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 here on my own again. | irene

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MessageSujet: here on my own again. | irene Jeu 18 Jan - 16:27



look at me standing, here on my own again.
EXORDIUM.




[décembre deux mile dix sept.]





L'odeur de rouille vient emplir ses poumons avec une telle brutalité qu'il en vient à cesser de respirer, par lui-même. Sebastian lutte contre ses démons, contre toutes les images qu'il sent remonter, le front incessant qui continue de gronder, les coups de feu qui sont encore tirés. Et, aux abords de ses yeux, quelques larmes qui s'abandonnent le long de ses joues creusées, traductrices du sommeil qu'il n'a pas réussi à récupérer. Et le champ de bataille s'impose de lui-même, il croit entendre Jakob hurlait, lui faire entendre qu'il le couvre tant qu'il peut avancer. Mais il ne bouge pas, O'Malley. Il ne bouge pas parce qu'on l'en empêche, une arme braquée sur sa tempe, le canon froid qui flirte avec sa peau et, derrière celui-là, sa propre personne. Partout et nul part à la fois. Le cœur qui frappe, qui cogne jusqu'à ce qu'il n'entende plus que lui. Il voudrait pourtant essayer d'entendre, de comprendre. Il voudrait parler mais même sa parole semble lui être arraché. Aussi, il se fait proie d'une certaine panique, proie à ces craintes inaudibles. Paralysé, au milieu d'un chaos qu'il n'a jamais pu oublier et devant, la carcasse d'un ami plus qu'ensanglanté. Il veut détourner le regard, il voudrait pouvoir contempler tout ce qui se passe, toutes les horreurs qui se sont autour de lui mais pas celle-ci. Non, pas celle-ci. Et il parvient enfin à hurler, Sebastian. Il hurle parce qu'il ne peut faire que cela, les prunelles embuées posées sur cet ami qu'il n'a pas pu de nouveau sauver. C'est violent, puissant. Ça vient heurter sa conscience avec un telle brutalité qu'il en devient tremblant. Parce qu'il sent le regard de Caleb sur sa personne, il sent tous les jugements qu'il lui porte, cette culpabilité qu'il vient lui insuffler alors qu'il implore la possibilité d'être pardonné. Il aurait dû agir, se débattre, peut-être avec lui être tué rien que dans l'espoir de lui épargner ce sort bourré d'atrocité. Et le bruit incessant des motos qui revient, cette mélodie qu'il aimait à faire chanter et qui, cette fois, lui donne bien trop de nausées. Sebastian titube et s'effondre, les mains dans le sang de celui qui continue de le juger, ses yeux sur lui posés. Et les haut-le-cœur qui viennent brûler sa trachée, ce trop-plein d'alcool qui commence à se faire ressentir, l'impression que le monde bascule, que la terre tremble. L'impression que les ténèbres tombent et que le temps s'étiole. Le Sergent d'Armes sursaute quand il entend son téléphone sonné, en hurle tellement sa souffrance s'est réveillée. Et ces images qui n'en finissent plus de s'imposer, de le ronger. Il sent la perdition le gagner, cette décadence s'ancrer. Autour de lui, rien. Rien si ce n'est cette maison des plus sombres, des plus mornes. Autour de lui ne subsiste que les vestiges d'une vie encore paisible – si tant est que ce terme soit approprié – et agréable, surmontable malgré les blessures déjà surmontées. O'Malley peine à se redresser, à complètement se remettre de tout ce qui vient de hanter ses songes, son sommeil de nouveau écourté.

