dans un murmure à Lloyd sans pour autant détourner mon regard du visage de mon fils. « Aux garçons... » je précise finalement. « Les pompes funèbres pourront le rendre moins... Ils arriveront à cacher un peu tout ça... Alors je peux leur laisser le choix. » Cette fois, je détourne mon regard d'Emilio pour le porter sur Lloyd. « Tu ne crois pas ? »

Plus je regarde mon fils, et moins il  me semble inconcevable que mes deux autres garçons puissent eux aussi le regarder. Je ne suis cependant pas sûr de moi. Peut-être que cette impression vient de cette sensation qui m'habite à présent et que je ne sais toujours pas définir. Peut-être suis-je totalement en train de me fourvoyer en imaginant qu'il soit possible pour Saul et Vito de véritablement dire « au revoir » à leur grand-frère. Cependant, Lloyd me confirme que malgré ses stigmates, Emilio est bel et bien Emilio et il pense qu'il sera possible pour les garçons de le voir. Pas maintenant, c'est certain, car je préfère qu'ils le voient lorsqu'il sera son cercueil au funérarium (cette pensée, "son" cercueil, me tord les entrailles) mais ils le verront. Il m'est difficile de me détacher d'Emilio, difficile d'accepter de le laisser là mais Lloyd finit par parvenir à me tirer de cette pièce et après une longue étreinte avec mes deux autres garçons, nous prenons la route, suivant le fourgon qui ramène Emilio à la maison, qui ramène Emilio à sa dernier demeure.


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