-

Il n'a pas levé les yeux une seule fois en arpentant les couloirs de l’hôpital, concentré dans des songes pourtant vides de contenu. Ou presque. Parce qu'il demeure quelques horreurs qu'il ne fait que taire depuis cette fameuse nuit. Sebastian en soupire, parvenant jusqu'au service concerné, venant se perdre là où il doit attendre, là où on le dévisage quelque-peu ; le teint cadavérique, les cernes creusées et cette impression de mort constante qui pèse sur ses épaules. Il croit encore porter le sang de Caleb le long de ses longs doigts dont la couleur s'est imprimée dans sa rétine, fardeau qu'il portera au mieux, culpabilité qu'il laissera toujours plus s'installer. Il choisit de ne pas s'y arrêter, laissant l'azur de ses prunelles traîner sur le sol à peine lavé des lieux. Et, même malgré les efforts faits, il peine encore à respirer depuis qu'il s'est réveillé, depuis qu'il s'est levé. Il reste quelque-chose qui bloque chacun de ses sens, chacune de ses habitudes pourtant vitales. Respirer, boire, manger, ne serait-ce que s'animer. Et, néanmoins, il garde certains réflexes, reconnaissant les silhouettes, pensant en voir d'autres. Irene qui s'approche, qu'on aide à avancer jusqu'à lui ; lui qui semble sans vie. Il essaie une attention mais rien ne vient marquer ses traits, rien ne vient se perdre le long de ce faciès défait. Rien. Pas même malgré l'impression de voir Billy à ses côtés, pas même cette sensation d'échouer ; comme toujours, en vérité. Il ne fait que tout rater, à commencer par cette approche vers la femme qui, malgré toutes ses épreuves, en vient à vouloir l'aider, le relever de ce qu'il doit désormais surmonter. Il soupire, en baisse l'azur de ses prunelles fatiguées de nouveau malgré cette nouvelle proximité et le manque d'émotions qu'il en ressent. Il sait, il sait parfaitement que quelque-chose est en train de s'éteindre. Il sait que sa vie n'est plus qu'un amas de questions auxquelles il n'a aucune réponse ; auxquelles il n'en aura peut-être jamais, lui qui se fait incapable d'admettre que les choses auraient été plus simples s'il ne s'était pas risqué jusque dans ces rangs. « Je ne suis pas garé trop loin. » Sa voix se fait à peine audible, abîmée par un mutisme récemment installé. Il trahie la perdition dans laquelle, lentement, il vient s'enterrer, il trahie tout ce qu'il s'impose à porter ; peu conscient de l'état dans lequel il est venu se présenter. Et s'il savait, s'il savait les préjugés qu'on pourrait ici lui donner. S'il savait la douleur qu'il vient à son tour propager. Mais il ne sait pas et, malgré lui, il vient offrir toute sa déchéance à sa femme remise sur pied ; ou presque, si ce n'est qu'à peine en vérité. « J'avais pas la force de venir, hier. » Ça ressemble presque à un murmure, ça ressemble presque à un secret qui se perd dans le brouhaha des couloirs comme celui dans lequel ils se tiennent, O'Malley parvenant enfin à revenir lui faire face. Il s'y essaie, en tout cas, brisé plus qu'assuré, perdu par ses derniers vécus.        

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MessageSujet: Re: here on my own again. | irene Dim 18 Mar - 21:04

Here on my Own Again
Irene&Sebastian

December 2017

La douleur vient, la douleur passe. La douleur vient, comme une vague incontrôlée sur la masse des côtes endormies, un océan agité contre l'être endolori. La douleur vient et elle finit par s'estomper, un peu lentement, beaucoup trop doucement. Elle finit par se retirer, au loin, pour mieux revenir, mais plus tard ; plus tard elle reviendra l'attaquer. C'est certain. La vie dans un cri et la mort dans son pluriel, ce sont les derniers sons de ses songes fatigués, vidés. Les patients affolés qui s'échappent en hurlant, les tirs à bout portant qui résonnent dans les couloirs. Le canon contre elle braqué, le ventre proéminent qui attire l’œil et avec lui l'ombre d'une mort parfois, à tord, tant désirée. Et le sang, le sang qui coule des plaies, des trous béants qu'ont laissé les balles meurtrières tirées au hasard ; les âmes qui s'en extirpent, qui rejoignent le néant, le noir. Et le sang, le sang qui coule de ses cuisses serrées, du corps de l'enfant qui naît, qui naît trop tôt et qui n'a rien demandé. Le rouge qui trace contre son crâne des sillons, son minuscule bras ; le sang qui danse sous ses yeux et qui prononce sans plus aucun bruit la sentence funeste, l'effroi. Sous toutes ses formes la prison s'est achevée dans un sursis, une survie à la longueur toujours indéterminée. La femme s'était tuée, suicidée et le bébé était né. La séquestration terminée, Irene se voyait désormais libre, privée d'une prise d'otage et d'un corps étranger, comblée des séquelles que ceux si lui ont laissé. La douleur vient, la douleur passe et Irene remonte à la surface d'un état second, végétatif, comateux presque, ayant refusé chacun des médicaments et anti-douleurs qui lui ont été proposés. Omniprésente, la peine finit par être supportable, quoi que, lorsqu'elle y pense, au fond, toujours palpable. Le bas du ventre en charpie, un amas de peau détendue par l'absence, par la violence du manque de ce qu'il y abritait jusqu’alors, elle souffle sur le bord du lit. Là, à nouveau seule dans sa propre carcasse, à nouveau seule, maître d'elle même et ruinée de toute émotion - si ce n'est celle d'un grand désarroi - elle attend. Elle attend qu'on vienne, qu'on l'embarque, qu'on passe la chercher ou tout du moins qu'on lui donne ses clés de bagnole pour qu'elle puisse rentrer. Irene attend, elle attend qu'on l’emmène, loin. Les infirmières rentrent, vont et viennent entre les murs gris et elle a du mal à se redresser lorsqu'elles s'approchent pour lui faire signer son droit de sortie sur quelques papiers. « Vous êtes allée à la selle madame O'Malley ? » Cette perpétuelle question inutile que l'on pose à celles qui viennent d'accoucher, sans tenir compte du traumatisme, si l'épreuve s'est bien passée. Elle lui montre la porte de la salle de bain pour qu'elle constate par elle même qu'elle peut bel et bien se tirer. « Parfait. Votre mari attend dans le couloir, je vais vous conduire à lui. » De ses bras boudinés, l'aide soignante ramène un fauteuil roulant qu'elle refuse, préférant user de ses jambes afin de vite se réhabituer; afin de ne surtout pas passer publiquement pour une faible assistée.

Lentement, la brunette rajuste la longue robe qu'elle portait déjà sur elle il y a plus d'une semaine, celle qui désormais flotte au niveau de son abdomen. On ne lui a pas apporté de change, personne n'est venue la visiter depuis la tragédie, depuis la tuerie. Les muscles qui frémissent de douleur, essoufflés, ankylosés par l'accouchement et la fatigue, l'effort lui coûte à chaque pas. D'une démarche chancelante elle arrive contre la silhouette émaciée d'un Sebastian aux traits tirés. Il s'excuse. « Ce n'est pas grave. » Ce n'est pas comme si l'assurance allait leur faire payer cette journée d'hospitalisation non prescrite, mais elle se garde de le dire. Elle tente tout de même de glisser à son attention un sourire tendre, un geste de la main contre son bras pour prendre appuis, s'accrochant au tissu froid de son blouson de cuir. Elle se force, réprime la colère pour la bienveillance, celle que l'on donne à l'égard des paumés, des endeuillés, des désœuvrés. « Le papa veut peut être dire un petit coucou à sa fille ? C'est important de quand même créer des liens par votre présence même si vous ne pouvez pas la prendre contre vous. » La femme insiste, dévisage leur gueule esquintée, leurs yeux rouges, les larmes planquées, les chocs à peine encaissés. D'une moue elle juge probablement leur comportement indigne pour des parents alors ils acquiescent, alors Sebastian hoche la tête. Se dirigeant vers le service de néo-natalité, Irene s'accroche, calque ses pas à ceux du quadragénaire titubant. Il n'a pas dormi depuis, c'est évident. Il a certainement picolé un peu aussi, elle le sent. « Tu as des cigarettes sur toi ? » Il secoue le menton à la négative mais elle se risque tout de même à fouiller, à prendre d'assaut ses poches entre ses doigts, à y enfoncer la main pour vérifier. Des clés, des cachets, un carré cartonné, une carte, peut être celle d'une fille, d'un numéro, d'un nightclub branché où il se rend parfois pour draguer, enfin, plutôt pour baiser. Elle tente l'autre, elle y trouve un paquet qu'il y a laissé, qu'il a oublié et qu'elle extirpe « Si, il t'en restait là. Je la fumerai en sortant. » Elle range le bâton de nicotine dans une poche de son manteau de laine et ils pénètrent dans la salle où se trouvent les nouveaux nés, toutes les couveuses et les branchement qui maintiennent ces êtres dans un état relatif de bonne santé. « Elle est ici, vous pouvez mettre vos mains dans ces gants pour la toucher. C'est important d'être présent pour qu'elle s'habitue à vous. » Ils s'approchent. Abigail est là, allongée dans un carré de plastique épais et transparent. Elle ne bouge pas, si ce n'est ses perles closes et son bras, qu'elle ferme en un infime petit poing. Ses doigts translucides, microscopiques, captent la lumière violacée des lampes UV ; ses cheveux éphémères d'un roux léger surplombent son crâne blanc, fragile. Et son nez, son petit nez de la taille d'un ongle, recouvert d'un masque, d'un tube qui fait lever de façon écœurante son faible torse couvert de patchs. La vision n'a que le temps de toucher la rétine du père que le vertige part, que le tournis brutal l’accapare. Sebastian sort, gerbe ses tripes dans le couloir et dégage, minable sur le parking qu'elle finit par rejoindre une demie heure plus tard. Installée dans la voiture elle le sait, ils commencent; ils commencent les longs jours. Les longs jours mornes et monotones. La fatalité d'une dépression en étendard.
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MessageSujet: Re: here on my own again. | irene Ven 23 Mar - 0:46



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[décembre deux mile dix sept.]





Il sent sa trachée continuer de brûler. Elle brûle, se rétracte, rappelle à sa mémoire ces effluves d'alcool pas encore passées, tout ce qu'il a recraché alors qu'elle était là. Elle était là, à quelques pas, si proche de ses bras. Et la douleur, et cette envie de hurler. De hurler parce qu'il n'a pas l'impression que tout finira par passer. La souffrance est vive, amère, tenace, tellement coriace. Elle est là, poignante, dérangeante, elle s'immisce en lui avec ces autres qui n'en finissent plus de frapper. Encore, et encore, et encore. Sebastian sent son cœur battre un peu moins fort. Et les pupilles qui se fatiguent, les paupières qui se ferment, le besoin d'un peu d'air. Rien que d'un peu d'air. Il soupire, respire, tente de s'éviter le pire, la conscience prête à fuir. Mais elle tient, cette dernière. Elle tient parce qu'il n'a nul autre choix que celui-là, pas après avoir rompu les rangs dans les couloirs de l’hôpital, pas après lui avoir fait davantage de mal. Il sait ce qu'elle ira penser, il sait ce qu'elle s'apprête à endurer. Par sa faute, uniquement par sa faute. Et pourtant, pourtant le redressement de se fait pas, le manque de force gagnant ses bras. Sebastian se sait en train de couler, dans les eaux troubles d'un millier de tourments retrouvés. Ça, ça malgré le peu de volonté qu'il lui soit à même de sauver. Au moins d'essayer. Des minutes se sont finalement écoulées. Des minutes et des minutes envolées avant qu'elle ne vienne le rejoindre, à ses côtés s'installer. Sebastian peine à relever le regard, à retrouver un peu de prestance devant cette femme qu'il n'a que trop déçu, ce soir encore à la manière dont il s'impose à sa vue. Ils ont tellement à surmonter, tellement à gérer qu'il ne semble pas le pouvoir, et elle aussi finalement rien qu'à le voir. La spirale reprend, la danse infernale et incessante, ces mêmes sentiers parcourus depuis des années passées. Ils n'ont jamais avancé, n'ont fait que reculer jusqu'à probablement ne plus rien pouvoir sauver. C'est l'idée qu'il se fait, essayant de faire dégager les images de sa fille ainsi torturée. Hors de danger, en vérité. Et dans ses pensées toutes plus mutilées qu'elles n'auraient pu l'être dans des circonstances différentes à celles essuyées, tout ce qu'il parvient à déceler de cet instant présent, c'est la respiration de cette femme qu'il est en train de laisser s'échapper malgré les efforts qu'il avait promit de procurer. Enfin, il s'anime en y songeant, les paumes venant se perdre contre ses yeux encore clos. Il sait ce qui pèse sur son dos, il ne le sait que trop. Les longues heures commencent et, avec elle, ce mutisme qui commence à se faire constant. Et si la parole se faisait assez courageuse, qu'aurait-il a dire, de toute manière ? Si ce n'est que tout espoir est potentiellement perdu dans les ruines d'un monde qu'il croyait à l'abri du moindre coup. Raté. Sebastian s'est fourvoyé.

-

9 janvier. Les paupières qui se lèvent, lentement. Doucement et la lumière d'un nouveau jour qui parvient jusqu'à ses prunelles. Fragiles, un peu perdues, convaincues d'avoir déjà vu cette matinée, de l'avoir déjà vécue. C'est la raison pour laquelle il peine à pleinement se concentrer, sur les caresses se rendre compte que tout a changé. Tout a changé parce que ce jour est différent de ceux passés. Chose qu'il n'arrive pas encore à se souvenir, n'imaginant pas que tant de temps ait pu s'enfuir. Non, il se souvient encore du sang, des membres qui craquellent, des cris de ses frères qu'on tente de faire taire. Il se souvient des bruits des balles, des fusillades qui s'emballent. Et James qui attend, au milieu du front qu'il tente de gagner, ce terrain qu'ils s'essaient à gagner. Et la panique. La panique qui prend, qui serre, qui l'enterre. Il s'est rendormi, le Sergent d'Armes. Il s'est rendormi pour ensuite revenir à la vie, bercer par les bras d'autrui, de la jeune femme qui partage plus que ses nuits. Il en ressent son parfum, la sécurité de ses mains. Celles qui cherchent, caressent, gagnent. Celles qui vont, viennent, se perdent sur chaque centimètre de peau qu'elles sont en mesure de couvrir. Et il trésaille, le rouquin qui s'étire, qui sent les baisers le poursuivre, qui le tirent. Ceux auxquels il s'accroche, ceux qui parviennent à effacer momentanément l'horreur, la douleur, toute cette torpeur qui s'est installée depuis ces jours de malheur. Alors il s'anime, le spectre qu'il était devenu. Il s'anime, laisse parler son corps, ses mains qui cherchent, qui imitent. Ses mains qui viennent s'accrocher à cette dernière parcelle de vie qu'elle entame, qu'elle vient commencer à consumer par cet élan de vie. Cet élan qu'il culpabilise derrière l’anesthésie qu'elle lui administre à coup de baisers, de caresses, de tendresse ; à coup de souffle redistribué avant que tout ne soit à déclarer fini. C'est comme sortir des eaux sombres de son esprit, rattraper la rive qui se profile sous ses yeux, guetter la tempête à venir en en profitant au mieux. Il n'a pas le moindre idée de ce qui est en train de se jouer, de se créer. Il n'a pas la moindre idée de tout ce qui est en train de se passer, O'Malley n'obéissant plus qu'à ce vieil instinct fatigué. En vain, peut-être, en vain parce qu'il ne saura pas se relever, s'appuyer sur ce qui semble pourtant vouloir le sauver, s'appuyer sur ses propres mains pour fuir ce qu'il veut s'imposer malgré cette once de vie rattrapée. Sebastian n'a pas la lucidité adéquate pour y songer, s'y concentrer, continuant de se perdre dans les baisers délaissés, cette proximité désormais bien plus que remémorée.         

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MessageSujet: Re: here on my own again. | irene Jeu 3 Mai - 23:54

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Tuesday the 9th of January 2018

Le temps qui passe. Les flocons qui défilent sous les arcades ; qui s'amassent en blocs solides sur les branches nues, qui plient et couvrent les trottoirs. Les voitures qui passent, qui vont et viennent et se garent devant la petite grille de la courette, l'empêchant ainsi de rentrer sa voiture lorsqu'elle revient de l'hosto. Le temps qui passe et l'herbe qui verdit, qui quitte sa robe blanche progressivement pour la reprendre ensuite selon les caprices de la météo. Le temps qui passe depuis novembre. Irene arrive, rentre et jette un œil agacé vers la baraque, vers la fenêtre, vers celui qui aurait normalement fait déguerpir le type qui coince l'accès à l’allée du garage. Elle klaxonne pour la forme, pour le conducteur. Il n'entend pas. Ils n'entendent pas. Sebastian doit être encore entrain de dormir, assommé par les cachetons, assommé par la dépression. Elle klaxonne. Il n'entend toujours pas alors elle part se garer plus loin, souffle, passe ses nerfs en tapant sur le volant deux fois, peut être un peu plus d'une dizaine honnêtement et ce, avant de rejoindre la maison en faisant claquer ses talons. C'est le même schéma chaque jour. C'est le même foutu schéma quotidien. Coincée. Elle a l'impression d'être ancrée, bloquée. C'est le même schéma, celui de se lever le matin, de picoler un café court, serré, à son image avant d'aller le réveiller. C'est celui de le pousser hors des draps, de tenir sa main jusqu'à la salle de bain et de le laver, l'habiller ; être à la limite de le nourrir, de le gaver avec une fourchette pleine comme un mioche ; comme ce bébé non désiré dont il faut aussi aller s'occuper. C'est le même schéma. Le temps qui passe. Elle rentre de l’hôpital et le voisin bouche l'entrée. Elle rentre de l’hôpital et l'habitation morne et endormie finit par la rendre cinglée. Il ne s'en remet pas. Il n'y arrive pas. Il ne s'en remet pas depuis ce jour là, depuis cet assassinat. Il n'y parvient pas. C'est le même schéma, c'est son rôle à elle de toutes façons, elle est la seule à pouvoir l'aider, à surtout pouvoir le supporter. C'est comme ça et elle est résignée. C'est comme ça quand on est mariée à un bipolaire, à un narcissique, à un pervers. C'est comme ça depuis une vingtaine d'années. C'est une éternité dans laquelle elle est liée, condamnée. Le boulet est posé autour du doigt ; la porte de la prison est grande ouverte, sans surveillance et le détenu abruti soigne son geôlier, l'aide à avaler ses cachets et passe le reste de ses journées dans le silence à ruminer, à constater que la mort d'un chef de gang est plus dure à porter pour lui que la mort de leur petit garçon survenue l'année passée.
Irene, rentre chez elle, balance les clés dans le vide poche et fait le tour des pièces pour s'assurer qu'il est toujours là, qu'il n'est pas parti faire quelque chose de stupide durant son absence, quelque, d'inconsidéré. « Sebastian ? » Elle monte, vérifie bien qu'il n'a rient fait d'insensé, qu'il ne s'est pas tiré à moitié drogué, bourré. Elle s'assure qu'il n'a pas sombré plus, qu'il ne s'est rien fait. Qu'il ne s'est pas suicidé. Il dort. Elle a beau avoir prié des milliards de fois pour qu'il crève, elle est rassurée. Elle va dans la salle de bain.

C'est son anniversaire aujourd'hui. Quarante et un an dont la moitié passée à ses côtés, dont la moitié à la tromper, la frapper, l'aimer un peu aussi mais la manipuler assez pour qu'elle soit encore là ; encore là à faire un effort pour le combler. Elle est allée chercher sa moto neuve ce matin. Elle est aussi allée chez le coiffeur. Elle a coupé en carré, elle a un peu tout raccourci pour changer, pour surprendre. Il n'y a aucune noblesse dans ce choix d'apparat. Aucune. Elle passe sur le corps qu'elle vient de dénuder un tas de crèmes alléchantes et de sous vêtements coûteux, compliqués. Il n'y a aucune noblesse là dedans. Le cadeau qu'elle compte lui offrir dans quelques minutes c'est de pouvoir la sauter. La baiser. Comme et autant qu'il le veut. Missionnaire classique ou bien levrette énergique ; il peut bien l'attacher, lui tirer les cheveux et la bâillonner que peu importe cette fois. Ça a toujours été sa façon à elle de le récompenser, de dépasser l'amertume du dégoût qu'il provoque en elle quand elle l'imagine en niquer une autre pour tenter, ça et là, de se réparer. Elle remplace le plastique dégradé des sentiments usés par un peu de dorures. Elle s'efforce de déposer du rouge sur ses baisers pour panser les plaies à vif et combler les profondes blessures. Il n'y a aucune noblesse, juste un peu de robustesse dans une profonde et résiduelle tristesse. Comme les nanas débraillées qu'il aime sur les réseaux, elle arbore un corset de soie, couleur cuivre, bien plus élégant que ceux des filles de joie. Lacé dans le dos, la guêpière assure que le vêtement sera ardu à retirer pour laisser aller les deux ovales obscènes de sa poitrine galbée. Le temps qui passe, eux, voués à l'éternité. Une fois prête, contre les draps, elle accroche ses doigts sur la silhouette assoupie qui répond, remue. Elle fait claquer la langue contre son palais et laisse échapper des murmures vertigineux, la chanson sifflotée de Monroe à Kennedy terminée par des éclats d'un rire discret. Un rire qui se convainc lui même d'être excité. Reine de la jugulaire qu'elle caresse, et qui sous ses ongles s'agite dans des soubresauts, elle raffermit sa prise dans le cou musclé. Elle l'embrasse, le réveille et parvient à animer l'homme derrière le dépressif. Il sourit. Même dans la demi-obscurité de la pièce, les yeux bleus et pâles la transpercent de leur lubricité. Chienne de faïence, elle écarte les pans de la couverture sur l'ombre du torse frêle. Elle y fait rouler les perles de son collier et le blond brûlé de ses cheveux. Belle avec son regard de biche soignée et ses méthodes de catin, elle s'assure d'avoir toute son attention pour s'écarter jusqu'aux bords du lit, prête désormais, maintenant qu'il est aux aboies, à s'en aller. « Tu as ton petit déjeuner en bas qui t'attends et un gros cadeau à déballer dehors. »
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